Les Mutinés du Téméraire, de Lewis Gilbert

En 1962, Lewis Gilbert, surtout connu pour ses trois James Bond,  réalise Les Mutinés du Téméraire, un film d’aventure maritime dans la plus pure tradition du genre. Le film raconte l’histoire véridique d’une mutinerie sur un navire de la Royal Navy. Avec, dans les rôles principaux deux grands acteurs : Alec Guinness et Dirk Bogarde. Un chef d’œuvre du genre réédité pour la première fois en Blu-ray et haute définition par Rimini éditions. 

Une mutinerie historique

Les Mutinés du Téméraire peut d’abord se regarder comme un film politique. Au cours de l’année 1797, las des salaires misérables, de la nourriture infecte et des brimades en tous genres, des marins de la Royal Navy ont patiemment organisé les conditions d’un soulèvement général. Leur objectif : faire entendre un certain nombre de revendications et le moment venu les imposer par la force. Une mutinerie qui est restée inscrite dans l’imaginaire collectif des Anglais. Pour l’anecdote, le Dernier Voyage du Téméraire, tableau de Turner exposé à Londres, est un des plus appréciés des Britanniques (on l’aperçoit Ici dans le Skyfall de Sam Mendes). Le processus révolutionnaire raconté dans le film, de même que dans les Révoltés du Bounty sorti à la même période, trouve aussi un écho dans la colère sociale des années 1960.

Hardi les gars, vire au guindeau !

« Ferlez les huniers ! » « Voile par hanche tribord ! » « Branle-bas de combat ! » Le film, très précis dans la description  des manœuvres qui émaillent la vie à bord permet une véritable immersion du spectateur. Coté péripéties, les batailles navales sont de petits bijoux d’authenticité avec canonnades à foison, abordages en bonne et due forme et baston générale sur le pont. On notera en passant le patriotisme du film glorifiant la Royal Navy tout en fustigeant les Français. Mais c’est de bonne guerre. Lewis Gilbert qui s’était illustré deux ans plus tôt dans Coulez le Bismark  confirme ici sa qualité de grand technicien en matière d’affrontement maritime. Des scènes de combats somptueuses mises en valeur par le format en cinémascope et un accompagnement symphonique empreint d’un certain lyrisme.

Good Guinness vs bad Bogarde

Pour renforcer la dramaturgie du fait historique, le scénariste a construit son intrigue autour de la rivalité entre deux personnages fictifs diamétralement opposés : la bienveillance du capitaine Crawford incarné par un Alec Guinness tout en bonhomie patriarcale face à l’intransigeance et au sadisme du jeune lieutenant Scott-Padget (Dirk Bogarde). Le premier déplorant avec force courtoisie la propension du second à humilier et faire fouetter les marins qui lui déplaisent. Une partie d’échecs psychologique qui trouve son pendant côté mutins où s’affrontent partisans de la non-violence et marins revanchards couteau entre les dents.

Un film d’aventure qui mérite d’être redécouvert.

Bande annonce :

Fiche technique :

  • Titre original : H.M.S. Defiant
  • Titre français : Les Mutinés du Téméraire
  • Titre américain : Damn the Defiant!
  • Réalisation : Lewis Gilbert
  • Scénario : Nigel Kneale, Edmund H. North d’après le roman Mutiny de Frank Tilsley
  • Direction artistique : Arthur Lawson
  • Costumes : Jean Fairlie
  • Photographie : Christopher Challis
  • Son : H.L. Bird, Red Law
  • Musique : Clifton Parker
  • Production : John Bradbourne
  • Production associée : Douglas Peirce
  • Société de production : Columbia Pictures, G.W Films
  • Société de distribution : Columbia Pictures
  • Pays d’origine : Royaume-Uni
  • Langue originale = anglais
  • Format : couleur – 35mm – 2,33:1 (CinemaScope)  — son Mono (Westrex Recording System)
  • Genre : Film d’aventure maritime
  • Durée : 101 minutes
  • Date de sortie : 1962

Contenu :

  • Version Haute Définition en DVD ou Blu-ray
  • Bonus : interview de Agnès Blandeau, maîtresse de conférences à l’université de Nantes (20 min)

 

 

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.

Détective Conan : L’Ange déchu de l’asphalte – un bolide qui cale au démarrage

Le plus grand petit détective du Japon file à moto aux côtés de Chihaya Hagiwara, la « Déesse du vent », pour traquer un bolide fantôme sur les routes de Yokohama. Un thriller survolté porté par son héroïne et un final à tombeau ouvert, mais dont l'enquête cousue de fil blanc peine à passer la seconde.

Raisons et Sentiments (2026) : le romantisme sous cloche

Georgia Oakley adapte le roman de Jane Austen avec Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles en sœurs Dashwood. Tourné en 35 mm dans le Devon, le film soigne son naturalisme et sa sororité, mais peine à retrouver la satire sociale et la profondeur émotionnelle qui faisaient la force du texte original.

Le Grand Duel (1972), de Giancarlo Santi : pour quelques plans de Leone

Non dépourvu de plans géniaux – notamment son duel final – et illuminé par le magnétisme de Lee Van Cleef, le film est néanmoins écrasé par le modèle leonien, dont tous les codes sont scrupuleusement respectés. Les suppléments sont généreux et sympathiques… mais eux aussi très imparfaits.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.

Fureur apache (1972), de Robert Aldrich : le cimetière des mythes

Des personnages nuancés, un Burt Lancaster extraordinaire et des paysages majestueux sont mis au service d’un récit évoquant la lutte à mort que se livrent deux cultures qui jamais ne pourront se comprendre. Le manichéisme n’a pas sa place ici : les adversaires sont renvoyés dos à dos alors qu’en arrière-plan le rêve américain se fracasse dans le sang et les cendres…