Cannes 2023 : The Old Oak, la revanche des feuilles mortes

Le dernier film présenté en compétition sent le vieux bois, celui qui a longtemps séché sous un ciel couvert et en manque d’éclaircies. The Old Oak cherche à en apporter avec autant d’innocence que de bienveillance.

Synopsis : TJ Ballantyne est le propriétaire du « Old Oak », un pub qui est menacé de fermeture après l’arrivée de réfugiés syriens placés dans le village sans aucun préavis. Bientôt, TJ rencontre une jeune Syrienne, Yara, qui possède un appareil photo. Une amitié va naître entre eux…

Souvent comparé aux frères Dardenne, et vice-versa, c’est plutôt le style mi-cru, mi fictionnel d’Olivier Nakache et d’Éric Toledano que ce dernier Ken Loach évoque ici. Moins intense et nerveux que la trajectoire d’un père de famille et livreur à son compte dans Sorry We Missed You, on se rapproche plus de la sensibilité d’un Moi, Daniel Blake, qui lui a octroyé une Palme d’or en 2016.

Le cinéaste établit un nouveau récit sur une revanche à prendre sur la vie, qui commence par une réconciliation avec soi-même. C’est toute la problématique de Tommy Joe Ballantyne (Dave Turner), ou simplement TJ, propriétaire du seul pub dans un patelin paumé du nord de l’Angleterre. On l’appelle The Old Oak et comme son nom l’indique, ce vieux chêne commence à moisir de l’intérieur comme de l’extérieur.

L’arrivée de réfugiés syriens transforme alors le quotidien de cet homme, qui doit faire face aux fantômes du passé. La ville minière hors du temps et au bord de mer possède ses propres traumatismes, sa propre histoire, sa propre révolution et ses propres deuils. Elle est inévitablement hantée par les morts, autant que par les vivants. Des rivalités naissent entre les autochtones et les étrangers, qui ont tout de la pure bonté. Leur regard innocent est presque à contre-courant de ce à quoi Loach nous avait habitué. On ne discerne aucune ambiguïté chez ces gens qui ne demandent pas plus que des vêtements et un vélo pour surmonter les atrocités vécues dans leur pays d’origine.

Et soudain, un appareil photo devient un enjeu de taille pour Yara (Elba Mari). La migrante parle bien anglais, ne porte pas le voile et possède le caractère d’une tigresse protectrice. Son projet est simple : redonner des couleurs à la vie morne que mènent les habitants, qui ont si peu à manger ou à partager, mais c’est dans ce genre de situation extrême que les cœurs s’ouvrent, pour le meilleur et pour le pire. Ceux-ci battent à nouveau grâce aux clichés de la jeune femme, qui capturent l’âme de la ville et révèlent au passage des soucis d’infrastructure, handicapant l’opportunité de faire rebondir le pub.

Loin s’en faut, The Old Oak n’est pas un feel-good movie, mais comme toujours Ken Loach s’engage en faveur des laissés-pour-compte qui, dans leur solidarité, peuvent se hisser vers le haut. Et quand bien même il ne serait pas possible de créer le lieu de vie idéal avec le pub The Old Oak, il est toujours possible de se réunir et de se réconcilier dans la rue, là où nous sommes censés croiser nos regards et manifester notre unité.

The Old Oak de Ken Loach est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Scénario de Paul Laverty
Avec Debbie Honeywood, Dave Turner, Ebla Mari
Drame

Festival

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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