Une critique de la série télévisée de 2019 « When they see us »

Il y a trente ans, cinq adolescents de couleur ont été arrêtés et accusés d’avoir violé et battu une joggeuse blanche à Central Park. Les procureurs et les journalistes, à l’époque, les avaient désigné comme une seule et même unité après leur présumée agression: une meute de loups, ou sous le qualificatif sous lequel ils étaient dénommés, les Central Park Five (les cinq de Central Park).

Lancée sur Netflix en 2019, la série « When they see us », qui parle de ce triste événement, a beaucoup fait parler d’elle aux États-Unis. À l’ère de Black Lives Matter, cette série prend tout son sens et nous permet également de découvrir une réalisatrice douée et des acteurs tellement dans leurs personnages qu’on oublie qu’ils sont en train de jouer.

Une histoire vraie et tragique qui met en lumière des faiblesses du système judiciaire

Ava DuVernay, réalisatrice de la mini-série Netflix, a travaillé avec sensibilité sur ce qui est arrivé à ces garçons. Elle ôte la tendance déshumanisante qui consiste à n’en faire qu’une seule entité et montre à la place ce que chacun d’eux a vécu individuellement lorsqu’ilsils ont été contraints de faire de faux aveux, forcés de faire de la prison pour un crime qu’ils n’ont pas commis, et finalement disculpé lorsque leurs condamnations ont été annulées en 2002.

L’histoire des Central Park Five a été largement couverte par les médias, ainsi que dans le documentaire de 2012 The Central Park Five, co- réalisé par Ken Burns, Sarah Burns et David McMahon. Mais cette mini-série, qui est disponible sur Netflix, semble plus personnelle en raison de l’approche intime de la réalisatrice; cette dernière a réalisé et co-écrit les quatre

épisodes. Les performances sont réfléchies sur tous les plans, et en particulier sur celui des acteurs qui donnent aux accusés des rôles de garçons et d‘hommes et non plus celui de racailles.

Un jeu d’acteur époustouflant

serie-netflix-avis-When-they-see-usLes performances, des jeunes acteurs et des plus âgés, sont uniformément étonnantes, en particulier des cinq acteurs principaux, Asante Blackk, Caleel Harris, Ethan Herisse, Marquis Rodriguez et Jharrel Jerome, dont la plupart ont à peine quelques années de plus que les adolescents qu’ils jouent. Ils capturent l’innocence, dans tous les sens du terme, des enfants et la permanence de sa perte. C’est un grand privilège de les voir.

La dynamique entre les parents des garçons est tout aussi intense, en particulier entre la mère de Yusef, Sharone (Aunjanue Ellis) et la mère de Korey, Delores (la fougueuse Niecy Nash), qui en veut à ce qu’elle perçoit comme la tendance égoïste de Sharone à mettre les besoins de son fils au-dessus de ceux des autres. Le climat au sein de chaque famille change au fil des ans: pour Ray, qui rentre chez lui pour retrouver son père (John Leguizamo) marié à une femme plus jeune (Dascha Polanco d’Orange Is the New Black), et pour Antron, dont le père peu fiable (Michael K. Williams) est tombé très malade. Métaphoriquement et littéralement, c’est comme s’il n’y avait plus de place pour ces garçons dans leur monde.

« When They See Us » a un peu tendance à pencher vers le mélodrame, ce qui peut parfois fonctionner mais fait parfois tomber la série dans des clichés, en la rendant lourde et il devient difficile pour le spectateur de s’y plonger. Heureusement, au final, la série a une fin triomphante pour ses protagonistes. Plus que tout, cette mini-série nous rappelle que ce qui est arrivé à ces cinq garçons il y a trois décennies pourrait tout aussi bien se produire aujourd’hui, et cela, avec l’appui de certaines personnalités puissantes qui percevraient cela comme juste.

Written by Katya Smith

 

 

Festival

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