The Last Of Us, l’adaptation d’un chef d’oeuvre

Si vous jouez un peu, ou êtes un tantinet curieux autour du jeu vidéo, vous avez déjà entendu parler de The Last Of Us. A sa sortie, en 2013, le jeu de Naughty Dog a totalement bouleversé l’industrie. Érigé au rang de chef d’œuvre à l’unanimité, souvent imité mais jamais surpassé (excepté par le second opus), ce monument a plongé des millions de joueurs dans une histoire exceptionnelle. Jamais l’industrie vidéoludique ne s’était autant rapprochée du cinéma. Alors, quand HBO, maitresse de séries incroyables se mêle au réalisateur des jeux et à celui de l’extraordinaire série Chernobyl, on est en droit d’attendre une œuvre un minimum correcte. Est-ce le cas ?

Tout arrive pour une bonne raison

Voici une conversation (fictive) entre trois personnes. Elodie a adoré la série. Dimitri est fan des jeux et se montre un petit peu plus mesuré. Thomas, fan également, n’a pas aimé du tout.  

E : Bon, The Last Of Us, c’est terminé. Quelle série incroyable, tout de même.

D : C’était bien, mais les jeux sont quand même d’un niveau bien plus élevé. Enfin, attendez surtout de voir le 2. Personnellement, The Last Of Us Part II est sans conteste l’expérience la plus éprouvante que j’ai eue de ma vie.

R : Abuse pas, non plus. Genre, tu vas me dire que le 2 t’as mis encore plus mal que La liste de Schindler ou La ligne Verte.

D : Oui, sans commune mesure. J’ai pleuré pendant et après avoir fait ce jeu.

E : Mais c’est un jeu, non ? Comment un jeu vidéo peut faire pleurer quelqu’un ?

D : De plusieurs manières. Par exemple, dans un jeu, tu n’es pas seulement spectateur de l’histoire. Tu en est l’acteur. Tu vis les événements, parfois même, tu en choisis la trajectoire. Pas The last Of Us, qui possède une histoire toute tracée, mais tu as des jeux à choix multiples. Émotionnellement, être spectateur ou acteur d’un récit ne font pas du tout les mêmes effets. C’est toi qui côtoies les personnages du jeu, pas comme au cinéma. Dans le jeu, c’est toi qui incarnes le ou les personnages, tu vis les événements, tu souffres en même temps que tes héros. Tu souffres avec eux, pour eux.

E : Je vois. Donc, j’ai adoré la série et j’ai beaucoup aimé Joel et Ellie. Dans le jeu, cette attache est-elle plus forte ?

D : Ah,  tu n’as même pas idée. Dans le le jeu, c’est comme ta propre fille. Il faut que tu comprennes qu’elle et Joel sont considérés comme deux des meilleurs personnages de la fiction, tous supports confondus. Leur histoire, l’alchimie qu’ils ont, les non-dits, l’évolution du lien entre eux, c’est parfait. Et c’est un défaut de la série, leur relation évolue par à-coups, c’est nettement moins fluide.

T : Ah, on est d’accord. La série est bien trop chapitrée. Chaque épisode correspond plus ou moins à un niveau du jeu. Sauf que, bon, on en parle de l’absence quasi totale de danger dans cet univers impitoyable ?

E : Ça ne m’a pas dérangée, personnellement. C’est normal que, 20 ans après la fin du monde, il n’y ait pas d’infectés à tous les coins de rues.

T : Oui, non, mais là, c’est quand même abusé. Les infectés tu ne les vois jamais, les bandits non plus. Dans le jeu, on en prend plein la tronche, tout le temps. Là, c’est plutôt une balade de santé. Les gens que le duo croisent n’ont pas l’air affamés, ils sont même plutôt bien bâtis. La cohérence de l’univers est nettement plus fragile. Et l’énorme problème avec ça, c’est que tout ceci rend la fin nettement moins impactante.

D : Je suis d’accord sur ce point. En revanche, une idée que j’aime beaucoup, c’est que les infectés sont plus dangereux. Tu en croises nettement moins, mais quand ils sont là, ils sont là.

E : D’ailleurs, j’adore la justification de tout ce qu’il se passe ! La façon dont le monde sombre dans le chaos du jour au lendemain, la chute de la civilisation, la rencontre entre Joel et Ellie. Il y a beaucoup de séries ou films où les zombies sont là, et c’est tout. Là, c’est vraiment cohérent.

T : Ouais, c’est très bien. Mais pareil. La série va t’expliquer à un moment donné que tous les infectés sont liés par le champignon qui pousse dans le sol. Je me suis dit  » Ouah, super idée !  » Et tu n’en entends plus jamais parler… Les humains, pareil. Dans le jeu, le plus gros danger, de très très loin, ce sont les autres, pas les infectés. Bill le dit  » Les infectés, on peut les gérer, ce sont les autres qui me font peur. Les hommes  » Et, sérieusement, tout est bien trop expédié, c’est infernal.

E : Ça m’a semblé fluide. Même si j’ai remarqué parfois quelques invraisemblances.

D : Oui, et le jeu n’en a aucune.

E : On va quand même se mettre d’accord sur les acteurs ? Pedro Pascal et Bella Ramsay sont sensationnels ? On est d’accord.

D : Oui, ils sont tous les deux topissimes. Leurs dialogues sont superbes. Après…

E : Oui, je sais, c’est mieux dans le jeu.

T : Ils passent, mais Bella Ramsay est pas assez jolie pour jouer Ellie.

D : Ta gueule.

E : J’ai vu la VF, d’ailleurs. Et, honnêtement, ça passe.

T : J’ai été jeté un œil, aussi. C’est très correct, je l’avoue. Mais la VO reste vachement supérieure. Non, moi, ce que j’ai quand même aimé, ce sont les visuels. HBO a fait un travail remarquable sur les décors. Ça fait vrai, ça a de la gueule. Les infectés aussi, ils tabassent. Un autre souci que j’ai, c’est que la réalisation est très inégale. La série n’a pas été réalisée par une seule et même personne et ça se voit beaucoup trop. La moitié de la série est basique dans sa réalisation, il n’y a que les épisodes 8 et 9 qui proposent de vraies idées et ils sont réalisés par la même personne.

E : Euh, et l’épisode 3, on en parle ? J’ai pleuré comme une madeleine.

T : Oui, l’épisode 3 aussi. Mais voilà, trois épisodes sensationnels sur neuf, c’est peu.

D : Si tu compares à House Of The Dragon, où chaque épisode est un chef d’œuvre, oui. Mais la série reste très bonne dans l’ensemble.

T : C’est une bonne série, oui. Mais on en attendait plus quand on sait de quoi elle est adaptée.

E : C’est un sujet sensible. Je pense qu’à ce jour, il n’y a aucune adaptation qui rivalise réellement avec l’œuvre originale, à part peut-être Le Seigneur des anneaux. Il faut faire avec ce que l’on a. Les gens qui ont vraiment adoré la série et qui veulent savoir la suite vont tenter de jouer au jeu et, en cela, la série a réussi son objectif.

D : Oui, il faut faire The Last Of Us Part II. S’il y a une chose dont je suis certain, c’est que la saison 2 de la série n’arrivera jamais à l’orteil du jeu.

E : D’ailleurs, si je veux y jouer, je fais comment ?

D : Tout dépend. Tu as le jeu de base, sur Playstation 3. Une version améliorée existe sur Playstation 4, ainsi que The Last of Us Part II. Mais, si tu veux la meilleure expérience possible, tourne-toi vers la Playstation 5 . Tu auras les meilleures versions des jeux opus.

Bande-annonce : The Last Of Us

Fiche technique : The Last Of Us

Réalisation : Craig Mazin / Neil Druckman / Peter Hoar / Jeremy Webb / Jasmila Zbanic / Liza Johnson / Ali Abbasi
Scénaristes : Craig Mazin / Neil Druckman
Plateformes : HBO / Prime Vidéo
Durée : 42mn à 90mn
Nombre d’épisodes : 9
Casting : Pedro Pascal / Bella Ramsay
Genre : Post apocalyptique / Thriller / horreur
Musique : Gustavo Santoallala

Note des lecteurs0 Note
3.8

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

L’Être aimé : l’autre « Abandon »

Prenant le point de départ du Valeur sentimentale de Joachim Trier, l'histoire d'un cinéaste qui tente de renouer avec sa fille par l'intermédiaire d'un projet cinématographique, Rodrigo Sorogoyen propose une tout autre approche. L'intensité de sa mise en scène raconte le poids d'un passé qui vient perturber le tournage. Un abandon qui hante ce père comme sa fille. Analyse, en cinq scènes fortes.

Mata : Mata Hantée

Avec "Mata", Rachel Lang (Mon légionnaire) plonge son héroïne dans les brumes de la DGSE, entre désert nigérien et labyrinthes déshumanisés. Eye Haïdara y incarne une espionne déchirée, animée par une quête de vérité aussi pure qu'impossible. Un film magnétique et troublant.

Cosmos : la splendeur modeste d’une rencontre

Dans Cosmos, Germinal Roaux filme la rencontre bouleversante entre un paysan maya et une intellectuelle en fin de vie. Une œuvre lente, poétique et sensorielle, où la nature, la mort et la transmission composent une intense expérience de cinéma.

Le Virtuose : accord majeur, impact mineur

Entre thriller de casse et drame intime, "Le Virtuose" joue sur plusieurs cordes à la fois, mais pas avec la même justesse. Daniel Roher signe une première fiction habitée par de vraies intentions, portée par un Leo Woodall magnétique, mais qui manque parfois de profondeur dans sa partition. Un film qu'on suit sans déplaisir, sans être mémorable pour autant.

Tout va super : Voir Habib et mourir

Drôle, subtil et bouleversant, Tout va super mêle comédie romantique et réflexion sur la fin de vie. Porté par une distribution éclatante (Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb, Camille Chamoux, Rudy Milstein), le nouveau film de Patrick Cassir a des airs de Blier en plus suave.
Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.