« Psychothérapies » : derrière la porte du cabinet

Eux-mêmes thérapeutes, Jessica Holc et Ghislain de Rincquesen s’associent au dessinateur Emiliano Tanzillo pour Psychothérapies, un roman graphique publié aux éditions Glénat, et qui dévoile les dessous d’une pratique qui permet de « guérir par la parole ».

Lorsque Gaby se décide à consulter une psychothérapeute, il doit mettre de côté ses aprioris, qui le poussent à réduire la pratique aux « bourges » et aux « fous ». Il témoigne pourtant un besoin criant d’aide : à 30 ans, il se dit épuisé par les cauchemars récurrents qui perturbent ses nuits. Paula, elle, a été traumatisée par les attentats de Nice, dont elle peine à se relever. Tous deux vont, à mesure que les séances passent, apprivoiser leurs peurs, identifier les sources de leurs souffrances et mettre des mots sur des blessures anciennes, parfois remontant à l’enfance, de manière à retrouver la légèreté et la spontanéité espérées.

La psychothérapie telle que mise en vignettes par l’album de Jessica Holc, Ghislain de Rincquesen et Emiliano Tanzillo est un cadre rassurant, confidentiel, expurgé de tout jugement. Sa finalité est de concourir à la résolution de problèmes émotionnels et comportementaux, pour améliorer la qualité de vie des patients. Gaby et Paula passent par une sorte de maïeutique émotionnelle qui leur permet d’explorer leurs sentiments les plus profonds, pour mieux les comprendre et y faire face. Le premier a édifié sur les souvenirs d’un père distant et autoritaire un manque de confiance en soi et la conviction qu’il est incapable d’accomplir quoi que ce soit de probant dans la vie. La seconde prend rapidement conscience que la passivité et l’extrême prévenance de son petit ami l’étouffent, tandis qu’elle cherche à remonter la pente après les fêlures provoquées en elle par les attentats de Nice.

La psychothérapie doit aider les individus à trouver les moyens de surmonter les obstacles qui les empêchent de vivre pleinement leur vie. C’est exactement ce qui ressort des pérégrinations de Gaby et Paula. Les auteurs présentent dans un premier temps leurs séances de manière alternée, avec des codes chromatiques différenciés (le jaune pour lui, le bleu pour elle). Mais les deux personnages vont finir par se rencontrer, par s’éveiller l’un à l’autre et par révéler toutes les émotions qui en découlent lors de leurs consultations psychologiques. Ils se reconstruisent ensemble tout en épinglant des problèmes lointains et irrésolus : il sera ainsi question de filiation et de dualité pour Paula, tandis que Gaby se montrera incapable de décentrer son regard pour se mettre à la place de sa nouvelle petite amie après son accident.

Psychothérapies pousse la démonstration un peu plus loin, puisque ses auteurs y évoquent également la supervision thérapeutique, qui permet aux thérapeutes de discuter de leurs cas avec d’autres professionnels de la santé mentale, afin de recevoir des conseils sur leur travail. Il peut en découler des remises en question utiles, comme c’est le cas par exemple pour le thérapeute de Paula, qui vit comme une rupture la décision de sa patiente d’arrêter les séances. La spécialiste qui suit Gaby éprouve quant à elle des difficultés à définir le périmètre de la thérapie, ce qui s’objective par des rendez-vous non honorés (mais pas facturés) ou des retards incommodants.

Dans la lignée des séries En thérapie ou In Treatment, Psychothérapies tend à démystifier une pratique millénaire tout en exploitant ses reliefs émotionnels pour mieux caractériser les protagonistes et leurs affects. Bien qu’un peu convenu, l’album n’en demeure pas moins plaisant et d’une grande sensibilité.

Psychothérapies, Jessica Holc, Ghislain de Rincquesen et Emiliano Tanzillo
Glénat, février 2023, 80 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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