SIFF 2023 : Nezouh par Soudade Kaadan, de la poésie sous les bombes

Réalisé par Soudade Kaadan, Nezouh raconte l’histoire d’un pays en guerre et d’un dilemme familial à travers le prisme de l’adolescence. Parfaitement à sa place dans la sélection du SIFF (Sharjah International Film Festival), Nezouh est un film empreint d’innocence, de tragique et d’une pointe d’humour qui parle à toutes les générations.

Synopsis : Damas, Syrie. La jeune Zeina, 14 ans et ses parents, Motaz et Hala, vivent dans un quartier qui tombe en désuétude. Du fait de la guerre, presque tous leurs voisins sont partis ou s’apprêtent à partir. Motaz, attaché à sa maison et à son honneur, refuse de fuir. Lors d’une nouvelle frappe d’obus sur le quartier, le toit de la chambre de Zeina est troué. Dès lors, de nouvelles possibilités de liberté vont changer le cours de sa vie.

Quelques mots sur la réalisatrice

Réalisatrice syrienne née en France, Soudade Kaadan a étudié la critique théâtrale à l’Institut supérieur d’Arts Dramatiques (Damas) et est diplômée de l’Institut des Études Scéniques, Audiovisuelles et Cinématographiques (IESAV) de l’Université libanaise de Saint-Joseph. Son premier long-métrage Le jour où j’ai perdu mon ombre (2018) a gagné un Lion du futur dans la catégorie Orizzonti de la Mostra de Venise. Son film, Nezouh (2022)a été présenté dans nombreux festivals à l’international et a été récompensé à plusieurs reprises, notamment par le prix du meilleur long métrage lors de la 10e édition du SIFF.

Nezouh, l’exode vers la liberté

Nezouh signifie exode en arabe. Et ce film, tristement dans l’air du temps, pose la question manichéenne qui s’impose souvent aux familles de pays en guerre, celle qui ramène à des questions primitives de survie : partir ou rester ? Dans un presque huis-clos à cheval entre le comique et le tragique, Soudade Kaadan réussit le pari de réaliser un film poétique et politique sur la Syrie dans lequel personne ne meurt.

Ce qui fait la force de Nezouh, c’est la profondeur de ses personnages qui se veulent tous allégoriques. Motaz (Samer El Mesri) incarne un optimiste exacerbé, au service du pathos. Il apparaît à la fois comme un tyran patriarcal naïf et comme un utopiste aguerri. Peu importe les bombes et le danger, il est prêt à tout pour ne pas devenir un réfugié. Avec Motaz, la réalisatrice aborde la complexité du statut de réfugié : un terme qui a une connotation parfois péjorative vu de l’extérieur, alors qu’il est souvent assimilé à une perte d’honneur pour ceux qui partent. Hala (Kinda Allouh), incarne la femme syrienne, celle évoluant dans une société encore très traditionnelle mais qui, par sa force de caractère, s’émancipe. Elle représente même un renversement de cette image classique de la mère en prenant les devants pour sauver sa fille Zeina. Elle est quasi-révolutionnaire. Paradoxalement, elle représente aussi les limites de cette émancipation. Zeina (Hala Zein) symbolise la fin de l’enfance, animée par le rêve et l’espoir. En passant hors de sa chambre par le trou de son plafond, mais également dans son amitié avec son jeune voisin, elle est l’image de la liberté. Elle se hisse à bout de bras vers la lumière malgré le poids qui repose sur ses épaules.

Nezouh s’adapte à son public en véhiculant parfaitement la vision de ses personnages. Dans les yeux d’un enfant, c’est un hymne à l’espoir et à la liberté pour une Syrie en guerre. Dans ceux d’un adulte, un récit presque réaliste qui banalise le conflit pour les familles syriennes. Avec une fin intelligemment ouverte, Soudade Kaadan nous laisse la possibilité d’imaginer l’issue de son film. Sa dernière scène, coupée au milieu de l’action, se termine à l’image de la vie, de manière absolument imprévisible. Ainsi, elle transcende l’horreur par la poésie en montrant qu’il existe d’autres possibilités qu’une fin funeste pour un film sur la guerre en Syrie.

Nezouh, pièce maîtresse du SIFF

Avec un décor à l’effigie d’une chambre d’enfant sous les décombres, dans le hall principal du cinéma, Nezouh était sans équivoque l’œuvre la plus attendue du festival. Et à raison. Nezouh est un film brillant pour la jeunesse. Entre la légèreté de l’enfance et la cruelle véracité de la guerre, le film remplit avec brio sa vocation éducative et artistique. Il ouvre les enfants et les adolescents à la réalité du monde d’une façon douce et onirique. C’est un film qui pousse chaque spectateur, peu importe son âge, à redéfinir ce qui est fondamentalement important.

Bande annonce – Nezouh

Fiche Technique – Nezouh

Titre : Nezouh
Réalisation et scénario : Soudade Kaadan
Musique : Rob Lane et Rob Manning
Décors : Osman özcan
Costumes : Selin Sozen
Photographie : Hélène Louvart et Burak Karbir
Son : Serter Alkaya
Montage : Soudade Kaadan et Nelly Quettier
Production : Soudade Kaadan, Yu-Fai Suen, Marc Bordure
Sociétés de production : Berkeley Media Group, Kaf Productions, Ex Nihilo
Société de distribution en France : Pyramide Distribution
Pays : Syrie, France, Royaume Uni, Qatar
Genre : Drame
Date de sortie en France : 21 juin 2023

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Fjord : La Grande Fureur des bien-pensants

"Fjord", Palme d'or 2026 de Christian Mungiu, suit une famille roumano-norvégienne accusée par les services sociaux d'un pays scandinave, entre conservatisme religieux et progressisme libéral. Un film ambigu et intelligent, mais un peu trop scolaire et démonstratif, qui questionne nos préjugés.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.