Festival de Cannes 2022 : When You Finish Saving The World et God’s Creatures

Les relations entre mère et fils, dur labeur ou plaisir à plein temps ? When you finish saving the world et God’s Creatures sont de ces films qui rappellent que peu importent les liens, tout peut basculer d’un simple claquement de doigts.

Quand un démarrage est autant chargé par une atmosphère aussi chimérique que God’s Creatures, le film de Saela David et Anna Rose Holmer, il y a de quoi laisser pantois. Tout commence par une noyade musicale suivi des obsèques d’un jeune fils du village et le retour d’un autre. Élément majeur qui va bouleverser cette communauté de pêcheurs.

Brian, fils à maman absent depuis des années refait surface dans la famille O’Hara. Sa présence, pleine de réconfort pour la mère, n’en est rien du côté du père. Malgré un accueil en bonne cordialité, l’amertume se fait vite ressentir lors des rendez-vous dînatoires. Contre le mépris du père, Brian trouve quand même un travail, solidifiant sa place dans le foyer jusqu’à revenir vers un train de vie de petit enfant gâté. Emily Watson joue une mère dévouée à son fils, pleine de profondeur et de sensibilité. Le genre de femme sur qui on peut compter, toujours présente pour son entourage mais incapable de mettre des limites à un enfant déjà bien trop chéri.

Sans aucune perte de temps, les relations vont basculer quand Brian est soudainement accusé de viol. Coute que coute, sa mère continue de vivre à l’aveuglette, devenant à son tour une figure de brebis galeuse. Mais l’étau se resserre quand pour la première fois, la victime et ancienne amie se retrouve face à elle. La culpabilité se fraie un chemin vers la voie de la raison, alors Brian devient la proie de sa honte, une vérité qu’elle avale difficilement à chaque coup d’oeil vers son précieux cadet.

Le film s’enlise graduellement vers un environnement oppressant, avec des plans de plus en plus serrés sur ses protagonistes. Plutôt que de suivre les méandres du personnage joué (avec justesse) par Paul Mescal, le récit préfère se tourner vers sa mère, tantôt incapable de voir la vérité en face jusqu’à mentir pour la chair de sa chair, tantôt dégoûtée par tout ce qu’il représente au point de l’abandonner aux bons soins des sirènes.
Toutefois les longueurs se font ressentir, et bien qu’elles appuient ce goût opprimant, elles nous compriment à notre tour. Une séance difficile à digérer mais qui petit à petit refait surface dans un coin de notre tête.

Le film est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2022.

God’s Creatures – Fiche technique

Réalisation : Saela David, Anna Rose Holmer
Scénario : Shane Crowley
Interprétation : Emily Watson, Paul Mescal, Aisling Franciosi, Isabelle Connolly
Photographie : Chayse Irvin
Montage : Jeanne Applegate, Julia Bloch
Musique : Danny Bensi, Saunder Jurriaans
Production : Fodhla Cronin O’Reilly
Société de production : Nine Daughters, A24, BBC Film, Screen Ireland, WRAP Fund
Société de distribution : A24
Genre : drame psychologique
Durée : 94 minutes
Royaume-Uni, Irlande – 2022

Film d’ouverture de la Semaine de la critique et premier long-métrage de l’acteur new-yorkais Jesse Eisenberg, When You Finish Saving The World balance les codes de bonne conduite loin de ses héros. Entre une mère dévouée à son refuge pour femmes battues au point de délaisser son nid et un fils narcissique qui ne vit que pour ses 20 000 followers et sa musique qu’il pense comme véritable refuge pour tous ses fans du tiers monde, il est difficile aux premiers abords de s’attacher à ces personnages complexes et autosaboteurs.

La démarche se veut sans fioriture, notre nerd préféré réalise une satire familiale forte en thématiques sociales. On sent l’immense bourrade de questions qu’il se pose, et son film lui sert de réflexion à coucher sur papier géant. La maladresse d’un premier long est présente mais le besoin de s’exprimer et de trouver des réponses sont tellement sincères qu’on lui pardonne volontiers.

Finn Wolfhard étonne, et bien qu’avec son jeune âge et son expérience déjà bien ancrée sur nos télévisions, il s’amuse dans ce rôle grisant de l’adolescent aveuglé par le succès, même si cela signifie n’être qu’un petit individualiste dictateur (en particulier avec ses parents).
La relation avec sa mère est tellement électrique qu’il ne se rend même pas compte que tout ce dont il a besoin est sa simple approbation. D’ailleurs, on peut autant en vouloir à celle-ci de ne pas chercher à arranger les choses avec son fils, au lieu de rester figée dans le confort de son statut de directrice, au point d’y chercher l’amour d’un enfant chez un de ses résidents. Mais l’un et l’autre n’arrivent à rien tant l’obstination grignote le peu d’attention qu’ils peuvent avoir l’un envers l’autre. Et bien qu’à la fin, la déception d’avoir échoué soit le meilleur moyen de se retrouver.

Le film est présenté à la quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2022.

When You Finish Saving The World – Bande-annonce :

When You Finish Saving The World – fiche technique

Le film fait l’ouverture de la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2022.

Scénariste et réalisateur : Jesse Eisenberg
Interprètes: Julianne Moore (Evelyn), Finn Wolfhard (Ziggy), Billy Bryk (Kyle)
Photographie : Benjamin Loeb
Montage : Sara Shaw
Musique : Emile Mosseri
Production : Ali Herting, Dave McCary, Emma Stone
Sociétés de production : CAA Media Finance, Fruit Tree
Société de distribution : A24
Durée : 88 minutes
Genre : comédie dramatique
États-Unis – 2022

Festival

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Charlotte Quenardel
Charlotte Quenardelhttps://www.lemagducine.fr/
Mordue de ciné depuis mes jeunes années, allant de The Thing à Moulin Rouge, Lost Highway ou encore To Have and Have Not, je m'investis à nourrir cet hétéroclisme cinématographique en espérant qu'il me nourrisse à son tour. Et peut-être qu'en passant, je peux en happer un ou deux sur ma route. Après tout, comme disait Godard : “Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.”

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