Rétrospective Pedro Almodóvar : Étreintes brisées

Pour son dix-septième film, Pedro Almodóvar offre avec Étreintes brisées un mélodrame comme il en a le secret, ce qui constitue le gros problème du film. Le cinéaste espagnol ne prend pas de risque et cela se ressent par le manque de surprise et de véritable ambition.

Synopsis : Harry Caine est un scénariste aveugle depuis un grave accident de voiture. Avant ce drame, il était connu sous le nom de Mateo Blanco et était un grand réalisateur. Un jour, une jeune aspirante actrice du nom de Lena vient passer une audition pour le nouveau film de Mateo. L’alchimie entre le réalisateur et son actrice opère instantanément, malheureusement l’amant de Lena, un homme d’affaires puissant ne voit pas les choses de la même manière.

Depuis Tout sur ma mère, tous les films de Pedro Almodóvar ont eu l’honneur de concourir en compétition à Cannes, Étreintes brisées sorti en 2009 ne déroge pas à la règle. 3 ans après le triomphe de Volver, et notamment de son casting féminin, le cinéaste espagnol fait revenir quelques unes de ses actrices fétiches auréolées du prix d’interprétation à Cannes en 2006. On retrouve donc une nouvelle fois dans des petits rôles Rossy de Palma et Lola Dueñas, mais surtout Blanca Portillo et Penélope Cruz. C’est d’ailleurs autour de Penélope Cruz que ce nouveau mélo noir va se dérouler. La belle espagnole va se retrouver au milieu d’un triangle amoureux composé de son riche amant jaloux et d’un jeune réalisateur chevronné. C’est ce dernier, Mateo Blanco, interprété par un autre habitué d’Almodóvar, Lluis Homar qui va servir de narrateur. L’histoire débute à Madrid en 2008 avec les retrouvailles entre Mateo et le fils de son rival. Prétexte qui va permettre à Mateo de revenir sur son passé.

C’est donc avec ce point de départ qu’Almodóvar va tisser un mélodrame flirtant autant avec le vaudeville que le film noir, le tout au travers de plusieurs temporalités. Vengeance, jalousie et trahison vont donc se télescoper dans l’univers du cinéma. Un exercice on ne peut plus classique pour le réalisateur ibère qui avait déjà montré son attirance pour ce genre de film aux rebondissement soapesque dans En chair et en os. Étreintes brisées n’est donc pas foncièrement original, mais bénéficie d’une mise en scène léchée, aux couleurs vives typiques de son auteur. Évoluant en territoire connu, Almodóvar ne prend pas vraiment de risque. Le triangle amoureux sur lequel repose le film est un socle efficace, et le déroulement des péripéties est très facilement anticipé. D’autres défauts pointent le bout de leur nez. Le début du film souffre un peu de ces multiples temporalités, qui mettent en place un faux rythme avec des allées et venues qui manquent d’impact. De plus malgré ses nombreux rebondissements, Étreintes brisées ne surprend jamais, ce qui est dommage car sa durée de plus de 2 heures peut sur le coup sembler trop longue. Le spectateur peut bien évidemment se raccrocher à la réalisation ardente de Almodóvar qui permet d’offrir un regain d’intérêt à ce scénario fainéant.

Là où Étreintes brisées se démarque cependant, c’est par son côté personnel. Almodóvar n’hésite pas à construire son film autour de son vécu, et il n’est pas difficile de faire un rapprochement entre le personnage de Lluis Homar et le cinéaste. L’idée du film lui est venue grâce à une photo d’un couple sur une plage qu’il a pris lors d’un voyage à Lanzarote à la fin des années 90. Photo que l’on retrouvera par ailleurs lors du voyage de Mateo et Lena à Lanzarote également. Ceci est d’ailleurs loin d’être le seul point commun, le film tourné par Mateo est très semblable à Femmes au bord de la crise de nerfs, l’un des premières grands succès d’Almodóvar. Les scènes que l’on peut observer dans le film possèdent de nombreuses similarités. Cette mise en abyme du cinéma et pas uniquement celui d’Almodóvar, permet d’offrir une réflexion sur le 7ème art, ainsi que sur la façon de mélanger les genres. Le film tourné par Mateo est en effet sa première comédie, l’auteur étant habitué au drame. Cette dualité entre le film qui est un véritable mélodrame et le film dans le film qui est une comédie, offre une nouvelle dimension au long-métrage.

Ce qui va articuler l’évolution du film est la fascination de Mateo pour son actrice principale, Lena. Encore une fois l’ombre d’Almodóvar plane sur le personnage de Lluis Homar. Tout au long de sa carrière , l’espagnol a à maintes fois prouvé son amour et son obsession pour les femmes, et notamment Penélope Cruz ayant tourné à 4 reprises avec Almodóvar. Véritable égérie du cinéaste, Penélope Cruz endosse ce même rôle dans Étreintes brisées. N’hésitant pas à la comparer avec de nombreuses stars hollywoodiennes telles que Audrey Hepburn ou Marilyn Monroe au travers de séances photos, cet amour pour la sublime hispanique se ressent à chaque plan. Véritable noyau du film autour duquel tout semble graviter, l’actrice espagnol irradie l’écran et offre une prestation des plus convaincantes. Son feu ardent est par ailleurs mis en parallèle avec le jeu de Blanca Portillo jouant l’agent et amie de longue date de Mateo. Cruz incarne la passion ardente et destructrice tandis que Portillo met en avant une amitié basé sur un respect mutuel. Ce sont donc bien une fois de plus les personnages féminins qui tiennent un long-métrage d’Almodóvar. Bien évidemment il serait ingrat de dénigrer le travail de Lluis Homar qui s’en sort avec les honneurs mais n’arrivera pas à toucher la grâce de sa partenaire à l’écran

Étreintes brisées ne s’impose donc pas comme un immanquable de la filmographie du grand cinéaste espagnol. À cause de son scénario sans surprise, le film doit compter sur la sublime Penélope Cruz et la mise en scène chatoyante d’Almodóvar pour tenir en haleine un spectateur qui aura très vite compris les tenants et les aboutissants de ce film. Un peu dommage quand on veut nous offrir un mélodrame où les rebondissements sont nombreux.

Étreintes brisées : Bande Annonce

Étreintes brisées : Fiche technique

Titre original : Los abrazos rotos
Réalisateur : Pedro Almodóvar
Scénario : Pedro Almodóvar
Interprétation : Lluis Homar, Penélope Cruz, Blanca Portillo, José Luis Gómez, Lola Dueñas, Tamar Novas, Ruben Ochandiano…
Musique : Alberto Iglesias
Photo : Rodrigo Prieto
Producteur : Pedro Almodóvar et Agustin Almodóvar
Société de production : El Deseo S.A
Genre : Drame
Durée : 129 minutes
Date de sortie : 18 mars 2009

Espagne – 2009

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