Découvrez « La Lune par les grands maîtres de l’estampe japonaise »

Avec La Lune par les grands maîtres de l’estampe japonaise, publié aux éditions Hazan, Anne Sefrioui replace un motif majeur de la culture nippone dans ses représentations les plus illustres.

La formule ne change pas : un livret didactique, replaçant la lune dans la culture japonaise, accompagné d’un ouvrage-accordéon, le tout dans un coffret raffiné des plus engageants. La Lune par les grands maîtres de l’estampe japonaise est une célébration attendue, tant l’astre occupe une place prédominante au pays du soleil levant. Ainsi, Anne Sefrioui rappelle que le premier texte de fiction, le Conte du coupeur de bambou, datant du Xe siècle, racontait déjà l’histoire d’une princesse, Kaguya, s’envolant pour la lune malgré les sollicitations pressantes de courtisans fortunés. Aujourd’hui encore, la lune fait l’objet, au Japon, d’attentions particulières, puisqu’une « fête de la contemplation », appelée Tsukimi, lui est dédiée (et se trouve en bonne place parmi les estampes proposées). Des superstitions continuent d’accompagner l’astre lunaire : un enfant né un soir de pleine lune serait promis à une bonne santé, tandis qu’un vocabulaire subtil lui est associé depuis l’époque de Heian (VIIIe-XIIe siècle), allant d’« arc tendu » à « lune indécise » en passant par « lune des regrets » ou « des adieux ». Les représentations de la lune se multiplieront avec la popularisation des estampes. Il n’est dès lors guère étonnant d’en déceler les traces, séminales, dans l’œuvre d’Utagawa Hiroshige, Katsushika Hokusai ou Taiso Yoshitoshi.

Si la lune occupe une place de choix dans la conscience collective nippone, elle n’apparaît au sein des estampes que comme un agrément, ou tout au plus l’élément d’une somme. Utagawa Hiroshige l’a ainsi juxtaposée à des volatiles, dans « Coucou au clair de lune », « Pleine lune et branche de pin » ou encore « Oies sauvages devant la pleine lune ». Ailleurs, elle fut réfléchie dans l’eau (« Reflets de la lune »), établie au-dessus d’un pont (« Pont de Suheiro au clair de lune ») ou encore associée à la vie nocturne (« Vie nocturne du quartier de Saruwaka-machi »). Qu’elle soit placée au centre de l’estampe ou qu’elle apparaisse de manière marginale, comme c’est par exemple le cas chez Kawase Hasui ou Koho Shoda, la lune est intégrée dans un écosystème figuratif pratiquement immuable : la couleur bleue, l’eau, la montagne, la nature (arbres, champs, animaux…). Elle est presque toujours pleine, mais n’attire qu’occasionnellement le regard des protagonistes qu’elle surplombe. En cela, son caractère demeure ambivalent : archi-présente, très connotée, elle reste toutefois ancrée, le plus souvent, dans un rôle décoratif, pour situer un instant, une situation, ou pour magnifier le ou les objet(s) qui l’accompagne(nt). Il n’est d’ailleurs pas rare que ces derniers – branches d’arbre, oiseaux, ponts, édifice, montagne, hautes herbes, lapin, nuages, vagues, etc. – en masquent une partie, comme pour rappeler son caractère à la fois universel et secondaire.

La Lune par les grands maîtres de l’estampe japonaise parvient très bien à se saisir d’un motif commun et à le mettre en exergue, à la fois dans sa sélection d’estampes que dans le passionnant texte introductif d’Anne Sefrioui. Régal pour les yeux, l’ouvrage complète une collection déjà bien fournie, qui éclaire d’un jour nouveau ces représentations nippones dont la sophistication ne cesse de se vérifier.

La Lune par les grands maîtres de l’estampe japonaise, Anne Sefrioui
Hazan, octobre 2021, 186 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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