Felicita de Bruno Merle : l’art de la fuite

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3.5

Felicita de Bruno Merle est un pari risqué au premier abord. 13 ans après Héros, souvent présenté comme un bide, le réalisateur revient sur les écrans. Il propose une comédie enlevée, souvent bancale, avec trois formidables acteurs et beaucoup de poésie.

Etre ou ne pas être comme il faut

Felicita est une chanson très connue, mais c’est aussi la musique qui colle parfaitement à la situation décrite dans le film. Pour Tim, cela est d’une importance capitale : ressentir l’ambiance et la partager avec sa famille composée de sa femme Chloé et de Tommy, leur fille. Felicita est donc un art de vivre que Tim et Chloé désirent dans la fuite permanente, en avant. Ils ne se reposent jamais vraiment, d’où leur maison-bateau posée sur l’eau, comme prête à partir. Face à eux, il y a une fillette qui ne veut surtout pas rater sa rentrée en 6e, à 8h pile le lendemain. Bruno Merle raconte une folle journée dans la vie de cette famille. Tout part d’un décalage, d’un art du mensonge bienveillant et de la fuite. En effet, les personnages ne cessent de monter des bobards auxquels ils tentent de faire adhérer l’autre. Des histoires à dormir debout qu’ils parviennent à rendre crédibles entre eux mais aussi pour le spectateur. On y retrouve donc Orelsan en papa imaginaire ou encore des vidéos postées sur Internet. L’occasion aussi de croiser des personnages aussi absurdes qu’un cosmonaute et un singe qu’on part chercher à marée basse, le tout dans un décor parfaitement réaliste. 

Savoir sortir du cadre

La force du film réside dans sa fraîcheur, sa frugalité. C’est un petit rien mais dont les personnages sont joliment écrits et si peu stables qu’on ne sait jamais ce qui va se passer l’instant d’après. C’est une ode à l’été propice aux balades improvisées, aux rencontres, à l’incongru, mais aussi à sa fin, et aux nouveaux cycles qui démarrent. Pio Marmaï y joue de nouveau une tornade dévastatrice, infatigable, et il fait cela avec un naturel épatant. Face à lui la jeune Rita Merle, fille du réalisateur, est remarquable également. Isolée dans son casque antibruit, elle coupe même le son du film, nous forçant à regarder, mais aussi à écouter, à faire attention aux détails. Une belle complicité naît dans cette effervescence permanente, une attention aux choix également, à ce que c’est que décider de prendre un chemin plutôt qu’un autre. Et surtout de choisir de ne pas être dans la norme. Pour que les personnages, notamment la jeune Tommy puisse faire sienne le mantra de Portrait de la jeune fille en feu : « Ne regrettez pas, souvenez vous ». Si le film est parfois bancal, surtout dans sa dernière partie, il a l’audace d’être toujours sur le point d’exploser, sur le qui-vive et de donner à voir des chemins qui sortent quelque peu du cadre, mais dans lesquels les personnages avancent tête haute, apprennent à relever la tête. On est dans la comédie, le road-movie, le thriller tout à la fois, une parfaite comédie d’été avec un petit truc en plus qui n’est qu’à elle. Felicita est un film au ton original qui donne envie de (re)découvrir Héros et pourquoi pas de lui redonner ses lettres de noblesse.

Le MagduCiné a posé deux questions au réalisateur Bruno Merle et à l’actrice Rita Merle :

Pouvez-vous revenir sur la symbolique du cosmonaute ? Et ce casque antibruit, comment est-ce venu ?

Je ne veux pas expliquer trop les choses. C’est l’ami d’ailleurs…

Je voulais placer le spectateur dans une sensation, il n’y a jamais de vrai silence au cinéma, là on voulait le tenter.

Comment est-ce de diriger sa propre fille. De jouer dans le film de son père  ?

Bruno Merle : La question ne se posait pas sur le tournage. Rita est une actrice impliquée, concentrée. De toute façon, sur un plateau il faut porter de l’attention à l’enfant-acteur, en tant qu’enfant en général et non pas en tant que « ma fille ». J’avais un peu tendance à oublier que c’était ma fille parfois sur le tournage. C’était très simple. Rita a dépassé la question de l’enfant-acteur, c’est au moment du montage que cela m’a sauté aux yeux, que j’avais figé ma fille dans un moment de sa vie.

Rita Merle témoigne du même ressenti « c’était assez simple pendant le tournage », confit-elle. Elle envisage de refaire du cinéma si cela se présente et nous ne pouvons que lui souhaiter de belles propositions !

Felicita : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=G8aYPumDEJc

Felicita : Fiche technique

Synopsis : Pour Tim et Chloé, le bonheur c’est au jour le jour et sans attache. Mais demain l’été s’achève. Leur fille, Tommy, rentre au collège et cette année, c’est promis, elle ne manquera pas ce grand rendez-vous. C’était avant que Chloé disparaisse, que Tim vole une voiture et qu’un cosmonaute débarque dans l’histoire.

Réalisation : Bruno Merle
Scénario : Bruno Merle
Interprètes : Pio Marmai, Camille Rutherford, Rita Merle, Adama Niane, Orelsan
Photographie : Romain Carcanade
Montage : Benjamin Favreul, Guillaume Lauras
Genre : comédie
Date de sortie : 15 juillet 2020
Durée : 82 minutes
Société de production : Unité de production
Distribution : Rezo Films

France – 2020

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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