Dorohedoro : une baffe sanguinolente chez Netflix

Sorti l’année dernière sur Netflix, l’animé Dorohedoro, adaptation du manga du même nom, affiche ses ambitions avec une première saison (en espérant une deuxième) où une quête existentielle avance pas à pas dans un monde post-apocalyptique d’une violence sans nom. Une belle petite réussite. 

Le charisme de cette série est l’une de ses premières caractéristiques. Entre sa violence survitaminée, sa drôlerie burlesque, ses personnages aux muscles saillants mais à l’attachement immédiat, sa fluidité dans les traits « cyberpunk », la jouissance de son action, sa direction artistique poisseuse et brumeuse (chez les humains) ou chatoyante et fantastique (chez les mages), Dorohedoro ne manque clairement pas d’arguments pour faire vibrer la rétine et nous happer dans sa course-poursuite vers l’identité. Dans un monde post-apocalyptique symbolisé par la ville-poubelle qu’est Hole, où les humains survivent et végètent contre les mages, l’humanité est simplement devenue une souris qui court bêtement dans une cage sans issue. Les mages, qui vivent eux aussi dans leur propre monde et qui détiennent des pouvoirs magiques, voyagent parfois chez les humains pour tester leurs pouvoirs et faire d’eux leurs proies.

L’animé commence avec Caïman, un homme qui ne se souvient pas de son passé ni de son identité. Il est à la recherche du mage qui a changé sa tête en lézard et pour se faire, il tue tous les mages qu’il croise à l’aide de la jeune et terrassante Nikaido. Ce duo nous introduit directement dans le temple de Dorohedoro et son style visuel fluide, puis son addiction pour les morts brutales. A peine 5 minutes de série, que Caïman coupe un mage en petits morceaux après s’être assuré que ce n’était pas lui son ravisseur (il gobe leur tête pour que l’homme qui est en lui dise s’il le reconnaît ou non). Sauf que le partenaire (Fujita) du mage coupé en dés de jambon va vouloir se venger, et grâce à un grand mage (En), il va faire appel à deux nettoyeurs (Noi et Shin) pour faire tuer Caïman. 

De ce postulat là, cette saison va avancer, trouver des indices par-ci par-là, va faire s’emboîter les différentes destinées entre personnages, va nous expliquer le passé de chacun, le lien entre chaque duo (Caiman/Nikaido, Shin/Noi, Ebisu/Fujita), tout en dévoilant leurs habilités au combat et leur plaisir à fracasser le crâne de tout ce qui bouge. Outre le récit, et cette quête d’identité qui n’avancera peut-être pas aussi vite que prévu durant ses douze premiers épisodes, c’est avant tout l’univers de Dorohedoro qui se démasque devant le spectateur. Dans un monde addict à la fumée noire des mages, où les mages doivent se trouver un partenaire et signer un contrat, où une fête foraine est organisée pour tuer du zombie, cette haine des humains pour les mages (la milice), la guerre entre les grands mages et petits mages (la secte de la croix rouge sur les yeux), la possibilité de revenir dans le temps ou de faire renaître les morts, la suprématie des démons, des médecins chercheurs avides de connaissances, c’est tout un décorum urbain, viscéral et malade qui prend forme devant nos yeux. C’est crade, sans justice ni loi, et sans concession. 

On pourra reprocher à la série de ne pas forcément aller plus loin que ce qu’elle est, c’est-à-dire, un défouloir immédiat, gore, intense et qui ne baisse quasiment jamais de rythme, se reposant davantage sur la puissance de ses personnages et leur charcutage en règle que sur la vélocité de son scénario. Mais rien n’y fait, le plaisir est intact : à suivre avec émotion et terreur le passé dramatique de Shin, son lien avec Noi, à voir En devenir ce qu’il a combattu dans le passé, se délecter du personnage mystérieux et implacable qu’est Nikaido, à rire bêtement du side-kick parfois terrifiant qu’est Ebisu (mais pas que), ou même se délecter de l’amour de Caïman pour les gyozas. Une série courte, sombre et qui balance la sauce comme rarement. On en redemande. 

Dorohedoro – Bande Annonce

Dorohedoro – Fiche Technique

Réalisateur : Yuichiro Hayashi
Scénario : Hiroshi Seko
Sociétés de distribution : Netflix
Durée : 12 épisodes
Genre: Drame/Horreur
Date de sortie :  2020

 

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.