Dersou Ouzala (1975) d’Akira Kurosawa : le chef-d’œuvre d’aventure en DVD chez Potemkine !

En ce 4 janvier 2022, les éditions Potemkine faisaient commencer la nouvelle année des cinéphiles sous les meilleurs augures, en proposant un repressage de leur édition DVD de l’immense Dersou Ouzala, ce chef-d’œuvre d’aventure à la place si particulière dans la filmographie d’Akira Kurosawa.

Pour une analyse plus fine et proprement cinématographique de l’œuvre, nous vous invitons à lire notre article déjà paru il y a quelques mois sur le site dans notre rubrique Films Classiques. Nous nous focaliserons ici sur l’édition DVD en elle-même, que nous avons pu tester.

Commençons par le défaut majeur : la qualité de l’image. Certes, un DVD n’a pas la capacité de rendu visuel que peuvent avoir les Blu-Ray 4K que l’on trouve aujourd’hui, mais tout de même, cette édition ne rend pas hommage à la splendeur des paysages forestiers du film. L’image manque de fluidité, voire marque des à-coups à la manière des vieilles VHS ; les couleurs sont assez ternes, sans les contrastes qui permettraient d’apprécier pleinement les décors hivernaux et automnaux ; la luminosité est légèreté trop importante, si bien que certaines scènes nocturnes semblent être recouvertes d’un filtre gris. Est-ce la faute du DVD ou tout simplement de la source utilisée ? On sait que Dersou Ouzala n’a pas toujours été bien conservé, et que pendant longtemps il fallut se contenter de versions de piètre qualité visuelle. Mais depuis quelques années, tout de même, certains remasters Blu-Ray ont produit un travail impressionnant et ont corrigé toutes les imperfections des éditions passées. Mais peut-être n’était-ce pas possible, pour Potemkine, d’accéder à ces versions en très haute définition que l’on ne trouve actuellement qu’en import depuis l’étranger…
Quoiqu’il en soit, difficile en 2022 de prendre un plaisir maximum devant ce qui est pourtant un chef-d’œuvre, avec une qualité d’image franchement d’un autre temps. Mais bon, pour peu que l’on s’y habitue, le voyage demeure passionnant et l’esthétique de Kurosawa transcende de toute façon le medium.

Heureusement, le contenu rattrape quelque peu la forme. En plus du film, on trouve trois suppléments complémentaires. Des images d’archive du vrai Arsèniev, l’explorateur russe ayant sillonné la taïga (supplément assez anecdotique, dans la mesure où les quelques images ne montrent pas Arsèniev en pleine exploration ou dans la taïga, mais simplement à son retour… Cela permet au moins de mettre un visage sur le personnage historique). Une analyse de Charles Tesson d’environ 20 minutes, relativement éclairante quant a contexte de production du film, à ses thématiques ou encore sa construction narrative. Mais si l’entretien fera office de bon guide de lecture, la vraie pépite reste ce making-of, malheureusement trop court (5 petites minutes), où l’on découvre Kurosawa entouré de son équipe technique à majorité russe, nous offrant un coup d’œil sur l’envers du décors (qui n’en est pas un, pour le coup) d’un tournage in situ aux conditions difficiles.

Pour conclure, cette édition DVD proposée par Potemkine souffle le chaud et le froid. Forcément recommandable du fait même que le film est une immense aventure humaine, assortie de quelques suppléments de programme qui mettent l’eau à la bouche (plus qu’ils n’étanchent la soif, à vrai dire) ; difficilement recommandable à cause de sa qualité d’image pas à la hauteur du rendez-vous (et pour un film qui brille pour son immersion en milieu naturel et son esthétique, cela est difficilement pardonnable). En attendant une future restauration qui saura rendre à ce chef-d’œuvre sa beauté originelle !

Contenu additionnel :
– Commentaire audio de Charles Tesson
– Images d’archives du tournage
– Images d’archives de l’explorateur Vladimir Arseniev

Dersou Ouzala – Bande-annonce :

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Fjord : La Grande Fureur des bien-pensants

"Fjord", Palme d'or 2026 de Christian Mungiu, suit une famille roumano-norvégienne accusée par les services sociaux d'un pays scandinave, entre conservatisme religieux et progressisme libéral. Un film ambigu et intelligent, mais un peu trop scolaire et démonstratif, qui questionne nos préjugés.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.
Jules Chambry
Jules Chambry
Cinéphile compulsif enfermé dans le cinéma d'antan, passionné de mélos des années 30, de comédies italiennes et de westerns de l'âge d'or. Mes influences vont de John Ford à Fellini, en passant par Ozu, Tati, Pasolini ou encore Capra. J'écris des articles trop longs.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.

Fureur apache (1972), de Robert Aldrich : le cimetière des mythes

Des personnages nuancés, un Burt Lancaster extraordinaire et des paysages majestueux sont mis au service d’un récit évoquant la lutte à mort que se livrent deux cultures qui jamais ne pourront se comprendre. Le manichéisme n’a pas sa place ici : les adversaires sont renvoyés dos à dos alors qu’en arrière-plan le rêve américain se fracasse dans le sang et les cendres…

La trilogie du « Docteur Mabuse » de Fritz Lang : quarante ans d’une saga criminelle allemande

Réunis dans un magnifique coffret, les trois films que l’immense Fritz Lang a consacrés au génie du crime permettent de réaliser à quel point ils furent le reflet de leurs époques troublées respectives. Car ces œuvres ne sont pas seulement des films noirs paranoïaques qui inspireront une multitude de cinéastes – jusqu’à aujourd’hui. Ils traduisent l’idée que le chaos génère le mal et que, s’il adopte bien des visages, le mal n’en demeure pas moins intemporel.