FIFAM 2024 : Les Reines du drame en présence d’Alexis Langlois

Les Reines du drame, réalisé par Alexis Langlois, est présenté au FIFAM 2024 en avant-première et dans la catégorie « coups de cœur » du festival amiénois. L’occasion d’une rencontre avec Alexis Langlois et Marine Atlan (directrice de la photographie).

Les Reines du drame est d’abord un film de troupe. Alexis Langlois ne cessera de répéter tout au long de la soirée que son projet, pensé pendant près de six ans, ne doit ses espoirs et sa réalisation qu’au fait de savoir s’entourer : « Au départ, personne ne voulait lire le scénario, je n’avais pas rencontré encore les bonnes personnes pour faire ce long. Pour mon court métrage, Les Démons de Dorothy, j’ai rencontré la productrice Inès Daïen Das qui produit Les Reines du drame. J’ai aussi rencontré Marine Atlan qui est ici ce soir avec nous et qui a fait les images du film. Cette idée de scénario qui était en gestation a pris forme avec la rencontre avec Marine et Inès. Puis, je me suis entouré de plein d’autres personnes aussi bien au décor, plein d’acteurs et d’actrices qui étaient déjà dans mes courts (…) C’est la rencontre avec Inès et Marine qui a fait avancer le projet. Notamment Inès qui a voulu lire le scénario et qui a dit « il faut y aller ». Il va falloir travailler sur l’écriture, mais on y va ». Alexis Langlois multiplie dans son film les références, les influences, les couleurs, les drames et les retrouvailles. Chaque réplique claque, chaque scène balaie la précédente, comme une fuite en avant. L’histoire est racontée, digérée, racontée à nouveau. Les Reines du drame est une invention permanente, une utopie en actes. C’est un film excessif, trash et surtout jubilatoire. Une histoire d’amour queer, politique, passionnée. Musicalement aussi, le film ne s’arrête pas à une seule partition (on n’est pas dans l’harmonie recherchée chez Audiard avec Emilia Perez), mais fait entrer en collision plusieurs compositions, comme pour dire que c’est possible malgré les différences apparentes (Yelle, Rebeka Warrior, Mona Soyoc, Pierre Desprat… signent – entre autres – la partition). Il y a la musique pop, entre Britney et Alizée, de Mimi et celle, punk destroy, de Billie. Ces deux-là, pourtant, vont s’aimer et chanter ensemble, même dans le futur. « Il y avait la partition écrite, des chansons originales composées pour Mimi et Billie, et puis certains ont accepté de travailler avec des paroles déjà existantes. La partition était très claire dans le scénario, c’était très écrit. L’idée, avec les compositeurs, c’était de travailler sur deux tableaux : à la fois il fallait que ça leur ressemble et en même temps il y a aussi le film qui est quand même pétri de références. Donc c’était à la fois eux et pas eux. Il fallait créer des chansons originales pour les personnages donc presque créer une mythologie propre au film ».

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Alexis Langlois : Photo Chloé Margueritte

Les Reines du drame est un film qui donne envie de rire, de pleurer et de danser, et surtout de replonger dans les années 2000. Non pas par fascination, mais pour ce qu’elles ont mélangé d’influences pop, cinématographiques et télévisuelles. Surtout, pour la relecture qui est faite aujourd’hui de la scénarisation des starlettes – on pense au Pour Britney de Louise Chennevière – et comment réhabiliter ce qui est considéré comme has been ou pas « assez bien ». Pour réentendre ces histoires de filles trop lisses en apparence avec une grille féministe et passionnée. C’est pour ça que dans le film on peut entendre des phrases comme « bah ouais, sans les Spice Girls j’aurai pas lu Monique Wittig ». Le film permet de réapproprier et de faire apparaître à l’écran tout un visuel dévalorisé qui ne veut plus s’écrire seulement dans les marges. Les Reines du drame est un tourbillon permanent d’images, de références, de chansons et de drama. On s’aime dans Les Reines du drame comme on se quitte : en claquant les portes, en s’effondrant et en faisant des chansons d’amour déchirantes, déchirées. Le casting est époustouflant, corps à corps dévoyés, cris et larmes saturés, de Louiza Aura à Gio Ventura en passant par Bilal Hassani, autodérision et transformation permanente des corps (et des coupes de cheveux !).

Au final, Les Reines du drame est comme un bonbon pop duquel on sort avec l’envie d’être un « freak », un « bizarre » à la Eddy de Pretto, en tout cas, avec l’envie de s’affirmer, et de faire communauté de récits, de douleurs, de corps. « Je savais que c’était l’ADN du film d’essayer de créer du lien entre les choses qui n’en ont pas. Ce sont des mondes qui se rencontraient et enfermaient les personnages en les empêchant de s’aimer. L’idée que le film dénonce, c’est que les personnages ne pouvaient pas se rencontrer parce qu’on leur dit qu’il faut un peu se lisser. Et moi j’avais envie de faire le mouvement inverse, c’est-à-dire de faire à l’écran tout ce qu’on pense impossible et notamment de créer une sorte de communauté malgré la différence ». Le film pousse un long cri dans la nuit et s’ouvre comme autant de portes sans cesse ouvertes vers un imaginaire débordant. Jusqu’à une scène finale, mêlant là encore les genres et les époques, où l’utopie prend enfin forme sous nos yeux, comme un espoir d’amour éternel.

Les reines du drame : Fiche technique

Synopsis : 2055. Steevyshady, youtubeur hyper botoxé raconte le destin incandescent de son idole, la diva pop Mimi Madamour, du top de sa gloire en 2005 à sa descente aux enfers, précipitée par son histoire d’amour avec l’icône punk Billie Kohler. Pendant un demi-siècle, ces reines du drame ont chanté leur passion et leur rage sous le feu des projecteurs.

Réalisation : Alexis Langlois
Scénario : Alexis Langlois, Carlotta Coco, Thomas Colineau
Interprètes : Louiza Aura, Gio Ventura, Bilal Hassani, Alma Jororowsky, Asia Argento
Photographie : Marine Atlan
Genre : comédie dramatique
Distributeur : Bac Films
Durée : 1h55
Date de sortie : 27 novembre 2024

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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