Revoir Paris : le sentier des cicatrices

Sept ans après la nuit d’horreur du 13 novembre 2015 et à l’heure où s’ouvre le procès de l’attentat de Nice, la cinéaste Alice Winocour nous livre une œuvre poignante sur la reconstruction des victimes, portée par Virginie Efira, d’une justesse implacable.

Synopsis de Revoir Paris : A Paris, Mia est prise dans un attentat dans une brasserie. Trois mois plus tard, alors qu’elle n’a toujours pas réussi à reprendre le cours de sa vie et qu’elle ne se rappelle de l’évènement que par bribes, Mia décide d’enquêter dans sa mémoire pour retrouver le chemin d’un bonheur possible.

Trois ans sont passés depuis Proxima, Alice Winocour revient derrière la caméra avec un film saisissant qui s’attarde sur le sujet délicat du traumatisme des attentats de Paris. Dédiée à son frère, survivant du bataclan le soir du 13 novembre, la cinéaste a conçu une œuvre intimiste et cathartique. On pourrait la définir comme du cinéma curatif, tant le choix de la mise en scène est porté sur l’acceptation du drame par les personnages, mais aussi par les spectateurs.

De là découle la décision de montrer l’attaque du restaurant « Le soleil d’or » où Mia se trouve pour boire un verre. Nous sommes immédiatement plongés dans le traumatisme du personnage interprété par Virginie Efira, dans une séquence suffocante, caméra tremblante qui suit sa tentative de fuite, sans jamais dévoiler le visage de l’assaillant a contrario de ceux des victimes. Néanmoins, la séquence n’est pas montrée entièrement, soulignant l’impact de la violence sur la psyché de Mia qui ne se souviendra presque de rien.

Paris, puzzle mémoriel

Son retour à la capitale, alors qu’elle s’est exilée pendant trois mois, marque le commencement de sa quête mémorielle, à travers les lieux qu’elle redécouvre. Paris est filmé tel qu’il est perçu par Mia, une masse gigantesque où sont dilapidés ses souvenirs. Le plan général de l’arc de triomphe en pleine nuit, autour duquel tournent et s’échappent les véhicules, est l’illustration subtile de cette mémoire fragmentée et blessée.

La clé de sa recherche s’incarne également par les autres victimes, lui permettant de tisser peu à peu le long fil du déroulement de cette soirée. Afin de souligner leur importance, la cinéaste donne à chaque personnage l’opportunité de raconter son propre point de vue, au sein de séquences touchantes, tournées comme des petits portraits. Nous sommes à la lisière entre le témoignage documentaire et la fiction.

Plus qu’une simple enquête, ce sont des rencontres qui s’offrent aux yeux des spectateurs. En témoigne l’apparition récurrente des mains qui se tiennent, et même des corps qui se touchent, explorant pudiquement les stigmates physiques de l’attentat. Un traumatisme psychologique oui, mais aussi une chair marquée à jamais.

Tous ces signes visuels sont la somme d’une profonde rupture dans l’existence des survivants. Quelque chose s’est brisé en eux, cause de l’incapacité de reprendre le cours d’une ancienne vie. Si Alice Winocour prend le temps de nous expliquer à quel point les victimes de l’attentat expriment une grande difficulté à ‘aller de l’avant’, c’est aussi pour mettre en perspective la promptitude du monde à oublier ce traumatisme collectif. Suite à la cérémonie de recueillement sur la place de la République, Mia assiste au nettoyage de celle-ci. Impuissante face aux fleurs et aux bougies balayées.

L’espoir est humain

Revoir Paris est malgré tout un film d’espoir, pas d’anéantissement. À mesure des mains tendues, des oreilles à l’écoute, Mia renoue avec l’humanité. Elle y déterre à mains nues ce diamant dans le trauma, véritable fil rouge du récit. Au-delà de la reconstruction et de la vérité, il y a surtout la naissance d’une nouvelle perception de la société et de notre rapport aux autres.

C’est ce qui en fait une œuvre importante. Puisque Revoir Paris est, tout à la fois, un hommage et un remède.

Réalisation : Alice Winocour
Scénario : Alice Winocour
Interprétation : Virginie Efira, Benoît Magimel, Grégoire Colin, Maya Sansa..
Photographie : Stéphane Fontaine
Décors : Margaux Remaury
Costumes : Caroline Spieth
Musique : Anna Von Hausswolff
Producteurs : Isabelle Madelaine, Emilie Tisné
Maisons de Production : Pathé
Distribution (France) : Pathé
Durée : 1h45
Genre : Drame
Date de sortie : 07 Septembre 2022

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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