Bravados : un classique du western, avec Gregory Peck, en DVD et blu-ray chez Sidonis

Quelques années après La Cible Humaine, film qui, déjà, s’élevait contre un des mythes de l’Ouest (celui du héros qui tire plus vite que tout le monde, et qui devenait alors personnage dramatique), Henry King retrouve Gregory Peck pour Bravados, un autre western qui va détourner de façon dramatique les codes du genre.

Dès le début, l’ambiance n’est pas joyeuse. Gregory Peck joue ici le cavalier solitaire et mystérieux arrivant dans une petite ville perdue, Rio Arriba. Son nom ? On l’ignore. Le motif de sa venue ? On mettra un certain temps à le découvrir. En attendant, on se retrouve face à un personnage taciturne, au regard sombre, qui n’inspire pas vraiment confiance.
D’autant plus que le petit village est placé en état de sécurité renforcée. Aucune arme n’est permise, aucun étranger n’est toléré, et si le mystérieux cavalier est parvenu jusque là, c’est uniquement au prix d’une méprise : on l’a pris pour un certain Mr. Simms, bourreau d’une ville voisine, attendu pour mener une exécution.
Car, on le comprend progressivement, tout va se nouer autour d’une mise à mort. Quatre bandits ont essayé de dévaliser la banque de Rio Arriba, ils en ont tué un des guichetiers avant de se faire prendre, juger et condamner à la pendaison. Et, dans une scène impressionnante, l’inconnu va les voir en prison et les dévisage un par un…
La première partie du film va donc surtout se jouer dans l’attente, ce qui va permettre à Henry King de faire une petite chronique villageoise parfois légère. Le cinéaste prendra le temps de présenter un par un les personnages qui vont avoir un rôle dans l’action : le shérif, le prêtre et ce couple d’amoureux qui prépare son mariage. Nous allons aussi en apprendre plus sur l’inconnu, qui va livrer des informations au compte-gouttes. Il s’appelle Jim Douglass et il a traqué dans tout l’Etat, pendant les six derniers mois, les quatre bandits qui ont tué sa femme. Même s’il ne les a jamais vus, il est désormais convaincu de les avoir trouvés dans ces quatre malfrats qui attendent leur exécution.
L’une des intelligences du film est aussi d’humaniser ces bandits, en particulier celui incarné par un Lee Van Cleef encore jeune mais qui avait déjà de l’expérience, surtout dans le western. Il interprète ici un des quatre malfrats et en fait un personnage équivoque, parfois inquiétant, mais parfois aussi émouvant. Il est celui qui montre le plus ouvertement sa peur de la mort prochaine, en fixant l’échafaud en train de se construire, mais aussi la honte de ce qu’il est devenu en refusant de revoir sa mère.

Le rythme du film Bravados va s’accélérer d’un coup avec l’évasion des quatre condamnés, qui prennent une jeune femme en otage. Une traque s’organise, et Jim Douglass en prend la tête. Nous sommes alors en plein western qui semble classique a priori, alternant scènes de chevauchée, dialogues qui servent à épaissir les personnages, et fusillades.
Mais Bravados, derrière son apparence de western traditionnel qui déroule son histoire de vengeance, a bien des surprises à nous offrir (que nous essayerons de ne pas dévoiler ici). Film d’action à la forte tension dramatique, l’œuvre d’Henry King est aussi une mise en cause de ces traques qui confondent justice et vengeance, et où le déferlement inconsidéré de violence, sous couvert de mettre en application une décision de justice, sert en réalité de défouloir aux personnages.
En cela, il faut saluer la performance de Gregory Peck, absolument impeccable dans ce rôle qui est presque un contre-emploi pour lui. La scène où il se retrouve face à Lee Van Cleef retourne presque la situation et fait de Douglass un tueur impitoyable et froid.
Finalement, ce qui se dessine au fil du film Bravados, c’est le portrait d’une Amérique qui s’est construite dans la violence et qui pense, à tort, que la violence peut tout résoudre. La réalisation d’Henry King est solide, la tension dramatique ne cesse d’augmenter et la force du film provient de sa capacité à être là où on ne l’attend pas forcément. Le scénario soigne les personnages, aussi bien les protagonistes que les seconds rôles, tous incarnés par de très bons comédiens. En bref, Bravados est un bon western, dense et passionnant.

C’est globalement une belle édition que nous propose ici Sidonis Calysta. Le DVD nous délivre une série de compléments intéressants, à voir majoritairement après avoir vu le film (car ils n’hésitent pas à dévoiler des morceaux de l’action).
Nous avons d’abord deux présentations du film, l’une par Jean-François Giré, spécialiste du western, et l’autre par l’incontournable Patrick Brion, qui inscrit le film dans l’évolution du western, mais aussi au sein de la collaboration fructueuse entre Henry King et Gregory Peck.
Puis, Joe Dante nous parle brièvement de Bravados, vantant le travail du chef opérateur, surtout pour les scènes de nuit. L’interview de Joan Collins ressemble en fait à une captation d’une intervention de l’actrice à une réunion de fans de westerns ; ce complément est sympathique mais plus anecdotique ; nous y apprenons principalement comment le tournage du film a permis à l’actrice de vaincre son appréhension des chevaux.
Enfin, quelques images d’archives nous montrent l’ambiance au moment de la première américaine des Bravados, le tout étant complété par un diaporama.

Caractéristiques :

Durée : 98 minutes
Langue : français, anglais
Sous-titres français
Son 2.0 ou 5.0
Format 2:35

Compléments de programmes :

Présentation du film par Jean-François Giré (15 minutes)
Présentation du film par Patrick Brion (10 minutes)
Joe Dante parle du film (2 minutes)
Interview de Joan Collins (4 minutes)
Première US (1 minute)
Diaporama
bande annonce originale

Bravados : bande annonce

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

Le Cuirassé Potemkine (1925), de Sergueï Eisenstein : de la propagande au firmament du septième art

Le talent d’Eisenstein fut initialement mis au service de la machine propagandiste soviétique. Un siècle plus tard, le temps a débarrassé ce film de toute la dimension polémique attachée au régime criminel. Ne reste aujourd’hui plus que la substantifique moelle du génie de son metteur en scène.

Le Grand Duel (1972), de Giancarlo Santi : pour quelques plans de Leone

Non dépourvu de plans géniaux – notamment son duel final – et illuminé par le magnétisme de Lee Van Cleef, le film est néanmoins écrasé par le modèle leonien, dont tous les codes sont scrupuleusement respectés. Les suppléments sont généreux et sympathiques… mais eux aussi très imparfaits.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.