L’homme de l’hiver, Harry Eide ou Peter Geye ?

Cet homme de l’hiver, Harry Eide, habite à Gunflint dans le Minnesota, état plutôt sauvage à l’ouest du lac Supérieur, non loin de la région frontalière avec le Canada et son climat rigoureux en hiver.

Le début présente la disparition d’Harry un hiver, alors qu’il fait face à une mauvaise santé. Il faut comprendre cette disparition comme un état physique parce qu’un beau jour Harry a purement et simplement disparu, comme s’il s’était évaporé dans la forêt environnante. C’est son fils Gus qui vient l’annoncer à Berit, la dernière compagne d’Harry. La suite du roman alterne les points de vue. Le présent passe vite au second plan, car Gus vient régulièrement voir Berit pour évoquer les recherches entreprises pour tenter de retrouver son père et il en profite surtout pour évoquer le passé en sa compagnie, passé qui se révèle de plus en plus complexe. Il y est question en bonne partie d’une expédition entamée juste avant l’hiver 1963 dans les régions au nord de Gunflint et de la rivière du Bois Brûlé où domine l’élément liquide avec une multitude de petits lacs. A l’époque, Harry vivait avec sa femme – la mère de Gus – et celui-ci venait d’obtenir son admission en université. Or, sans prévenir, Harry propose à Gus cette expédition et Gus l’accepte sans même réfléchir. Ce simple fait est déjà particulièrement révélateur : Gus se montre incapable de résister à une proposition de son père et à la perspective de passer du temps avec lui dans des coins particulièrement reculés, en pleine nature gelée. Il faut également mentionner qu’Harry ne donne aucune indication précise, ni sur un lieu de destination ni sur une raison particulière pour partir en exploration à cette période de l’année et encore moins sur une éventuelle durée de ladite expédition. Ils partent avec de l’équipement et utilisent deux canoës, car ils vont faire ce qu’on appelle du portage pour avancer plus ou moins en ligne droite, en traversant la succession des lacs qui se présenteront sur leur chemin et porter leur équipement sur les portions de terrain entre deux lacs. Bien entendu, cela leur demande beaucoup d’efforts physiques et un moral à toute épreuve. Cette partie comporte de nombreuses péripéties qui la rendent haletantes. Ainsi, on réalise progressivement que les cartes apportées par Harry sont d’une précision plus que douteuse…

Rivalités

Et puisque tout cela est présenté comme issu de conversations entre Gus et Berit, de nombreux chapitres se concentrent sur la vie à Gunflit où, génération après génération, les Eide côtoient notamment les Aas – dont Charlie, même génération que Harry – qui forment un clan à l’agressivité sans limite. La présence de la famille Eide à Gunflint remonte à plus d’un siècle, avec une ancêtre ayant émigré depuis l’Europe (Scandinavie). Les vies personnelles ont connu bien des revers de situation. Ainsi et seulement par exemple, Harry a épousé une femme qui n’était pas originaire du coin et qui y a débarqué un beau jour avec son père. Alors, Berit avait déjà un œil sur Harry, mais elle a laissé faire cette femme dont elle a immédiatement senti qu’elle jetait son dévolu sur Harry. D’autre part, Berit a occupé pendant toute son activité salariée un emploi à la poste du coin, sous la direction de Rebekah une femme solitaire passant son temps en observatrice de tout ce qui se passait sous sa fenêtre, sans se mêler aux uns et aux autres. Pourquoi donc, alors qu’on finit par apprendre qu’elle a un lien de parenté avec les Eide ? Quant aux nombreuses composantes du vécu d’Harry, Berit les a observées comme elle a enregistré toutes ses confidences lorsqu’ils se sont enfin rapprochés.

Échos du passé

Winterring (titre original) est une réussite qui doit avant tout à sa description d’une expédition hivernale qui voit la confrontation entre un père et son fils dans des conditions particulièrement rudes, avec ce que cela implique d’accords, de complicités mais aussi de conflits, de silences, d’erreurs, de malentendus, de confiance et de tentatives d’explications. Mais aussi et surtout de survie en milieu hostile. Et on réalisera que l’hostilité ne vient pas que du milieu naturel. L’autre réussite du roman tient à l’exploration du passé des personnages principaux, avec le rôle bien particulier joué par Berit, femme effacée et peu séduisante mais attentive et qui détient beaucoup de connaissances sur les lieux et ceux qui y habitent. C’est ainsi qu’elle détient les éléments qui font de l’ultime chapitre un point fort où Gus en apprend encore davantage sur le passé familial et en particulier sur celui de son père, marqué à vie par un drame (parmi d’autres). On réalise que le drame en question a vu comme un écho décrit tel un fait presque anodin (très surprenant mais agréable, limite poétique) au cours de leur expédition hivernale. L’auteur, Peter Geye a l’art de maintenir l’attention de son lectorat, grâce à un style fluide et sa capacité à enchainer des péripéties et révélations où chaque détail a son importance.

L’Homme de l’hiver, Peter Geye
Actes sud, octobre 2017

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4

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