« Casablanca, l’aventure du film » racontée de a à z

L’écrivain Tito Topin a décidé d’exhumer tout ce qui a contribué à façonner, de près ou de loin, le film – et le mythe – Casablanca. Il publie chez LettMotif un ouvrage de 260 pages s’intéressant tant à l’histoire du long métrage de Michael Curtiz qu’à tous ceux, petites mains comme grandes stars, qui ont été impliqués dans sa réalisation.

L’American Film Institute le classe second parmi les cent plus grands films américains de tous les temps. La BBC le glisse dans son top 10. Les cinéphiles sont nombreux à le citer parmi leurs longs métrages favoris. Casablanca n’est pas un film tout à fait comme les autres. Si cette assertion peut ressembler à un lieu commun, Tito Topin se donne la peine de porter à son crédit toute une série de faits, de personnages et d’anecdotes qui ont le mérite d’éclairer l’œuvre de Michael Curtiz d’une lumière nouvelle. Né lui-même à Casablanca, l’auteur retrace le contexte de création du film, se penche une à une sur toutes ses parties prenantes, du réalisateur aux seconds rôles en passant par l’affichiste Bill Gold, et met son sens du récit au service d’une passion contagieuse. Il suffit de consulter le chapitre « Casablancamania » pour prendre la pleine mesure d’une postérité glorieuse. Mais saisir toutes les aspérités du film nécessitait bien ces multiples fiches (certes parfois un peu trop biographiques) que Tito Topin consacre à ses façonniers.

Casablanca, c’est la grande histoire racontée par la petite. Tito Topin rappelle les origines modestes des frères Warner et la manière dont ils ont rencontré le succès grâce au cinéma parlant. Il présente Michael Curtiz comme un réalisateur prolifique ayant fui la « terreur blanche » hongroise pour s’épanouir à Hollywood. Au moment où débute son tournage de Casablanca, le script était encore en gestation, ce qui a eu le don d’irriter Humphrey Bogart (qui venait d’être consacré suite au Faucon maltais) et Ingrid Bergman (prêtée à la Warner après avoir été repérée par Selznick). Le premier craignait que le film ne devienne un échec retentissant et la seconde, souvent dépitée par le manque d’organisation, peinait à en comprendre le scénario. Pour couronner le tout, les deux comédiens-phares ne filaient pas le parfait amour sur le plateau. Tito Topin raconte toutefois comment cette entreprise périlleuse a fini par se solder par un extraordinaire succès d’estime : Howard Koch retravaille le flashback, le script-doctor Casey Robinson amende la romance (non crédité, il ne sera même pas cité à la Cérémonie des Oscars), le chef opérateur Arthur Edeson impose ses éclairages, ses prises de vues et ses angles inédits, le chef décorateur Carl Jules Weyl fait de chaque élément de décor un vecteur narratif. Chacun a ainsi apporté sa pierre, précieuse, à un édifice en voie de maturation.

L’authenticité de Casablanca a également contribué à le distinguer. Son degré de réalisme a été renforcé par les 34 nationalités différentes qui cohabitaient sur le plateau, mais aussi par l’intervention de personnalités telles que le conseiller technique Robert Aisner – qui connaissait la ville de Casablanca pour y avoir lui-même transité. Le débarquement américain et une réunion diplomatique concomitante au lancement du film ont également favorisé son essor, en faisant résonner partout dans le monde le nom de la cité marocaine. L’affichiste Bill Gold n’y est pas pour rien non plus, lui qui a su synthétiser toute la choralité, la pluralité et l’ambiance du film en une illustration idoine, point de départ d’une carrière de quelque 70 années qui l’aura vu collaborer avec Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick ou encore William Friedkin. C’est tout ceci – et un peu plus encore – que l’auteur Tito Topin énonce longuement, avec érudition et la volonté de mettre l’œuvre de Michael Curtiz autant en perspective que possible. Le pari est réussi, même si certains regretteront sans doute que l’anecdote l’emporte in fine sur l’analyse.

Casablanca, l’aventure du film, Tito Topin
LettMotif, mai 2021, 260 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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