Slava 2 : Les nouveaux Russes s’essaient au capitalisme

Deuxième volet du triptyque annoncé, cet album dans la même veine que le premier, permet à Pierre-Henry Gomont de poursuivre son exploration de la Russie post-communiste en suivant des personnages aux caractères forts.

Slava a abandonné la peinture pour suivre Dimitri Lavine, personnage trouble mais particulièrement convainquant, qui se révèle un homme d’affaires redoutable, prêt à sacrifier un bras pour réaliser l’affaire de sa vie. En l’occurrence, il a pris des risques inconsidérés vis-à-vis d’un personnage plus puissant que ce qu’il estimait et s’il n’a pas perdu un bras, il a néanmoins été gravement blessé au point de devoir finalement se faire amputer d’une main. Mais, ce qui compte c’est qu’il est vivant ! Et son handicap ne le change pas fondamentalement. Affairiste il était, affairiste il reste, même isolé dans un trou perdu, selon la volonté de celui qu’il a rendu furieux en empiétant sur son territoire. Évidemment, Lavrine ne pense qu’au moyen de retourner aux affaires. Et ce moyen, il le trouve par un jeu de passe-passe dont il est passé maître. Sa réussite arrive même aux oreilles d’une femme puissante qui, admirative, cherche à l’engager. Lavrine est si sûr de son coup qu’il en profite pour négocier et monter en puissance, au mépris du nouveau risque qu’il prend : tout cela risque fort de remonter aux oreilles de son ennemi qui, s’il l’a épargné une fois, ne lui laissera certainement pas une seconde chance.

Autour de la mine

De son côté, sans nouvelle de Lavrine, Slava le considère comme mort. Le jeune homme file le parfait amour avec Nina. Le couple s’emploie à coordonner les efforts des anciens ouvriers de la mine locale pour sauver leur entreprise. Là aussi, un tour de passe-passe se met en place autour des machines qui valent leur pesant d’or. Sauf que, n’oublions pas, nous sommes dans la Russie livrée au chaos et aux bandes organisées de toutes sortes, ce qui veut dire que ces machines plus ou moins considérées comme à l’abandon, excitent les convoitises. En fait, la véritable convoitise, c’est celle suscitée par la mine elle-même. Et là, les enjeux sont considérables et les protagonistes particulièrement puissants.

Stratégies

Dans cet album, Pierre-Henry Gomont (scénariste et dessinateur) fait monter la tension tout en faisant vivre ses personnages. Ainsi, autour de la mine, l’évacuation du matériel s’organise pendant que certains élaborent leurs stratégies pour mettre la main sur l’important enjeu que constitue la mine. Dans ce jeu où certains risquent gros, Slava et ceux qui le suivent ne font apparemment pas le poids. Ils ne comptent que sur leur audace (alliée à une belle capacité à saisir l’opportunité qui se présente), un peu de l’inconscience de leur jeunesse, une finesse certaine et quelques relations. Sans compter bien sûr, tout ce que Slava a appris en côtoyant Lavrine.

Vision d’artiste

Cet album s’inscrit donc dans la droite ligne du précédent. Toujours très agréable avec son lot de péripéties, il fait cependant moins son effet que le premier volet parce que n’apportant pas fondamentalement grand-chose de plus. Ce qui n’empêche que le dessin reste de toute beauté, avec en particulier une façon très personnelle de faire sentir les mouvements qui fonctionne aussi bien que s’il s’agissait d’un dessin animé. C’est également vrai pour les visages. Quant aux décors, ils restent eux aussi de très belle qualité, avec quelques dessins de grande taille qui font leur effet. Ce qu’on retient du scénario, c’est qu’il faut s’attendre pour l’ultime épisode à ce que les factions qui s’affrontent pour la possession de la mine jouent leur va-tout avec détermination. Cela nous promet un album mouvementé, avec de belles surprises, par exemple du côté de Lavrine qui n’a pas dit son dernier mot, loin s’en faut. Comme dans l’album précédent, les combines sont au centre de l’intrigue, mais j’ai trouvé que sur cet aspect, ici la crédibilité tombe d’un cran, même si on sait bien que dans ce domaine, plus c’est gros plus ça passe. On peut également dire qu’on sent l’auteur particulièrement inspiré par cette ambiance post-communisme en Russie, où les aventuriers de tous poils trouvent un terrain idéal pour se lancer dans les opérations les plus folles. Pierre-Henry Gomont nous fait sentir l’âme russe de façon particulièrement convaincante et ses personnages sont de ceux qui marquent. Et s’il est inspiré, il fait sentir que pour un artiste, l’inspiration dépend aussi des enjeux, car, quand Nina demande à Slava de faire son portrait, ce n’est pas l’inspiration qui lui manque. Slava a beau jeu de prétexter que l’inactivité artistique lui joue un vilain tour. Non, c’est la situation qui lui fait trop d’effet. On remarquera d’ailleurs que Nina trouve le résultat tout à fait satisfaisant. C’est lui qui y voit une certaine raideur, un manque de naturel. Mais c’est son regard d’artiste. L’homme, lui, va devoir assumer ses responsabilités.

Slava 2 – Les nouveaux Russes, Pierre-Henry Gomont
Dargaud, août 2023

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3.5

Festival

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