Festival de Cannes 2022 : Crimes of the Future, de David Cronenberg

Le post-apo n’a jamais été aussi dénué d’âme. David Cronenberg revient avec un film étroitement lié à ses œuvres précédentes : eXistenZ et Videodrome. Une sorte de trilogie organique annonciatrice de mauvais augure.

Huit ans après Maps to the Stars, le génie du body horror surprend son public avec une histoire pleine de bistouris et de préventions écologiques.

Après des mois d’attentes, le film de David Cronenberg attise la toile après un premier jet à Cannes. Le réalisateur avait prévenu, il veut choquer son public. Il n’est pas question de sang, de propagande ou encore de violence mais un électrochoc sur un futur qu’on qualifierait presque de prophétique.

Dans le monde que le cinéaste dépeint, les pièces du puzzle que eXistenZ et Videodrome ont déjà apportées au cinéma se retrouvent de nouveau dans une ambiance de fiction où le corps est tellement meurtri des catastrophes écologiques, qu’il se désintègre de l’intérieur. Un petit groupe d’assaillants essaie de recréer une toute nouvelle sorte de race humaine qui serait capable de vivre dans ce nouveau climat. Entre organismes capables de digérer le plastique recyclé par reproduction de petits organes et machines somatiques qui procurent du plaisir en tailladant la chair, Crimes of the Future perturbe l’audience par sa franchise.

La genèse de la synthèse

L’œuvre dénonce les problèmes liés au climat, une planète pourrie qui petit à petit n’offre plus aucune sorte de plaisir, où les règles d’esthétisme ne valent plus, où chirurgie et métamorphoses sont les seules lignes attractives. Saul Tenser, artiste performer, s’exhibe dans des spectacles d’avant-garde sur sa création naturelle de petits organes, synonyme de l’évolution humaine.
Filmé comme un mouvement artistique, le show attire un bon nombre d’adeptes, où les manifestants de la nouvelle ère vont présenter le cadavre d’un premier né avec un authentique système digestif pour toutes formes de synthèses.

Par son environnement putride et sa forme abstruse, le nouveau long-métrage de Cronenberg ne fera pas l’unanimité, mais séduira une bonne partie par son ouverture d’esprit, sa décadence et son honnêteté.
Du haut de ses 79 ans, le papa de Crash n’a que faire de satisfaire le plus grand nombre, quand ses plus fidèles admirateurs sauront reconnaître l’esprit malin derrière un absurde aussi beau qu’excentrique.

Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2022.

Les Crimes du futur : Bande-annonce

Les Crimes du futur : fiche technique

Synopsis : Dans un futur proche, les Hommes ont appris à vivre sans leur enveloppe corporelle. L’Humanité est désormais capable de modifier sa composition biologique et notamment de se métamorphoser. Le « performeur » Saul Tenser en a fait un spectacle. Avec sa partenaire Caprice, il dévoile en temps réel à ses adeptes l’ablation et la transformation de ses organes.

Titre original : Crimes of the Future
Réalisation : David Cronenberg
Distribution : Viggo Mortensen, Léa Seydoux, Kristen Stewart, Scott Speedman
Scénario : David Cronenberg
Photographie : Douglas Koch
Musique : Howard Shore
Sociétés de production : Argonauts, Serendipity Point Films
Sociétés de distribution : MK2/Mile End (Canada), Metropolitan Filmexport (France)
Genre : Science-fiction
Durée : 107 minutes
Date de sortie : 25 mai 2022 (FR)

Canada-France-Grèce – 2022

Festival

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Charlotte Quenardel
Charlotte Quenardelhttps://www.lemagducine.fr/
Mordue de ciné depuis mes jeunes années, allant de The Thing à Moulin Rouge, Lost Highway ou encore To Have and Have Not, je m'investis à nourrir cet hétéroclisme cinématographique en espérant qu'il me nourrisse à son tour. Et peut-être qu'en passant, je peux en happer un ou deux sur ma route. Après tout, comme disait Godard : “Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.”

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