Festival de Deauville 2023 : Fremont, itinéraire d’une afghane isolée

Note des lecteurs0 Note
3

Quatrième long-métrage de Babak Jalali, Fremont, sélectionné en compétition au Festival de Deauville 2023, retrace le parcours d’une jeune réfugiée afghane. À travers ce portrait filmé en noir et blanc, le drame traite avec humour et fantaisie de l’immigration et de la solitude.

Donya, vingt ans, a émigré aux États-Unis et travaille à San Francisco dans une fabrique artisanale de fortune cookies. Ancienne traductrice pour l’armée américaine, elle débarque dans un pays étranger où elle se retrouve presque seule au monde. Donya passe ainsi ses journées à l’usine et ses soirées dans un bar à regarder la télévision. Lorsque son patron lui propose de rédiger les énigmatiques messages des cookies, Donya saisit l’occasion pour lancer une bouteille à la mer en communiquant son numéro. Elle ouvre ainsi la porte au destin pour transformer son existence fade et solitaire. Autre hasard, Babak Jalali a présenté Fremont le jour même de son anniversaire, en offrant au public le produit phare de la promotion du film, les fameux biscuits croustillants en forme de lune. Un signe de bonne augure ? 

L’immigré et Croc-Blanc

En échangeant avec son psychiatre, Donya apprend l’histoire de Croc-Blanc, illustre roman de l’américain Jack London. Ce chien-loup, différent des autres et né dans la nature, doit lutter pour sa survie et affronter le monde des hommes. Battu, il devient un combattant enragé avant d’être recueilli par deux nouveaux maîtres généreux, qui lui apprennent la confiance et l’amitié. Donya, peu loquace, compare sa propre existence à celle de Croc-Blanc.

À l’image de ce chien-loup, elle a été rejetée pour sa singularité, en l’occurrence son statut de femme au sein de l’armée américaine. De la même manière que lui, elle a dû s’enfuir pour rester en vie. En effet, Donya affirme qu’elle n’a jamais perçu les États-Unis comme une opportunité, un rêve américain, mais simplement comme une porte de sortie. Mais la suite de l’histoire de Donya reste à écrire. Seule, elle n’a pas encore trouvé la sérénité ni l’amour. Elle peine à dormir et demande au docteur des somnifères.

Fremont ne traite cependant pas ce récit de façon triste et dramatique. Il ajoute de l’humour tiré du caractère extravagant de certaines situations, notamment les scènes de rendez-vous avec le docteur Anthony. Le psychologue, à l’opposé d’une Donya d’apparence impassible, montre des émotions démesurées. Il s’amuse à rédiger quelques textes des fortune cookies et conseille à Donya d’utiliser cet emploi pour réaliser une sorte de travail sur elle-même. Toutefois, Donya, qui a laissé toute sa famille derrière elle, a surtout besoin de compagnie. Sa thérapie personnelle  consiste donc à confier au destin une rencontre qui pourrait bien changer sa vie. 

Le marche du cerf solitaire

Au cours de son aventure, Donya trouve de manière inattendue un cerf blanc. Cet animal, qui symbolise communément la spiritualité, l’harmonie, la fertilité et la régénération, révèle que la jeune femme entre en phase d’évolution. La pureté du cerf annonce-t-il la résilience de la jeune afghane ? Réponse en salles le 6 décembre 2023.

Babak Jalali, déjà connu pour le western Land sélectionné au Festival du film de Berlin 2018, cite d’ailleurs dans ses influences le cinéma de Jim Jarmusch, mais aussi d’Aki Kaurismäki, dont Les Feuilles mortes a remporté le Prix du jury au Festival de Cannes 2023. Incontestablement, on retrouve dans Fremont une part de l’imagination, des histoires sincères mais un peu décalées de ces deux grands réalisateurs. Ce beau drame fait partie des bonnes surprises du Festival de Deauville 2023, dont le palmarès sera annoncé en début de soirée. 

Fremont : Bande-annonce

Fremont : Fiche technique

Réalisation : Babak Jalali
Scénario : Carolina Cavalli, Babk Jalali
Interprétation : Anaita Wali Zada (Donya), Gregg Turkington (Dr Anthony), Jeremy Allen White (Daniel), Hilda Schmelling (Joanna)…
Montage : Babak Jalali
Photographie : Laura Valladao
Producteurs : Marjaneh Moghimi, Sudnya Shroff, Rachael Fung, George Rush, Chris Martin, Laura Wagner
Sociétés de distribution : Memento international, JHR Films
Durée : 1h44
Genre : drame
Date de sortie : 6 décembre 2023

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Tout va super : Voir Habib et mourir

Drôle, subtil et bouleversant, Tout va super mêle comédie romantique et réflexion sur la fin de vie. Porté par une distribution éclatante (Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb, Camille Chamoux, Rudy Milstein), le nouveau film de Patrick Cassir a des airs de Blier en plus suave.

The Mandalorian and Grogu, ou la saga Star Wars à bout de Force ?

Après sept ans d’absence au cinéma, The Mandalorian and Grogu ramène enfin Star Wars sur grand écran. Jon Favreau livre une aventure accessible, efficace et parfois franchement plaisante, mais dont le manque d’enjeu, d’ambition visuelle et de souffle cinématographique finit par réduire le retour de la saga à un simple téléfilm de luxe.

Passenger – Frissons routiers balisés pour tenue de route correcte

Avec Passenger, André Øvredal revient à l’horreur d’exploitation pure, entre légende urbaine, présence démoniaque et frissons nocturnes sur les routes. Si son excellente scène d’ouverture et quelques morceaux de mise en scène rappellent son vrai savoir-faire, le film reste trop banal, trop calibré et trop pauvre dans ses personnages pour dépasser le rang de série B honnête.

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.
Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.