Teddy : l’exclusion du réel

Avec Teddy, les frères Ludovic et Zoran Boukherma livrent un deuxième long métrage prometteur qui oscille avec fluidité entre réappropriation d’un mythe horrifique et critique sociale. 

Les cinéastes nourrissent leur univers rural, dessiné sous des traits un peu cartoonesques au travers de bringuebalantes cérémonies administratives, de fêtes entre amis, de groupes de chasseurs armés jusqu’aux dents ou de grandes forêts avoisinantes, par l’apparition parcimonieuse du fantastique. Teddy s’empare certes du mythe du loup-garou mais n’égare jamais son aspect social en faisant de son petit village pyrénéen, un décorum provincial aussi burlesque que pesant, entre clichés, folie et tendresse, où les rejetés du système n’ont guère leur place dans ce conte.

Car même si la bienveillance est de mise, à la fois dans la manière d’écrire des personnages attachants (Pépin), de s’amuser d’un quotidien morose et monotone, ou de rendre cinématographique un environnement qui l’est peu avec une très belle utilisation du cadre, le comique de situation n’a jamais pour objectif de désamorcer cet environnement brutal. Au contraire même, les deux sont liés, ce qui rend cette province encore plus aliénante malgré son enracinement au réel : la matérialisation du fantastique n’est qu’un abcès du réel, une embûche dans un long fleuve tranquille, ou un furoncle qu’il faut éclater. 

La violence du film passe autant par le prisme du récit initiatique vécu par le jeune Teddy, que par les quelques incursions gores du film : les humiliations, les tentatives d’intimidation, la masculinité toxique des groupes de « potes », le harcèlement sexuel, le mépris de classe, le dépit amoureux ne sont que des étapes importantes dans la genèse bestiale et animale qu’il va subir et qui va faire de lui le fugitif de tout un village. L’influence consciente ou involontaire de réalisateurs comme Bruno Dumont se fait sentir, comme lors de leur premier film. Mais les frères Boukherma s’en extirpent rapidement, par cette touche de modernité fortuite, cet amour du genre à la française et par leur regard iconique et organique sur la jeunesse (le sexe). Et dans cet entre-deux, Anthony Bajon, incarnant Teddy, trouve magnifiquement sa place et dévoile une nouvelle fois tout son talent. 

Avec les thématiques de la jeunesse et de l’exclusion scolaire ou sociale, en gérant parfaitement son rythme et ses effets, entre le teen movie et l’étude de cas, l’épouvante et le fantastique, à l’instar d’un It Follows de David Robert Mitchell, le film arrive parfaitement à œuvrer pour voir éclore son imagerie horrifique. Car le loup-garou qui prend corps dans Teddy, un peu comme Seth Brundle dans La Mouche de David Cronenberg ou Nina dans Black Swan, va dévoiler ses contours petit à petit, d’un poil dans un œil ou sur une langue jusqu’au dépérissement d’un ongle. En utilisant ce langage du body horror, la mutation va se faire au grès des tressaillements d’une colère qui gronde, d’une rage incontrôlable, par la montée progressive d’un mépris social et d’un ostracisme unanime autour de Teddy jusqu’à ce que le monstre apparaisse, enfin.

Teddy dans un loto villageois, c’est comme Carrie se retrouvant au bal du Diable, c’est une explosion, c’est le couronnement d’une vengeance où personne ne sera épargné. Malgré une tendance à rendre son exploration fantastique hors champ, rendant sa personnalité filmique un peu trop sage, Teddy n’en reste pas moins une très belle proposition de chair et de sang. 

Bande Annonce – Teddy

Synopsis : Dans les Pyrénées, un loup attise la colère des villageois. Teddy, 19 ans, sans diplôme, vit avec son oncle adoptif et travaille dans un salon de massage. Sa petite amie Rebecca passe bientôt son bac, promise à un avenir radieux. Pour eux, c’est un été ordinaire qui s’annonce. Mais un soir de pleine lune, Teddy est griffé par une bête inconnue. Les semaines qui suivent, il est pris de curieuses pulsions animales…

Fiche Technique – Teddy

Réalisateur : Ludovic et Zoran Boukherma
Scénario : Ludovic et Zoran Boukherma
Casting : Anthony Bajon, Christine Gautier, Noémie Lvovsky…
Sociétés de distribution : The Jokers
Durée : 1h28
Genre: Drame/Horreur
Date de sortie :  10 mars 2021

 

Festival

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