Cannes 2019 : And Then We Danced, une oeuvre qui aurait pu être éclatante

Alors que la danse était déjà à l’honneur l’an dernier avec Lara dans Girl et les danseurs de Climax, c’est un film suédois en Quinzaine des Réalisateurs qui s’empare du domaine cette année. En compétition pour la QueerPalm, And Then We Danced pourrait bien avoir ses chances malgré ses larges failles.

Le film de Levan Akin est de prime abord surprenant dans les choix esthétiques qu’il propose. Si l’on s’attend à quelque chose de très vif à l’oeil, le cinéaste opte davantage pour une colorimétrie très épurée qui ramène parfois aux tons sépias anciens où l’environnement chaleureux de l’intérieur familial prend toute sa place. Film intimiste, il place son protagoniste à l’intérieur de deux groupes chaleureux allant de la sphère familiale au groupe d’amis qui, des vestiaires du conservatoire de danse aux soirées festives, le cherchent en permanence et l’interrogent dans sa propre définition de lui-même.

And Then We Danced a au début bien du mal à emporter par sa première partie plus distante et froide que la suite ; quand les lumières sépias fondent en tons dorés, le film prend alors une nouvelle tournure bien plus palpitante et fougueuse, à l’instar de l’idylle que l’on suit. Levan Akin choisit un schéma narratif très classique et fait passer son personnage dans les étapes devenues presque obligatoires quand il s’agit de film queer désormais : la quête identitaire même si elle n’est pas énoncée frontalement, la révélation, le flottement amoureux à la limite de la niaiserie, le rejet et l’impossibilité. Étapes nécessaires et bien réelles mais qui commencent à lasser dans leur répétition romancée qui évoluent peu au cinéma, et en l’occurrence ici, dans ce film.

Pourtant, malgré les longueurs et les défauts, And Then We Danced propose de vrais moments enivrants notamment en milieu de l’oeuvre lorsque Merab est enfin lui-même. Regroupés dans une maison le temps d’un weekend, temps fort et grande réussite du film, les amis vont alors se faire révéler Merab qui fera jaillir toute la lumière qu’il enferme dans son pénible quotidien. Les musiques transportent, des rythmes de tambours dès le début du film aux chansons additionnelles pop allant même jusqu’à ABBA, il est difficile de rester de marbre devant ces scènes vibrantes. La force du collectif est ravivée par la présence pourtant d’un seul individu qui, à ce moment-là, crève l’écran et offre enfin à voir cette jeunesse flamboyante que l’on attendait. La dynamique est alors revenue avec le coming out intérieur de Merab. Très vite, le rythme est adouci par les plus belles scènes du film, autant dans les images sublimes que dans le récit. Levan Akin filme les corps en amour avec une lumière or qui les magnifie et fait des ces plans, des cadeaux pour les yeux tant le moment est rendu sacré par son éclairage. La peau rayonne autant que son personnage irradié par l’amour et le bien-être ressenti d’être enfin qui il est. Le cinéaste capte l’amour et la sexualité masculine comme rarement cela a été fait au cinéma, ce qui force le respect et rappelle la si belle scène de la plage dans Moonlight de Barry Jenkins, où ce qui est suggéré est encore plus délicat et tendre que ce que l’on voit. La rencontre physique naît d’une affrontation comme dans Seule la terre, et quand il s’agit d’amour masculin, mêler force et tendresse est d’autant plus intense quand on sait les risques qui pèsent sur les homosexuels en Géorgie. L’une des dernières scènes du film avec David le révèle d’ailleurs avec une grande émotion, tout comme le réalisateur lors de la projection du film a, durant son discours, rendu hommage aux personnes ayant été attaquées durant ce qui aurait dû être la marche des fiertés en Géorgie, précisant également que beaucoup seront crédités anonymement sur le film par peur des représailles.

And Then We Danced est donc un joli film sur un beau sujet mais ne parvient pas à tirer son épingle du jeu des films LGBT et demeure trop classique et limité dans ses choix, notamment avec l’introduction de personnages très caricaturaux de la figure queer : prostituées, trans, gays et scènes de boîtes de nuit avec la musique éléctro et les couleurs flash en image, comme si c’était un passage obligé avec l’acceptation de son identité.

And Then We Danced de Levan Akin : Bande-annonce

Synopsis : Un récit initiatique « qui évolue dans le milieu de la danse traditionnelle géorgienne plutôt conservateur ». « C’est l’amour qui va faire trembler ce milieu » (Paolo Moretti, Sélectionneur de la Quinzaine des Réalisateurs)

Le film And Then We Danced de Levan Akin, est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2019

Avec Ana Javakishvili, Tamar Bukhnikashvili, Kakha Gogidze…
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement (1h 45min)
Nationalités Suédois, Géorgien

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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