FFCP 2024 : Concerning my daughter, femmes libérées

Dans quel monde sommes-nous destinés à vivre ? En ouverture de la compétition de la 19e édition du Festival du Film Coréen à Paris, Concerning My Daughter tente d’y répondre avec beaucoup de rigueur. Trop peut-être, au point que ce premier long-métrage nous rende imperméables à l’émotion. Reste néanmoins toute la sincérité que dégagent les interprètes féminines pour nous accompagner au mieux dans ce conte moderne, où l’acte de réconciliation ultime est la tolérance.

Synopsis : Mme Oh, aide-soignante quinquagénaire, s’occupe d’une vieille dame atteinte d’Alzheimer au sein d’une maison de retraite. Lorsque sa fille, la vingtaine, a du mal à payer son loyer, elle lui propose de venir se réinstaller chez elle. Mais c’est en couple, avec une femme, que sa fille rentre à la maison. Au grand désarroi de Mme Oh.

Dans cette adaptation du roman éponyme de Kim Hye-Jin (*À propos de ma fille*, dans sa traduction littérale), quatre femmes de différentes générations vont voir leur quotidien bouleversé. Lee Mi-rang apporte alors son regard féminin et universel pour que leur histoire trouve un écho dans un discours sur la tolérance. Pour cela, la réalisatrice emprunte le style et la narration visuelle de Lee Chang-dong, pour qui elle a été scripte sur Poetry, cependant avec beaucoup moins d’éclat. Ce qui surnage toutefois dans ce drame, c’est le personnage de madame Oh (Oh Min-ae), une aide-soignante veuve et une mère à la charge d’une fille qui exprime ouvertement son homosexualité. Son endurance et sa détermination à défendre une dame sans enfants et atteinte de démence ont de quoi bluffer son entourage. Mais trop en faire pour Je-Hee (Heo Jin), c’est peu en faire pour les autres. Un équilibre est rompu.

Filles du patriarcat

À partir de cette petite observation, dont une autre plus tard dans le récit où un recruteur lui demande explicitement de réduire la liste de ses expériences (et donc de ses compétences) sur son CV, on pointe son engagement personnel comme une faute. La performance peut pourtant être vampirisée à l’excès (About Kim Sohee) dans une uniformisation de masse, mais ce phénomène se fait également sentir pour Oh. Même à sa petite échelle, les sentiments n’ont pas leur place. Ajoutons à cela la « crise » qu’elle subit de plein fouet lorsque sa fille unique ramène une « copine » à la maison, c’est la foire de trop. C’est une fracture significative entre elles. Sa fille est connue sous le nom de Green et d’autres révélations sur son militantisme lui valent d’être reniée par sa dernière figure parentale, trop conservatrice et polie pour chercher le conflit. Et au milieu de ces deux pôles, Re In (Ha Yoon-kyung) tente d’exister et d’apaiser les tensions par sa bienveillance. Malheureusement, personne ne s’écoute et tout le monde s’évite tout en réclamant la bénédiction des autres.

Si cette problématique relève d’un manque de communication flagrant, on ne peut pas dire que les personnages ne communiquent pas. Dans leurs non-dits, chacun envoie des signaux négatifs afin de préserver son espace vital qui rétrécit à vue d’œil. De même, la caméra de Lee Mi-rang se garde d’épouser le style documentaire et capte un naturalisme sans concession, sans trucages. La force de l’intrigue vient donc de ses personnages, qui font face à la culture d’un pays qui refuse le changement. Grandir dans une culture où la politesse veut que l’on ferme les yeux et que l’on se taise, telle est la vision dans laquelle Oh et Je-Hee ont vieilli. Ce choc des générations a également eu son écho grinçant et déchirant dans les trois actes de L’Innocence d’Hirokazu Kore-eda, mais dans une tout autre atmosphère introspective. Ici, ce sont les préjugés qui sont décortiqués grâce aux miroirs que la jeunesse insouciante pointe vers leurs aînées.

Malgré des coutures visibles et une narration classique, Concerning My Daughter défait sans peine les mailles du conservatisme coréen, où le patriarcat s’immisce à toutes les étapes de la vie… et même après la mort. Il s’agit d’une lettre ouverte à la réconciliation avec les personnes âgées, ainsi qu’avec la nouvelle génération chargée de réactualiser des lois obsolètes et qui entravent leur quête du bonheur. Une œuvre pleine d’espoir qui mérite qu’on s’y attarde pour la chaleur qu’elle dégage.

Ce film est présenté à la section paysage de la 19e édition du Festival du Film Coréen à Paris.

Concerning my daughter : bande-annonce

Concerning my daughter : fiche technique

Réalisation et Scénario : Lee Mi-rang
Directeur de la photographie : Kim Ji-Ryong
Musique originale : Rainbow99
Producteur : Je Jeong-Ju
Production :
Pays de production : Corée du Sud
Durée : 2h46
Genre : Drame

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Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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