Un vrai bonhomme de Benjamin Parent : la présence de l’absence sur la vie d’un adolescent

Dans le film Un vrai bonhomme, le réalisateur Benjamin Parent nous propose une histoire, pour le moins insolite, pour aborder le sujet délicat qu’est l’adolescence : Tom peut bénéficier du soutien de son grand frère, un être qui n’est plus vivant, si ce n’est dans sa tête, et qui lui prodigue de précieux conseils pour qu’il gagne en confiance. Mais il devra se délivrer de ce Léo chimérique, empathique mais parfois tyrannique, pour oser devenir enfin lui-même.

Un vrai bonhomme débute par un accident de voiture. Tom se fait la belle pour accompagner son grand frère Léo, à une soirée réservée pour les « grands » où la transgression est la bienvenue. Léo est promis à un avenir de basketteur professionnel et est le chouchou inconditionnel de son père. Il se voit donc confier, sans problème, le véhicule familial. Léo initie même Tom à fumer son premier joint. C’est la nuit et un animal surgit sur la route. Le choc frontal est inévitable. Il y a un plan qui nous montre les deux frères se serrant l’un contre l’autre, alors que le véhicule s’embrase derrière eux. On croit alors qu’ils sont tous deux, peut-être blessés, sans doute choqués psychologiquement, mais saufs. Puis nous basculons soudain deux ans plus tard. Contrairement à Je vais bien, ne t’en fais pas de Philippe Lioret, on apprend rapidement que Léo a trouvé la mort puisque son père profite de son jogging quotidien pour aller se recueillir sur la tombe de son fils préféré. La chute du film semble alors tomber précocement mais il y a tout de même une ouverture que nous allons découvrir.

En effet, si le père se montre digne, Tom n’a pas encore réussi à terminer son travail de deuil vis-à-vis de la disparition brutale de son aîné. Léo demeure un référent qui l’accompagne notamment pour effectuer ses premiers pas hésitants au lycée. Léo existe encore pour lui, bel et bien, niché dans un coin de sa tête, ce sans le moindre repos, pour ne pas dire le moindre répit. Tom doit prendre des cachets pour aller mieux -ce qu’il esquive souvent- car il peut être en proie à des tremblements incontrôlables qui sont des sources de réactions violentes souvent disproportionnées. Notons que le terme schizophrénie n’est prononcé qu’une fois dans le film et de façon sympathique par un des rares nouveaux potes de Tom : il emploie d’ailleurs l’abréviation « schizo ». Benjamin Parent n’est donc pas dans le jugement désapprobateur ni dans le diagnostic psychiatrique. Il ne cherche pas à enfermer son personnage dans une case : il souhaite, bien au contraire, voir s’affirmer Tom, en se détachant de Léo. Pour cela, il lui faut accepter sa sensibilité et non adhérer au machisme cultivé par son grand frère.

Tom, ce petit homme en devenir, est adopté très rapidement par le spectateur par l’intermédiaire de situations comiques idéalement placées pour désamorcer une tension dramatique qui va aller crescendo : Tom doit traverser tout nu un couloir du lycée, parce que les cadors du bahut lui ont chipé ses vêtements alors qu’il était sous la douche. Léo suggère à Tom de regarder droit devant lui et de maintenir la tête haute. Cette attitude va augmenter grandement sa confiance en lui et ceux qui croyaient lui jouer le plus sale tour qui soit en sont estomaqués. L’adolescence est aussi la période des premiers balbutiements amoureux et Tom va connaître la joie exquise d’un baiser avec une des filles les plus convoitées du lycée. Sa patience en est ainsi récompensée. L’ivresse n’est pas qu’amoureuse et Tom paye les frais, en vomissements, d’une cuite à la suite d’un concours de tequila paf. L’adolescence est filmée par Benjamin Parent comme l’âge de tous les possibles et nous souhaitons à Tom une résilience rapide. Nous écrivons ceci car Léo est son meilleur ami comme son pire ennemi.

Synopsis : Tom, un adolescent timide et sensible, s’apprête à faire sa rentrée dans un nouveau lycée. Pour l’aider à s’intégrer, il peut compter sur les conseils de Léo, son grand frère et véritable mentor. Léo va s’employer à faire de Tom un mec, un vrai, mais son omniprésence va rapidement se transformer en une influence toxique. Tom va devoir batailler pour s’affranchir de l’emprise de Léo et trouver son propre chemin…

Un Vrai Bonhomme : Bande-annonce

Un Vrai Bonhomme : Fiche technique

Réalisateur : Benjamin Parent
Scénario : Benjamin Parent, Théo Courtial
Casting : Isabelle Carré, Thomas Guy, Benjamin Voisin, Laurent Lucas
Date de sortie: 8 janvier 2020
Nationalité : Français
Distributeur : Ad Vitam
Genre : Comédie dramatique

Durée : 88 minutes

Auteur : Eric Françonnet

3

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.