« Trixie » : le voile des illusions

Les éditions Soleil publient le second tome du diptyque Sideshow, qui met en lumière le personnage de Trixie, mais aussi la mission menée par Charly pour le compte de Mme Deacon…

Après un premier tome axé sur le personnage de Charly, c’est désormais au tour de Trixie de voir son passé éventé. Victime d’une mère pieuse à l’éducation trop stricte, cette dernière prend un jour le parti de s’émanciper. Fuyant le foyer parental, elle croise la route d’un homme, Rurik, qui la prend sous son aile et la couvre de tatouages de la tête aux pieds. Altruiste, ce dernier n’émet aucun jugement sur les mœurs légères désormais adoptées par celle qui a longtemps dû obéir aux diktats religieux et à l’oppression d’un conformisme bienséant. Éric Corbeyran et Emmanuel Despujol façonnent ainsi un personnage aux fêlures béantes, pouvant rappeler, par exemple, la Nina Sayers du film Black Swan – elle aussi aux prises avec une mère psychorigide.

Figure énigmatique du premier tome, construit sur base de flashbacks (comme celui-ci), Charly n’est pas en reste dans ce second album. On découvre ainsi les tenants et aboutissants de la mission qu’il mène pour le compte de l’ambivalente Mme Deacon. Aux trousses d’une lamie, il finit par lever le voile sur les agissements sournois de celle qui l’a engagé. Mais finalement, ce que charpentent Éric Corbeyran et Emmanuel Despujol, par-delà les monstres, les mythes et les fausses pistes, c’est une histoire d’amour contrariée, peut-être même impossible, entre deux êtres dysfonctionnels et héritiers, chacun à sa façon, d’un lourd passé.

Dans des planches à l’organisation sophistiquée, dessinées avec soin, les multiples inconnues du premier tome trouvent peu à peu leurs réponses. En cela, les auteurs relèvent un défi de taille : apporter une conclusion satisfaisante à un diptyque qui, à mi-chemin, laissait bon nombre de questions en suspens. Dans une ambiance volontiers noire, placée sous le prisme de la nostalgie, les caractères se dévoilent et les blessures intérieures s’énoncent. Sideshow façonnait un propos sur la tolérance et revisitait toutes sortes de mythes fantastiques dans sa première partie ; « Trixie » se rattache davantage à l’intimité et la psychologie de ses deux principaux personnages, abîmés et attachants. Une belle réussite.

Sideshow : Trixie, Éric Corbeyran et Emmanuel Despujol
Soleil, juin 2022, 56 pages

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Festival

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Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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