Sortie DVD de Trois Cavaliers pour Fort Yuma : pour fanatiques de western-spaghettis uniquement

L.C.J. Editions propose une sortie DVD dont la qualité intrinsèque n’équivaut hélas guère à sa cote de rareté : Trois Cavaliers pour Fort Yuma, un western spaghetti mis en scène par un second couteau, Giorgio Ferroni, en plein âge d’or du genre. Budget serré, casting inégal, récit peu compréhensible, le film ne laisse pas un souvenir impérissable. Néanmoins, le renoncement à tout sens de l’innovation n’empêche pas Ferroni de connaître les ingrédients essentiels à la recette. Sens du rythme, héros charismatique, mélange d’humour et de cynisme, fusillades bien troussées et paysages magnifiques : l’aficionado de western-spaghettis savourera le film à sa juste valeur. 

A l’instar du giallo, le western spaghetti, qui ne repose que sur une poignée de chefs de file (Leone en leader incontesté, Corbucci, Sollima, Tessari…), devint rapidement un pur cinéma d’exploitation, s’appuyant sur des conditions de production favorables en Italie, des budgets modestes et un goût populaire qui ne se démentit pas avant le début des années 70. Cinecittà est à l’époque une formidable fourmilière où, à la faveur d’un microcosme à l’échelle naturellement plus petite qu’en Amérique, on assiste à un brassage quelque peu incontrôlable. Metteurs en scène confirmés s’aventurant dans le cinéma bis ou individus sans envergure décrochant soudain le gros lot : tout est possible… et tout arrive. Dans ce contexte, le parcours du cinéaste pérugin Giorgio Ferroni est parfaitement archétypal, puisqu’il est passé par tous les genres de cinéma à succès en Italie. Sa carrière débuta juste avant la Seconde Guerre mondiale. A l’issue du conflit, il tourna quelques films néoréalistes, puis passa au péplum, un genre alors en plein second âge d’or, ensuite aux films d’épouvante. Enfin, il connut quelque succès dans les années 60 en surfant sur la vague des westerns, la péninsule donnant un nouveau souffle au genre sur le déclin en Amérique.

On pourrait dire que Ferroni se situe à peu près à équidistance entre les grands maîtres, dont il s’inspire sans gêne (le titre original du film dont il est question dans cet article n’est-il pas Per pochi dollari ancora, alors que Sergio Leone a réalisé l’année précédente le second volet de sa célèbre « Trilogie du dollar » ?), et la cohorte de tâcherons qui sont tombés dans l’oubli. C’est en 1965 que le réalisateur se lança dans le genre avec Le Dollar troué (Un dollaro bucato), déjà avec Giuliano Gemma dans le rôle principal. Il n’en tournera que trois autres avant de changer de registre puis d’arrêter sa carrière en 1972, atteint de surdité aiguë (il est décédé en 1981). Trois Cavaliers pour Fort Yuma est son second western, qu’il tourna, comme les autres, sous le pseudonyme de Calvin Jackson Padget.

La prémisse du récit est simple : peu après la guerre de Sécession, Gary Diamond, un ancien confédéré (Giuliano Gemma) accepte de collaborer avec une troupe de soldats de l’Union afin de faire échouer l’attaque de Fort Yuma ourdie par le major Sanders (l’acteur français d’origine lituanienne Jacques Sernas), un officier sudiste qui a refusé d’abandonner le combat. Cette lisibilité est toutefois inutilement rendue complexe par des changements de camp et retournements de situation peu clairs.

Le film est typique des westerns spaghettis de série B : budget limité, distribution internationale (acteurs italiens, espagnols, américains, français, etc.), personnages très stéréotypés, violence gratuite et humour potache (le personnage incarné par l’actrice française Sophie Daumier se nomme « Connie Breastfull » !). Après le titre du film sous forme de référence explicite, l’envie de se positionner dans le sillage de Sergio Leone, alors en pleine gloire, est telle qu’elle ne s’embarrasse pas de scrupules. Ainsi, le producteur Edmondo Amati a-t-il associé Ennio Morricone à la musique du film à peu de frais, puisqu’il a simplement « récupéré » quelques extraits de la bande originale d’un documentaire auquel le maestro avait contribué, I malamondo (1964) ! Une filouterie dénoncée par le compositeur et qui se règlera au tribunal… En tant que metteur en scène expérimenté, Ferroni tire néanmoins le meilleur d’un tournage limité par les contraintes habituelles de ce type de production. Les moyens mis en œuvre sont suffisamment importants pour donner de l’ampleur aux scènes d’action, par ailleurs habilement mises en scène, et les superbes paysages andalous sont bien choisis et filmés. Le rythme est soutenu, les répliques viriles fusent et l’humour parfois potache est assumé.

Trois Cavaliers pour Fort Yuma repose aussi et surtout sur un protagoniste certes stéréotypé, mais interprété par le charismatique Giuliano Gemma, dont le parcours n’est pas banal. Né juste avant la guerre, le destin de ce beau garçon aurait pu basculer lorsque, enfant, l’explosion d’une bombe découverte par hasard en jouant le défigura partiellement. Ce drame ne l’empêcha pas de s’adonner à de multiples sports avec passion, se forgeant une silhouette avantageuse qui lui ouvrit les portes du cinéma. Il commença sa carrière avec des apparitions notamment chez Risi et Bolognini, puis il tint de petits rôles dans Ben-Hur et Le Guépard. Son ascension ne lui permit malheureusement pas d’atteindre un statut de star, malgré quelques succès notables qui lui permirent de tourner sous les ordres de grands réalisateurs et aux côtés de comédiens célèbres (Rita Hayworth, Klaus Kinski, Kirk Douglas, Jack Palance, Orson Welles, Henry Fonda…). Il décrocha son plus grand succès sur le tard, avec Le Désert des Tartares de Zurlini (1976) où il figure en bonne place aux côtés de Vittorio Gassman, Jacques Perrin et Philippe Noiret. Comme nombre de ses compatriotes au parcours comparable, Gemma passa par l’inévitable case « western spaghetti » dans les années 60, où son expérience et son charisme lui permirent d’interpréter des rôles principaux. Il est décédé dans un accident de voiture en 2013, après une carrière bien remplie (104 crédits répertoriés par le site IMDb, même s’il faut préciser que le comédien italien se consacra presque exclusivement à la télévision à partir des années 90).

C’est la (re)découverte de la carrière de ce personnage sympathique du cinéma transalpin, à la filmographie hétéroclite mais valant quand même le détour, qui justifie essentiellement cette sortie DVD inédite – par ailleurs dépourvue de suppléments.

Synopsis : Entre le Colorado et le Nouveau-Mexique, Fort Yuma est en danger. Huit-cents Sudistes, placés sous les ordres du major Sanders, se préparent à l’attaquer. Ils projettent de partager la caisse du fort avec Riggs, un impitoyable bandit. Le commandant nordiste Davis décide d’envoyer immédiatement un message à Fort Yuma. Il lui faut trouver quelqu’un pour le porter, ses hommes ne connaissant pas la région. Un jeune lieutenant sudiste fait prisonnier, Gary Diamond, accepte de servir de guide au capitaine Lefèvre et au sergent Pitt.

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