Cassandro the Exotico !, portrait éclatant de la lumière du catch mexicain

Spécialiste des portraits et du cinéma expérimental qu’elle pratique avec sa caméra de 16mm, la cinéaste Marie Losier filme, monte, colle et rend hommage aux rencontres qui ont marqué sa vie. Présenté dans la section parallèle de l’ACID au dernier Festival de Cannes, Cassandro the exotico !, son second long métrage, est un portrait rempli de tendresse d’une légende de la lucha libre au Mexique.

Marie Losier ne parle pas de rencontre mais d’accident. C’est déjà ce qui lui était arrivé avec la performeuse Genesis P-Orridge pour son film The Ballad of Genesis and Lady Jaye en 2011, qu’elle avait choisi de suivre et de dépeindre dans son premier long métrage pour raconter la vie de cette femme. Dans son deuxième film, elle dévoile la personnalité touchante de Cassandro que ses muscles et son sport assez brutal pourraient cacher. Cassandro est le nom de scène comme on pourrait le dire de Saúl Armendáriz, l’un des plus célèbres catcheurs mexicains. Mais la différence qu’il possède avec ceux que l’on connait mieux, c’est qu’il se travestit. Dans les années 1940, les exoticos, comme on les appelle, apparaissent dans un but purement théâtral en se mettant en scène munis de boas, de maquillage et de paillettes. À ce moment là, tous tiennent à préciser que ces numéros sont intégralement du show afin qu’on ne les prenne par pour des homosexuels. Cassandro est l’un des premiers à assumer ouvertement d’être gay, il est un exemple de combat contre les codes de la virilité très présents dans le catch, milieu assurément machiste. Récemment invité dans l’émission Quotidien sur TMC, il répond à Yann Barthès qu’un exotico est « un gay, flamboyant qui peut se battre tel qu’il est », tout à fait la personne que l’on découvre durant ces 70 minutes de film.

La deuxième particularité des exoticos est que pour la majorité, ils combattent sans masque, pourtant énorme symbole dans ce sport. Ce choix appuie davantage la question de l’identité et l’importance de l’assumer haut et fort devant le public qui vient les voir lutter. Dès le début du documentaire, le spectateur est plongé dans l’histoire de son personnage. Des abus sexuels qu’il a connus à ses problèmes de drogue et d’alcool en passant par ces épisodes dépressifs très présent, une certaine mélancolie se dégage de Cassandro. Pourtant, il est une vraie lumière, un guerrier qui a choisi la lucha libre comme thérapie et la spiritualité pour survivre. Il éclaire le film de son sourire et de ses habits brillant d’éclats.

Comme on peut facilement l’imaginer, le corps est un des aspects les plus importants du catch avec celui de la pure chorégraphie. La réalisatrice a su se saisir de cette importance en le présentant dans tous ces instants. D’un corps maquillé, plein d’artifices et de costumes extravagants à celui abîmé plein de cicatrices et de séquelles d’opération, le spectateur connaît l’histoire du catcheur sans même avoir besoin de l’écouter parler. En se contentant de gros plans sur ses yeux maquillés ou sur les cicatrices qui inondent son corps, fatigué par son sport, Marie Losier livre à peu près la vie de Cassandro à travers ces images corporelles. Si le catch est un sport, il est aussi une danse, et armée de sa caméra de 16mm, la cinéaste se plaît à danser autour du ring pour en capter les moments les plus intenses. Le film est un corps à corps entre deux artistes. On ressent toute la délicatesse avec laquelle la cinéaste s’est immergée dans son intimité durant 4 ans où ils ont traversé beaucoup de moments ensemble. De ses étincelles à ses moments difficiles comme lorsqu’il replonge dans l’alcool, la relation réalisatrice et sujet se ressent indéniablement à travers le film.

Si l’œuvre fonctionne et passionne, c’est certes grâce à son sujet qui touche les cœurs et occupe l’écran par sa grande sensibilité et son immense force, mais aussi par sa forme originale. La caméra utilisée par Marie Losier a la singularité de ne pouvoir tourner qu’avec des pellicules de 3 minutes et la nécessité de rembobiner toutes les 25 secondes, ce qui complique la tâche mais donne un aspect intéressant au film. Succédé par un montage/collage dynamique, le film maintient en éveil dans les perspectives qu’il propose. Là où l’on voit d’habitude des faux raccords et des maladresses, on comprend ici un réel travail de la matière et la volonté constante de créer du mouvement. Cassandro the Exotico ! est une œuvre éclatante d’humanité avec un travail aussi riche sur le fond que sur la forme, le film et la personnalité du catcheur ne peuvent qu’émouvoir.

Cassandro the Exotico ! : Bande Annonce

Synopsis : Dans le monde flamboyant de la Lucha Libre, Cassandro est une star incontournable. Il est le roi des Exóticos, ces catcheurs mexicains travestis. Malgré ses mises en plis et ses paupières maquillées, Cassandro est un homme de combat extrême, maintes fois Champion du Monde, qui pousse son corps aux limites du possible. Après 26 ans de vols planés sur le ring, Cassandro est en miettes, le corps pulvérisé et le moral laminé par un passé traumatique. Il ne veut cependant pas s’arrêter ni s’éloigner du feu des projecteurs…

Cassandro the Exotico ! : Fiche Technique

Réalisation : Marie Losier
Scénario : Antoine Barraud, Marie Losier
Interprétation : Cassandro
Image: Marie Losier
Montage: Aël Dallier Vega
Productrice : Carole Chassaing
Société de production: Tamara Films, Tu vas voir
Distributeur: Urban Distribution
Durée : 1h13
Genre : documentaire
Date de sortie : 5 décembre 2018
France – 2018

3.5

Festival

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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