Minuit dans l’univers : Clooney est dans la lune

Pour son septième long-métrage en tant que metteur en scène, George Clooney surprend son monde en s’attaquant à un genre dont il a déjà quelque expérience en tant que comédien (Solaris, Gravity), mais qui se situe bien loin de son univers de réalisateur : la science-fiction. Hélas, il est peu de dire que la star s’est fourvoyée dans cette quête de nouveaux horizons. Entre un scénario à la fois pompeux et incohérent, des invraisemblances à la pelle et des ruptures de ton et de style mal maîtrisées, il n’y a pas grand-chose à sauver du film, si ce n’est une prémisse intrigante et la prestation sobre de Clooney. Une nouvelle baisse de régime dans la filmographie de ce dernier qui, l’air de rien, n’a plus dirigé un vrai bon film depuis près de dix ans. Prends un café, George, il est temps de se ressaisir…

Observons un fait étonnant : alors que George Clooney se fait plutôt discret en tant qu’acteur, ces dernières années (ses dernières prestations, pour Jodie Foster et les frères Coen, datent de 2016), cette liberté retrouvée ne semble pas permettre à la star de trouver un nouveau souffle en tant que metteur en scène. C’est même tout le contraire : après des débuts très enthousiasmants avec Confessions d’un homme dangereux (2002), Good Night and Good Luck (2005) et Les Marches du pouvoir (2011) (on passera sur le sympathique mais dispensable Jeux de dupes/2008), le beau George marque indéniablement le pas ces dernières années. Monuments Men (2014) ne fut pas à la hauteur de son sujet intéressant et original, tandis que Bienvenue à Suburbicon (2017) s’avéra un vrai ratage malgré la participation des frères Coen au scénario. Hélas, il nous faut constater aujourd’hui que Clooney n’a pas retrouvé le bon chemin… Minuit dans l’univers, distribué par l’omniprésente plateforme Netflix, ressemble en effet à une tentative de rupture – ou une crise temporaire, qui sait. Peut-être inspiré par Gravity (2013), son dernier succès de taille en tant que comédien, l’homme s’est lancé dans un long-métrage de science-fiction, un style qu’il n’avait pas encore abordé en tant que cinéaste. Mal lui en a pris. D’autant plus qu’à l’opposé de l’épure qui rendit l’œuvre d’Alfonso Cuarón si fascinante, George Clooney n’a pas hésité à s’atteler à un projet nettement plus complexe, en décidant d’adapter le roman Good Morning, Midnight de Lily Brooks-Dalton, publié en 2016. Sa fiction dystopique mêlant apocalypse imminente, aventure (et mélo) intersidérale, réflexion métaphysique et regards de chien battu, s’avère bien trop ambitieuse et n’aboutit qu’à un résultat extrêmement inégal où quelques rares moment de grâce côtoient lourdeurs, invraisemblances et choix douteux.

Clooney interprète lui-même le rôle d’Augustine Lofthouse, un brillant scientifique qui s’est jadis spécialisé dans la recherche de nouvelles planètes habitables pour l’humanité. Aujourd’hui (en 2049), notre homme est autant au bout du rouleau que notre Terre, rendue presque totalement hostile à l’Homme à cause d’un cataclysme indéfini et des radiations toxiques qui n’épargnent plus que pour un temps quelques dernières zones arctiques. C’est précisément là que Lofthouse, qui a refusé d’évacuer une base scientifique avec le reste du personnel, demeure, seul, espérant pouvoir entrer en contact avec une des missions spatiales encore en orbite afin de la dissuader de revenir sur Terre.

L’entame du film est plutôt séduisante, avec un protagoniste malade, miné et mutique, et un scénario heureusement mystérieux, faisant découvrir au spectateur l’ampleur de la catastrophe sans explications laborieuses. Minuit dans l’univers semble se poser alors comme une fiction apocalyptique sur un mode mineur, sans effets spéciaux, focalisée sur l’intériorité d’un protagoniste littéralement en bout de course. Las, l’œuvre bascule alors successivement dans deux autres registres nettement moins convaincants. D’abord, et sans vouloir ruiner l’effet de surprise, la découverte d’une autre personne sur la base paraît d’abord invraisemblable, avant que l’on y suspecte – cela nous sera confirmé à la fin – un symbole pseudo-métaphysique en lien avec l’histoire personnelle de Lofthouse. Le film aurait cependant eu tout à gagner à demeurer sur Terre avec son duo de personnages, comme le prouve la réussite des séquences émaillant le trajet de celui-ci d’une base scientifique à l’autre – quoique parfois totalement irréalistes, comme par exemple lorsque notre héros (pas au top de la forme, on vous le rappelle) se tire sans problème d’une baignade dans les eaux polaires…

Là où Minuit dans l’univers franchit définitivement la ligne rouge, c’est lorsqu’il opère des aller-retours entre la base arctique et le vaisseau spatial Aether, le seul avec lequel Lofthouse soit parvenu à établir un contact. Les séquences spatiales sont en effet terriblement mal maîtrisées, à tous les points de vue : les protagonistes ne sont pas du tout crédibles en tant qu’équipe d’astronautes ; les scènes d’action sont non seulement incongrues par rapport au dépouillement des séquences terrestres, mais elles sont en outre à la limite du plagiat de Gravity (la sortie dans l’espace qui tourne au drame) ; les choix musicaux sont foutraques ; enfin, toute vraisemblance psychologique s’évanouit lorsque l’on constate avec effarement l’attitude stoïque des astronautes en apprenant qu’ils ne pourront plus rejoindre leur planète en voie de destruction définitive – sans parler de la manière dont Lofthouse leur apprend la nouvelle, en marmonnant dans sa barbe fournie…

George Clooney s’est lancé dans une mission impossible, voulant mêler plusieurs films en un alors que chaque choix artistique annule les effets des autres. La retenue et l’ambiance de fin du monde de l’introduction sont annihilées par des prétentions intellectuelles, l’épure des séquences terrestres est brisée par l’invraisemblance des scènes spatiales, le sous-jeu de Clooney est faussement compensé par des scènes d’émotion naïves et peu crédibles. Incapable de choisir entre plusieurs voies, le cinéaste a décidé de toutes les emprunter, n’hésitant pas, au passage, à imiter ce que d’autres cinéastes ont déjà fait avant lui – et en beaucoup mieux. Pire, alors que ses premières œuvres commençaient à dessiner les contours d’un « style Clooney », on se retrouve ici face à un bric-à-brac impersonnel et un tantinet prétentieux. Vivement que le cinéaste mette fin à cette bien vilaine dégringolade artistique car, à ce rythme-là, il pourrait décider de se lancer dans un reboot de L’Attaque des tomates tueuses d’ici quelques années…

Synopsis : Augustine Lofthouse, scientifique solitaire basé en Arctique, tente l’impossible pour empêcher le vaisseau spatial Aether et son équipage de rentrer sur Terre, car il sait celle-ci condamnée par une catastrophe.

Minuit dans l’univers : Bande-annonce

Minuit dans l’univers : Fiche technique

Réalisateur : George Clooney
Scénario : Mark L. Smith, d’après le roman Good Morning, Midnight de Lily Brooks-Dalton (2016)
Interprétation : George Clooney (Augustine Lofthouse), Felicity Jones (Iris Sullivan), Caoilinn Springall (Iris jeune), David Oyelowo (capitaine Adewole), Tiffany Boone (Maya), Demián Bichir (Sanchez), Kyle Chandler (Mitchell)
Photographie : Martin Ruhe
Montage : Stephen Mirrione
Musique : Alexandre Desplat
Producteurs : Grant Heslov, George Clooney, Keith Redmon, Bard Dorros et Cliff Roberts
Maison de production : Smokehouse Pictures et Anonymous Content
Durée : 118 min.
Genre : Science-fiction
Date de sortie :  11 décembre 2020 (Netflix)
États-Unis – 2020

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