Black Coal s’ouvre sur un cadavre emballé puis disséminé dans différentes usines à charbon d’une Mandchourie ensoleillée. Au même moment, un couple s’enlace dans une chambre d’hôtel puis se sépare sur le quai d’une gare, l’homme tentant de retenir sa femme qui vient de lui donner les papiers du divorce, dans une dernière étreinte violente.
Cet homme, c’est l’inspecteur Zhang qui mène l’enquête sur ces morceaux de corps et la résout lors d’un bain de sang burlesque un peu déstabilisant, en prenant une balle au passage.
Nous le retrouvons cinq ans plus tard, bouffi et alcoolique dans une Mandchourie enneigée. Tel notre héros, le climat est devenu froid et sombre. Ancien policier, il se retrouve tout de même au cœur d’une nouvelle enquête, qui le renvoie à celle du début du film. Il noue une relation ambiguë avec une jeune femme liée à trois meurtres, trois hommes démembrés.
Regarde les hommes tomber pour elle
Le thriller est sombre, la tension est permanente. Nous soupçonnons comme les policiers que cette femme mystérieuse est une veuve noire. Mais notre héros a de la folie en lui, et va se frotter à cette femme qui le repousse, et lui répète constamment de ne pas le suivre, comme un avertissement. Le suspense est permanent. Le spectateur est balloté en douceur dans différentes directions, malgré la violence qui peut frapper à tout instant. Une violence suggérée, comme le sexe. On ne voit rien, on n’entend, on imagine ; c’est encore plus dérangeant. Il n’y a pas de musique, peu de dialogues, c’est avant tout visuel. La photographie, la lumière, la mise en scène sont esthétiquement parfaites. Le duo Fan Liao et Lun-Mei Gwei se complète à merveille. Un homme violent et exubérant face à une femme douce et effacée, deux écorchés vifs.
Une femme dans un monde d’hommes violents, tentant de survivre dans cette meute de loups attirés par sa beauté. Une femme en apparence fragile, qui veut juste faire de sa vie un feu d’artifice, tout en se laissant glisser sur ses patins à glaces pour oublier un peu la réalité du quotidien.
C’est surtout une histoire d’amour qui sort des sentiers battus, sur fond d’une intrigue policière qui reste dans l’ombre, mais planant sur eux, telle une épée de Damoclès, en ne sachant pas vraiment sur qui elle va s’abattre.
La noirceur du film est parfois mise à mal par un plan ou une scène burlesque. Un cheval dans un bâtiment, une femme obèse qui crie tel une cantatrice lors d’une fusillade, le vol d’une moto, une femme habillée dans une baignoire et autres. Tout ceci perturbe le climat oppressant de l’intrigue. Un exercice de style typique du cinéma asiatique, comme dans Memories of murders ou The Chaser, deux œuvres supérieures à celle-ci.
La réalisation de Yi’nan Diao est réussie : l’esthétisme de sa mise en scène glaciale mais énergique, de ses cadrages élégants, confère à l’intrigue, une atmosphère particulière. Le dernier quart d’heure est étrange, comme si le réalisateur voulait se démarquer du genre, en nous rappelant son statut de cinéma d’auteur.
Le film a reçu l’ours d’or à Berlin et l’ours d’argent du meilleur acteur pour Fan Liao. Un choix discutable pour le premier prix, moins pour le second. Il porte en partie le film sur ses épaules, mais c’est faire offense à Lu-Mei Gwei, toute aussi brillante. Le duo est indissociable et formidable dans un film mineur, qui procure une expérience fascinante mais pas marquante.
Synopsis: En 1999, un employé d’une carrière minière est assassiné et son corps dispersé aux quatre coins de la Mandchourie. L’inspecteur Zhang mène l’enquête, mais doit rapidement abandonner après avoir été blessé lors de l’interpellation des principaux suspects. Cinq ans plus tard, deux nouveaux meurtres sont commis dans la région, tous deux liés à l’épouse de la première victime. Devenu agent de sécurité, Zhang décide de reprendre du service. Son enquête l’amène à se rapprocher dangereusement de la mystérieuse jeune femme.
Fiche technique : Black Coal
Black Coal (Bai Ri Yan Huo)
Chine – 2014
Réalisation: Diao Yinan
Scénario: Diao Yinan
Interprétation: Fan Liao (Zhang Zili), Lun-mei Gwei (Wu Zhizhen), Xue-bing Wang (Liang Zhijun), Jing-chun Wang (Rong Rong)
Après la lecture de l’ouvrage The Wire : L’Amérique sur écoute, qui consacre un paragraphe à cette série : La Commune, ou le portrait ambigu d’une cité française en faisant un parallèle entre elles (sur la question de la rénovation urbaine, l’usage de la démolition comme outil privilégié du changement, la confrontation entre l’espace physique support de projet et le territoire vécu par les habitants, les promesses politiques de reloger les populations dans de nouvelles opérations immobilières, etc….), l’idée de se lancer dans l’unique saison des huit épisodes de cette production Canal+, semble judicieuse, celle-ci ayant finalement pour seul vrai point commun le fait qu’une cité soit présente dans l’histoire.
L’influence des séries américaines sur l’auteur Abdel Raouf Dafri, (en dehors de The Wire), se ressent. Chaque épisode s’ouvre et se conclut sur un monologue de Tomer Sisley à la manière d’Harold Perrineau Jr dans Oz. Une intention louable d’adapter d’une certaine façon les œuvres majeures de la télévision américaine, mais c’est souvent un exercice difficile et rarement réussi.
Une commune clichée
La Commune n’est pas une réussite. L’histoire et les différentes intrigues qui la composent, sont aussi ennuyeuses, qu’aberrantes. Il suffit de lire le synopsis pour comprendre que les clichés seront légions, stigmatisant une nouvelle fois les résidents de cité ou aucun d’entre eux n’est en réussite sociale, ni même étudiant ; la police est uniquement composée de blancs d’origine française, les autres blancs sont un serbe qui est le bras droit du caïd de la cité, un barman avec un fils homosexuel et cocaïnomane, un docteur alcoolique et un jeune qui fait partie d’un trio de dealers, les deux autres étant d’origine maghrébine et juive. Le caïd est bien sur un homme d’origine africaine, qui succède à un homme d’origine maghrébine, tout en étant en deal avec d’autres hommes d’origine africaine et sous le joug d’un homme d’origine maghrébine, vous suivez ?
Le bras droit Serbe avec un accent à couper au couteau, signifiant qu’il n’est pas né en France, comme pour ne pas cautionner sa couleur de peau et sa violence, en faisant de lui un immigré. Mais tout va bien, le héros est un imam, Isham Hamadi. Sauf que c’est un homme d’origine française et qu’il sort de prison. Mais soyez rassuré, le bras droit Serbe fornique avec une jeune femme d’origine maghrébine dans un squat glauque depuis deux ans, tout va bien ! En plus, il la bat et se sert d’elle comme sac à foutre, alors qu’évidemment, elle est amoureuse de lui, une version un peu trash de Plus belle la vie ! Nous avons aussi le frère d’Hocine Zemmouri qui revient du bled marié avec une jeune femme présentée comme une bonne musulmane. En vérité, elle fait des blow-jobs dans les caves, comme toutes femmes maghrébines dans les cités….. Bien-entendu !
Concernant le casting. les personnages étant caricaturaux, il aurait fallu des acteurs(trices) capables de les sauver de cet enfermement scénaristique. En dehors de Tomer Sisley, de la révélation Tahar Rahim qui sort vraiment du lot, de sa sœur Samira Lachhab et de la voix de Doudou Masta, le reste de la distribution n’est pas à la hauteur. Francis Renaud est aussi subtil qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine ; quand il s’exprime en arabe, c’est juste comique, alors que l’intrigue est censée être dramatique. Il n’a aucune crédibilité en imam. Doudou Masta est sauvé par sa voix, son instrument principal en tant qu’ancien rappeur de Timide et sans Complexe, mais en dehors de son organe vocal, il en fait des tonnes, un point commun avec ses autres partenaires, dont il partage le fronçage de sourcils à outrance. Stefan Cassetti, le méchant serbe est affligeant dès qu’il ouvre la bouche : même un marteau-piqueur est plus mélodieux que lui ! Il en est de même avec Angela Molina, en immigrée argentine. Leurs accents forcés sont énervants ; ils passent leurs temps à crier ou pleurer. Si vous avez encore en mémoire le décès de Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises, ici vous l’avez en version multilingue et angles , la fameuse comédie française où tout est poussé à l’excès dans les réactions, et où la subtilité est absente. Olivier Barthelemy n’est pas en reste. Il est tout le temps énervé, les sourcils constamment froncés. Alain Doutey est aussi présent en maire véreux, acteur labellisé TF1, avec son éminence grise Stéphane Debac, le « Nicolas Sarkozy du pauvre », toujours dans l’agressivité, aussi bien dans la gestuelle, que dans le verbe, ce qui donne une idée du personnage et de sa faculté à taper sur les nerfs. Biyounia et son pseudo jeu d’actrice sont aussi de la fête, tout comme Camille Cottin. Nous comprenons vite pourquoi cette dernière a préféré se lancer dans son émission affligeante, toujours présente sur sur Canal+ «Connasse »… Bref, c’est un carnage ! On dirait des acteurs sortis tout droit d’un théâtre de rue. Une telle galerie de personnages peu inspirés, n’améliore pas l’appréciation de cette série poussive.
Place à la réalisation. La série date de 2007 et pourtant elle donne l’impression d’être filmée avec les moyens des années 90. C’est pauvre. On ne ressent aucune ambition. Ces nombreux zooms répétitifs sur les visages en colère ou en pleurs (tout comme sur une assiette vide), accompagnés d’une musique assourdissante qui martèle tous les moments dramatiques, sont d’une lourdeur extrême. Nous ne pouvons que saluer l’osmose de l’ensemble !
C’est le premier scénario d’Abdel Raouf Dafri. Il fera beaucoup mieux plus tard avec Le prophète, où il retrouvera Tahar Rahim. Mais ici, la simplicité des diverses intrigues, les personnages manquant de psychologie, les nombreux clichés qu’ils véhiculent, ne plaident pas en sa faveur. Il s’est fait la main, et a appris de ses erreurs depuis. Il faut dire qu’il n’a guère été aidé par la réalisation de Philippe Triboit sortie des années 70, au style désuet, et dont la filmographie ne parle pas vraiment en sa faveur. Nous ressentons pourtant l’envie de bien faire, mais les bonnes intentions ne suffisent pas, que ce soit la description de La Commune, de ses habitants, de sa police, de ses dealers, de ses politiciens et autres. L’ensemble se veut réaliste, avec une absence d’artifices, mais frôle trop souvent l’incohérence, comme ce policier en civil qui traîne l’imam en plein jour au sol à travers la cité, sans que personne ne réagisse. C’est tellement improbable, que cela en devient gênant…
Au final, une série que l’on regarde sans passion. Le spectateur a juste l’envie de savoir où cela va le mener, en n’espérant plus grand chose au bout de 3 épisodes, ce qui lui permet de ne pas être déçu par une fin banale, et des intrigues non conclues. Cette série n’a pas été renouvelée, ce qui semble logique, après cette faible et unique saison.
Synopsis : La Commune est un quartier difficile qui détient tous les records en matière de chômage, trafic de stupéfiants et criminalité. Après 20 ans passés en prison, le charismatique chef musulman Isham Amadi décide de réintégrer son quartier d’origine où il retrouve son ami d’enfance, devenu le caïd local, Housmane Daoud. Les habitants de la Commune viennent d’apprendre que les immeubles vétustes dans lesquels ils résident seront rasés pour faire place à de nouveaux logements. Soupçonnant là une manœuvre des autorités pour nettoyer la cité de ses éléments les plus « nocifs », certains habitants, rassemblés autour d’Amadi, organisent la résistance. Mais derrière cet affrontement politico-médiatique se profile une guerre de territoire larvée et meurtrière : celle que se livrent les deux frères ennemis Daoud et Amadi, liés par un crime vieux de vingt ans.
N.C.I.S. – Enquêtes Spéciales, saison 11 : Fin de cycle ou fin de parcours ?
C’est la question qui se pose à la fin de cette saison 11 de N.C.I.S. Enquêtes Spéciales. En effet, sans être catastrophiques, les audiences ont connu aux U.S.A. une baisse sensible cette année, avec une moyenne de « seulement » 17 millions de téléspectateurs par épisode. Il faut remonter à la saison 6 pour trouver un score aussi faible. Depuis, les moyennes avaient toujours dépassé les 19 millions de téléspectateurs par épisode. Bien entendu il n’y pas le feu, pas encore du moins : N.C.I.S. est encore et toujours la série numéro 1. Mais cette baisse doit quand même sonner l’alarme du côté des producteurs et scénaristes, car il y a bien des raisons à cette baisse. Un profond renouvellement s’impose donc si la série veut arriver aux quatorze saisons atteintes par Urgences.
Un format qui s’essouffle
True Detective, Damages ou même House Of Cards l’ont démontré ces dernières années : le format de 24 épisodes de 42’ en vogue dans les années 80 pourrait bientôt disparaître. Aujourd’hui, faire qu’une série dure sur toute une année scolaire n’est plus une obligation, certains téléspectateurs consomment autrement. Le rapprochement avec le monde du cinéma y est pour quelque chose, entrainant un besoin de liberté dans le choix du format, car on n’impose pas à Martin Scorsese leformat de sa série. Bref, aujourd’hui N.C.I.S. semble sur le point de passer de mode, coincée dans ce modèle d’une série qui revient chaque saison, régulière comme un métronome. S’ils veulent stopper dès maintenant la tendance, sans changer le format, les scénaristes vont devoir écrire autrement des intrigues qui commencent objectivement à être ennuyeuses.
Une série qui ne surprend plus
Car N.C.I.S. c’est aussi la routine des scénarios, des épisodes qui se ressemblent souvent car tous construits sur le même modèle : un crime en introduction, suivi d’une enquête pour finir sur la révélation du coupable, qui n’est jamais là où on l’attend. Entre temps on aura eu droit au cadavre, au spectromètre de masse et à la prise d’assaut de la maison du suspect par…quatre agents. N.C.I.S. est toujours une franchise d’excellente qualité, mais qui ressemble trop aux séries d’il y a vingt ans.
Pourtant, la saison 9 promettait un tournant, en s’intéressant aux personnages principaux plus que par le passé. On découvrait leurs blessures, leurs sentiments ou leurs aspirations. C’était une idée intéressante, qui n’a duré qu’une saison et malheureusement, a vite été mise de côté.
Des signes qui ne trompent pas
Alors que penser de ce petit événement révélateur ? Car pour la première fois depuis plusieurs saisons, N.C.I.S. s’achève sans le cliffhanger habituel. Cette année pas d’intrigue à cheval sur deux saisons, pas de suspens pour garantir le retour du téléspectateur à la rentrée. Manque d’inspiration ? Manque de volonté ou plutôt volonté de changement ? Seule certitude : il est très difficile de penser à une coïncidence, comme si les scénaristes sentaient le vent tourner et avaient déjà baissé les bras. Pourtant, ces cliffhangers étaient toujours les meilleurs moments des dernières années. Leur absence cette saison fait automatiquement baisser la qualité de cette saison 11.
Enfin, il y a le cas Emily Wickersham, chargée de succéder à Cote De Pablo et qui semble se retrouver face à un mur. Impossible de savoir qui d’elle ou des scénaristes est responsable, mais son personnage peine à s’affirmer, à s’approfondir, a trouver le charisme que possédait Ziva David. Etrange idée alors de lui créer un rôle de geek (créneau déjà occupé par McGee) doublé d’un talent de déduction, car cela pèse tellement peu face à ce qu’était Ziva : son talent pour le combat rapproché, ses flirts avec Tony, l’amour de son pays mais aussi desU.S.A. et ce père directeur du Mossad. C’est pour ça que le personnage de Bishop a un besoin urgent d’épaisseur et de profondeur qui pourrait contribuer à enrayer la chute d’audience.
Changer ou disparaître
N.C.I.S. est à un tournant, au moment le plus important depuis sa création. Elle doit s’adapter et suivre le vent ou prendre le risque que les fans aillent voir ailleurs. Les pistes sont peu nombreuses mais efficaces : mettre en place des intrigues « au long cours », peut-être sur une saison entière, prendre le temps de parler de ses héros et faire tout de suite quelque chose pour que Bishop soit autre chose qu’une ravissante blonde à la tête bien pleine. D’autres l’ont fait avant, Le Caméléon, X-Files. Il y a peu, on n’imaginait pas ce qui pourrait arrêter N.C.I.S. dans sa course au succès, maintenant on connait la réponse : la routine.
Synopsis : La Naval Criminal Investigative Service regroupe une équipe d’agents spéciaux chargés d’enquêter sur des crimes concernant la Marine.
Fiche Technique : N.C.I.S
Créateurs : Donald P. Bellisario, Don Mcgill.
Producteurs exécutifs : Donald P. Bellisario, David Bellisario.
Sociétés de production: Belisarius Productions, Paramount
Année de création : 2003.
Date de 1ère diffusion : 23/09/2003.
Nombre de saisons : 11.
Nombre d’épisodes : 257.
Genre : Policiers / judiciaires.
Lieu de l’action : Washington, D.C.
District de Columbia.
The two faces of January : Un thriller âpre et sombre, bridé par ses références classiques
Auteur de scénarios prestigieux (Drive ou Les ailes de la colombe, nominé à l’oscar du meilleur scénario), Hossein Amini décide de franchir le cap et de passer à la réalisation avec ce thriller aux références et aux ambitions hitchcockiennes. Parcourant les thèmes récurrents du grand « maître du suspense », tels que l’interdépendance entre les personnages, les faux semblants, les trahisons, Amini n’oublie pas d’où il vient et prend également ici la casquette de scénariste.
Tout d’abord, il est intéressant de comprendre, ce qui a poussé Hossein Amini à réaliser ce film. Alors au fond du gouffre dans sa carrière de scénariste, il est contacté par Nicolas Winding Refn, qui lui propose un scénario d’adaptation ayant pour base le roman Drive de James Sallis. Touché par cette proposition, Amini accepte et écrit alors le scénario du film de Nicolas Winding Refn. Sur le tournage, et à sa grande surprise, Refn réclame constamment sa présence pour des conseils scénaristiques. Amini, inspiré par Refn, entreprend alors l’adaptation d’un polar Les deux visages de Janvier écrit par Patricia Highsmith.
Pour ce premier film, le réalisateur met en scène le personnage de Rydal, un américain ayant fuit en Grèce sa trop stricte famille, au début des années 60, pour plus de liberté. Il est merveilleusement interprété par Oscar Isaac, jouant également dans Drive et star montante d’Hollywood, désormais connu pour son rôle d’artiste raté dans Inside Llewyn Davis des frères Coen (il a d’ailleurs été nominé aux Golden globes pour ce rôle). Rydal devient sur place guide touristique pour touristes anglophones et accessoirement petit escroc des bas quartiers, escroquant la plupart de ses clients.
Cependant, au moment où il fait visiter à de jeunes américaines naïves le monument du Parthénon, il est fasciné par un couple de touristes américains, joués avec brio par Viggo Mortensen et Kirsten Dunst, Chester et Colette MacFarland. D’abord un peu méfiant, les deux finissent par sympathiser avec lui. Chester n’a pas l’air cependant d’avoir un passé tout blanc et le couple semble cacher un lourd secret. En effet, le mari a vendu à de louches investisseurs, des parties monétaires d’un gisement pétrolier fantôme. Profitant désormais de leur vie aisée, ils visitent les plus belles villes d’Europe. Jusqu’au jour où un représentant de ces investisseurs sonne à la porte et réclame violemment l’argent. Dans un réflexe de légitime défense, Chester le tue. Par un concours de circonstance, Rydal devient complice de la cachotterie et le trio va alors entrer dans un engrenage infernal.
Concernant la distribution des rôles et la prestation des acteurs, Amini jouant sur l’interdépendance des personnages de son récit, met en valeur le trio Mortensen-Isaac-Dunst, fonctionnant à merveille et dont les jeux sont parfaits de retenue. Nous ne pouvons que souligner la véritable performance de Mortensen qui passe du mari aimant au mari jaloux et prêt à tuer. Il passe d’un registre à l’autre de manière tout à fait remarquable et sait jouer avec nos nerfs. Nous ne savons plus s’il est un protagoniste ou un antagoniste, s’il est bon ou mauvais… Il est regrettable néanmoins que Kirsten Dunst apparaisse si peu à l’écran : elle est en quelque sorte le maillon faible de ce trio, malheureusement sous exploitée, et peine à rivaliser avec le duo d’hommes. Dommage, car elle aurait pu apporter à ce triangle amoureux bien particulier une profondeur toute autre.
Ce qui frappe tout de suite dans ce polar, c’est la mise en scène très proche des polars d’Hitchcock. Le style est retranscrit de bien belle manière non pas par des travellings, mais des plans fixes quasi subjectifs à la Wes Anderson, beaucoup de plans larges, pas ou peu de caméra à l’épaule. Nous sommes dans du classique. Cependant, trop de classique tue le classique. Ainsi, nous nous retrouvons comme prisonnier de l’époque du film, et nous nous perdons dans le classicisme des références bien trop nombreuses.
Amini exploite de nombreux thèmes récurrents hitchcockiens de manière tout à fait correcte, mais il aurait pu s’imprégner un peu plus de la mise en scène de Refn avec des travellings lents et très stylisés. Mêlé à ce style classique et efficace, l’ensemble aurait sûrement donné un mélange formidable d’influences, et ce double hommage serait parvenu peut-être, à créer un nouveau genre. Le réalisateur reste dans un style bridant son talent et ne mettant pas en valeur sa mise en scène, sans doute prometteuse.
L’ambiance générale est vraiment particulière, très proche des polars des années 50 et des thrillers d’Hitchcock. On pourrait la qualifier d’âpre, rude, parfois violente, voire oppressante. C’est comme si le film était entouré d’une brume pâteuse : nous étouffons, c’est une sensation bien étrange, parfois agréable, parfois rude et sèche. Elle peut être due à ce triangle amoureux où l’ambiance est glaçante. Sommes-nous dans la réalité ou dans le rêve? Est ce que tout cela est réel ou irréel? A ce moment là, les personnages sont perdus eux-mêmes dans une vision troublante de leur vie oscillant entre le soleil et la pluie, le bonheur et le malheur, la vie et la mort. Tout ceci retranscrit dans un rythme haletant qui peut soit laisser de marbre, soit subjuguer. Ces personnages perdus dans leurs propres rêves, évoquent l’onirisme de David Lynch, qui dans beaucoup de ses films comme Mulholland drive, installe une ambiance assez étouffante voire malsaine pour le spectateur.
Le scénario quant à lui est bien écrit et rondement mené. Même si Amini réalise le film, il n’en reste pas moins un vrai scénariste et un très bon adaptateur. Nous regretterons cependant, un manque important d’enjeux sur certaines scènes : nous ne ressentons aucune détresse pour les personnages ; le scénario est trop prévisible, car l’hommage prend le pas sur la personnalité singulière de l’intrigue. Cependant, certaines scènes sont dignes d’un grand polar.
Au final, le spectateur sort de la salle ni repu, ni frustré. Avec un scénario bien mené mais prévisible, intriguant parfois, mais inégal, ce thriller sombre aurait mérité une meilleure inspiration, surtout au niveau de sa mise en scène et de son scénario. Toutefois, la prestation des acteurs et certaines scènes dignes de grands polars permettent aux spectateurs de passer un moment agréable.
Synopsis : 1962. Un couple de touristes américains très élégants, le charismatique Chester MacFarland et sa jeune épouse Colette, arrive à Athènes. À l’Acropole, ils rencontrent Rydal, jeune guide américain parlant grec, arnaqueur de touristes à l’occasion. Séduit par la beauté de Colette et impressionné par la fortune de Chester, Rydal accepte sans hésiter leur invitation à dîner. Les McFarland se révèlent moins lisses qu’il n’y paraît : le luxe et leur raffinement cachent bien mal leur part d’ombre.
Fiche Technique: The two faces of January
USA, Royaume-Uni, France – 2014
Réalisation: Hossein Amini
Scénario: Hossein Amini d’après: The Two Faces of January de: Patricia Highsmith
Interprétation: Viggo Mortensen (Chester MacFarland), Kirsten Dunst (Colette MacFarland), Oscar Isaac (Rydal), Daisy Bevan (Lauren), Yiğit Özşener (Yahya), David Warshofsky (Paul Vittorio), Ozan Taş (réceptionniste du Grand Hotel)…
Genre: Thriller
Date de sortie: 18 juin 2014
Durée: 1h37
Image: Marcel Zyskind
Décor: Dominic Capon
Costume: Steven Noble
Montage: Nicolas Chaudeurge, Jon Harris
Musique: Alberto Iglesias
Producteur: Tim Bevan, Eric Fellner, Robyn Slovo,Tom Sternberg
Production: Working Title Films, StudioCanal, Timnick Films
Cela fait maintenant trois ans, que Game of thrones s’est faite une place dans la culture populaire. Au fil des épisodes, nous découvrons le monde de Westeros, ses intrigues complexes, ses personnages haut en couleurs, sa violence et ses guerres de successions. Au cours des 4 saisons qui ont tenu en haleine une bonne partie des spectateurs, le succès n’a jamais été démenti et l’accueil critique extrêmement positif, annonçant déjà la série comme le nouveau standard de qualité télévisuelle.
Fruit d’une union illégitime de Lord Stark, Jon Snow se prépare à intégrer la fameuse Garde de Nuit. Depuis des siècles, cette confrérie protège le royaume de toute créature pouvant provenir d’au-delà de l’immense Mur protecteur septentrional. En Orient, sur le continent d’Essos, l’héritier «légitime» en exil des Sept Couronnes, Viserys Targaryen, se prépare à reconquérir le royaume. Prêt à tout, le fils d’Aerys projette de marier sa jeune sœur Daenerys à Khal Drogo, seigneur de guerre des Dothrakis, afin d’obtenir une alliance avec la puissante horde de cavaliers nomades qu’il dirige. Mais le lunatique Viserys n’a peut-être pas hérité que du titre de son père.
Game of thrones : saisons 1-4 : Où nous mène la folie des hommes ?
Mais beaucoup de show tendent à perdre de leur superbe au fil du temps, en témoigne les dernières saisons d’How I met your Mother bien inférieures à ses débuts prometteurs. C’est sur cette voie que semble s’engager la saga portée par David Benioff et D.B Weiss, car si pendant ses premières années, Game of thrones est un colosse inattaquable, depuis quelques temps, les légers bruissements d’une lassitude commencent à se faire sentir. Tout le monde n’aime pas le trône de fer : certains méprisent tout simplement la série, et d’autres finissent par trouver que cela ne mène finalement nulle part.
La série dispose encore d’une communauté de fans assez conséquente. Cette critique qui résulte d’un avis personnel, n’a aucune vocation à devenir canonique, et ne porte que sur la série elle-même (son écriture, son interprétation, sa réalisation), sachant qu’il ne sera pas fait ici référence aux livres de G.R.R Martin.
Bien sur les qualités de la série sont indéniables, la première de toute étant bien sur son interprétation générale. Les directeurs de castings ont du flair : chaque acteur est à sa place et joue son rôle parfaitement. D’autant plus étonnant qu’aucun acteur ne peut être considéré comme une tête d’affiche. Sean Bean qui fut le méchant dans Goldeneye et Boromir dans La communauté de l’anneau, est peut être le seul à pouvoir prétendre à ce titre, et encore, il n’est qu’un visage familier. Tous les autres sont souvent de parfaits inconnus aux yeux de la majorité, et n’ont pas toujours l’occasion de briller. Qui se souvient que Jason Momoa avait le rôle titre dans le reboot de Conan avant d’être Khal Drogo le chef barbare, ou que Lena Headey était la reine Gorgo dans 300 avant d’être Cersei Lannister ? Beaucoup de seconds couteaux qui ont explosé à l’écran en jouant des personnages cyniques, pervers, machiavéliques. L’exemple le plus marquant étant celui de Peter Dinklage, quasiment inconnu avant son interprétation de Tyrion, le nain plus intelligent que la moyenne.
Nous pourrions écrire des pages entières sur chaque protagoniste et la manière avec laquelle chaque acteur s’est approprié le rôle avec aisance. Nous pourrions également démontrer comment certains choix de casting tiennent de l’évidence même, comme Charles Dance, le tueur à l’œil de verre de Last Action Hero, qui campe un Tywin fascinant et glacial. Ses dialogues avec Maisie William/Arya Stark font partie des moments d’anthologies de la série tant la tension est à son paroxysme. Le credo est donc simple, à chaque figure, l’acteur qui lui faut. Simple mais parfois trop efficace, car emportés dans leurs élans, certains se retrouvent trop charismatiques dans leur propre rôle. C’est le cas d’Oberyn Martell, incarné avec malice par le chilien Pedro Pascal, lui aussi quasiment inconnu, qui est rapidement devenu la nouvelle coqueluche des fans avant d’être brutalement éliminé. C’est l’un premiers défaut de la série : elle provoque trop souvent la frustration, celle de voir un personnage que l’on apprécie grandement être trop rapidement éliminé. Après avoir glané quelques renseignements ça et là, il apparaît que le personnage en question, Oberyn, n’a pas tant d’importance que cela dans le roman. Pourtant les créateurs en on fait une sorte de nouvel héros providentiel, séduisant et rayonnant, sûrement pour retarder certains twist des livres, et laisser du temps à Martin pour continuer sa saga. Mais voilà certaines choses sont écrites et à moins d’assumer totalement une rupture avec le matériau originel (le roman) et partir dans une autre direction, il est impossible de se soustraire à ce qui est prévu. Après nous avoir fait miroiter ce nouveau personnage haut en couleur, ils le suppriment, donnant à son histoire de vengeance l’apparence d’un pétard mouillé. Ce décès ne révèle pas seulement l’erreur d’un trop bon casting (espérons que Pedro Pascal aura une belle carrière après Game of thrones), mais également un certain ralentissement de l’intrigue.
Les premières saisons filent à une vitesse folle, mais dans la 4ième on se surprend souvent à penser qu’il ne se passe rien : les errances d’Arya et du Limier n’en finissent pas, le procès de Tyrion s’éternise, la bataille du mur ne vient jamais et Daenerys reste la plupart du temps assise sur son trône à écouter des doléances. Où sont passés les complots, les conversations fascinantes ? Quand on sait que la série risque dangereusement de rattraper la publication, on peut alors comprendre que les auteurs tentent le tout pour le tout avec du remplissage, seulement il faut assumer ses choix, et terminer sur une image gore, ne cache pas forcément la vacuité du procédé. En cela, l’écriture de la série accuse quelques faiblesses, devant jouer entre les standards télévisuels (60 minutes par épisodes) et la fidélité au roman, il s’agit alors de ne jamais trop en révéler sans pour autant perdre le rythme. Alors parfois, on ne saisit pas vraiment où ils veulent en venir, pourquoi un tel agit ainsi à tel moment (par exemple Rob Stark qui se présente à un mariage chez Walder Frey qu’il à insulté auparavant, sans armes, ni gardes du corps). En essayant de montrer un maximum d’événements en un laps de temps très court, on finit par voir des épisodes au format une minute = un personnage. Donc on attend la suite du twist de l’épisode précédent et on nous montre autre chose, ajoutant encore plus à la frustration. Quelques révélations foireuses renforcent encore ce sentiment amère : quelle est l’utilité de révéler que le Mestre Pycelle est en fait en pleine forme et joue la comédie ? Et d’où sort l’armée de Stannis pendant la bataille du mur ? Des questions qui tendent à s’accumuler de plus en plus mais que la série passe sous silence en continuant d’avancer dans son univers somptueux.
La direction artistique n’a quant à elle, quasiment rien à se reprocher. Les costumes sont réussis, donnant une autre image que celle trop stéréotypée des productions médiévales habituelles : de même pour les décors extrêmement variés, peut être manquant un peu de vie et de détails, mais l’effet fonctionne. Les effets numériques sont aussi de très bonnes qualité, ce qui est plutôt rare à la télévision. En revanche la réalisation n’est pas toujours au top. Les combats sont souvent brouillions et mal cadrés (l’affrontement entre Oberyn et La montagne faisant penser à une envolée lyrique du monteur d’Intervilles), ou parfois vaguement chorégraphiés (le duel Brienne/Le limier). L’image manque souvent de poésie, restant tout simplement lisse, de bonne facture mais sans âme, là où d’autres séries comme Hannibal ou American Horror storymultiplient leurs expérimentations, Games of thrones reste désespérément plate, rattrapée de justesse par la musique efficace de Ramin Djawadi.
Au final, la série ne manque pas de potentiel mais semble peiner à choisir son camp. Au début on parle de réalisme, et plus l’intrigue avance, plus on se retrouve confronté aux poncifs de l’héroic fantasy classique : d’abords les dragons, justifié par l’idée des vestiges d’une ancienne civilisation, puis la magie noire pratiquée par la sorcière Melissandre, et puis dernièrement des squelettes et des farfadets, finissant par donner à l’ensemble l’impression d’un scénario écrit au cours d’une interminable partie de Donjons & Dragons. Une succession de deus ex machina qui semblent à chaque fois résoudre l’intrigue facilement quand elle va dans le mur. Multipliant également à outrance les personnages et les sous intrigues, le discours se trouve dilué, on ne sait plus qui est juste, qui est mauvais, et l’on perd le questionnement originel de l’auteur … On peut trouver des similitudes entre son univers et le notre bien sur : La guerre des roses, le mur d’Adrien, la chute des grands empires après la première guerre mondiale, l’inquisition… mais pour mener à quoi ? La tradition semble vouloir que les gentils finissent mal et que les méchants gagnent, ou alors ils se retrouvent dans un processus de rédemption classique (Jaimie Lanister, enflure notoire qui devient droit et juste après une mutilation et une rencontre amoureuse…), tant mieux si ça marche, mais où cela va t’il bien finir ?… On assiste plutôt à une succession de meurtres et de complots qu’a une véritable réflexion crépusculaire.
Mais le plus gros reproche que l’on peut faire à la série vient plutôt de ce qui l’entoure, de l’aura de culte qui la protège qui peut s’expliquer par une utilisation intelligente de la culture du spoil. Souvenez vous il n’y a pas si longtemps, ce n’était pas si grave de raconter un détail de l’intrigue pour discuter du dernier épisode avec ses amis, aujourd’hui cela ne semble plus possible. Game of thrones se compose de twists nombreux dispersés un peu partout, quand auparavant ce genre de ficelles était réservé pour les milieux et fins de saison. Alors raconter le moindre point sensible peut dès lors ruiner la surprise de ceux qui ont pris du retard. Ainsi, nous aimons tous la série, mais nous n’en discutons pas, de peur de froisser, d’où la difficulté de prendre du recul et de critiquer (dans le sens peser les qualités et les défauts). Car seulement dire « c’était bien » ou « c’était pas terrible » sans pouvoir argumenter par derrière avec force de détails, tue le débat dans l’œuf. Sans compter un nombre conséquent de fans qui semblent prendre personnellement toute attaque faite à l’univers de Westeros. Par exemple, malgré une critique portant exclusivement sur la série, il y aura toujours quelqu’un pour venir ré-expliquer toute la complexité de l’œuvre de Martin, que cet univers est vaste, mais l’on est en droit de juger la série en tant que telle. Sans être de piètre qualité, elle n’atteint pas toujours des sommets et n’est certainement pas constante dans sa réussite.
Au fond, osons : est ce que Games of thrones est vraiment la meilleure série du moment ? Ou ne profite t’elle pas d’une certaine « hype » grâce à HBO qui est à la télévision ce que Pixar est au film d’animation, une tour d’ivoire, laissant dans l’ombre tant d’autres séries qui mériteraient toute une attention toute aussi particulière (comme Black Mirror ouBlack sails) ? Ouvrons dès lors le débat.
Synopsis : Sur le continent de Westeros, le roi Robert Baratheon règne sur le Royaume des Sept Couronnes depuis dix-sept ans, suite à la victoire de la rébellion qu’il a menée contre le « roi fou » Aerys II Targaryen. Jon Arryn, son guide et principal conseiller, vient de décéder. Le roi part alors dans le nord du royaume demander à son vieil ami Eddard Stark (Ned) de remplacer leur regretté mentor au poste de « main du roi ». Eddard, seigneur suzerain du Nord, accepte à contre-cœur de partir à la cour avec ses deux filles, Sansa et Arya.
Fiche technique : Game of thrones
Titre original: Game of thrones
Genre: Drame, Fantaisie
Créateur(s): David Bennioff, D.B Weiss, George R.R Martin
Avec: Peter Dinklage, Charles Dance, Emillia Clarke, Kit Harington, Lena Headey, Nikolaj Coster-Waldau, Sean Bean…
Synopsis: L’odyssée à travers la France de Ferdinand dit Pierrot le Fou et de son amie Marianne, poursuivis par des gangsters à la mine patibulaire.
Légèreté, liberté et poésie sont les fils conducteurs de cette œuvre qui a indéniablement sa place parmi les chefs d’œuvres du cinéma.
out au long de ce film on se sent bien, on a envie de savoir, envie de goûter, envie d’être, envie d’essayer. Ce film fait tout simplement vivre le spectateur. Jean-Luc Godard nous transporte dans le monde d’un fou, qui n’a pourtant que le nom puisque ce dernier a finalement compris les rites de l’homme dans sa vie sociétale et opte pour une démarche anticonformiste.
Ce film c’est oser, savoir aller à l’essentiel, oublier le superflus. C’est l’explication de ce que devrait être la vie. Le couple négocie, manigance et tue parfois cet environnement externe qui nuit au développement de l’être ou du moins qui empêche le développement de ce que devrait être notre vie. On pourrait même dire que le réalisateur donne l’exemple en n’incluant pas des scènes d’ébats qui auraient sans doute ralenti le rythme de ce film.
Au cours de ce chef d’œuvre, rien n’est superficiel tout est simple, léger et accessible. La mort les attend alors à quoi bon s’attarder sur ce qui ne fera que retarder le fruit de l’émancipation de leur existence (à l’image du passage où Pierrot, où Ferdinand imite une personne âgée faisant le bilan de sa vie). Le message qu’il cherche à faire passer est de montrer qu’il faut vivre sa vie et éviter les regrets qui ont parfois une corrélation trop importante avec le rythme de notre société.
La superficialité et la stupidité sont également évoquées, au travers notamment de la guerre du Vietnam. Une belle preuve d’audace de la part de JLG de critiquer l’inutile est de ce que l’on pourrait comprendre comme étant le summum du ridicule. Comme en témoignent leurs interprétations d’un Vietnamien se faisant exterminer par un Américain.
Godard se moque également de la religion avec un passage osé sur l’islamisme. Il a sans doute choisi cet exemple car c’est sans doute celle qui est la plus décalée de nos religions (finalement assez proches). On peut comprendre implicitement que l’être doit se construire au-delà des croyances et de s’émanciper avec l’accessible et l’authentique.
Ensuite, ce que l’on pourrait qualifier de remarquable est la valeur ajoutée que JLG apporte constamment dans cette œuvre. Les acteurs parlent directement au spectateur, le faisant ainsi s’interroger parfois sur ce qu’il est. Ainsi, le spectateur est amené à se questionner lui-même sur le parcours de son existence.
La chronologie également est habilement choisie à l’image d’une vie simple au départ dans des lieux typiques où la société n’a pas encore exercé son influence. Dans ces moments tout se déroule alors pour le mieux, ce qui n’est pas du tout le cas lorsque le film avance et que le couple finit par être en quelque sorte rattrapé par les attraits de la société. A l’image de la fin où l’on voit écrit VEGAS, lieu où périt le couple. On ressent également le sentiment de révolte de cette société française qui se fera entendre 4 ans plus tard.
En outre, les échanges sont très dynamiques de par l’interactivité des dialogues, où l’un est l’autre complètent les phrases de chacun. Ce qui enlève une certaine monotonie que peut avoir parfois un monologue.
De plus, il y a d’autres artifices dans cette œuvre particulièrement agréables, tel que ce sentiment de liberté sur la plage, dans la voiture ou encore dans le bateau. Il y a une certaine ivresse de la joie de la vie qui lorsque l’on accroche à ce style de cinéma envoute littéralement le spectateur.
Enfin, puisque ce film offre également plusieurs passages où chacun est libre de se faire sa propre interprétation, je pense également que le Godard insiste sur le fait que rien n’arrive au hasard que beaucoup de choses qui ne paraissent pas prédestinées le sont finalement. A l’image du nombre de fois où ils se retrouvent comme par miracle …
Ensuite, l’absurdité de sa réponse 137. L’incohérence apparente de sa réponse avec ce 137 devient évidente dans le sens où le réalisateur cherche à montrer la manière dont on doit optimiser son temps.
Pour finir, la fin, l’autodestruction, est très forte. Les couches de dynamites pour montrer sans doute la honte de l’évolution de notre société ou d’une partie de la société ou de l’évolution de l’être ou peut-être tout simplement de son impossibilité de vivre avec sa « douce », la vie dont il rêverait avec cette ivresse et cette liberté au sein de cette société. Ce dénouement reste ouvert…
Une chose est sûre cependant : Pierrot le Fou est un chef d’œuvre authentique non seulement pour le cinéma français mais également pour l’histoire de cinéma à l’échelle internationale.
Fiche Technique : Pierrot le Fou
Réalisé par Jean-Luc Godard
d’après l’oeuvre de: Lionel White
Scénario: Jean-Luc Godard
Avec: Jean-Paul Belmondo, Anna Karina, Graziella Galvani
Genre: Drame,Policier, Comédie
Nationalité: Français italien et américain
Date de sortie: 5 novembre 1965 (1h55min)
Concepteur de production: Pierre Guffroy
Rédacteur: Françoise Collin
Directeur de la photographie: Raoul Coutard
Compositeur original: Boris Bassiak
Compositeur original: Antoine Duhamel
Producteur: Georges de Beauregard
L’île des Miam-nimaux : Tempête de boulettes géantes 2 : Les fruits sont nos amis pour la vie !
C’est un véritable rêve pour Flint, qui a toujours rêvé d’être reconnu comme grand inventeur. Malheureusement, il se rend vite compte que sa plus célèbre invention (qui transforme l’eau en nourriture) fonctionne toujours mais qu’elle crée à présent des « miam-nimaux », des croisements entre des aliments et des animaux.
Accompagné de ses amis, Flint va devoir entreprendre une mission dangereuse qui va les confronter à des «tacodiles», « cheddararaignées », « pastèquéléphants », « serpommes » et autres « miam-nimaux » qui menacent l’humanité.
Le premier opus était une bonne surprise. Celui-ci est dans la même veine. Les personnages sont toujours aussi sympathiques. Flint Lockwood reste un inventeur naïf qui a la particularité de crier constamment, mais cette fois-ci, il commence l’aventure avec l’élue de son cœur Samantha Farris et les amis qu’il a su se faire auparavant, le policier Earl Devereaux, l’ancien bébé star Brent McHale, Manny le cameraman de Samantha, son singe Steve et son père Tim Lockwood. De nouveaux personnages font leurs apparitions, Chester V, une sorte de Steve Jobs, qui a fait fortune grâce à une barre nutritive dont il prépare la version 8,0, tel un produit Apple avec l’aide de son bras droit, Barb, une orang-outan qui s’ignore.
Amateur de jeux de mots culinaires, vous allez en avoir plein les oreilles ! Comme vous avez pu le constater dans le titre l’ile des Miam-nimaux, nos héros vont devoir batailler contre des cheeseburgers et tacos qui représentent les méchants, un statut dû à leurs propensions à boucher nos artères et faire grimper notre taux de cholestérol. Au contraire, les fruits et légumes sont leurs alliés et surtout la fraise qui est trop craquante (pas croquante, ce serait considéré comme du cannibalisme ici !), tout comme les cornichons qui sont trop mignons. Nous sommes dans la consommation correcte, la cible de ce film d’animation étant les enfants, il est normal que le message soit aseptisé. Mais pas totalement. En tant qu’adulte, nous pouvons également apprécié la critique de la société de consommation au travers du personnage de Chester V. La suite de l’aventure change la perception que nous avons de nos aliments. Il y a bien sur l’ode à l’amitié, plus fort que tout et surtout que l’argent et le succès, un grand classique. Sans oublier que nous devons accepter les gens tels qu’ils sont, mignon, non ?
Un bon divertissement pour tout public, chacun y trouvant son compte. Le spectateur n’est pas bombardé de chansons mièvres ; le graphisme est toujours aussi agréable, coloré, propre et efficace. Peut-être que l’ensemble manque juste un peu de folie et d’humour.
Synopsis : Flint Lookwood reçoit une invitation de son idole Chester V pour venir travailler avec lui dans sa société. Seuls les meilleurs inventeurs du monde entier peuvent y travailler afin d’y développer des technologies avancées.
Fiche Technique : L’île des Miam-nimaux : Tempête de boulettes géantes 2
Réalisateur : Cody Cameron et Kris Pearn
Casting US : Bill Hader, Anna Faris, James Caan, Terry Crews, Andy Samberg, Neil Patrick Harris, Benjamin Bratt, Will Forte, Kristen Schaal
Casting VF : Jonathan Lambert, Pauline Lefèvre, Cyril Lignac, Stanislas Forlani
Scénario : Judi Barrett, Ron Barrett, John Francis Daley et Jonathan M. Goldstein
Date de sortie dans les salles en France : 5 Février 2014, Sortie DVD : 11 Juin 2014
Musique : Mark Mothersbaugh
Producteur : Kirk Bodyfelt
USA 2013
Genre : animation
Durée : 1h34
La légende de Ron Burgundy du duo Will Ferrel/ Adam McKay ressemble plus à une première rencontre pleine de promesses, mais avec beaucoup de fausses notes, qu’à une véritable comédie. Certaines vannes et situations font mouches, mais le film laisse le souvenir d’un manque de finesse qui rend l’ensemble très lourd à digérer. Le duo a tout de même récidivé avec Ricky Bobby : Roi du circuit, beaucoup mieux rodé, beaucoup plus drôle, beaucoup plus cohérent dans son délire, presque parfait dans son genre.
Synopsis : Après l’échec de sa carrière à New York et son divorce, le journaliste présentateur Ron Burgundy se voit offrir un poste sur une chaîne d’information 24h/24 et réunit son ancienne équipe.
Anchorman 2 – Légendes Vivantes : Aux limites de l’absurde…
Après quelques années d’errance les deux partenaires se retrouvent pour Very Bad Cops, qui remet une fois de plus la barre très haute en matière de comédie déjantée. Lorsque les deux compères annoncent qu’ils se réunissent pour reprendre leur premier personnage original et lui donner le film qu’il mérite, on est en droit d’attendre une bombe… mais c’est plutôt une aspirine : c’est rigolo à regarder, ça mousse un peu, et puis après on se dit qu’il va falloir boire le tout d’un coup, ce qui laisse un goût amer.
Le film commence plutôt bien : on retrouve notre présentateur crétin et macho (Will Ferrell) à New York, à l’aube des années 80, qui file le parfait amour avec sa femme Veronica (Christina Applegate) et son fils. Mais très vite, les choses se gâtent. Le patron (Harisson Ford que l’on n’attend pas vraiment dans ce registre) décide de donner les rennes du prime à Veronica et renvoi Ron qu’il juge mauvais. Touché dans son orgueil, la légende du JT de San Diego préfère quitter sa femme plutôt que d’accepter sa réussite. Après six mois de galères, il est embauché par la première chaîne de News 24/24 et décide donc de reformer son équipe d’origine. Comme promis donc, Légendes Vivantes signe les retrouvailles de la bande, pour les emmener vers de nouvelles aventures. Après une succession de gags pas toujours fins, tournant surtout autour des nouvelles vies de ses anciens comparses (Paul Rudd qui photographie des chattes…au sens propre, avec des poils, une queue et des oreilles…), l’équipe est enfin complète et le film se lance avec une violente embardée du camping-car sur l’autoroute, l’occasion pour McKay de ressortir l’idée du ralentit/arrêt sur image déjà présente dans Very Bad Cops, un bonne séquence délirante et bien fendarde. Mais passé cet état de flottement, le souffle retombe très vite. La suite des aventures n’est composée que de blagues parfois poussives qui défilent à une vitesse folle, mais jamais une histoire concrète ne se développe. La rivalité avec l’autre présentateur vedette (James Marsden) est vite reléguée au second plan. La nouvelle histoire d’amour avec la directrice des programmes, une jeune femme noire et indépendante (Meagan Good) est rapidement éclipsée pour faire revenir Veronica ; enfin, la relation de Ron avec son fils est très maladroitement traitée. Will Ferell semble tellement croire en son personnage qu’il oublie de créer autour de lui un univers cohérent qui aurait permis de dépasser la simple bouffonnerie pour faire affleurer un peu d’émotion et un discours critique.
Là où Ricky Bobby et Very Bad Cops renvoient à l’Amérique sa propre connerie et son égocentrisme avec humour, Légendes vivantes ne se contente que de titiller, de chatouiller gentiment le monde de la télévision sans véritablement lui faire du rentre dedans. Ron déclare qu’il trouve les News internationales « chiantes » que les américains veulent simplement entendre que « l’Amérique est le meilleur pays du monde ». Le potentiel est là, mais il n’est jamais exploité à sa juste valeur, Ferrell et sa bande préférant laisser libre cours à leur fantaisie absurde, passant d’une situation débile à une autre sans aucun souci de cohérence. Pourquoi ce long intermède sur la cécité ? Et ce délire avec le bébé requin ? C’est idiot oui, mais moyennement drôle. Pareil pour les délires des trois autres compères (Paul Rudd et sa collection de capotes, Steve Carell et son amour autiste naissant…) Le meilleur moment du film reste, comme dans le premier opus, l’affrontement dantesque entre les équipes des chaînes rivales, composé d’apparition surprises de vieux et nouveaux copains, mais il aurait été préférable de répartir tout ce joli monde dans le film plutôt que de sacrifier tout ce potentiel d’un coup, la séquence n’étant pas suffisamment longue (et assez bordélique) pour s’en satisfaire.
Légendes vivantes est donc une déception, car si l’humour et le délire sont là, le film manque cruellement de fond. On finit alors par trouver le temps long et on se sent comme lors de retrouvailles entres copains où l’on n’aurait pas été invité.
Fiche technique : Légendes Vivantes
États-Unis – 2014
Titre original: Anchorman 2 : The legend continues
Réalisation: Adam McKay
Interprétation: Will Ferell, Steve Carell, Paul Rudd, David Koetcher, Christina Applegate, James Marsden, Meagan Good, Kisrsten Wiig, Greg Kinnear
Date de sortie: 11 juin 2014 (DVD)
Durée: 119 min
Genre: Comédie
Scénario: Adam McKay, Will Ferrell
Musique: Andrew Feltenstien, John Nau
Producteur: Judd Apatow, Will Ferrell, Adam McKay
Production: Apatow Production, Gary Sanchez Production, Paramount Pictures
Note : Sorti très discrètement en France en DVD & Blu-Ray le 11 juin 2014, six mois après sa sortie ciné aux USA sous le titre français : Légendes Vivantes, ce film est la suite réalisé 10 ans après La Légende de Ron Burgundy retrouve la même fine équipe de journalistes ringards, menée par un Will Ferrell et entouré par Steve Carell, Paul Rudd et David Koechner.
Dès la première scène, Jude Law entame un monologue sur la grandeur de sa verge ; ceci plante le décor : Dom Hemingway est un personnage insolent, imbu de sa personne, au langage fleuri. Il sort de prison et part directement casser la gueule à l’homme qui a épousé sa femme durant son séjour en prison, puis rejoint son ami Richard E. Grant dont il ne remarque même pas son gant noir à la main gauche, trop occupé à vider les verres d’alcool, à sniffer de la coke et à s’envoyer en l’air avec des putes.
Mais la vraie préoccupation de Dom Hemingway est de récupérer son dû auprès de Mr Fontaine aka Ivan, qui vit dans le sud de la France avec à ses côtés une sublime roumaine à la voix et aux courbes sensuelles, Paolina. Cette période dans le domaine d’Ivan est trop longue. Elle est juste un prétexte à de nouveaux monologues de la part de Dom Hemingway, à nous présenter de belles femmes jusqu’au drame qui va obliger notre héros à retourner en Angleterre auprès de sa fille.
Le personnage de Dom Hemingway n’atteint jamais la grandeur auquel il aspire, Jude Law en fait des caisses. Le problème vient d’un scénario qui n’apporte pas grand chose, d’un manque de rythme, d’intrigues et de personnages secondaires qui puissent épauler notre héros un peu esseulé, qui porte le film sur ses seules épaules.
Richard Shepard est un réalisateur et scénariste qui a fait ses classes à la télévision depuis 15 ans, il mène une carrière de faiseur et non de créateur, ce qui se traduit ici un manque d’imagination et de profondeur. Malgré l’exubérance de Dom Hemingway, on s’ennuie rapidement. Notre « héros » donne l’impression de se battre contre des moulins à vent, tel un Don Quichotte à la barbe quasi-similaire, ce qui explique sûrement son « Dom » (à moins que ce soit pour son côté pétillant comme le champagne Dom Pérignon, ou les deux, bref)….
Malgré une présentation rapide du personnage, donnant l’impression de vouloir nous emporter dans sa folie, à l’aide d’une bande son composée de morceaux entraînants, le film manque de rythme. Le séjour chez Ivan est trop long. On a l’impression que l’histoire n’a toujours pas démarré au bout d’une heure et l’on espère vainement que le film décolle avec son retour en Angleterre.
Mais on demeure toujours dans la même veine. Toute l’intrigue tourne trop autour de Dom Hemingway ; son rapport avec sa fille et sa nouvelle famille est à peine effleuré. Emilia Clarke (Game of Thrones) et Nathan Stewart-Jarrett (Misfists & Utopia) n’ont que des miettes, Richard Shepard préférant offrir des scènes à son héros, qui sont censées être de grands moments, mais qui apportent peu à l’histoire : c’est souvent gratuit, répétitif. Le réalisateur a le tort de vouloir construire un film sur la langue fleurie et l’attitude obscène d’un seul personnage, sans un minimum d’intérêt pour le reste du casting et surtout sans une intrigue digne de ce nom.
A voir pour Jude Law, mais vraiment si vous l’appréciez car en dehors de lui, il n’y a rien d’autre autour. Le pire, c’est qu’on on ne rit pas. Ce film sera vite oublié : un produit sans saveur, une œuvre secondaire.
Synopsis : Après avoir passé 12 ans en prison pour avoir gardé le silence, Dom Hemingway, célèbre pour savoir ouvrir le moindre coffre-fort, est de retour à Londres et a bien l’intention de récupérer ce qu’on lui doit !
Fiche Technique : Dom Hemingway
Réalisateur : Richard Shepard
Casting : Jude Law, Richard E. Grant, Demian Bichir, Emilia Clarke, Kerry Condon, Nathan Stewart-Jarrett, Madalina Ghenea et Jumayn Hunter
The Major (2013) n’est que le second long métrage de Yury Bykov. Ce fait est déjà remarquable à lui seul, quand on constate la maîtrise dont le jeune réalisateur fait preuve pour développer son histoire. Que dire alors, lorsqu’on apprend qu’il en est également le scénariste, le monteur, le compositeur et qu’il y tient l’un des rôles principaux ?
The Major : Requiem pour un massacre
Inspiré du dérapage d’un membre des forces de l’ordre, auteur d’une tuerie dans un supermarché russe, le film démarre sur un gradé se rendant au chevet de sa femme en plein accouchement. Tout excité qu’il est de sa future paternité, il roule à tombeau ouvert et percute alors un enfant sur la route, le tuant devant sa mère. Paniqué, il décide d’appeler des collègues et d’étouffer l’affaire dans un premier temps.
En de telles circonstances, l’Homme est toujours rattrapé par sa conscience. Pour Sobolev, sera-ce au point de trahir l’omerta ? Ses camarades ? S’il se ravise, ne sera-t-il pas trop tard ? Mieux vaut tsar que jamais après tout, n’est-ce pas ? Dans tous les cas, pas de simple lutte du bien contre le mal ici, dans The Major il n’est pas forcément question de justice. La descente aux enfers aura bien lieu, mais pour qui ?
Le pessimisme, à l’image du climat, est de rigueur. Bykov nous dépeint une société morne et grise, tout au long d’un film noir sur fond blanc. Le rythme est à la fois lent, presque contemplatif, et nerveux. Des plans larges, surlignant la petitesse de la nature humaine fuyant ses responsabilités, des gros plans, pour bien mettre en avant le courage d’une famille devant une rude épreuve. Par cet aspect froid, implacable et ce nihilisme ambiants, il nous renvoie à un certain The Thing de Carpenter.
Techniquement, et malgré son inexpérience, Bykov n’a d’ailleurs pas à rougir de la comparaison avec Big John. A l’aide d’un budget modeste, il parvient à tenir en haleine, grâce à un montage extrêmement habile. De très nombreux plans-séquence souvent filmés à l’épaule confèrent une grande intensité à l’action, sans nuire à la lisibilité. Un travail minutieux sur la lumière, le contraste intérieurs glauques/extérieurs immaculés, renforce l’immersion. Toute cette débauche de savoir-faire est la preuve d’une véritable ambition cinématographique, rarement prise en défaut. Ambition que le scénario n’occultera pas. Plutôt bien ficelé dans l’ensemble, il se montrera surprenant par moments, et lorsque ce ne sera pas le cas, il aura au moins le mérite de demeurer des plus efficaces, grâce aux acteurs aussi, il faut bien le dire. The Major frappe fort et dénonce de manière percutante les abus de ceux qui ont le pouvoir face à une population impuissante. La corruption politique et celle des forces censées représenter l’ordre du pays. Des gradés tout puissants, du moins en apparence…
The Major est un polar polaire glaçant sans concessions. Filmé sans trépied tout en demeurant compréhensible, il constitue une belle performance, dont certains cinéastes estampillés « Stars & Stripes » devraient s’inspirer. Un rollercoaster riche en émotions et lisible en toutes circonstances, serait-ce donc l’apanage des montages russes?
Synopsis: Un hiver, Sobolev, un commandant de police, est en route vers l’hôpital où sa femme s’apprête à accoucher. Surexcité, il conduit trop vite et tue un enfant en le renversant. Paniqué, il décide alors d’appeler un collègue pour l’aider à étouffer l’affaire. Mais par la suite, Sobolev change d’avis pour se racheter, c’est alors que tout se complique…
Fiche Technique : The Major
Réalisation: Yury Bykov
Scénario: Yury Bykov
Montage: Yury Bykov
Compositeur: Yury Bykov
Interprétation: Denis Shvedov, Yury Bykov, Irina Nizina
Durée: 1h39
Directeur de la photographie: Kirill Klepalov
Production: Production Rock Films
Distribution (France): Zootrope Films
The Rover : Un western post-apocalyptique teinté d’une douce ironie
En 2010, sortait Animal Kingdom, premier film de l’australien David Michod, œuvre noire et cynique explorant le quotidien d’une famille de criminel dans les bas-fonds de Melbourne. Très justement récompensé au Festival de Sundance et aux Australian Institute Films Awards (Oscar australien), ce film avait séduit la critique tant par sa dextérité à introduire les notions de la famille et de noirceur dans un thriller que par sa contribution à la renaissance du cinéma australien, déjà initiée par John Hillcoat, réalisateur des films La Route et Des Hommes Sans Loi.
Très vite propulsé au rang de réalisateur à suivre, Michod aura pourtant pris son temps avant de présenter sa nouvelle réalisation, sur la Croisette qui plus est, avec The Rover, décrit par Thierry Frémaud, directeur général du Festival de Cannes comme un « western post-apocalyptique teinté d’une douce ironie ».
Une phrase étrange pour un mélange somme toute étrange, mais qui correspond avec précision a l’épopée a laquelle doit s’adonner le personnage principal du film, Eric, interprété par Guy Pearce (Memento ; Iron Man 3) qui évoluant dans une Australie en ruine, se voit voler sa seule possession : sa voiture ! Devant former un fragile tandem avec le frère du braqueur de ladite voiture, celui-ci va entamer un long périple pour la récupérer, périple qui sera empli de violence, de vengeance et d’obsession, dans une Australie agonisante et désespérée, et agissant comme la dernière frontière avant le néant !
Une Australie en lambeaux, des personnes se donnant justice eux-mêmes, des institutions qui se désagrègent et une contrée inhospitalière rongée par le soleil et la corruption : autant d’éléments qui rappellent la mythique saga de George Miller, Mad Max. Saga ayant lancé la carrière internationale de Mel Gibson, tout en donnant au monde un autre visage du cinéma australien, elle jouit encore aujourd’hui d’un statut inégalé dans le paysage cinématographique tant elle avait su montrer à l’époque, le tout avec un minimum de moyen, le reflet presque plausible d’un monde déshumanisé, en proie aux chimères héritées d’une crise économique, ayant instauré la loi du plus fort comme seul mode de vie.
Et pourtant, bien que l’influence madmaxienne reste forte, Michod préfère s’en affranchir en livrant un film à l’identité aussi bien visuelle que scénaristique affirmée. Cultivant ainsi la différence sur de nombreux aspects de son long-métrage, Michod opte alors pour un resserrement de son intrigue, préférant s’attarder sur l’évolution de ses personnages au sein de cet univers asphyxiant plutôt que de dresser un constat alarmiste sur le sort de la population entredéchirée entre sa volonté de survivre et sa volonté de s’en référer aux institutions vacillantes.
Et en opérant de la sorte, Michod surprend car le manichéisme régnant sur Mad Max se retrouve ainsi effacé au profit d’un désespoir et d’une animalité ambiante nourrissant tous ses personnages et notamment la bande de braqueurs, poursuivie sans relâche par Eric.
Désespérée, la population l’est mais Michod, préférant voir ce désespoir dans les yeux et les actes des personnages qui sont au cœur de son récit, opte pour une réalisation épousant ce tandem disparate. Un tandem qui renvoie efficacement à la notion de western qu’on attribue au film tant cette équipe forcée peut s’apparenter à celle du Bon, la Brute et le Truand !
Un choix certes surprenant mais pas tant que ça en fin de compte. Guy Pearce, comme Clint Eastwood dans le film de Sergio Leone, est un personnage, qui de par son magnétisme, suscite la sympathie du spectateur. Il est le leader, l’homme empli de volonté, d’obsession et d’acharnement pour récupérer son bien. Il est l’homme qui va devoir être contraint de compter sur le truand, joué par Robert Pattinson, sorte de simple d’esprit lâchement abandonné par son frère et qui est son seul espoir de retrouver la voiture !
Et comme dans le film de Leone, une certaine alchimie nait entre eux et forme ainsi un mélange intéressant. Car Guy Pearce, aveuglé par le désir de vengeance qui le consume, apparait comme une enveloppe corporelle dénuée d’âme, un homme qui tente tant bien que mal de survivre dans un monde ayant abandonné sa raison de vivre et ne fait que survivre. Un homme qui connaissant le monde dans lequel il évolue, peut se permettre d’adopter un tel comportement, comportement allant de la froideur extrême, a la fureur vengeresse en passant, mais dans des proportions moindres, par la pitié !
Une pitié qu’il entretient avec Rey, le frère simple d’esprit et lâchement abandonné par le voleur de la fameuse voiture. Campé par Robert Pattinson, qui après avoir enchainé les tournages avec Werner Herzog, Olivier Assayas, David Cronenberg et David Michod, peut se targuer d’avoir effacé l’étiquette Twilight, son personnage illustre la faiblesse d’une partie de la population, qui ignorante des instituions jadis existantes, peut afficher un comportement idiot, presque ignorant et malgré tout une certaine stature crainte par beaucoup. Une stature qui n’impressionne nullement Eric, qui par plusieurs moments, transformera cette relation obligée en relation amicale.
Et au milieu du bush australien ou se rejoignent routes sinueuses, habitants dangereux et soleil accablant, le ton du film est lui aussi une surprise. A l’instar d’un Drive de Nicolas Winding Refn, le film malgré sa violence omniprésente et son ton sec et épuré, est très doux ! Un paradoxe obtenu grâce à un montage qui, non soucieux de coller au ton sec et rapide de Mad Max, préfère se concentrer sur la longueur du voyage et sur la déchéance d’un monde en pleine implosion.
Résultat, le montage, loin des délires steam-punk baroque de George Miller, est quasi onirique ! Un onirisme, qui doublée de plans atmosphériques et totalement maitrisées, rendent le voyage presque agréable, et loin de l’animalité exposée au grand jour par les protagonistes.
Une animalité et une fureur déployée jusqu’à une scène finale saisissante tant cette dernière en plus de clore ce trip rude et crasseux, est surprenante, révélant ainsi la réelle motivation se cachant sous la détermination et l’acharnement sans borne dont fait preuve Guy Pearce pour récupérer son bien !
Ainsi The Rover, fortement attendu au tournant et sélectionné à très juste titre en Sélection Officielle du dernier Festival de Cannes, comble toutes les attentes légitimement placées sur David Michod et laisse place à une longue attente pour son prochain film, déjà annoncé comme le récit d’un général américain basé en Afghanistan, campé à l’écran par le très beau et charismatique Brad Pitt.
Synopsis : Après l’effondrement de l’économie occidentale, l’Australie est devenue un véritable far-west où règne la loi du plus fort. Désespérée, la population est prête à tout pour survivre, même à tuer. Les mines sont la seule industrie qui subsiste et la criminalité est galopante. Alors qu’il boit un verre dans un bar, Eric, un vagabond qui a tout perdu, se fait voler sa voiture par trois braqueurs de banque qui ont raté leur coup. Pour retrouver le gang qui lui a volé sa voiture, sa seule et unique possession, Eric, assoiffé de vengeance, est contraint de faire équipe avec Rey, le frère grièvement blessé du chef, un simple d’esprit lâchement abandonné par les siens.
Ce film est présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2014.
Fiche Technique : The Rover
États-Unis, Australie – 2014
Réalisation: David Michôd
Interprétation: Guy Pearce (Eric), Robert Pattinson (Rey), Scoot McNairy (Henry), David Field (Archie), Anthony Hayes (Soldat 1), Gillian Jones (Grand-Mère), Susan Prior (Dorothy Peeples), Nash Edgerton (Soldat)…
Date de sortie: 4 juin 2014
Durée: 1h42
Genre: Drame
Scénario: David Michôd, Joel Edgerton
Image: Natasha Braier
Décor: Josephine Ford
Costume: Cappi Ireland
Montage: Peter Sciberras
Musique: Sam Petty, Anthony Partos
Producteur: Liz Watts, David Linde, David Michôd
Production: Porchlight Films, Lava Bear, Screen Australia
L’ouverture est grandiose avec un gunfight d’une dizaine de minutes dans le salon de thé, Chow Yun-Fat allumant dans toutes les positions, tout en gardant son cure-dent dans la bouche, la classe ultime! Le talent de John Woo pour ce genre de scènes n’est plus à démontrer. Il faudrait sûrement ouvrir le débat mais pour ma part, c’est sa plus grande scène d’action période hongkongaise. Après ce film, il partira se perdre dans la folie hollywoodienne où son talent sera dissolu dans des productions trop aseptisées, en dehors de Volte-Face.
Synopsis : Hong-Kong 1997. Les Britanniques vont rendre dans quelques mois à la Chine populaire une ville corrompue par le crime. Alors que les policiers ont baissé les bras, un groupe d’inspecteurs, mené par Yuen, surnommé Tequila, décide de mettre fin a la suprématie des gangs.
A toute épreuve : Danse avec les balles
John Woo a un défaut majeur, l’abus de ralentis, à tout moment et pour n’importe quoi. Cela pénalise le rythme du film d’une durée de 2h02, qui aurait mérité un montage plus serré et nerveux, à l’image des nombreux gunfights qui permettent de se maintenir éveillé, malgré les quelques longueurs.
Mais au contraire de son soi-disant chef d’œuvre Une balle dans la tête, on le sent plus à l’aise techniquement, sa caméra étant un personnage à part entière de l’histoire. Il est impossible de regarder le film, sans remarquer les superbes plans séquences, même s’il en fait souvent des tonnes, comme l’entrée de Tony leung dans la bibliothèque. Il serait capable de te rendre épique l’ouverture d’un réfrigérateur. John Woo a trop de talent dans ses mains.
Le film est superbe techniquement, mais un autre défaut de John Woo, est qu’il privilégie la forme au fond. Le scénario est juste une excuse pour enchaîner les scènes d’actions. Heureusement, il se repose sur un duo d’acteurs majeur avec Chow Yun-Fat et surtout Tony Leung, dont le seul Andy Lau peut rivaliser avec sa classe et son talent. Dix ans plus tard, on retrouvera d’ailleurs Andy lau dans un rôle similaire dans le grandiose Internal Affairs, dont Martin Scorsese fera un remake intéressant Les Infiltrés. C’est la preuve de l’influence de John Woo sur le cinéma asiatique, lui-même s’inspirant du cinéma américain, dont la dernière heure a des similitudes avec le célébrissime Die hard ou la série Deux flics à Miami avec son ambiance jazzy, le bateau et le style vestimentaire de Tony Leung. Ils s’inspirent des meilleurs John McTiernam et Michael Mann, une raison suffisante pour visionner toute sa filmographie.
Pour les amateurs de cinéma d’action, de gunfight jusqu’à l’overdose, de héros qui sont censés mourir toutes les cinq minutes, de revolvers au barillet illimité, d’acrobaties improbables, de méchant qui a une vraie gueule de méchant, encore plus avec un œil en moins, même s’il n’est pas dénué de cœur. N’oubliez pas de ranger vos neurones, on a juste besoin de ses yeux pour apprécier la folie de la caméra de John Woo.
Fiche Technique : A toute épreuve
Réalisation: John Woo
Scénario: John Woo, Barry Wong et Gordon Chan
Nationalité: Hong-Kongais
Distribution: Chow Yun-Fat, Tony Leung, Teresa Mo, Philip Chan, Philip Kwok et Anthony Wong
Musique: James Wong et Michael Gibbs
Photographie: Wang Wing-Heng
Genre: action, policier
Durée: 2h02
Date de sortie: 21 Novembre 1992