Paris au mois d’août, une comédie douce-amère en DVD et Blu-ray

Le film étant jusqu’à présent inédit en DVD, c’est avec plaisir que l’on peut redécouvrir Paris au mois d’août, comédie sentimentale doucement mélancolique que Pierre Granier-Deferre réalisa en 1966, avec un immense Charles Aznavour.

Un homme banal, petit employé sans envergure, abandonné par femme et enfants pendant les vacances d’été, rencontre une superbe jeune femme. Ce pitch de départ vous rappelle quelque chose ? Le cinéphile, dans un premier temps, pense inévitablement à Sept ans de réflexion, l’hilarante comédie de Billy Wilder. Mais voilà, nous sommes ici dans la France du général de Gaulle, notre employé modèle est incarné par Charles Aznavour et le film est réalisé par Pierre Granier-Deferre.

Paris au mois d’août est l’adaptation d’un roman, paru deux ans plus tôt, écrit par le trop oublié René Fallet. Pourtant, ce grand ami de Georges Brassens a signé des romans populaires qui connurent un certain succès en leur temps et fut souvent adapté au cinéma : Les Vieux de la vieille, Un idiot à Paris, Le triporteur, et jusqu’à la fameuse Soupe aux choux.

Dès les premières minutes, Pierre Granier-Deferre donne à son film une atmosphère douce-amère de subtile mélancolie qui sera un des points forts de Paris au mois d’août. Petit employé au rayon pêche de la Samaritaine, Henri Plantin s’ennuie ferme en attendant l’heure de fermeture. Immédiatement, il file à toute allure chez lui pour se rendre compte que sa femme et ses enfants sont déjà partis en vacances sans même lui dire au-revoir. D’emblée, le regard triste d’Aznavour et l’enchaînement d’événements sur lesquels il semble n’avoir aucune prise font merveille : le spectateur a devant lui un personnage qui n’a pas sa vie en mains, quelqu’un qui est malmené par ce qui lui arrive mais qui ne contrôle rien. Quelqu’un qui est mu, et non pas qui se meut. En bref, un petit anti-héros dénué de charisme, un Français moyen sans intérêt.

Répétons-le : Charles Aznavour est magnifique dans ce rôle ! Dans les compléments de programme, nous apprenons que, dans le roman de Fallet, Plantin était décrit comme… ressemblant à Charles Aznavour ! Et, de fait, l’acteur est magnifique de retenue, d’une exactitude rare. Plantin est un Monsieur Tout-le-monde auquel il est facile de s’identifier, pas épanoui dans son travail, pas épanoui dans sa vie de famille, subissant sa vie plus qu’il ne la savoure.

Ce constat amer est encore renforcé par une très belle exploitation du décor parisien. Tourné en décor naturel dans les rues du centre de la capitale, on y voit Plantin promener son ennui devant des immeubles dont tous les volets sont fermés, dans des avenues vides de monde, dans un Paris qui, comme lui, est plus mort que vif.

Finalement, le film prend une allure quasi-documentaire sur la France juste pré-Mai-68 (le film date de 1966). La France représentée par Plantin semble attendre une étincelle pour se mettre à vivre, elle paraît étouffer dans le carcan d’une vie traditionnelle qui n’offre plus aucun espoir d’épanouissement personnel.

L’invention d’une vie

Voilà pourquoi, dès qu’il va rencontrer cette jeune Anglaise désireuse de découvrir les merveilles touristiques de la capitale, Plantin va sembler revivre. C’est un autre homme qui arrive. D’ailleurs, Plantin s’invente une nouvelle vie : le père de famille discret (soumis ?) devient un séducteur, le petit employé de grand magasin se transforme en artiste bohème. Plus que de simples mensonges destinés à éblouir la jeune femme, on sent facilement qu’il s’agit là de vivre des rêves qui ont été enfouis sous les cendres de la vie « normale ».

Paris au mois d’août, c’est le récit d’une vie rêvée qui devient réalité le temps de quelques jours. D’ailleurs, Paris semble même prendre vie également, suivant en cela la résurrection de Plantin.

Finalement, sous ses airs de film tout simple, Paris au mois d’août est un savant mélange de scènes drôles teintées de drame, de séquences de légère mélancolie, de description d’une société finement observée, le tout porté par une réalisation aussi discrète qu’efficace et une interprétation d’une grande justesse. Du cinéma français d’une grande qualité.

Restauration et compléments

La restauration est également d’une grande qualité, d’ailleurs, aussi bien sur le plan visuel que sonore.

Côté compléments de programme, nous avons droit à quelques actualités cinématographiques Pathé, qui permettent de replacer le film dans son contexte. Puis les éditions Pathé nous propose un entretien croisé avec trois spécialistes qui décrivent la place de Paris au mois d’août dans les carrières respectives de Pierre Granier-Deferre et Charles Aznavour. Là, il faut bien avouer que c’est un peu court : on pouvait dire bien des choses en somme !

Ce complément ne rend pas un hommage suffisamment appuyé à ce grand réalisateur que fut Granier-Deferre, qui tourna quelques films majeurs du cinéma français des années 70 et 80 (Le Chat, La Veuve Couderc, Le Train, Adieu Poulet…). Il aurait été possible aussi de replacer ce film dans le contexte du conflit qui opposa le réalisateur à la Nouvelle Vague. Aucun mot non plus sur Henri Jeanson, formidable dialoguiste qui apporte tant aux films auxquels il a participé.

En bref, cette édition DVD a au moins le mérite d’exister et de nous faire redécouvrir un très beau film injustement oublié. En cela, sa mission principale est remplie.

Infos techniques :

DVD – 2.35 – N&B – 99 min
LANGUES : Français Dolby Digital mono 2.0
SOUS-TITRES : Sourds et malentendants

BLU-RAY – 2.35 – N&B – 103 min
LANGUES : Français DTS mono 2.0
SOUS-TITRES : Sourds et malentendants

Suppléments :

Paris au mois d’août : Entretiens avec Erik Berchot, Jacques Layani et Daniel Pantchenko (28 min)

Actualités Pathé d’époque : Les Aoutiens (2min), Paris se transforme (1min), Les coulisses d’Aznavour (5min), La vie du cinéma (3min)

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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