La dernière Vie de Simon : Premier film fantastique et personnel de Léo Karmann qui fleure bon les 90’s

Le premier film de Léo Karmann, La dernière Vie de Simon, est un métrage qui réussit à surprendre, englobant aussi bien  une aventure fantastique, qu’un thriller bien ficelé, le tout sur fond de l’histoire intime d’une famille presque ordinaire bien de chez nous.

Synopsis Simon a 8 ans, il est orphelin. Son rêve est de trouver une famille prête à l’accueillir. Mais Simon n’est pas un enfant comme les autres, il a un pouvoir secret : il est capable de prendre l’apparence de chaque personne qu’il a déjà touchée… Et vous, qui seriez-vous si vous pouviez vous transformer ?

Under the Skin

Le jeune cinéaste Léo Karmann se lance avec La dernière Vie de Simon dans un genre que l’on n’exploite pas souvent dans le cinéma hexagonal. Son film, un récit fantastique qu’on rencontre plutôt chez Spielberg (E.T, pour le plus célèbre d’entre ses films de ce genre), ou encore J.J. Abrams (Super 8, produit par le même Spielberg). Soit, un cinéma d’aventure fantastique qui implique des enfants.  

Comme pour ses illustres modèles, à tout le moins ses « influenceurs » au sens littéral du terme, l’histoire prend lieu dans une petite ville tout ce qu’il y a de plus neutre (ici, bretonne), dans une famille des plus moyennes. Le jeune Simon (Albert Geffrier), un orphelin résidant dans un centre voisin, morne et où les camarades sont assez inamicaux avec lui, fait la connaissance de deux frère et sœur, Madeleine (Vicki Andren) et Thomas (Simon Susset), avec qui il se lie d’une amitié immédiate et presque violente, tant elle est intense. Il est invité au sein de la famille idéale de ses nouveaux amis dès le premier week-end qui suit leur rencontre, et les enfants se révèlent des secrets allant du plus minime au plus incroyablement fantastique. C’est ce dernier, la capacité de Simon de prendre l’apparence d’une personne qu’il a déjà touchée, qui va bien sûr structurer le récit.

Le film est efficace et tendu. Couvrant l’enfance, l’adolescence et l’âge de jeune adulte des protagonistes, il a beaucoup de choses à dire, sans forcément que ça le soit de manière linéaire. Un des événements majeurs du film relèvera par exemple de deux sentiments ambivalents, simultanément celui de l’empathie envers des personnes qui seraient dévastées sans l’action en question, et celui d’un égoïsme plutôt monstrueux surtout venant d’un enfant. A aucun moment Léo Karmann ne juge, et pourtant l’absence de parti pris, loin de s’inscrire dans une indifférence qui aurait pu gagner le spectateur, s’accompagne d’émotions d’autant plus fortes que les scènes sont incisives, presque sèches

Léo Karmann ne se contente pas de tirer le fil du conte fantastique, ni de filer la métaphore sur des sentiments tels que l’amitié, l’amour, le besoin d’appartenance, la liberté, et d’autres qui viennent en filigrane du film. Il bifurque à mi-parcours vers un thriller nerveux, inspiré, mais gardant toute l’originalité de son propos. Le cinéaste met beaucoup de ses envies dans ce premier film. Il bouillonne, son film bouillonne, mais il ne perd jamais la trame de son récit. Ses acteurs lui rendent bien son côté un peu entier , surtout les plus petits, formidables d’enthousiasme. Les « adolescents » sont un peu plus en retrait. Il faut dire que le personnage de Thomas jeune, en particulier, est un peu ennuyeux, et le jeune Martin Karmann est obligé de l’interpréter avec bien peu de relief. Benjamin Voisin, qu’on a connu plus fringant dans le récent Un vrai Bonhomme de Benjamin Parent, est lui aussi quelque peu indécis dans sa manière de jouer son rôle.

Bien que fantastique, La dernière Vie de Simon ne regorge pas d’effets spéciaux. Les transformations de Simon sont traitées de manière concise, mais  elles sont réussies. La ressource principale du cinéaste est plutôt une mise en scène précise et inventive, ainsi qu’un scénario assez robuste malgré quelques faiblesses (la caractérisation des personnages surtout), ainsi que quelques petites incohérences. Mais le cinéaste prouve une fois de plus que la rareté des réalisations françaises dans ce créneau rime avec qualité. Léo Karmann est donc un nouveau nom à retenir pour la décennie qui commence, un cinéaste qui a réussi à nous surprendre avec ce très bon début.

La dernière Vie de Simon – Bande annonce

La dernière Vie de Simon – Fiche technique

Réalisateur : Léo Karmann
Scénario : Sabrina B. Karine, Marie-Sophie Chambon, Léo Karmann
Interprétation : Benjamin Voisin (Simon), Martin Karmann (Thomas Durant), Camille Claris (Madeleine Durant), Nicolas Wanczycki (Jacques Durant), Julie-Anne Roth (Agnès Durant), Albert Geffrier (Jeune Simon), Simon Susset (Jeune Thomas Durant), Vicki Andren (Jeune Madeleine Durant), Florence Muller (Commissaire Leroy)
Photographie : Julien Poupard
Montage : Olivier Michaut-Alchourroun
Musique : Erwqann Chandon
Producteurs : Grégoire Debailly, co-producteurs : Christophe Toulemonde, Benoît Roland
Maisons de production : Gecko Films, Wrong Men Productions
Distribution (France) : Jour2fête
Durée : 103 min.
Genre : SF | Romance
Date de sortie : 5 Février 2020
France | Belgique – 2019

 

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

I Want Your Sex : l’apocalypse fait de la résistance

Après dix ans de gestation, le nouveau Gregg Araki porté par Olivia Wilde et Cooper Hoffman, "I Want Your Sex" débarque enfin en salles. Entre fantasme de muse, rapport de domination et lettre d'amour pop et acidulée à la Gen Z, le cinéaste de 66 ans flirte avec son époque sans jamais vraiment la bouleverser.

RRR : le blockbuster tollywoodien qui a conquis le monde

« RRR », blockbuster oscarisé de S.S. Rajamouli, débarque enfin sur les écrans français. Cette fresque indienne raconte l'amitié explosive entre deux résistants à la colonisation britannique, entre danses endiablées, action spectaculaire et démesure mythologique assumée, portée par deux acteurs habités. Une œuvre à chérir avec passion et amusement !

Le Rouge et le Noir (1954) : exploration d’une quête romantique, politique et spirituelle

Entre romance et lutte des classes, Claude Autant-Lara réalise une adaptation minutieuse du roman grandiose de Stendhal, axée sur les passions consumées et le repentir.
Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

I Want Your Sex : l’apocalypse fait de la résistance

Après dix ans de gestation, le nouveau Gregg Araki porté par Olivia Wilde et Cooper Hoffman, "I Want Your Sex" débarque enfin en salles. Entre fantasme de muse, rapport de domination et lettre d'amour pop et acidulée à la Gen Z, le cinéaste de 66 ans flirte avec son époque sans jamais vraiment la bouleverser.