Vacances au cinéma : A Scene At The Sea, la douceur d’un ressac infini

Il est toujours tâche bien ardue de choisir un film en particulier, dans un cycle donné. On nous donne le thème fédérateur « les vacances ». Notre esprit se dirige instinctivement vers ce A Scene At The Sea, de Takeshi Kitano. Est-ce le personnage mère de l’Océan qui oriente notre choix ? Ou plutôt cette impression de moment suspendu, coupé de tout, ressenti devant le film ? Sûrement un peu des deux. Ce qui est sûr, c’est qu’il est passionnant de voir à quel point, tout au long de ce cycle, l’esprit de chacun des rédacteurs s’est joué des codes que pourrait définir un tel thème pour associer son mot clé à quelque chose de bien plus sensoriel…

A Scene At The Sea commence d’emblée comme une invitation aux vacances pour son personnage principal. Car, littéralement, on parle là d’un jeune homme qui quitte les jours sans fin d’un boulot peu plaisant pour se consacrer à une activité qui lui était jusqu’alors inconnue, le surf. Métaphoriquement, c’est l’homme chargé de ramasser les déchets qui trouve en l’un deux sa planche salvatrice… C’est le jeune homme attiré par l’Océan qui quitte la route du travail pour plonger dans le premier sans retenue. Cependant, paradoxalement, c’est peut-être le fait d’évoluer au milieu des vagues infinies qui lui demandera le plus de travail, ou, en tout cas, le plus de persévérance. Mais, si l’on part du principe que A Scene At The Sea est aussi l’histoire d’une vocation, il devient alors évident que, ce jeune homme que l’on pense novice, revient en réalité à sa condition première, à son milieu d’origine en domptant sa planche tout d’abord rafistolée…

En vacances, on demande tant à se mêler au bruit rutilant des soirées sans fin qu’à se laisser porter par le silence d’un été que l’on voudrait enfin apaisé. A Scene At The Sea, c’est aussi cela. Le silence face au bruit, le calme et la sagesse face à l’inconséquence et à l’immaturité. Quelle plus belle allégorie, alors, que de choisir des protagonistes sourds et muets ? Deux personnages qui tournent le dos aux ricanements des uns et aux critiques des autres, protégés qu’ils sont, dans leur bulle coupée de toute l’agitation que soulève, malgré elle, la vie dans son quotidien bien (trop) rôdé. Reste la musique enveloppante et mémorable de Joe Hisaishi pour cristalliser le tout.

Cette bulle en question, c’est celle de deux jeunes adultes qui s’aiment et se suivent sans un mot. L’amour revêt alors la beauté de la pureté qui est sienne et dont Kitano a le secret. Un amour fait de regards et de tendresse en bord de mer, ce n’est pas aussi cela, parfois, les vacances ? L’innocence d’un enfant dans l’écrin de sagesse d’un adulte accompli ? L’amour que l’on étend physiquement sur quelques semaines, mais dont le souvenir restera éternel ?

Si les vacances sont le repos qui vient apaiser le vacarme incessant du quotidien, A Scene At The Sea en est alors bel et bien l’illustration parfaite. Bercés par ses couleurs solaires, élevés par sa pureté et son infini douceur, il vient se loger au sein de notre mémoire au même titre qu’un souvenir de vacances. Avec la même nostalgie aussi. Car ici, ce n’est pas le bruit des vagues qui compte, mais le silence qui sépare deux d’entre elles…

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

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