An Amorous Woman of Tang Dynasty transcende son héroïne médiévale en Blu-ray chez Spectrum Films

Retour sur le troisième film estampillé Cat. III à être édité par Spectrum Films, An Amorous Woman of Tang Dynasty, un récit d’émancipation féminine dans la Chine médiévale.

Synopsis : Les derniers mois de la vie de Yu Hsuan Chi, prêtresse et poétesse taoïste, engagée dans un combat féministe qui parfois va la dépasser.

1984 : l’odyssée érotique

L’appartenance du film d’Eddie Fong, An Amorous Woman of Tang Dynasty, à la Cat. III (Catégorie III de la classification filmique hongkongaise) lui permet non pas de plonger de façon vaine ou joyeusement cringe dans le stupre ou l’excès, mais de suivre, dans une ambiance poétiquement érotique et sensuellement spirituelle, l’émancipation du personnage de Yu Hsuan Chi dans une chine impériale aux mœurs masculinistes.

En effet, Yu Hsuan Chi va chercher à se libérer de sa condition de femme(-objet) dans la Chine médiévale : « Je ne veux dépendre de personne. » Le personnage va réussir par elle-même en devenant une prêtresse et poétesse taoïste réputée. Elle sera aussi l’objet de rumeurs concernant ses pratiques sexuelles. Car Yu Hsuan n’est pas la femme que d’un homme, ni la femme de quelqu’un/e tout court. Elle s’est ouverte à tous les plaisirs sexuels dont ceux lesbiens, non pas par débauche mais par volonté de transcender son expérience physique qu’elle expérimente comme intimement liée à sa voie spirituelle.  Il s’agit ainsi pour Yu Hsuan Chi de balayer le cadre sociétal qui lie (voire qui broie) les corps féminins, mais aussi de se transcender en tant qu’être humain individuel.

Le film, hélas présenté dans sa version coupée par la production, possède de très douces séquences combinant érotisme, poésie (parfois guerrière) et spiritualité dans la recherche du dépassement de soi. Si le projet du film est bel et bien clair et régulièrement incarné, les spectateurs pourront parfois peiner à suivre le parcours du personnage tant des coupes franches ont été opérées dans son montage. Certes, nous sommes tous formés à l’art de l’ellipse par un simple cut. Mais ici, cela n’a pas de sens et comme l’explique Arnaud Lanuque dans la présentation du film, on ne comprend pas toujours le cheminement du personnage d’une séquence à une autre.

Ce qui est d’autant plus regrettable avec le retournement de situation ainsi trop vite mis en images. Aveuglement fière, Yu Hsuan Chi est devenue tout ce qu’elle a juré de combattre, la gardienne d’un nouveau cadre social pour sa servante. Servante qu’elle considère comme sa sœur, mais qui n’a pas le droit de la quitter, servante qui est tombée enceinte, mais qui doit rester, notamment pour assouvir le désir sexuel de Yu Hsuan Chi. Pire, Yu Hsuan ira jusqu’à rompre la première loi du taoïsme : « tu ne dois pas tuer ». La fin tragique libérera notre personnage et l’un de ses comparses. Et ironiquement, malgré leur sort, Yu Hsuan Chi disparaitra de la main qu’elle aura elle-même armée, et non de celle d’un énième bourreau.

An Amorous Woman of Tang Dynasty en Blu-ray

Le film d’Eddie Fong est à (re)découvrir dans une édition Blu-ray française signée Spectrum Films. En l’état, la version présentée est l’une des plus soignées des longs métrages de la Shaw Brothers édités par Spectrum. Toutefois, il y a beaucoup à redire. Certains plans laissent apparaître un grain épais (souvent synonyme d’un master assez daté), on note de façon heureusement irrégulière un étalonnage assez terne ainsi que des images fortement traitées avec des outils de filtrage numériques. En effet, quelques plans ont subi un emploi trop intensif du réducteur de grain ainsi que du DNR (Digital Noise Reducer). Malgré tout, l’image, propre et stable, semble assez équilibrée sur sa colorimétrie et correctement précise sur la majorité du long métrage, réussissant à valoriser, sinon respecter les intentions filmiques du cinéaste et de son équipe. On note toutefois que le film est présenté avec la mauvaise cadence de 25 images par seconde au format entrelacé (1080i, et non en 1080p).

Du côté du son, nous trouvons deux pistes en surround 5.1 mandarin et cantonais qui n’ont de « surround 5.1 » que l’intitulé, hormis quelques effets. Ces deux mix relèvent davantage du mono. Par ailleurs, la piste dual mono cantonaise aussi présente n’est pas si différente en termes d’efficacité.

Pour compléter la séance, nous retrouvons le formidable Arnaud Lanuque, qui revient notamment sur le contexte de conception du projet – de son fond historique au bouleversement de la Shaw Brothers à l’aune de la Nouvelle Vague Hongkongaise –, sur la carrière d’Eddie Fong, justement scénariste de la Nouvelle Vague Hongkongaise, sur les parcours des acteurs ainsi que sur la beauté poétique du long métrage qui dépasse la simple commande d’un film érotique en costume. En plus de la présence habituelle de la bande-annonce d’An Amorous Woman of Tang Dynasty, Spectrum Films a aussi donné l’accès à une nouvelle interview d’Alex Man par Frédéric Ambroisine, un autre grand habitué des éditions Spectrum. L’interprète de Tsui Pok-hau, l’une des grandes flammes de notre protagoniste, revient sur ses premières années à la Shaw Brothers et se remémore, avec un plaisir communicatif, du tournage du métrage.

Même si toutes les conditions ne sont pas au rendez-vous, Spectrum Films a le mérite de mettre à l’honneur ce beau film malade avec une édition assez solide pour mériter le déplacement.

Bande-annonce – An Amorous Woman of Tang Dynasty (Eddie Fong, 1984)

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES

BD-50 – 1080i – Mpeg-4 AVC – 16/9 – Format 1.85 – Langues : Cantonais et Mandarin 5.1 ; Cantonais Dual Mono – Sous-titres français optionnels – Hong-Kong – Drame érotique historique – Durée : 97 mn

COMPLÉMENTS

Présentation du film par Arnaud Lanuque

Interview d’Alex Man par Frédéric Ambroisine

Bande-annonce du film

Sortie le 06 Octobre 2022 – prix indicatif public conseillé : 25,00€

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Festival

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