Cycle HBO : « Show me a hero », une odyssée de l’espace

« Show me a hero and i’ll write you a tragedy » disait Francis Scott Fitzgerald, « Montrez-moi un héros et je vous écrirai une tragédie ». La phrase est puissante, évocatrice, presque prétentieuse. A son image, Show me a hero, la mini-série de David Simon, diffusée en 2015 a les atouts d’une très grande sans la force de frappe des 5 saisons de The wire. Malgré tout, la narration et l’ambition du créateur a le temps de toucher quelques belles cibles, le temps de 6 épisodes réalisés comme un très long métrage par Paul Haggis, le réalisateur de l’oscarisé Collision (Crash, 2004) mettant en scène l’oscarisable Oscar Isaac en tête de gondole d’un beau casting choral.

Synopsis : Dans la banlieue de New York, loin de la skyline et des touristes, un terrible orage gronde. Nous sommes à Yonkers, la petite ville de banlieue frappée par une décision judiciaire divisant la ville et la prenant à la gorge. Sous peine de construire des logements sociaux dans un délai très ténu, elle devra s’acquitter d’une amende achevant ses comptes et son avenir. C’est dans ce contexte fiévreux que le jeune Nick Wasiscko, (Oscar Isaac) la moustache au vent, devient maire à même pas trente ans. 

La critique de la série existe, elle est même très fouillée et entraînante sur le MagduCiné même alors il est logique de tailler dans le roc pour dévoiler de l’œuvre d’autres atouts.

Last action Hero

Une odyssée de l’espace en territoire urbain et des espaces que chacun accepte de laisser sans se sentir menacé. C’est la force d’un tel sujet, qui est tout d’abord de donner du sens à l’action politique, dans un climat de crise des institutions et de leur remise en cause, dans nombre de démocraties occidentales. 2015, c’est à la fois loin et très proche pour voir ou revoir une série très ambitieuse dans ses intentions. Que ce soit dans le nombre des personnages, leurs interactions, jusqu’à l’angle technique de certaines répliques, le réalisme est poussé très loin pour reproduire avec une réelle sincérité les rapports de force au sein d’une petite mairie. Yonkers connaît 200 000 habitants en 2010, c’est conséquent pour une ville française mais dérisoire à l’échelle des Etats-Unis et pourtant: dès le premier épisode, les scènes au sein du conseil municipal frappent par la violence des rapports entre la population et leur conseil municipal. On se croirait en guerre, on pourrait croire à une invasion imminente, mais non: si tous se chiffonnent aussi violemment, c’est d’un côté par crainte de voir la construction de logements sociaux dénaturer leur quotidien, de l’autre par la volonté d’agir dans le sens commun et le respect d’une décision de justice terriblement invalidante.

Les héros se cachent donc pour mûrir: Nick Wasicko en tête de gondole, tous ont en tête ce projet de ville. De la militante bourgeoise opposée au respect de la décision de justice jusqu’aux classes défavorisées, toutes les humanités sont représentées avec un souci de justesse très minutieux. Le fan de David Simon s’y reconnaîtra, après The wire et the corner, marquées du même sceau, mais les esprits chagrins auront nos oreilles quand ils reprocheront au dispositif de représenter les inégalités sociales de manière un peu trop frontales. Certes, l’affaire de Yonkers est un beau sujet, mais il n’est pas le bon carburant pour tenir un spectateur en haleine pendant plusieurs saisons, au risque de si mal le servir. Car pour le cerner correctement, il faut accepter pendant 6 épisodes de voir des notions de géographie, de sociologie et de politique de la ville prendre corps dans de longues répliques et des scènes fouillées refusant systématiquement toute forme de facilité, et donc d’action.

Vivre ou survivre

Entrer au sein du saint des saints, les arcanes politiques, les petits arrangements peut séduire autant que rebuter. Mais derrière chaque grande décision et chaque grand discours se cachent des démarches hautement sibyllines qui sont amenées à rester dans l’ombre. C’était le sens du Lincoln de Spielberg, c’est aussi la démarche de Show me a hero. Le risque est mesuré, sur 6 épisodes, de louper la marche et de ne pas attirer à soi les yeux qui pourront s’y plonger. Pourtant, dans un contexte où l’action au cinéma et dans les séries mange de plus en plus de place, où parfois de grands cinéastes et scénaristes doivent faire enfiler à leurs scripts les costards de films policiers, de super héros ou n’importe quel autre qui fera l’affaire pour attirer l’attention, force est de constater le courage de David Simon de continuer à créer des univers aussi forts en refusant toute forme de facilité.

L’intérêt est à la fois cinématographique, narratif et social : une série peut œuvrer, si on lui laisse le temps, à rendre accessibles et emballantes les longues litanies de public sénat ou de la chaîne parlementaire. Dans ces hémicycles, pas de super héros, quelles que soient leurs formations politiques ou leurs idéologies, mais des technicien(nes), des prises de têtes et des places que peu de personnes accepteraient de prendre si facilement, au final. Car si le trajet du personnage joué par Catherine Keener, de la farouche opposante aux logements sociaux, presque raciste, à l’humaniste dévouée, peut paraître difficile à accepter, c’est ce chemin que crée la série que d’autres pourront prendre, tout ou partie. C’est un moyen comme un autre de s’élever, au sens propre, et de s’éveiller. Dire aujourd’hui que les séries ne doivent pas oublier ces ambitions peut faire froid dans le dos, alors on remerciera à ces héros de se montrer une fois pour toutes.

Show me a hero: Bande-annonce

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4.5

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Romaric JOUAN
Romaric JOUANhttps://www.lemagducine.fr/
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