Inside : le ventre vide

Il existe des monstres qui nous dévorent de l’extérieur, tandis que d’autres sont stimulés à l’idée de se nourrir de l’intérieur, de notre intimité et de notre vulnérabilité. Ces deux menaces sont impliquées dans Inside de Bishal Dutta, pour qui l’angoisse est avant tout le gage d’un bon drame familial. Entre les crocs d’une entité démoniaque et la lutte d’une adolescente indo-américaine pour s’intégrer au quotidien, il existe une histoire touchante de réconciliation.

Synopsis : Sam, une adolescente sans histoire, assiste à un phénomène surnaturel terrifiant dans son école. Sa meilleure amie en est la première victime. Elle sera la suivante, si ce qui est enfermé parvient à s’échapper…

Remarqué et primé pour son court-métrage Life In Color, où l’on suit un patient atteint de la maladie d’Alzheimer qui cherche à tout prix à préserver ses souvenirs, Bishal Dutta est rapidement courtisé par James Wan et sa filiale Atomic Monster, une ascension qui est notamment due à son terrifiant court Inferno. Il qui partage de nombreux points communs avec ce premier long-métrage qui nous arrive et dont l’identité visuelle n’aurait pas entaché une production Blumhouse. Le cinéaste en profite pour y mêler des fragments de son enfance en tant que fils de parents immigrés. À l’image de son héroïne, il souhaite questionner la perte d’identité dont il connaît les usages, ainsi que les dommages.

Bizutage

L’intrigue prend place dans une banlieue pavillonnaire qui serait presque le contrechamp des univers de Steven Spielberg. Il se passe bien des tracas dans cette petite bourgade, où l’on fera sans cesse des allers-retours entre le foyer de Samidha (Megan Suri), ou Sam comme elle préfère qu’on l’appelle, et son lycée. Une équipe sportive vedette, des pompom girls, des cours où certains s’instruisent, d’autres tombent amoureux et d’autres encore sont isolés de la masse. C’est évidemment le cas de Tamira (Mohana Krishnan) qui agrippe sans relâche un petit bocal de verre suspicieux. La lente et intrigante ouverture entrouvrait déjà ce réceptacle, afin de ne pas tergiverser plus longtemps. Un rite qui tourne mal, ou presque, annonce toute la lutte de jeunes adolescentes qui doivent faire face à leur amitié contrariée et à la fatalité que les ténèbres pourraient avoir le dernier mot dans cette sinistre histoire démoniaque.

L’aliénation mène inévitablement à l’isolement et c’est ce sur quoi la créature du bocal va insister. Quand il s’agit de capter l’angoisse de ses personnages, pris au piège dans l’obscurité, véritable angle mort des codes du cinéma d’horreur, le programme séduit, le timing un peu moins. Le hors-champ pèse également dans la balance, ce qui entretient une tension palpable, où les yeux du spectateur s’accrochent au maximum, afin d’encaisser la collision avec un éventuel jump scare. Sur ce point, le cinéaste a tout à gagner, car il parvient à créer une aura de paranoïa autour d’un nouveau folklore qui n’attendait qu’à être découvert sur grand écran. Le principal atout de son art, c’est bien entendu l’esthétique, ici macabre et teinté d’un rouge sang qui annonce le ton.

Le ventre mou

Dutta cite d’ailleurs assez souvent Les Griffes de la Nuit de Wes Craven, tout en gardant un pied dans le drame familial de Mister Babadook de Jennifer Kent. Tout le dilemme de l’héroïne réside dans le refoulement de sa propre culture. Le souci d’intégration se pose alors, à l’ère du numérique, qui nous déconnecte peu à peu à nos racines, à notre foyer. Entre deux sursauts prévisibles, Sam cherche à redevenir Samidha. Malheureusement, cette note d’intention perd tout intérêt dès lors que l’on commence à remettre en question le mode opératoire des screamers et autres soucis de cohérence dans les diverses interactions avec ladite créature.

Avant de se lancer dans la grande aventure sous le couvert de James Wan, Bishal Dutta en profite pour réviser ses classiques et montrer qu’il peut faire aussi bien que ses aînés. Ainsi, Inside nous invite à prendre du recul sur le drame familial qui frappe une communauté issue d’immigration, mais ne manque pas de croquer à pleine dent dans le lard du sujet. Cependant, la matière grasse n’est que trop visible dans la succession de clichés que l’on empile sans extravagance. Il s’agit d’un film qui cherche constamment à remplir un ventre vide, avec toutes sortes de mises à mort, suffisamment accessibles pour se donner le courage d’affronter une créature, plus symbolique que terrifiante. Dans ce sens, une histoire de réconciliation peut prendre forme, celle d’une ado à son amie d’enfance, à sa mère et à sa culture. Dommage que le propos soit forcé et maladroit dans la dernière ligne droite.

Bande-annonce : Inside

Fiche technique : Inside

Titre original : It Lives Inside
Réalisation & Scénario : Bishal Dutta
Photographie : Matthew Lynn
Décors : Tyler Harron
Costumes : Odessa Bennett
Musique : Wesley Hugues
Son : Nolan McNaughton
Montage : Jack Price
Production : Neon, QC Entertainment
Pays de production : États-Unis
Distribution France : KMBO
Durée : 1h39
Genre : Epouvante-horreur, Drame
Date de sortie : 6 septembre 2023

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2.5

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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