Interview : Les femmes s’animent et s’emparent d’Annecy 2019

Nous avons interviewé Corinne Kouper, présidente du collectif « Les femmes s’animent », présent au festival d’Annecy 2019. Un entretien où il est question de stéréotypes, de propositions concrètes et de cinéma, bien entendu.

Le Mag du Ciné : Comment est née l’association « Les femmes s’animent » ?

Corinne Kouper : L’association est née en 2015, suite à ma prise de conscience de la non-parité dans nos studios et la découverte grâce à Lenora Hume (Membre du comité consultatif de Women in Animation, et représentante de TeamTO à Los Angeles) du travail de l’association Women in Animation qui se développe depuis plus de 20 ans aux Etats Unis.

Qui la compose ? Est-ce seulement un combat de femmes ?

L’association se compose de professionnelles essentiellement, quelques étudiantes, quelques hommes et plusieurs sociétés du secteur. Oui, c’est un combat de femmes, mais qui est fort heureusement soutenu par des hommes également. Les tables rondes que nous organisons nous permettent de nous rendre compte qu’ils sont intéressés et nous suivent.

Quelle est la part de femmes présente dans l’animation aujourd’hui en France ?

Elle varie selon les métiers. Bien sûr les métiers de gestion de production sont très féminins. Hélas, les autres métiers sont bien mal représentés.

Les chiffres montrent que les femmes réalisatrices de courts-métrages sont nombreuses (ce qui veut bien dire que les talents ne sont pas loin), pour autant les films de long métrage sont rarement confiés aux femmes.

75%   Chargées de production, 15%   Chef animatrices, 39%   Réalisatrices de courts métrages entre 2009 et 2016 (172 courts sur 441 produits), 6% Réalisatrices des longs entre 2003 et 2017 (10 films sur 154 produits)

Et par rapport au cinéma en prises réelles ?

L’évolution semble un peu plus rapide dans le cinéma en prises de vues réelles en France ( ce qui semble différent aux Etats Unis). Les films d’animation sont chers du fait du nombre de techniciens dans les équipes, et les durées de production.

D’après vous, quels sont encore les freins au développement de la place des femmes dans cette industrie ?

Après avoir regardé les chiffres et dressé les constats, nous pensons que les freins sont multiples : les stéréotypes inconscients, le manque de confiance de certaines femmes en elles-mêmes, le manque d’exposition des talents femmes, le manque de confiance de certains hommes aux commandes.

Comment les combattre concrètement ?

Nous mettons en place des stratégies multiples. Les actions de mentorat, les ateliers, sont parmi les stratégies que nous abordons au sein des Femmes S’Animent. Une avancée majeure cette année, non pas une démarche de quota mais une bonification adoptée par le CNC :  le bonus parité pour le cinéma d’Animation qui a été mis en place par le CNC au 1er janvier 2019. Il est entré dans le champ de cette mesure en faveur de la parité, en même temps que la fiction (et grâce à communication simultanée du CNC avec 5050 en 2020 & LFA ). L’extension de ce bonus parité à la télévision est le prochain objectif.

Il serait essentiel de travailler sur l’éducation des enfants (filles et garçons) dès l’école dans la mise en valeur à égalité des filles et des garçons, combattre les préjugés pour une société plus inclusive.

Mais pour les jeunes femmes qui sortent des écoles d’animation en ce moment, comment éviter qu’elles ne s’éloignent de leur but ? elles suivent les formations, et ensuite on ne les retrouve pas sur le marché du travail.

Nous pensons que des mentorats spécifiques devraient être organisés pour elles, de façon à les aider à accéder à ces postes qui visiblement ne s’offrent pas à elles.

Dans l’animation aujourd’hui, comment se porte la représentation des personnages féminins à l’écran ?

La représentation des personnages féminins en animation est globalement un sujet en nette évolution, et on se doit de reconnaître que les anglo-saxons ont montré la voie vers plus de diversité d’une manière générale. Il est intéressant de voir que les projets actuellement en développement à travers le monde se posent très en amont la question non seulement de la parité des personnages représentés à l’écran, mais également d’une plus grande diversité des histoires, à l’encontre des stéréotypes de genre.

Quelle est votre action au festival d’Annecy ? Est-ce un festival égalitaire, ou du moins a-t-il mis en place des leviers pour le devenir ?

C’est un Festival qui se place en ardent promoteur de la cause des femmes puisqu’il a signé en 2016 la charte pour la parité des femmes dans les jurys. Annecy soutien l’organisation des Rencontres internationales des Femmes dans l’Animation pour la troisième année cette année. Ces rencontres sont organisées conjointement par Women In Animation, l’organisation américaine, et LFA.

LFA sponsorise le concert de clôture des Rencontres avec la musicienne électro engagée pour la cause des femmes, Léonie Pernet. LFA organise en outre, tous les matins du Festival, des petits déjeuners /tables rondes visant à mettre en avant le travail dans l’animation des femmes présentes à Annecy. Chaque matin mettant le focus sur un aspect différent, tel que la place des Femmes au Japon, les femmes réalisatrices en compétition… LFA participe à l’organisation d’une table ronde avec le CNC et Causette intitulée « Quid des Garçons » qui discutera de la place des personnages masculins dans ce nouvel environnement plus paritaire en devenir.

L’action en faveur de la place des femmes se développe un peu partout, mais est-elle réellement efficace ? N’y a-t-il pas un effet « trop plein » ? On le voit à Cannes, il suffit que 3 réalisatrices soient nommées en compétition officielle pour que le débat cesse alors que la question est loin d’être réglée …

Je crois que l’on peut dire sans la moindre hésitation que l’action récente en faveur des femmes est très efficace. Le simple effet de la prise de conscience est énorme et c’est un préalable à une évolution des pratiques vers une plus grande parité. Ainsi, par exemple, de nombreux studios ont commencé à se poser les bonnes questions et ont rapidement pris conscience que même les plus favorables à la cause étaient loin d’appliquer la parité au sein de leurs équipes. Le débat est sur la place publique, et peut sembler lassant, mais c’est au quotidien, dans les studios, chez les producteurs, au sein des équipes que le changement s’opère.

Enfin, avez-vous un coup de cœur présenté à Annecy à nous faire partager ?

Nous sommes particulièrement émues de recevoir Eléa Gobbé-Mévellec à notre petit déjeuner à l’espace détente. Elle a participé à l’un de nos petits déjeuners ici il y a deux ans. Depuis lors, son film (Les hirondelles de Kaboul qu’elle a co-réalisé avec Zabou Breitman) été sélectionné à Cannes et à Annecy. C’est assez remarquable pour une jeune femme de son âge.

Festival

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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