Jeux Dangereux, d’Ernst Lubitsch : hommage en chanson

Ernst Lubitsch a toujours été connu pour ses comédies satiriques très acides, mais pas forcément à teneur politique ou engagée. En 1942, alors que le monde est plongé en pleine Seconde Guerre mondiale, deux ans après Le Dictateur de Chaplin, le cinéaste allemand délaisse la bourgeoisie dont il aime tant se moquer pour s’attaquer à une nouvelle cible, les nazis d’Hitler. Pour un film d’espionnage aux multiples travestissements, quiproquos et retournements de situations, tous plus jouissifs les uns que les autres.

Ce dimanche, replongeons avec légèreté dans ce chef-d’œuvre sur lequel tout a déjà été dit, à l’occasion d’une reprise de la chanson de Brassens « Les Quat’z’art », pour rendre hommage de façon un peu plus originale à cette comédie aussi hilarante que courageuse

« Les copains bien peignés, avides de revanche
Pour eux la résistance se jouait sur les planches
Tout le monde vêtu de costum’ de SS
La pièce était bien bonne, promise à une liesse.

Car la troupe avait fait les choses comme il faut
La parodie paraissait officielle. Bravo !

Les censeurs débarquèrent, craignant l’homme à moustache
Interdisant la pièce de peur qu’il ne se fâche
Faute de trouver mieux : Elseneur, les voici…
Retour au soliloque « To Be or Not To Be ! »

Et Maria avait fait les choses comme il faut
Son amant la rejoignait dans sa loge. Bravo !

Beau, jeune et dévoué – l’inverse du mari –
C’était un bombardier partant pour Varsovie
La guerre est déclarée ! La Gestapo, en chasse,
Comptait parmi ses rangs de sacrés dégueulasses.

Les nazis avaient fait les choses comme il faut
Leurs espions traquaient les résistants. Bravo !

Toutefois les Tura, habitués à prétendre
Sur scène et en-dehors, surent’ comment se défendre
Contre l’absurdité d’un régime inhumain
Remirent leurs costum’ de SS, les malins !

Car la troupe avait fait les choses comme il faut
Le grotesque pris à son propre jeu. Bravo !

Maria approcha Sobinski – un pervers –
Le séduisit et le livra à ses compères
En se grimant pareil à cet espion nazi
Joseph put s’infiltrer jusqu’au cœur du Parti.

Les Tura avaient fait les choses comme il faut
La barbe et les cheveux paraissent vrais. Bravo !

Cependant la manœuvre n’était pas sans risque
Sauf quand en face on a Ehrhardt et Schultz, puisque
Les deux soldats SS derrière leurs galons
Se faisaient – c’est peu dire – bien prendre pour des cons.

Adolf n’avait pas fait les choses comme il faut
Ses hommes étaient de vrais hurluberlus. Ballot !

Pour renverser Hitler, il fallait maintenant
L’enlever en secret, et en remplacement
Faire confiance à Bronski, son sosie en tous points
Bien aidé par Greenberg, son comparse hamletien.

Le destin avait fait les choses comme il faut
Le temps de jouer Shylock était venu. Bravo !

Car dans cet univers, où chacun a sa place
Même les seconds rôles sur nous laissent des traces
Belle bande attachante d’egos talentueux
Qui prirent cette guerre pour rien d’autre qu’un jeu.

Car Lubitsch avait fait les choses comme il faut
Quiproquos et dialogues étaient exquis. Bravo !

Adieu ! les croix gammées, les portraits du Führer
Le théâtre triomphe et vivent les acteurs !
Les Tura de retour à Hamlet, tout heureux
Joseph a reconquis Maria – à moins que ?

Car Lubitsch avait fait les choses comme il faut
Jusqu’à l’ultime gag – que nous tairons. Bravo !

Car Lubitsch avait fait les choses comme il faut
Jusqu’à l’ultime gag – que nous tairons. Bravo ! »

Jeux Dangereux – Bande-annonce

https://youtu.be/YAbFAOLrO2A

Synopsis : Une troupe de théâtre polonaise répète laborieusement une pièce mettant en scène Hitler, alors que dans la réalité les troupes allemandes vont envahir la Pologne. Un jeune pilote de bombardier, amoureux de l’actrice, Maria Tura, doit de son côté accomplir une mission d’espionnage. Il sera aidé des membres de la troupe, qui devront mettre à profit leur talent pour sauver la Résistance et, profitant des costumes de SS et d’un sosie d’Hitler, essayer d’abuser la Gestapo et sauver leur peau.

Fiche technique :

Titre original : To Be or Not to Be
Réalisation : Ernst Lubitsch
Scénario : Edwin Justus Mayer, d’après une histoire originale de Melchior Lengyel
Distribution : Carole Lombard, Jack Benny, Robert Stack, Felix Bressart, Lionel Atwill…
Décors : Vincent Korda, Julia Heron
Costumes : Irene
Photographie : Rudolph Maté
Genre : Comédie
Durée : 99 minutes
Dates de sortie : 6 mars 1942 (US), 21 mai 1947 (FR)

États-Unis – 1942

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Jules Chambry
Jules Chambry
Cinéphile compulsif enfermé dans le cinéma d'antan, passionné de mélos des années 30, de comédies italiennes et de westerns de l'âge d'or. Mes influences vont de John Ford à Fellini, en passant par Ozu, Tati, Pasolini ou encore Capra. J'écris des articles trop longs.

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