« Apocalypse Show, quand l’Amérique s’effondre » : fin de règne

Enseignante en histoire et géographie, Anne-Lise Melquiond s’intéresse dans Apocalypse Show, quand l’Amérique s’effondre (Playlist Society) aux séries télévisées post-apocalyptiques et à leurs versants visuel et narratif.

Apocalypse Show, quand l’Amérique s’effondre est d’abord un exercice compilatoire. De The Walking Dead à The Last Man on Earth en passant par The 100, Designated Survivor, Revolution ou Jericho, Anne-Lise Melquiond tourne autour des séries télévisées post-apocalyptiques comme un papillon autour d’un lampadaire. Elle en extrait des motifs, des symboles et des figures qui questionnent ces sociétés altérées, fractionnées, en perdition et souvent en butte aux résonances de l’histoire. Ce dernier point est d’ailleurs explicité à travers l’exemple des Indiens, qui revient plusieurs fois dans l’ouvrage. Évidemment, à ce petit jeu, The Walking Dead occupe une place de choix. Anne-Lise Melquiond y voit une densité inédite, un jeu sur la notion de frontière, une redéfinition perpétuelle de la gouvernance et de la justice, mais aussi un personnage-phare, Rick Grimes, renvoyant puissamment au western – chapeau, étoile de shérif, pistolet, personnalité dépositaire du pouvoir et de l’ordre…

Le titre annonce clairement la teneur de cet essai : Anne-Lise Melquiond axe sa réflexion sur les États-Unis, à travers ses représentations, sa géographie, son histoire et ses considérations sociopolitiques, le tout exposé à la lumière profuse des séries télévisées post-apocalyptiques. Pourquoi imagine-t-on des villes en ruines en repensant à The Walking Dead alors qu’elles demeurent quasi intactes ? Que dit The Last Man on Earth de la société de consommation ? Comment Battlestar Galactica ou Revolution s’imprègnent-ils de politique ? Que dit la temporalité de 24 Heures chrono ? Comment est racontée l’apocalypse dans la plupart de ces récits ? Apocalypse Show, quand l’Amérique s’effondre est aussi une affaire de fuites, de résilience, d’antagonismes humains, de symboles (le Capitole, la Maison-Blanche, le Mémorial de Lincoln, la frontière mexicaine…). Tous ces points alimentent la réflexion dense et comparative d’Anne-Lise Melquiond, qui s’autorise aussi quelques détours par la philosophie ou le cinéma.

Les tonalités sont variées, les images parfois insupportables (notamment dans The Walking Dead), les menaces plurielles, les espoirs antinomiques, mais Anne-Lise Melquiond pointe cependant deux impensés des séries télévisées post-apocalyptiques : la catastrophe écologique et le capitalisme. Elle argue en effet que tout est échafaudé de telle sorte que l’imaginaire collectif est privé de la première et incapable de se projeter en dehors du second. Jusqu’à quand ?

Apocalypse Show, quand l’Amérique s’effondre, Anne-Lise Melquiond
Playlist Society, septembre 2021, 160 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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