Terrifier 2 : de quoi faire la grimace

Un délire régressif et jouissif qui aurait fait vomir bien des spectateurs lors de sa sortie américaine ? Terrifier 2 n’est finalement qu’un slasher bête et méchant, confondant générosité avec surdose qui n’arrive pas à procurer la moindre sensation si ce n’est de l’ennui.

Synopsis de Terrifier 2 : Un an après la précédente boucherie d’Art le Clown, Sienna Shaw participe à une soirée d’Halloween avec ses amies. Alors que son jeune frère développe une fascination malsaine pour Art, elle finit par croiser la route du clown tueur sanguinaire…

À l’instar de Don Mancini et de sa poupée Chucky, Damien Leone semble avoir trouvé avec Art le Clown un personnage à exploiter sous toutes les coutures. Et pour cause, depuis 2008, le réalisateur fait intervenir sa création aussi bien dans des courts (The 9th Circle, Terrifier) que dans des longs-métrages à part entière (All Hallow’s Eve, en 2013). Jusqu’à lui donner sa propre franchise dès 2016 avec Terrifier premier du nom (titre reprenant celui du court de 2011). Si le personnage reste encore inédit en France, ses performances macabres attirent bon nombre de passionnés du genre et certains médias anglophones, louant le potentiel horrifique de cette saga en gestation. Potentiel que semble vouloir décupler Damien Leone via cette suite et un budget « plus » conséquent – on parle de 250 000 $, ce qui reste encore bien inférieur aux productions des majors hollywoodiennes. Car s’il faut reconnaître quelque chose à Terrifier 2, c’est la générosité et l’envie qu’à Leone de faire entrer son œuvre dans la cour des grands.

Financé avec trois fois rien (35 000 $), le premier Terrifier avait tout du film d’exploitation. Du divertissement qui se fichait bien de proposer ne serait-ce qu’une once de qualité. Tant qu’il arrivait à offrir aux spectateurs ce qu’ils désiraient de la part d’un tel titre. Ainsi, le film nous montrait ni plus ni moins le massacre de personnes par un clown psychopathe. Sans se soucier une seule seconde de son manque de moyens et de son aspect diablement amateur. Pour dire, ceux qui découvriraient aujourd’hui Terrifier se trouveraient face à un film d’étudiants téléchargé sur Youtube. Avec ses comédiens à la ramasse, sa mise en scène fade (décors pauvres, aucun jeu de lumière, ressentis au rabais…) et son manque d’ambiance. Même, le long-métrage se montrait plutôt timide envers son personnage, se contentant de son charisme – et de la prestation déjantée de son comédien David Howard Thornton – et de l’aspect hautement gore de ses meurtres sans pour autant épouser la folie destructrice qui le définit. Avec cette suite, Leone passe en effet à un tout autre niveau ! Bien que Terrifier 2 garde le statut de film d’exploitation, son visuel se trouve être beaucoup plus maîtrisé et « professionnel ». Et grâce à plus de moyens, le réalisateur peut enfin offrir des séquences délirantes à son personnage, qui s’amuse pleinement de ses horreurs. Tel un Freddy Krueger jouant inlassablement avec ses pauvres victimes. Le tout agrémenté d’un gore bien plus prononcé et assumé qui pourrait faire vriller de l’œil des âmes sensibles, comme peuvent d’ailleurs en témoigner les divers commentaires lors des séances américaines du film. Ces derniers parlant de spectateurs ayant vomi ou ayant dû sortir de la salle suite à un malaise. Ce qui, il faut bien le dire, change des grosses productions horrifiques un chouïa édulcorées de ces dernières années ! Malheureusement, à trop jouer la carte de la générosité, Terrifier 2 se prend les pieds dans le tapis de la surdose.

Une surdose qui se remarque déjà dans son envie de créer une véritable mythologie à son clown. Car si le film aurait très bien pu se contenter d’une histoire de psychopathe à la Michael Myers, il préfère s’aventurer dans le domaine du fantastique. Allant jusqu’à invoquer, pour le coup, les plus mauvais épisodes des franchises Vendredi 13, Les Griffes de la Nuit et consorts. Et pour cause, Damien Leone offre à son tueur une aura diabolique pour justifier sa résurrection – Art ayant normalement été tué dans le film précédent. Mais aussi une histoire d’entité maléfique qui permettrait des mises à mort invraisemblables. Le fait que les personnages principaux aient des visions quand l’impose le scénario. Un climax qui convoque la porte des enfers et autres bizarreries incompréhensibles. Et enfin une scène post-générique qui fait exploser le compteur du n’importe quoi pour qu’une nouvelle suite puisse voir le jour. Avec un ton absurde, la pilule aurait pu passer. Mais Terrifier 2 semble dessiner cette mythologie avec tellement de sérieux et de respect pour son clown que le tout vire dans un ridicule sans nom, difficile à avaler. À moins d’être adepte des séries B horrifiques des années 80, pas sûr que l’ensemble puisse pleinement vous captiver.

Une surdose qui se traduit également par la durée du long-métrage. En effet, Terrifier 2, avec ses 2h18, peut être considéré comme le slasher le plus long de l’histoire du cinéma. Il est vrai que la durée d’un film n’en fait pas sa qualité. Et pourtant, cela devrait être un critère pour le genre horrifique, qui était longtemps cantonné au visionnage de 1h30 et des brouettes. Mais depuis quelques temps, même les films d’horreur se permettent de durer plus longtemps que leurs prédécesseurs. Et quand ils dépassent les 2h, cela leur est souvent reproché ! Comme peuvent en témoigner Conjuring 2 (2h14) et Ça : Chapitre 2 (2h49). Surtout que là, nous parlons d’un film qui ne raconte rien d’autre qu’un tueur massacrant des gens qui croisent sa route. Soit un simple Halloween qui ferait 40 minutes de plus par rapport à sa durée initiale juste pour plus de plaisir morbide et ce, sans éviter les poncifs du genre. En somme, cela n’apporte strictement rien à l’ensemble ! Juste des problèmes de rythme assez frustrants, étirant à rallonge des scènes et autres plans qui perdent pour le coup en efficacité. Meublant artificiellement des séquences qui n’avait clairement pas besoin de durer autant. Il suffit de voir le face-à-face final avec l’héroïne, qui n’en finit plus ! Même la scène post-générique est d’une longueur… cela en devient presque une insupportable blague, qui retiendrait le spectateur par le bras à la limite du harcèlement.

Et à trop donner dans la surdose, Damien Leone n’a pas su corriger ses défauts de metteur en scène. Que ce soit sa direction d’acteurs, le casting proposant des jeux d’acteurs ô combien inégaux. D’un côté nous avons des comédiens qui s’amusent pleinement (David Howard Thornton évidemment, mais aussi Kailey Himan, Casey Hartnett, Amelie McLain) ou qui font le strict minimum (Lauren LaVera, Sara Voigt). Voire qui surjouent comme ce n’est pas permis (Elliott Fullam). Mais c’est encore une fois par le manque de mise en scène de son réalisateur que Terrifier 2 pêche le plus. Fade au possible, le film ne parvient jamais à procurer la moindre sensation lors de son visionnage. Les scènes gores n’arrivent pas à provoquer le dégoût et le mal-être tant décriés par les médias américains – des témoignages qui, pour le coup, relèveraient plus d’un aspect marketing que de faits réels – comme The Sadness avait su le faire quelques mois plus tôt. À aucun moment la peur et la tension ne se font ressentir. Et, comble de l’ambition, le métrage n’arrive même pas à retranscrire un aspect mystique dérangeant alors que la mythologie de son clown l’impose. En prenant en compte sa durée excessive citée plus haut, Terrifier 2 n’arrive nullement à capter l’attention. Il ne parvient pas à être autre chose qu’un délire vide et ennuyeux, et ce malgré la générosité qui le caractérise.

Si beaucoup verront en Terrifier 2 un défouloir régressif hautement jouissif, le rédacteur de ses lignes a bien du mal à voir autre chose qu’un slasher maladroit, bête et méchant. Qui jouit d’une notoriété non méritée alors que d’autres titres horrifiques tout aussi « mineurs » se montrent bien plus dérangeants et efficaces question gore. Pour ne pas dire plus intéressants et amusants de manière générale. Reste à savoir si Terrifier 3, déjà annoncé, poussera le curseur de la surenchère encore plus loin que ce second opus. Là, avec plus de maîtrise et de délire pleinement assumée, nous pourrions obtenir une œuvre détonante qui offrirait à Art le Clown son statut de tueur mythique du cinéma. Aux côtés de grands noms tels que Ghostface, Jason Voorhees ou encore Michael Myers. Mais pour le moment, cher Damien Leone, il y a encore du chemin à faire…

Terrifier 2 – Bande annonce

Terrifier 2 – Fiche technique

Réalisation : Damien Leone
Scénario : Damien Leone
Interprétation : David Howard Thornton (Art le Clown), Lauren LaVera (Sienna Shaw), Elliott Fullam (Jonathan Shaw), Sarah Voigt (Barbara Shaw), Amelie McLain (la petite fille pâle), Chris Jericho (Burke), Kailey Hyman (Brooke), Casey Hartnett (Allie)…
Photographie : George Steuber
Costumes : Olga Turka
Montage : Damien Leone
Musique : Paul Wiley
Producteur : Phil Falcone
Maisons de Production : Dark Age Cinema et Fuzz on the Lens Productions
Distribution (France) : ESC Distribution
Durée : 138 min.
Genre : Horreur
Date de sortie :  11 janvier 2023
Etats-Unis – 2022

Note des lecteurs6 Notes
1.5

Festival

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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