FIFAM 2022 : Ashkal de Youssef Chebbi

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Ashkal, en compétition au FIFAM 2022, est un film fascinant et déroutant.  Un récit de feu, de mort, de corruption. Une enquête impossible, telle celle de La Nuit du 12, mais où tout flambe, tout suinte, tout est caché. Un grand film de désespoir collectif porté par une mise en scène d’une grande qualité (métallique, sombre, intense).

Portrait d’une  société en feu

Ashkal est baigné par des décors durs, vides, graphiques, sur une révolution impossible. Les personnages tentent de résister, s’opposent, cherchent, mais se heurtent à des murs et à cette incroyable histoire de corps qui brûlent mais ne ploient pas, de mains qui transmettent le feu et d’une société qui tombe à n’en plus finir. Le décor prend une place fascinante et d’une importance capitale, puisqu’on est au cœur d’un quartier brutalement stoppé au début de la révolution et qui n’en finit pas de ne pas être terminé. Un décor non sans rappeler le chassé-croisé de Geronimo (de Tony Gatlif) ou encore les travaux permanents de Still Life.

Ashkal est surtout un film de doutes, de questionnements permanents et n’apporte pas de réponse préconçue. Fait troublant que ce feu qui dévore des victimes sans visage, sans révolte aussi, comme si tout était couru d’avance. Le film, ancré dans un genre éculé qu’est le film policier, surprend pourtant par son âpreté, son mystère, son entêtement. Il n’est pas aisé de l’appréhender, c’est un objet qui se manipule avec précautions tant ses lectures sont multiples : désespoir, corruption, intervention diabolique, autant de réponses qui ne font que se heurter à l’impossibilité d’en choisir une.

Vertige

Youssef Chebbi dans ce polar sombre décrit le personnage de Fatma, dont le père a combattu la corruption,  en la mettant sans cesse en action, tout en la sachant et la montrant dans toute son impuissance. C’est pourtant un personnage qui ne lâche pas et tente d’éteindre l’incendie bien qu’elle n’ait à sa disposition que son courage et un verre d’eau. Au final, Ashkal raconte un pays qui voudrait poursuivre sa construction mais qui a tout à déconstruire avant tant ses fondations – les institutions – sont impuissantes. Par choix scénaristique, Fatma et Batal travaillent ensemble tels les flics d‘Engrenages, entraînés dans leur travail comme dans un puits sans fond dans lequel le spectateur les suit sans savoir ce qui l’attend… Vertigineux.

Ashkal : Fiche technique

Synopsis : Dans un des bâtiments des Jardins de Carthage, quartier de Tunis créé par l’ancien régime mais dont la construction a été brutalement stoppée au début de la révolution, deux flics, Fatma et Batal, découvrent un corps calciné. Alors que les chantiers reprennent peu à peu, ils commencent à se pencher sur ce cas mystérieux. Quand un incident similaire se produit, l’enquête prend un tour déconcertant.

Réalisation : Youssef Chebbi
Scénario : Youssef Chebbi, François-Michel Allegrini
Interprètes : Fatma Oussaifi, Mohamed Houcine Grayaa, Hichem Riahi, Nabil Trabelsi, Bahri Rahali, Rami Harrabi
Photographie : Hazem Berrabah
Montage : Valentin Feron
Production  : Blast Film, Poetik Film, Supernova Films
Distributeur : Jour2fête
Date de sortie : 25 janvier 2023
Durée : 1h32
Genre : Thriller

Festival

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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