Tristesse sur pellicule : Brandon et le mal urbain dans Shame

New York sert de cadre à bien des films, elle se trouve parfois au coeur d’une romance ou bien devient la ville de tous les vices. Dans Shame elle est le décor froid et distant dans lequel Brandon, addict au sexe, entame son auto-destruction, conquête après conquête. Au travers de cette addiction, Steve McQueen conte l’histoire d’un homme dont les émotions se sont perdues dans les rues froides et bétonnées de New York. 

Shame dépeint la ville de New York de manière réaliste, sans l’idéaliser mais sans la dramatiser non plus à outrance. Les rues sont bétonnées et bordées de buildings, et le métro sale et quotidien mais on reste bien souvent dans les quartiers huppés de la métropole, en passant par le bureau en verre et en bois de Brandon ou bien une chambre d’hôtel luxueuse donnant sur la baie. Pourtant, malgré sa beauté, la ville reste froide et distante. La métropole aurait pu signifier la réussite de Brandon, qui a fait son chemin depuis l’Irlande, dont on imagine une enfance traumatique, jusque dans les beaux quartiers de New York. Mais l’American Dream de Brandon a capoté et malgré son boulot et son appart, dont il essaie de se convaincre qu’ils sont des signes de réussite, il ne parvient pas à se libérer de son passé et de ses blessures. Il s’enferme alors dans le sexe et devient prisonnier de son propre corps, répondant aux pulsions de ce dernier mais n’en ressentant aucune véritable satisfaction. 

La sexualité dans Shame n’est jamais romantisée, les corps nus deviennent banals et sont filmés avec autant de distance et de froideur que l’est l’architecture de New York. Les corps perdent leur sensualité et leur humanité, le sexe devient un automatisme qui ne délivre aucune jouissance, si ce n’est celle mécanique du corps. C’est d’ailleurs ce qui rend le film si pénible à regarder par moment, cette absence d’émotion. Le sexe anesthésie complètement Brandon, qui se mue dans un déni de sa tristesse ou de toute autres émotions. Ce n’est que lorsque sa sœur s’installe chez lui et l’empêche de vaquer à ses occupations habituelles, qu’il commence à perdre le contrôle et que ses émotions, qu’il arrivait jusque-là si bien à réprimer, finissent par exploser.

Pourtant la tristesse de ce personnage à vif nous est montrée dès le début du film, sans crier gare, lorsque Sissy chante « New York New York » dans un bar. Sa voix déchirante, qui peine à faire sortir les paroles, est emplie de souvenirs douloureux et de rêves de liberté avortés. Dans le public, Brandon a du mal à retenir ses larmes. Le film s’amuse à faire exploser les émotions ici et là, pour mieux les museler par la suite dans un vide anxiogène. Les dialogues sont économes, les informations sur le passé des personnages, éparses. Et quand la tristesse tente de refaire surface, elle se mue en colère, tant Brandon ne sait pas l’exprimer. Il tente de la rejeter à coups de grandes foulées, courant vers le bord opposé du cadre, qu’il ne parvient jamais à atteindre. Le film accumule les frustrations, et déçoit le spectateur qui rêvait de voir Brandon trouver une sorte de paix avec Marianne, la seule femme avec qui il semblait devenir un peu plus humain. Mais dans cette grande ville bétonnée, il semble plus facile de se fondre dans le décor et oublier de ressentir la douleur. 

Bande-annonce : Shame

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Perrine Mallard
Perrine Mallardhttps://www.lemagducine.fr/
J’ai grandi avec Luke Skywalker, Korben Dallas et la bande de Friends. Rêvé de devenir un gangster comme dans les films de Scorsese. Me suis prise pour une cinéphile après avoir vu Pulp Fiction et découvert mon amour pour le cinéma avec les films des frères Coen. J’aime la poésie de Sofia Coppola et l’imaginaire de Wes Anderson. Je préfère presque toujours les méchants. Et mes films préférés sont entre autres : Bronson, Un Tramway nommé Désir, Donnie Darko, The Dark Knight, Thelma & Louise, Somewhere, Mad Max : Fury Road, The Voices, Snatch et la plupart des Coen. J’ai découvert les séries avec Supernatural pour ensuite me tourner vers The Walking Dead, Misfits et continuer avec The Office, Hannibal, True Detective pour ne jamais m’arrêter, à tel point que je ne peux plus me passer de ma dose quotidienne. Néanmoins, j’ai la fâcheuse tendance à dire que les premières saisons sont les meilleures. Je n’ai pas de préférence entre le cinéma et les séries, tout comme je n’en ai pas concernant les genres, les seuls films/séries qui ne me plaisent pas sont ceux qui me laissent indifférente.

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