Festival de Cannes #5 : L’Histoire de ma femme, Mi iubita mon amour, Are You Lonesome Tonight…

Alors que le Festival de Cannes s’achève dans quelques jours, LeMagduCiné continue son voyage au travers des différentes sections de cette édition 2021. Pour ce cinquième rendez vous, nous vous parlons entre autres de Mi iubita, mon amour de Noémie Merlant ou même de Are You Lonesome Tonight de Wen Shipei.

Medusa de Anita Rocha da Silveira (Quinzaine des Réalisateurs)

Anita Rocha da Silveira crée un film qui sied parfaitement à la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs. Parfois de manière un peu bancale, elle offre une expérience de genre assez tenue : un film brésilien qui s’empare de la religion et de la société conservatrice, pour en détourner les codes. Dans une société contemporaine où une sorte de milice adolescente essaye de prêcher la bonne parole et de remettre dans le droit chemin des moutons égarés (des femmes qui sont dans le péché charnel), Medusa critique avec férocité la virilité toxique et l’emprise sur les femmes. Jouant sur les nerfs horrifiques avec une mise en scène chromatique flirtant avec les caractéristiques de celle de Dario Argento et une musique qui rappelle celle de Carpenter, nous nous retrouvons avec une oeuvre qui sent bon la folie, le fantomatique et le baroque. On pourrait lui reprocher sa longueur, ses facilités d’écriture et sa volonté de trop jouer sur ses effets esthétiques, mais à l’instar des Bonnes manières de Marco Dutra et Juliana Rojas, le cinéma brésilien s’avère extrêmement vivifiant dans la manière qu’il a de se réapproprier le cinéma de genre pour parler des failles de son époque. Le charme opère sur le spectateur, entre le film mystique et le teenage movie, qui ferait presque passer Medusa pour un mix entre la série Glee et le film It Follows de David Robert Mitchell.

Sébastien Guilhermet

Are You Lonesome Tonight de Wen Shipei (Séances Spéciales)

Globalement passé inaperçu dans ces deux semaines de festival de Cannes 2021 et présenté dans la catégorie « Séances Spéciales », le film de Wen Shipei est miraculeusement un petit bijou d’efficacité. Tant dans son écriture, qui évite toute forme de gras dans l’enchevêtrement de son scénario à tiroirs, dans sa mise en scène, qui épouse parfaitement la luminosité de son espace claustrophobe mais aussi dans son casting qui exploite les contours du genre. Un film aussi solaire que nocturne qui jongle avec les idées, en se jouant méthodiquement des codes du polar et du film noir avec une architecture narrative qui se veut maligne et réflexive. Le film avance de manière méticuleuse autour de cet homme pensant en avoir renversé et tué un autre. Par culpabilité, il veut tout avouer à la femme du défunt, sauf que plus le récit avancera, plus les pièces du puzzle autour de cette mort s’emboiteront avec agilité. Tant dans ses moments de pure violence (le final) que dans ses moments doux d’où l’émotion surgit, Are You Lonesome Tonight éclabousse de son talent un film dans lequel la stylisation est la première arme. 

Sébastien Guilhermet

Mi iubita, mon amour de Noémie Merlant (Séances Spéciales)

Deux ans après être venue accompagner le flamboyant Portrait de la jeune fille en feu, Noémie Merlant revient à Cannes, cette fois-ci à la réalisation, pour présenter son premier long-métrage Mi iubita, mon amour. Non sans une simplicité parfois maladroite, ce premier long aux allures de road movie initiatique se constitue avant tout comme un hymne à la vie, à l’amour et à l’instant présent. Les personnages incarnent bien, chacun à leur manière, les multiples facettes de la jeunesse : entre imprévisibilité, naïveté, rires, et questionnements sur le sens de la vie. Au plus près des personnages, la caméra nous embarque dans ces déambulations vivantes, virevoltant sans cesse entre éclats de bonheur et instants graves. Si la captation de ces émotions est d’abord réussie, la belle énergie première finit pourtant par se perdre dans un scénario banal, qui somme toute perd son premier élan vital et par là-même imprévisible. Un beau moment, mais un film encore imparfait qui manque de force et de subtilités pour séduire et se démarquer d’un bout à l’autre.

Audrey Dltr

L’Histoire de ma femme de Ildiko Enyedi (Compétition)

L’Histoire de ma femme est typiquement le genre de film qui contient beaucoup de bonnes idées ou de fortes velléités mais qui au final, accouche d’un résultat plus que poussif. Jamais romanesque pour une durée de presque 3h, le film se voudrait être une grande et sublime fresque amoureuse et historique sur un capitaine de navire et sa femme. Derrière les énièmes poncifs sur le couple et sa longévité, sur la sensualité et le désir dans un couple, ce récit amoureux peine premièrement à être incarné malgré une impressionnante Léa Seydoux. Mais surtout, le film manque d’un souffle amoureux, de cette folie qui ferait frémir le spectateur de cette chaleur et de ces doutes sentimentaux : au contraire, nous faisons face à une oeuvre sage, apathique et propre sur elle-même, une sorte de téléfilm de luxe à la tenue visuelle décente et parfois miraculeuse, qui compile les personnages secondaires sans qu’ils n’aient réellement de poids sur le récit et qui n’a malheureusement, aucun regard sur l’époque décrite ni sur son personnage principal. Personnage principal à l’image du film : d’une fadeur sans nom dont l’évolution est globalement inerte durant 3h de disputes.

Sébastien Guilhermet

 

Festival

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