Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, de Haruki Murakami : Impressions

Il y a des œuvres qui marquent, d’autres qui touchent et enfin certaines qui font réfléchir. Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, de Haruki Murakami, réunit tout cela à la fois.

C’est une histoire pourtant très simple en apparence : celle d’Hajime, qui, pendant son enfance, entretient une relation très proche avec sa voisine Shimamoto-san. Avec elle, il découvre aussi bien la musique que ses premiers émois amoureux… jusqu’à ce qu’il déménage et finalement la perde de vue. Il s’agit donc de suivre la vie et les errances de ce personnage tourmenté, au travers de sa première copine, jusqu’à son mariage avec sa femme bien -aimée. Cependant, voilà, la passion qui l’animait quand il était petit ne s’étant jamais vraiment éteinte, elle renaîtra suite aux retrouvailles avec son amie d’enfance.

L’amour et la confusion des sentiments est un thème universellement utilisé en littérature, mais il atteint son paroxysme ici. Murakami arrive, grâce à un style d’une beauté simple mais précise à relater les réflexions et la passion qui animent son personnage principal. L’histoire d’Hajime est touchante, car elle reflète des faits que nous pouvons tous vivre : ceux de la folie amoureuse qui peut toucher n’importe qui. D’autant plus qu’Hajime semble humain (trop humain ?). En effet, comme d’habitude, Haruki Murakami n’essaie pas de créer un personnage qui soit un héros au sens premier du terme. Non, il cherche, à la manière d’un artiste, à le peindre avec le plus de banalité possible. Hajime n’est pas particulièrement brave, ni gentil, il se laisse guider par son désir, ce qui le pousse à heurter profondément Izumi, sa première copine. Ses actes ont des conséquences, et au nom de ses sentiments il serait prêt à abandonner femme et enfants afin de se consacrer à son amour d’enfance retrouvé. C’est un tourbillon qui bouleverse le monde autour de lui, sans le vouloir.

– Oui, je les aime. Je les aime énormément. Et ils comptent beaucoup pour moi. Tu as raison. Mais je sais que ça ne me suffit pas. J’ai une famille, un travail intéressant, je n’ai aucune insatisfaction dans ma vie. Tout a fonctionné parfaitement jusqu’à présent. Je pense même pouvoir dire dire que j’étais heureux. Mais ça ne me suffit pas. Ça, je le sais. Depuis que je t’ai retrouvée voilà près d’un an, je m’en suis bien rendu compte. Tu vois, Shimamoto-san, le principal problème, c’est qu’il me manque quelque chose. Il y a un grand vide dans ma vie. Et je suis toujours assoiffé, affamé, de cette part que j’ai perdue. Ni ma femme ni mes enfants ne peuvent combler ce manque. Tu es la seule personne au monde qui puisse le faire. Quand tu es près de moi, je sens ce vide se remplir. Et c’est comme ça que j’ai réalisé à quel point j’avais été assoiffé et affamé pendant des années. Je ne peux plus retourner dans ce monde d’avant.

Les personnages sont fouillés et excellemment écrits, bien que l’auteur leur laisse des zones d’ombre (surtout à propos de Shimamoto-san), incitant ainsi le lecteur à chercher ses propres réponses. Ceci permet de le garder attentif jusqu’à la déchirure finale. Encore une fois, Murakami arrive à créer un mystère autour des personnages féminins, et bien que la fin reste en suspens, on ne peut que s’imaginer le parcours qu’elles ont eu et auront dans la continuité de l’histoire. Ce mystère accentue la profondeur de leurs caractères et de ce qui leur arrive. Les thèmes centraux et cruciaux de cette œuvre et points sur lesquels insiste beaucoup l’auteur sont les sentiments ressentis, l’amour en point d’orgue bien entendu, mais aussi les conséquences de la perte de cet amour, surtout lorsqu’il est empreint de passion. Chacun pourra s’identifier au vécu d’Hajime qui n’arrive plus à vivre normalement après que son âme sœur ait disparu de sa vie. Sans plus d’explications et de la plus cruelle des façons : sans crier gare.

Pour conclure, citons des vers du poète Paul Eluard qui correspondent parfaitement à ce que ressent Hajime pour Shimamoto-san:

Je te cherche par-delà l’attente
Par delà moi-même
Et je ne sais plus tant je t’aime
Lequel de nous deux est absent.

Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, Haruki Murakami
10 X 18, août 2011, 264 pages

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Flora Sarrey
Flora Sarreyhttps://www.lemagducine.fr/
Biberonnée au cinéma depuis toujours, je suis passionnée par les films danois et asiatiques. Egalement férue de littérature et rock'n'roll.

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