Terrifier 3 : Anges et Démons

Face à une restriction inattendue aux spectateurs de moins de 18 ans dans les salles françaises, Art le clown continue malgré tout son massacre sous les sapins de Noël. Entre attentes, jubilations et soupçons de redites, le troisième volet de Damien Léonard ne trompe aucunement son public aficionado de démembrements ludiques, de bricolage non réglementaire et de chirurgie non conventionnelle. Tel est le programme ensanglanté de Terrifier 3.

Synopsis : Après avoir survécu au massacre d’Halloween perpétré par Art Le Clown, Sienna et son frère tentent de reconstruire leur vie. Alors que les fêtes de fin d’année approchent, ils s’efforcent de laisser derrière eux les horreurs passées. Mais au moment où ils se croyaient enfin à l’abri, Art refait surface, bien décidé à transformer Noël en un véritable cauchemar.

Si Forrest Gump a sa boîte de chocolats pour symboliser les aléas de la vie, on peut assurément affirmer que dans la boîte de l’horreur et du gore, Art le clown fut une délicieuse découverte. Passé sous les radars du grand écran en France, Terrifier a tout de même trouvé son public grâce à la célèbre plateforme de screaming Shadowz. Terrifier 2 créa ensuite l’événement en salle, cumulant plus de 70 000 entrées en cinq semaines d’exploitation. Et en seulement trois jours, Terrifier 3 a déjà dépassé la barre des 135 000 spectateurs « majeurs » dans l’Hexagone. Le succès est encore plus significatif sur le sol américain, en rapportant six fois plus que ce que le film a coûté. Et pourtant, il ne s’agit pas d’une production de studio comme Blumhouse ou A24 en sortent à la chaîne et dans l’indifférence. Ce film d’horreur indépendant réussit ainsi le pari de redonner goût au mauvais goût.

Folie à deux

Rangez les citrouilles séchées et sortez les guirlandes de boyaux, car les chants et les cadeaux de Noël sont arrivés un peu plus tôt cette année. Le film ouvre par une séquence particulièrement bien léchée et mise en scène avec une tension tétanisante. Une maison qui abrite une famille endormie, ou presque, devient le théâtre d’un jeu de massacre où la cruauté et le burlesque d’Art repeignent les décorations de Noël. Le troisième volet est lancé, ou presque. Cet aparté n’est en rien connecté aux événements qui se sont déroulés dans le film précédent. C’est pourquoi le rythme en pâtit grandement dans le reste de l’exposition, un peu comme le précédent opus qui s’étirait beaucoup trop en son milieu. Nous nous retrouvons donc à recoller les morceaux d’un Art décapité et dont l’emprise maléfique sur Victoria Heyes s’intensifie. Leone s’amuse alors à défigurer (littéralement même) la représentation de la première final girl de la franchise. Malgré les épaisses prothèses que porte Samantha Scaffidi, l’actrice parvient à donner plus de profondeur à son personnage torturée et limite plus sadique que son bourreau et mentor. Une véritable folie à deux, n’en déplaise à la suite désespérément accablante du Joker de Todd Phillips.

Mais celui que le public attend de voir à l’œuvre, c’est bien ce clown muet, sorte de chimère rappelant le Pennywise de Tim Curry, mixé avec la gestuelle d’un Charlie Chaplin qui aurait assimilé Freddy Krueger. Chaque apparition de David Howard Thornton dans la silhouette du monstre constitue donc la plus grande des curiosités que ce film a à nous proposer. Cependant, il est assez contraignant de voir comment l’aura maléfique du personnage se dissipe une fois la scène d’introduction passée. Soit le clown se fait dévorer par l’ascension de Victoria, soit par l’omniprésence parasite de Sienna Shaw, l’ultime final girl en date. Toujours sous le choc de sa dernière rencontre avec Art, la jeune femme tente de surmonter son traumatisme pendant que sa famille bavarde inutilement sur son état mental. Et lorsque les dialogues de Lauren LaVera basculent sans retour dans le nanar, c’est l’actrice elle-même qui manque de performer ses crises de panique. Quant à Elliot Fullam, le petit frère qu’on finit par moquer tellement Leone ne sait pas quoi faire de son survivant, il restera encore moins dans les esprits.

Toute l’intrigue file donc ainsi, entre instants cocasses et jubilatoires où Art converse avec un Père Noël et des raccords forcés avec les victimes du précédent massacre. Seule subsiste cette podcasteuse en quête de scoop et son affinitée malsaine avec le true crime. Un personnage que l’on apprécie détester pour sa froideur et qui manquait dans les films précédents. C’est pourquoi l’argument principal du cinéaste reste la qualité de ses effets pratiques, qui nous donnent à contempler l’anatomie humaine dans toute son aversion. De fait, le film cesse de faire peur par la mise en scène et compense ce défaut par la barbarie de ses mises à mort. Ce fut la marque de fabrique de nombreux torture porn (la saga Saw en tête de liste) et c’est encore le cas aujourd’hui dans Terrifier 3, qui hésite entre l’envie de rattacher le lore et les personnages laissés en suspens dans The 9th Circle et de fouler le territoire inexploré des enfers. C’est en tout cas ce qui se profile à l’horizon d’un quatrième long-métrage, qui place encore la barre plus haute sur l’autel de la narration, l’un des points faibles que Damien Leone doit rectifier en urgence pour éviter de réaliser « le même film » que le précédent.

Terrifier 3 – Bande-annonce

Terrifier 3 – Fiche technique

Réalisation & Scénario : Damien Leone
Image : George Steuber
Musique : Paul Wiley
Producteurs : Robert Ford, Lizzie Gillett, Ian Bonhôte
Production : Dark Age Cinema, Bloody Disgusting, The Coven
Pays de production : États-Unis
Distribution France : ESC Films, Factoris Films, Shadowz Films
Durée : 2h05
Genre : Épouvante – Horreur
Date de sortie : 9 octobre 2024

Terrifier 3 : Anges et Démons
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3

Festival

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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