Cannes 2023 : Simple comme Sylvain, la maladie d’amour

De La Femme de mon Frère à la délicieuse comédie hallucinée Babysitter, une sexist story bien huilée, Monia Chokri revient sur la Croisette avec la ferme intention de marquer le coup avec une comédie romantique rocambolesque et pleine de promesses.

Synopsis : Sophia est professeure de philosophie à Montréal et vit en couple avec Xavier depuis 10 ans. Sylvain est charpentier dans les Laurentides et doit rénover leur maison de campagne. Quand Sophia rencontre Sylvain pour la première fois, c’est le coup de foudre. Les opposés s’attirent, mais cela peut-il durer ?

Que sait-on de l’amour ? Que sait-on de ses propres sentiments ? Nous guident-ils vers un destin fabuleux ou vers notre perte ? Ces interrogations se croisent autour d’une table à manger, on l’on sert plus de ragots que de ragoûts. Sophia (Magalie Lépine-Blondeau), qui approche de la quarantaine, se tortille dans tous les sens afin de justifier ses choix en amour, elle qui vit en couple depuis un moment avec Xavier (François Létourneau). La situation stagne à vue d’œil et le tremplin qu’elle recherche, autant qu’elle redoute, elle le trouve en la personne de Sylvain (Pierre-Yves Cardinal), un charpentier mystérieux et séduisant.

« Tu me donnes envie de vivre ! »

Leur étreinte secrètement volée va ainsi devenir une habitude qui va mettre à nu tout le désir que l’un éprouve envers l’autre. Autrement dit, c’est le coup de foudre entre la charmante institutrice d’une classe de philosophie pour le troisième âge et le vaillant et habile séducteur. On vit heureux, on s’enferme dans une illusion qu’on ne voudrait jamais quitter et c’est à partir de là qu’on franchit un cap. Leur relation devient bancale, mais eux ne le voient pas. Leur complémentarité n’est plus une force mais un handicap boueux, qui révèle les maux d’une société qui a tendance à vouloir tout rationaliser, à tout cataloguer, jusqu’à ce qu’une brève pensée, moqueuse ou non, devienne le siège de débats sans issue. On peut aussi bien citer Michel Sardou que la philosophie de Platon sans pour autant changer les rapports de forces intellectuelles et c’est pourtant le piège dans lequel tombe Sophia, très précise dans le choix de ses mots, mais également très tourmentée quand il s’agit de s’engager corps et âme dans ses relations.

Monia Chokri s’amuse ainsi à disséquer le couple, dans toutes ses couleurs et dans tous ses malheurs. Pour ce faire, sa caméra ne cesse de capturer les expressions des personnages, générant par la même occasion tout plein de codes burlesques et dans un tempo impeccable. Les personnages secondaires y sont pour beaucoup et nous facilitent l’accès aux clichés, que l’on prendra soin de bousculer. On rit et on pleure donc à leurs côtés, car si tout est Simple comme Sylvain, cela ne saurait perdurer. Chacun semble déterminé à lutter pour leur moitié et on en vient à vampiriser l’autre pour son regard, son sourire ou pour une partie de jambes en l’air. La démarche fascine autant qu’elle nous remplit de joie au terme d’une projection savoureuse.

Simple comme Sylvain de Monia Chokri est présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2023

Par Monia Chokri
Avec Magalie Lépine Blondeau, Pierre-Yves Cardinal, Francis-William Rhéaume…
Prochainement / 1h 50min / Comédie, Romance
Distributeur : Memento Distribution

Festival

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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