Furiosa : une saga Mad Max – Analepse d’un mythe

En 2015, George Miller, réalisateur de l’intégralité de la saga Mad Max, donne naissance au titan Mad Max : Fury Road. Véritable leçon de cinéma et de mise en scène, cet épisode avait profondément révolutionné le genre de l’action. Certains ne s’étaient pas laissés emporter, reprochant au film son manque de scénario, de dialogues, ne voyant en lui qu’une course poursuite de 2h. Les autres y avaient vu une œuvre dirigée avec maestria par un homme revenant aux premiers amours du cinéma : la narration par l’image. Avec ses multiples Oscars, sa renommée de plus en plus puissante au fil des années, sa générosité visuelle et créative encore quasiment inégalée aujourd’hui, difficile de surpasser le monstre. Et, sachez une chose, c’est qu’avec Furiosa, Miller ne veut pas faire mieux, ni même aussi bien. Cette jeune femme, c’est quelqu’un d’autre, quelque chose d’autre. Il en sera de même pour son film. Alors, dites au revoir à Charlize Theron, accueillez Anya Taylor-Joy et replongez dans cette nouvelle traversée désertique.

Take me home, country road 

Pourtant, en regardant les diverses bandes annonces (qui ne donnaient pas particulièrement envie..), tout portait à croire que ce 5ème épisode ressemblerait en tout point à son prédécesseur. Action à gogo, explosions spectaculaires, dialogues minimalistes et une belle dose de démembrements sanglants. Dans les faits, si les deux derniers points restent, Mad Max : Furiosa est bien plus calme et posé que la dernière aventure de Max. Alors, que l’on se rassure immédiatement, le nouveau bébé de Miller reste un film d’action, pur jus. Là ou le gros changement s’opère, c’est dans son ton. Oui, il s’agit d’un préquel. Oui, l’univers ainsi que certains personnages sont les mêmes.  Forcément, certains aspects que l’on trouvaient en 2015 sont restés. Mais, une réelle identité propre dégage de ce film. Fury Road opérait pour un scénario particulièrement mince, comptant sur le génie de tous les autres points qui font d’un film un film. Et, là encore, on pourrait débattre, car celui-ci est d’une générosité sans pareille dans l’exposition de son univers. Véhicules, ennemis, factions, personnages, tout ces éléments composent un scénario. Dire que celui de Fury Road tient sur un timbre poste est, de facto, fortement réducteur, tant le travail créatif pour rendre l’univers vivant et réaliste était colossal.

Mais, si l’on décide de dire que le scénario ne concerne pas les à-côtés. Si  l’on prenait seulement l’histoire dans ses grandes lignes. Furiosa est-il plus généreux ? Oui, sans l’ombre d’un doute. Miller offre un film de vengeance au squelette classique, mais robuste. De l’enfance au traumatisme. Du soulèvement à la vengeance. De la vengeance à la tentative de rédemption. On suit avec intérêt l’histoire de cette jeune femme, qui part de rien, pendant 2h30. Bon, pas de quoi renverser une bagnole pour autant, on reste en terrain connu. Là ou l’histoire intéresse d’avantage, c’est qu’on passe beaucoup de temps avec le Némésis, Dementus, incarné par un Chris Hemsworth particulièrement convainquant. Quant à Furiosa, elle n’apparait sous les traits adultes d’Anya Taylor-Joy qu’à l’issue d’un long, très long prologue de près d’une heure. Quand Fury Road passait toutes ses vitesses en quelques minutes et ne rétrogradait jamais, Furiosa est, quant à lui, déjà plus intimiste, plus posé. Le projet est sur elle, moins centré sur l’univers. On pourrait d’ailleurs être déçu par ce point là, tant celui-ci semble plus riche que jamais. Miller ne nous en donne que de petites miettes, à chaque endroits visités. Dommage, peut-être pour le prochain opus ?

La puissance du désert, dans le creux de ma main 

Furiosa est-il pour autant ennuyeux ? Absolument pas, ou très peu. Tout dépend de votre degré de réception à cet univers et à votre façon d’aborder une histoire. Car pour tout ce qui est du reste, Miller n’a pas perdu la main, en presque 10 ans. Si l’on regrette un aspect numérique passablement désagréable par endroits, le film reste sublime. On pourrait le comparer à Dune : Deuxième partie, chef d’œuvre absolu de cette année, lui aussi porté par son désert. Pourtant, les deux œuvres n’ont rien en commun, mise à part quelques dunes de sable. Miller joue encore de la caméra pour démontrer tout le gigantisme de son monde, souvent avec des choix de cadrage absolument divins. Et, cet univers, il est sale, bien plus crasseux et sanglant que tout le sable d’Arrakis. Sans être gores, certaines scènes proposent des visuels dérangeants, participant à l’immersion d’un monde cruel, dénué de ressources et de confort. Chaque plan, chaque mouvement de caméra est étudié avec soin et raconte sa propre histoire. Les silences sont nombreux, renforçant souvent cette isolation, ce sentiment de solitude voulu par le réalisateur. Si Tom Hardy comptait 60 lignes dans Fury Road, Anya Taylor Joy en récite la moitié. Rien de dérangeant, sauf pour Mordus de bla-bla.

Et, quand l’action pointe le bout de son capot, le bientôt octogénaire retrousse ses manches et retrouve une bonne partie de ce que l’on a aimé dans Fury Road. Une bonne partie ? Oui, car le film reste moins généreux et inventif. Furiosa souffre, là encore, de ce petit grain numérique, totalement absent (ou invisible) en 2015. Pour autant, difficile de bouder les scènes d’action, toujours extrêmement agréables à regarder et largement au dessus du lot de ce qui est arrivé ces neuf dernières années. Et puis, bon, avouons le, il était impossible d’égaler la prouesse. Reste donc un film très efficace, malgré quelques soucis de rythme et certains rendus numériques incompréhensibles quand l’on pense au film précédent.

Bande-annonce – Furiosa : Une saga Mad Max

Fiche technique – Furiosa : Une saga Mad Max

Titre original : Furiosa : A Mad Max Saga
Réalisation : George Miller
Scénario : George Miller et Nico Lathouris, d’après les personnages créés par George Miller et Byron Kennedy
Musique : Junkie XL
Décors : Colin Gibson
Costumes : Jenny Beavan
Photographie : Simon Duggan
Montage : Eliot Knapman et Margaret Sixel
Production : Doug Mitchell (en), George Miller
Sociétés de production : Kennedy Miller Productions et Village Roadshow Pictures
Société de distribution : Warner Bros.
22 mai 2024, actuellement dans les salles | 2h 28min | Action, Science Fiction

Sans égaler Fury Road, de qui il se révèle radicalement différent, Furiosa reste un produit de haute conduite dans le cinéma d'action. On n'en retiendra pas un souvenir impérissable comme son ainé, plutôt une proposition somptueuse qui mérite amplement d'être vu en salles. On serait même tenté de douter de l'intérêt de le visionner ailleurs.
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3.8

Festival

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Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

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