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Casse-tête chinois, de Cédric Klapisch : Critique du film

Casse-tête chinois est le dernier volet en date de la trilogie de Cédric Klapish sur les aventures de Xavier, Martine, Wendy et Isabelle. Celui-ci se veut l’aboutissement ou tout du moins, la concrétisation de la maturité de ces personnages suivis depuis 15 ans (ils en avaient 25 au commencement et ils approchent maintenant de la quarantaine).

Synopsis : Xavier a maintenant 40 ans. On le retrouve avec Wendy, Isabelle et Martine quinze ans après L’Auberge Espagnole et dix ans après Les Poupées russes. La vie de Xavier ne s’est pas forcément rangée et tout semble même devenir de plus en plus compliqué. Désormais père de deux enfants, son virus du voyage l’entraîne cette fois à New York, au beau milieu de Chinatown. Dans un joyeux bordel, Xavier u cherche sa place en tant que fils, en tant que père… en tant qu’homme en fait ! Séparation. Famille recomposée. Homoparentalité. Immigration. Travail clandestin. Mondialisation. La vie de Xavier tient résolument du casse-tête chinois ! Cette vie à l’instar de New York et de l’époque actuelle, à défaut d’être cohérente et calme vient en tout cas nourrir sa plume d’écrivain…

La séparation et le temps qui passe

Au début du film, Wendy décide de se séparer de Xavier et emménage à New-York avec leurs enfants pour y retrouver un homme qu’elle a rencontré lors d’un déplacement professionnel. Isabelle prend le même chemin pour vivre avec sa copine rencontrée aussi sur place… Ces séparations (et spécialement celle d’avec Wendy), éléments déclencheurs de l’histoire, sont le point de départ d’une longue remise en cause…

A travers ce thème existentiel pointe une réflexion sur l’évolution du couple et des idéaux avec le temps qui passe, ainsi que sur l’amitié et la famille. L’amertume ou le désappointement que l’on aurait pu ressentir n’est pourtant que trop fugace. En effet, dès que cette joyeuse bande se retrouve dans la « Big Apple » (Xavier décide d’aller y vivre pour suivre ses enfants), on a l’impression que l’insouciance et l’immaturité de leurs jeunes années barcelonaises refont immédiatement surface, au détriment d’une analyse plus fine sur leurs nouvelles conditions de vie.

Les péripéties qu’ils vivent ne sont que des prétextes pour pouvoir en rire et ne sont jamais réellement creusées. Et la conclusion heureuse n’est finalement que la suite logique de tous ces événements, qui n’ont que pour unique but, de ne pas bousculer les certitudes du spectateur qui n’attendait pourtant que cela… Reste malgré tout le plaisir indéniable, même amoindri, de retrouver une bande de potes qui nous ont accompagnés durant toutes ces années. Certaines scènes sont hilarantes et celle ou Martine parle le mandarin (un dialecte chinois) mérite à elle seule d’aller voir le film.

Mais surtout, voir New York filmée de cette façon la et traitée comme un personnage à part entière, demeure le grand mérite du réalisateur. On se promène dans les immenses rues et chantiers vides ou en construction, magnifique mise en abyme de l’état d’esprit des protagonistes. Le réalisateur rend à cette ville toute sa vibration et son exubérance, et s’en sert comme d’une métaphore pour célébrer encore une fois, la richesse d’un pays due à l’immigration et au mélange des cultures, où l’on semble prôner l’amour libre quelle que soit son orientation sexuelle. Klapisch redéfinit de façon moderne le modelé familial dans notre société actuelle, avec bienveillance et légèreté.

Fiche technique –  Casse-tête chinois

Titre français : Casse-tête chinois
Titre international : Chinese Puzzle
Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch
Direction artistique : Matteo De Cosmo
Décors : Roshelle Berliner
Musique : Loïc Dury et Christophe Minck aka Kraked Unit
Production : Bruno Levy et Cédric Klapisch
Coproducteur : Buzz Koenig
Sociétés de production : Ce Qui Me Meut et Opposite Field Pictures (coproduction)
Sociétés de distribution : StudioCanal
Pays d’origine : France
Langue originale : français, anglais, chinois et espagnol
Genre : comédie
Dates de sortie :4 décembre 2013

Auteur de la critique : Le Cinéphile Dijonnais

A Touch Of Sin, de Jia Zhang Ke : Critique du film

Prix du scénario au festival de Cannes 2013, A Touch Of Sin est une mise en abîme de la Chine contemporaine, le film nous dévoile un pays gangrené par la corruption et la violence.

Longtemps considéré comme un État du Tiers Monde par les occidentaux en raison de son histoire (le communisme comme doctrine politique dans un monde capitaliste) et de son régime dictatorial, la Chine a depuis une vingtaine d’années rattrapé puis dépassé ce retard en devenant la première puissance mondiale. Au prix d’un développement effréné exigé par une mondialisation à laquelle le pays n’était pas suffisamment préparé, obligeant un peuple à se soumettre à cette idéologie. C’est ce que Jia Zhang-Ke nous raconte à travers l’histoire de 4 personnages vivant dans 4 régions différentes, représentative de la situation actuelle. La conscience de ces nouveaux indignés est une métaphore du soulèvement et de la révolte qui gronde dans ce pays…

A Touch Of Sin : Une fresque violente et froide d’une Chine laborieuse

Un mineur de fond, las des magouilles financières de ses patrons et surtout de l’humiliation subie au quotidien, se transforme en prédateur. Un jeune père de famille (dont on devine plus ou moins les origines paysannes et le rôle que jouent les rituels traditionnels à travers certaines situations), las de sa condition d’oublié de la croissance économique, décide de s’en prendre aux nouvelles classes aisées voire riches. Une réceptionniste d’un sauna maltraitée par des clients, dessine la condition des femmes de la classe moyenne, où pauvre comme étant soumises au machisme et au patriarcat. Ces femmes n’ont d’autres choix que de s’affirmer dans la vengeance.

Enfin, qu’advient-il de cette jeunesse perdue sans repères dans cette société qui l’oblige à des actes désespérés, où l’amour et la solidarité sont éradiqués, car signes de faiblesse, un pays ou le productivisme forcené est le maître mot?

La mise en scène suit ces personnages au plus près de leurs colères, et évoque avec finesse tout en la dénonçant, l’idéologie Maoïste (allers-retours fréquents dans la première partie du film du mineur avec images presque subliminales de prosternation devant sa statue), où l’individualisation de cette société ne pouvait que s’exacerber à cause de cet esprit de collectivisme. Les paysages montagneux et désertiques, les espaces clos et confinés, la neige qui tombe abondamment avec des tonalités de couleurs froides filant la métaphore d’un pays replié sur lui même de peur de ne pas être prêt à rentrer dans ce monde global.

A Touch of Sin, ce chef d’œuvre annoncé n’en est pourtant pas un. La faute à une certaine complaisance dans la représentation de cette violence qu’on peut assimiler à une apologie de la vengeance. Tout en décrivant cette triste réalité, le cinéaste semble prendre un malin plaisir à voir cette rage exploser dans un déluge de tueries toutes plus sauvages les unes que les autres. Il ne s’embarrasse d’aucune mise à distance et semble approuver celle-ci. Le capitalisme sauvage engendre des monstres qui ne peuvent que compter sur eux mêmes pour se faire justice.

La fin justifie les moyens, d’après lui. Cette justification est assez ambiguë et laisse une impression plutôt mitigée. De même que le traitement de leur cheminement est parfois inégal (l’histoire du père méritait une approche plus longue alors que celle du mineur est un peu trop développée…), ce qui donne quelques longueurs superflues. A voir car cela reste une vision lucide et réaliste d’une Chine qui court à sa perte en sacrifiant l’humanité sur l’autel du capitalisme roi, tout en le déconseillant aux âmes sensibles et à ceux que l’ambivalence de ce discours rendra sceptiques.

Synopsis: Dahai, mineur exaspéré par la corruption des dirigeants de son village, décide de passer à l’action. San’er, un travailleur migrant, découvre les infinies possibilités offertes par son arme à feu. Xiaoyu, hôtesse d’accueil dans un sauna, est poussée à bout par le harcèlement d’un riche client. Xiaohui passe d’un travail à un autre dans des conditions de plus en plus dégradantes. Quatre personnages, quatre provinces, un seul et même reflet de la Chine contemporaine : celui d’une société au développement économique brutal peu à peu gangrenée par la violence. 

Fiche technique : A Touch of Sin

A Touch of Sin (Tian Zhu Ding)
Chine, Japon – 2013
Réalisation: Jia Zhang-Ke
Scénario: Jia Zhang-ke
Interprétation: Wu Jiang (Dahai), Wang Baoqiang (Zhou San), Zhao Tao (Xiao Yu), Luo Lanshan (Xiao Hui)…
Genre: Drame
Durée: 2h10
Image: Yu Likwai
Son: Zhang Yang
Montage: Matthieu Laclau, Lin Xudong
Musique: Lim Giong
Production: Office Kitano, Xstream Pictures
Distributeur: Ad Vitam

Auteur de la critique : Le Cinéphile Dijonnais

Aimer, Boire Et Chanter, de Alain Resnais : Critique du film

Critique de Aimer, Boire Et Chanter

Synopsis: Dans la campagne anglaise du Yorkshire, la vie de trois couples est bouleversée pendant quelques mois, du printemps à l’automne, par le comportement énigmatique de leur ami George Riley. Lorsque le médecin Colin apprend par mégarde à sa femme Kathryn que les jours de son patient George Riley sont sans doute comptés, il ignore que celui-ci a été le premier amour de Kathryn. Les deux époux, qui répètent une pièce de théâtre avec leur troupe amateur locale, persuadent George de se joindre à eux. Cela permet à George, entre autres, de jouer des scènes d’amour appuyées avec Tamara, la femme de son meilleur ami Jack, riche homme d’affaires et mari infidèle. Jack, éploré, tente de persuader Monica, l’épouse de George qui s’est séparée de lui pour vivre avec le fermier Simeon, de revenir auprès de son mari pour l’accompagner dans ses derniers mois. Au grand désarroi des hommes dont elles partagent la vie, George exerce une étrange séduction sur les trois femmes : Monica, Tamara et Kathryn

Laquelle George Riley emmènera-t-il en vacances à Ténérife ?

Le Test Amant de Resnais

Le film d’un môme

Bien sûr qu’Aimer, Boire Et Chanter a un semblant de déjà vu, qu’il apparaît très proche du diptyque de Resnais : Smoking/No Smoking. Mais malgré tout, quel bonheur de voir ce cinéaste au seuil de la mort, d’être capable de proposer quelque chose d’aussi enlevé et rafraîchissant et surtout, de savoir faire encore preuve à 92 ans, d’autant de créativité et d’inventivité. Ce film ne restera pas son chef-d’œuvre, il souffre de bon nombre de longueurs, mais il ne sent pas la naphtaline comme ont pu le proposer quelques réalisateurs âgés par le passé, lorsqu’ils tenaient à proposer des thèmes « de leur âge », de grands développements philosophiques qui, au lieu de faire aimer le film, donnaient juste envie d’aller se pendre.

Le cadet de Smoking/No Smoking 

La ressemblance avec Smoking/No Smoking donc, se retrouve dès l’affiche, dessinée comme avaient pu l’être celles de ses deux illustres prédécesseurs. La mise en scène également, théâtrale au possible, puisque le film est intégralement tourné en intérieur, poussant le rapprochement avec le 6ème Art jusqu’à placer systématiquement des rideaux en fond de scène. On retrouve également un découpage clair et net en scènes, les transitions étant marquées par de très beaux dessins de Blutch (Le Pacha, Lune l’Envers), certes un peu répétitifs, mais permettant d’identifier rapidement le lieu où l’action va prendre place. Donc oui, Aimer, Boire Et Chanter reprend l’univers et peut-être une partie du visuel de Smoking/No Smoking et, même si ça n’excuse pas tout, c’est quelque chose d’assez naturel puisque ces trois films sont des adaptations de pièces, britanniques de surcroît.

Un Français à l’humour so british 

Alain Resnais, probablement vieux et fatigué, devait retrouver une certaine jeunesse dès qu’il filmait, en témoigne cette capacité qu’il a eu à retranscrire l’humour tout britannique de cette pièce vaudeville, pleine de fraîcheur et de ressorts amoureux qui se croisent, c’est presque impossible à dénouer. Il a su éviter l’écueil des Herbes Folles, qui l’avait ramené dans les travers de la Nouvelle Vague et de ses bavardages inutiles et pompeux, Aimer, Boire Et Chanter est une pièce très drôle que Resnais sait très bien rendre. Ici, il met son talent au service de son film, on sent l’artisan qui domine jusqu’à la part de hasard de tout travail de création. Sans dire que chaque pot de fleur a un sens, on sent qu’il maîtrise chaque éclairage, positionnement des acteurs, couleur dans le décor. Il n’en devient pas poseur pour autant, il est simplement un artiste au travail et la propriété première de l’artiste, c’est justement la création.

Resnais et sa bande 

Au casting, on retrouve l’inoxydable Sabine Azéma, muse éternelle de son réalisateur de mari, égale à elle-même et toujours parfaite dans son rôle de farfadet au regard aussi pétillant qu’une bulle de champagne. Dans les acteurs fidèles, il y a toujours Dussolier peu présent à l’écran mais qui marque toujours la pellicule d’un charisme affolant, même s’il semble ici plus âgé que son rôle. Michel Vuillermoz, avec cette troublante voix de Pierre Arditi, semble ici remplir le vide laissé par l’acteur, ce qu’il fait fort bien. Autre acteur important : la musique, celle de Mark Snow, le même qui composa le légendaire thème d’X-Files, livre ici une partition légère et faisant penser à ces boites à musique où tourne une danseuse dès qu’on les ouvre. Une musique totalement au service et en accord avec cette ambiance voulue par Resnais.

Resnais l’ado 

Finalement, c’est sûr le prix Alfred Bauer reçu par le film à Berlin qu’on pourra douter, puisque sans être mauvais, Aimer, Boire Et Chanter ne mérite pas pour autant de récompense. Il s’agit surement là d’un prix d’estime, une sorte de César d’Honneur qu’on a voulu donner à un grand monsieur en sachant qu’il n’en avait plus pour très longtemps. Il aura tout de même achevé sa carrière sur un film de gamin, sur une fraîcheur retrouvée dans la dernière ligne droite, le film d’un adolescent qui n’a eu d’autre préoccupation que les filles, les soirées arrosées et faire la fête, ce qui rappelle étrangement le titre du film.

Fiche technique – Aimer, Boire Et Chanter

Réalisateur : Alain Resnais
Année : 26 Mars 2014
Durée : 108 mn
Casting : Sabine Azéma (Kathryn), Michel Vuillermoz (Jack), Caroline Sihol (Tamara), Hyppolite Girardot (Colin), Sandrine Kiberlin (Monica), André Dussolier (Siméon), Alba Gaïa Bellugi (Tilly)
Genre : comédie
Musique : Mark Snow
Scénario : Laurent Herbiet, Alain Resnais d’après la pièce d’Alan Ayckbourn
Production : Jean-Louis Livi
Sociétés de production : F Comme Film : France 2 Cinéma
Société de distribution : Le Pacte

Auteur de la critique Freddy M.

New York Melody, de John Carney : Critique du film

Le réalisateur Irlandais Jim Carney, peu connu jusqu’ici, avait déjà réalisé en 2006 la comédie romantique Once. Avec New York Melody, il revient sur le thème d’une rencontre amoureuse liée par la passion de la musique, dans le décor de la Grosse Pomme. Avec ses apparences de comédie romantique naïve, le film appartient plutôt au style « feel good movie », dans sa manière plus profonde et moderne d’aborder la complexité des relations amoureuses.

Synopsis : Gretta et son petit ami viennent de débarquer à NYC. La ville est d’autant plus magique pour les deux anglais qu’on leur propose de venir y vivre pleinement leur passion : la musique. Le rêve va se briser et l’idylle voler en éclat quand, aveuglé par la gloire naissante, il va la plaquer pour une carrière solo et… une attachée de presse. Ses valises prêtes et son billet de retour pour Londres en poche, elle décide de passer une dernière nuit à New York avec son meilleur pote. Ce dernier l’emmène dans un pub, la pousse sur scène et la force à chanter. Dans la salle un producteur s’adonne à sa plus dangereuse passion : l’alcool. Revenu de tout, du succès et de sa gloire passée, amer, rancunier, il a perdu le fil de sa vie. Et soudain il entend cette voix, découvre cette grâce, ce talent brut et authentique. Une rencontre enchantée qui pourrait finir en chansons…

New York Melody de John Carney  : une ballade musicale dans les rues de New-York

Malgré une histoire un peu décousue au début, on assiste à la rencontre romantique de Dan (Mark Ruffalo) et Gretta (Keira Knightley) grâce à une chanson. Pour mieux ensuite revenir sous forme de flash-back sur les erreurs et déceptions sentimentales et professionnelles. Un traitement de scénario original, qui ne se risque pas de plomber l’enjeu principal avec trop de romantisme ou de dramatique. Les deux protagonistes vont s’unir dans leur malheur en relevant le pari fou de produire, sans aucuns moyens financiers, leur propre démo musicale au milieu des rues de New York. Avec joie, on retrouve un ton bobo, dans les décors vifs des cafés, des rues, et du métro new-yorkais.

Musique authentique des rues new-yorkaises

A voir, mais aussi à écouter. Les mélomanes seront ravis par l’efficacité de la bande originale qui parvient à mélanger pop traditionnel, hip-hop de rue et nouveau rock. La musique nous fait ressentir les émotions du film, dont les titres sont performés par les acteurs eux-mêmes, les paroles remplaçant les dialogues. On se sent inspiré par l’ambiance musicale – comme à la sortie de Inside Lewyn Davis -, nous donnant envie de réécouter ces titres et de se mettre à la musique de rue.

Un casting pinçant et réussi

Révélation en tant qu’acteur d’Adam Levine, chanteur du groupe Maroon 5, qui met à profit ses talents musicaux en interprétant l’ex de Gretta, aveuglé par son succès montant. Keira Knightley révèle à son tour ses talents, mais dans la chanson. Elle interprète en personne les morceaux du film ; le rôle lui va à ravir quand on sait qu’il était initialement prévu pour Scarlett Johanson. Quand à Mark Ruffalo, il est méconnaissable avec son look débraillé de producteur à la dérive et baigné dans l’alcool. Il réussit tout de même à faire de son personnage un homme attachant qui veut se racheter. Sans oublier la présence de Cee Lo Green.

Une B.O. indissociable des sentiments du film

Le milieu musical est traité de manière sérieuse et réaliste, loin des paillettes et du glamour de la scène. Dans ce film, on aborde la difficulté pour les vrais artistes de se produire dans ce milieu régi par l’argent. On a l’exemple de ces deux genres d’artiste : Dave, qui a mis de côté ses valeurs musicales pour la gloire et la frénésie du public, et Gretta, qui compose par passion et par besoin de s’exprimer, sans prétention aucune, ni besoin de reconnaissance.

L’amour renouvelé

Pour mieux comprendre le sens du film, il faut mieux se référer au titre original Begin Again, qui nous incite à repartir de zéro. Particulièrement dans le personnage de Dan, alcoolique et dépressif, on voit ce changement évolutif guidé par l’étincelle musicale. Pour se relancer dans la production musicale, il a besoin de mettre ses erreurs passées de côté, et se racheter une conduite en tant que père, mari et producteur. Cela va dans l’acceptation que le temps passe, nous fait évoluer et changer. Au même rythme que les tendances musicales, il faut faire avec son temps pour avancer dans la vie.

Avec New York Melody, on fait face à ces nouvelles comédies romantiques progressistes, loin des clichés servis habituellement par les rom-coms. Grace à une fin inattendue, le spectateur repart avec un esprit frais et vivifiant, tout en gardant les oreilles bercées par « Lost Star ». Une comédie musicale parfaite pour l’été !

Fiche Technique – New York Melody

Réalisateur : John Carney
Titre original : Begin Again
Acteurs : Mark Ruffalo (Dan), Keira Knightley (Gretta), James Corden, Hailee Steinfeld (Violet), Adam Levine (Dave)
Genre : Drame, Romance, Comédie musicale
Musique : Gregg Alexander
Nationalité : Américain
Date de sortie : 30 juillet 2014
Durée : 1h44mn

Auteur de la critique : Céline Lacroix

Nos pires Voisins, de Nicholas Stoller : Critique du film

Nos pires voisins : Un duel au niveau du caniveau

Synopsis : À première vue, les jeunes parents que sont Mac et Kelly Radner vivent le parfait rêve américain, avec leur adorable petite Stella et une maison fraîchement (et difficilement) acquise dans un charmant quartier résidentiel. Ce qui n’empêche pas les jeunes trentenaires de se considérer toujours aussi hype et cool. Quand ils découvrent que leurs nouveaux voisins ne sont autres que les membres fervents et débridés d’une confrérie étudiante, menés par le charismatique Teddy, ils essaient d’abord de s’assurer leur sympathie et leur respect, en tirant le meilleur de cette situation quelque peu inconfortable. Mais la fiesta et les frasques incessantes des étudiants poussent le couple à se montrer plus virulent pour protéger leur territoire et leur tranquillité, et ce qui n’était que des enfantillages dégénèrent rapidement en un conflit épique de générations. 

Mac (Seth Rogen) et Kelly Radner (Rose Byrne) sont un couple de trentenaire, dont la vie vient d’être chambouler avec la naissance de leur fille Stella. Ils viennent d’acquérir une maison dans une banlieue tranquille, jusqu’à ce qu’une confrérie étudiante s’installe juste à côté de chez eux. Teddy Sanders (Zac Efron) en est le président et Pete (Dave Franco), le vice-président. Le premier rêve de marquer l’histoire de la confrérie et de voir sa photo trôner au Hall of Fame. Mac et Kelly vont dans un premier temps, sympathiser avec les jeunes étudiants, avant que leurs fêtes incessantes, deviennent une source de conflit. La guerre entre ces deux générations est déclarée.

Nos pires voisins est une comédie inégale, qui marche sur de vrais moments de folies, mais manque d’un scénario moins basique, de seconds rôles intéressants et d’une réalisation efficace. Seth Rogen joue son rôle habituel, de gros rigolo trop cool. Mais avec une différence qui a son importance, il est marié et père de famille. Sa femme est Rose Byrne, aussi cool que lui. Deux adolescents, qui se retrouvent coincé entre leur passé de fêtards et ce présent de parents responsables. Cette transition difficile, sert de ressort à l’histoire. Elle est accentuée avec l’arrivée de jeunes étudiants, qui leur permet, pour un temps, de rester jeunes, en apparence.

Le conflit des générations avec le duel Seth Rogen/Zac Efron, est mal exploité. Le premier fait son show habituel, pas de surprise et pour ceux qui l’apprécient, ça passe. Le second fait sa tête de con, du début à la fin. A aucun moment, il n’est ambigu, c’est un con et il restera un con, trop simpliste.

Dès le début, on ne peut que prendre parti pour Seth Rogen et Rose Byrne. Les «vieux» sont sympas, les jeunes sont de sales cons arrogants et irrespectueux, point. Pour légèrement contrebalancer ce fait, les Radner ont comme amis, un couple divorcé stupide, Ike Barinholtz et Carla Gallo. Deux acteurs (trices), très énervants et sans subtilités. L’inverse existe aussi chez les étudiants avec le vice-président Dave Franco, aussi prétentieux que Zac Efron, avant de se montrer plus «adulte», dans les études et son avenir.

Cette tentative d’équilibre, démontre surtout que le réalisateur Nicholas Stoller, ne sait pas trop sur quel pied danser. Car au lieu, de faire évoluer ses personnages, il se contente de leur donner des acolytes, ne permettant pas de vraiment prendre parti dans cette rivalité. Ce qui ne marche pas. A ne pas vouloir jouer à fond, la carte gentille face aux méchants. Nicholas Stoller n’exploite pas ses seconds rôles, comme Christopher Mintz-Plasse, qui se contente d’avoir juste une grosse bite (pardon), ou Dave Franco qui a la capacité d’entrer en érection à tout moment (oui, ça ne vole pas très haut, vraiment pas).

Malgré tout, la puissance comique de certaines scènes, sauvent l’ensemble. Celle des airbags est énorme, elle frappe au moment où on ne s’y attend pas, et elle se révèle très efficace. Tout comme le dialogue qui s’instaure entre Seth Rogen et Rose Byrne, au moment de devoir lui tirer le lait… Celle des sosies des Robert de Niro, de même et d’autres encore. Le film fonctionne par scènes et non dans sa narration.

On peut aussi être étonné de l’absence d’autres voisins révoltés par la présence de la bruyante confrérie. Leur cas est réglé en une scène, vite fait, mal fait. L’absence d’un scénario cohérent de la part d’Andrew J. Cohen et Brendan O’Brien, plus connus comme des producteurs : 40 ans, toujours puceau, Ricky Bobby, roi du circuit et Funny People. C’est l’école Judd Apatow. Ils manquent d’expérience et cela se ressent dans ce bordel pas vraiment organisé, où ils se font plaisir en tapant sous la ceinture, sans grande subtilité.

C’est divertissant, parfois ennuyant et décousu. Mais par la grâce de moments vraiment drôles, on en sort content, même s’il ne restera pas dans les annales. De l’humour facile, qui manque de saveur.

Fiche technique : Nos pires voisins

Titre original: Neighbors
USA – 2014
Réalisation : Nicholas Stoller
Scénario : Andrew J. Cohen et Brendan O’Brien
Distribution : Seth Rogen, Zac Efron, Rose Byrne, Dave Franco, Christopher Mintz-Plasse, Lisa Kudrow, Craig Roberts, Carla Gallo, Ike Barinholtz
Photographie : Brandon Trost
Montage : Zene Barker
Musique : Michael Andrews
Production : Evan Goldberg, Seth Rogen et James Weaver
Sociétés de production : Good Universe et Point Grey ¨Pictures
Société de distribution : Universal Pictures
Genre : comédie
Durée : 96 minutes
Date de sortie : 6 août 2014

Auteur : Laurent Wu

 

 

Need for Speed, de Scott Waugh : Critique film

Critique de Need For Speed

Synopsis : Suite à la mort de son père, Tobey Marshall doit gérer son garage automobile avec l’aide de Pete, Monarch, Finn et Benny, dans lequel il finira la construction de la Ford Shelby GT 500 pour Dino. Lors d’une course avec Pete et Dino, ce dernier tue Pete, mais niera avoir été présent lors du drame, ce qui entraînera l’emprisonnement de Tobey. Deux ans plus tard, Tobey sort de prison et est prêt à tout pour prouver la culpabilité de Dino et gagner la De Leon, une course de voiture illégale, en mémoire de Pete…

Vroum, Vroum!

Need For Adrénaline 

Comme l’indique son titre, Need For Speed traite du besoin pathologique qu’ont certains de rouler très (trop ?) vite, ce besoin de se faire des shoots réguliers d’adrénaline au volant, de rouler au mépris des règles communes de circulation, au mépris de ceux qui ont le malheur de se trouver sur leur route. En ce sens, Need For Speed peut trouver plusieurs niveaux de lectures, qui varieront en fonction de l’addiction du spectateur lui-même à la vitesse. Certains y retrouveront les rodéos urbains qui sévissent encore aujourd’hui dans certaines villes, on pourra même penser au phénomène des go-fast, ces acheminements de drogue à grande vitesse, dans de puissantes voitures à travers toute l’Europe. D’autres seront consternés par un si haut niveau de bêtise…

Un film sans cervelle 

On pourra tenter de « philosopher » autour de Need for Speed, en y voyant un film de gladiateurs routiers, qui font de la route leur arène, de jeunes rebelles qui remettent en cause l’ordre établi en refusant de respecter les règles élémentaires de sécurité routière quitte à, ultime défi, mettre en jeu la vie des autres conducteurs. Sauf que, jouer les rebelles sans avoir un minimum de pensée, d’idéal vers lequel tendre, de références idéologiques bref : être rebelle pour être rebelle, ça s’appelle être un petit con. Ce film est rempli d’abrutis qui prennent leur pied avec de jolies filles en petites tenues, de grosses voitures très chères, qui se moquent éperdument de provoquer des accidents graves, se foutent ouvertement des forces de l’ordre, qui éclatent de rire quand ils font voler le caddie d’un SDF et considèrent les autres usagers de la route comme autant d’obstacles sur leur route et qui leur permettront de tester leur adresse derrière un volant.

Des poursuites qui bégaient 

Alors on aurait pu espérer que, comme dans Bullitt, dont on voit quelques images d’entrée, Need For Speed nous contenterait au moins avec des images de course jouissives. C’est certain, ça va vite et pour une fois cette vitesse n’est pas exagérée avec des mouvements de caméra qui trompent le spectateur. Sauf que c’est tout, rien d’autre à se mettre sous la canine vorace, à par un pauvre vol plané filmé au ralenti, mais pourquoi donc ?! La mise en scène n’est en fait pas à la hauteur, les voitures sont certes magnifiques, mais pas mises en valeur par un Scott Waugh qui n’a pas décidé de se lâcher derrière sa caméra. On a donc une succession de courses interchangeables, pas désagréables mais excessivement répétitives et finalement, il n’y a guère que le bruit des moteurs (merci aux preneurs de son), qui permette de vraiment s’impliquer.

Mais des acteurs qui assurent 

Finalement, les acteurs arrivent peut-être à sauver le tout du naufrage, Imogen Poots (Beautiful Ruins) en tête, blondinette bourrée de charme et ressemblant étrangement à Rosanna Arquette. Aaron Paul (Exodus) semble à l’aise dans son rôle, traînant une sorte de flegme désabusé et face à lui l’excellent Dominic Cooper (Fleming, The Man Who Would Be Bond) confirme un réel talent, cette fois dans un rôle d’infâme salopard arrogant. Quant au légendaire Michael Keaton, presque en roue libre ici, il reste pourtant sous-exploité, coincé derrière un bureau il n’exprime qui infime partie de son immense talent et c’est navrant. On attendait aussi une bande-originale à la hauteur de celles de la série de jeux vidéos, du Linkin Park à gogo (qui vient d’ailleurs de sortir un album!) enfin, une bande-originale musclée et à la hauteur du vrombissement des moteurs. Mais rien de tout ça, la musique de Nathan Furst (tâcheron musical du cinéma hollywoodien) est oubliée avant même d’avoir été écoutée et ne colle pas du tout à l’univers du film, elle parviendrait presque à le plomber un peu plus.

Un film contesté 

On peut comprendre que Need For Speed est un film qui fait débat, qui est contesté par la Ligue Contre La Violence Routière, car il fait l’apologie de la vitesse sur des routes ouvertes, première cause de mortalité sur les routes. Mais avec un peu de recul, on se rend compte que ceux qui sont influencés par ce film, manquent en fait d’éducation routière et sont déjà probablement des fous du volant, bien avant de voir NFS. Ceci dit, le film en lui-même n’est pas une immense réussite et défile aussi lentement que les voitures y vont vite. Son idéologie serait donc beaucoup plus digeste, si on avait devant les yeux un grand film qui ne se contente pas de parier sur notre admiration pour les grosses et belles voitures.

Fiche technique – Need For Speed

U.S.A. – 2014
Réalisateur : Scott Waugh
Scénario : George Gatins, John Gatins et George Nolfi
Casting : Aaron Paul (Tobey Marshall), Dominic Cooper (Dino Brewster), Imogen Poots (Julia Bonet), Ramon Rodriguez (Joe Peck), Michael Keaton (Monarch), Dakota Jackson (Anita Coleman)
Décors : John Hutman
Musique : Nathan Furst
Photographie : Shane Hurlbut
Production : John Gatins, Patrick O’Brien et Mark Sourian
Sociétés de production : Electronic Arts et DreamWorks SKG
Durée : 2h05
Genre : Action

Auteur de l’article Freddy M.

 

Baby Balloon, de Stefan Liberski : Critique du film

Baby BalloonTeenage movie, rock mais pas assez…

Bici est une jeune femme ronde et pleine de talents qui chante dans un groupe de rock. Elle dissimule son mal-être derrière un tempérament de feu et une présence scénique indéniable. Secrètement amoureuse de Vince, le guitariste de la bande et son ami d’enfance, elle jubile lorsqu’un moment intime naît enfin entre eux. Une erreur selon Vince qui fréquente bientôt Anita, une jolie fille revenue du Pérou où elle était bénévole pour une association humanitaire. Tour à tour perdue, découragée, en colère ou combative, Bici essaie d’abord d’éloigner l’importune avant de réaliser que celle-ci n’est pas la véritable cause de ses tourments…

L’obésité en filigrane

Ambre Grouwels, dans le rôle de Bici, parvient à incarner la fille extravagante, coincée dans ce corps en surpoids et montrée du doigt par tous. Elle réussit à s’accepter dans son univers musical et grâce à ses performances remarquables sur la scène. Mais que ce soit par les remarques constantes de sa mère ou le rire étouffé d’une simple vendeuse lors d’essayage de robes, les autres lui rappellent son poids et sa différence apparente.

Avec des plans intimistes, au plus près de son visage, la caméra suit sa manière de vivre et son parcours. Toujours habillée et maquillée de manière pop-colorée (évoquant Lady Gaga ou Beth Ditto), le spectateur entre facilement dans sa personnalité de feu. Mais elle ne sera jamais vue par les autres de la manière dont elle se voit, et le film tend à nous montrer qu’on peut s’accepter et réaliser ses rêves si on se sert de cette différence comme une force.

Contraste de ton et de fond

Dans cette Belgique industrielle, au paysage d’usines fumantes et de baraques en briques dégradées, on sent l’emprisonnement de Bici. Des plans répétitifs de ce fond grisâtre et morose marque un contraste évident avec son caractère volcanique. Ainsi, seule la musique pop rock sert d’exutoire pour ces jeunes à la recherche d’un autre horizon, moins brumeux.

Le film garde tout du long un ton ironique pour parler de malheurs bien réels. Malheureusement, les sujets plus sérieux, comme l’obésité, les disparités sociales, la mort du père de Bici sont évoqués sans être approfondis. Un malaise alors s’installe face aux demi-mots et aux moments de crises qui tournent vite à l’humour cynique.

Un scénario sans enjeux

Dès le début, on ressent que l’intrigue va se tendre. Un amour impossible, non partagé par Vince, mais qui persiste naïvement du côté de Bici. Quand arrive Anita, belle, mince et travaillant dans l’humanitaire, on comprend vite que malgré ses tentatives, Bici ne fera pas le poids aux yeux de Vince. Son seul objectif est alors de lui imposer ses sentiments, en tentant d’éliminer Anita de manière mesquine et tout aussi ridicule. Elle s’acharne dans ses chimères adolescentes et doit passer par des coups de folie pour se rendre finalement compte que c’est détachée du groupe, seule, qu’elle réalisera ses rêves de chanteuse.

Tout le film est ponctuée par des moments lourds ou rien de se passe. Ceci est lié à un scénario mal ficelé ; on en vient à et à ne plus comprendre Bici. Le spectateur se perd dans ses moments de déraisonnements et dans sa quête désespérée d’un amour ridicule. Ses choix sont insensés et poussés à l’extrême, comme cette tentative échouée de suicide. On se détache également d’elle, lorsque surgit son côté sombre guidé par sa jalousie, qui la pousse à la vengeance et au sadisme. A côté, la fin semble se démarquer de tous les événements précédents, dans une sorte de « happy end » improbable.

Des personnages faibles et exagérés

Malheureusement, les jeux d’acteurs tombent facilement dans l’exagération et enferment leurs personnages dans des clichés, entre le vieux producteur raté et lourd, la mère historique et étouffante, l’admirateur de Bici collant et aveugle, et le meilleur ami beau gosse mais immature. Ils gravitent autour de Bici, sans réels buts ou causes intéressants. Elle-même rentre facilement dans l’archétype de « la grosse » en étouffant ses sentiments dans la boulimie.

Une bande-annonce délaissée

Associé à cet univers pop rock et décalé, le groupe Bici & The Bitches, nous charme et nous guide entre les hauts et les bas de Bici. La bande originale est prenante, créée spécialement pour le film, en s’inspirant de groupe des années 80 (B-52’s – The Lobster). Merveilleusement interprétée par les acteurs eux-mêmes : César Domboy à la guitare, Allan Hoffmann à la basse, Valentin Vesmeire à la batterie et  Ambre Grouwels, chanteuse avant d’être actrice. Mais elle n’est pas assez omniprésente pour un film dont l’enjeu central aurait du être les premiers pas d’un groupe dans l’industrie musicale.

Alors que le sujet de l’obésité aurait pu devenir touchant, l’enjeu ne décolle qu’à la fin et l’histoire devient dans l’ensemble gonflante. La musique, qu’on croyait le thème principal reste un écho, un simple fil conducteur. Mais l’enjeu dramatique reste focalisé sur la romance naïve et impossible de Bici, et sa carrière musicale n’est mise au premier plan qu’à la fin. Dommage !

Fiche Technique – Baby Balloon 

Réalisation: Stefan Liberski
Scénario : Stefan Liberski, Dominique Laroche, Marc Vermeesch
Genre : Comédie romantique, Drame
Pays d’origine : Belgique
Durée : 1h28
Sortie : 30 juillet 2014
Interprètes: Ambre Grouwels (Bici), César Domboy (Vince), Pauline Parigot (Anita), Allan Hoffmann (Giant), Valentin Vesmeire (Luc), Philippe Rebbot (Mitch), Isabelle De Hertogh (Felicie)
Production : Jacques-henri, Olivier Bronckart
Montage : Damien Keyeux
Son : Allan Hoffman, César Domboy, Stefan Liberski
Photo : Claire Mathon
Distributeur : Pyramide

Auteur de la critique : Céline Lacroix

Ping Pong Summer, de Michael Tully : Critique du film

Critique Ping Pong Summer

Synopsis : Été 1985. Radford Miracle et sa famille posent leurs valises à Ocean City, Maryland pour les grandes vacances. Jeune adolescent solitaire mais sympathique, Rad est obsédé par le ping-pong, le hip-hop… et Stacy Summers, la fille populaire sur laquelle il a flashé dès son arrivée. Sportif médiocre, piètre danseur et a priori peu dragueur, cet été sera pourtant le sien : celui ou il va gagner son surnom de Radical Miracle.

Fan des années 80

C’est le projet de toute une vie que Michael Tully porte enfin à l’écran. Un film qu’il a lui-même écrit, et qu’il porte en lui depuis vingt ans, à la fois autobiographie, déclaration d’amour aux années quatre-vingt mais aussi parodie des films et de l’ambiance qui régnait à l’époque. En suivant les aventures de Rad Miracle, c’est un peu la jeunesse de Tully, mais aussi celle de tous les personnages cultes des films d’adolescents des années 80 que l’on revit.

Esthétique eighties

Tout le film peut se vivre comme un hommage à cette période où jeunesse rimait encore avec insouciance, et où la vie d’un adolescent durait parfois le temps d’un été, avec ses moments de joie et ses drames, ses amourettes qui durent toujours et ses amitiés que l’on n’oubliera jamais. Entre la comédie loufoque tendance Little Miss Sunshine et le film d’initiation façon Karaté Kid, Ping Pong Summer passe ses influences à la moulinette pour en ressortir un produit unique, délicieusement et délibérément kitsch, une comédie de l’été fraîche et parfois franchement absurde.

Du cinéma des années quatre-vingt, Tully garde la réalisation un peu vieillotte. Cela peut surprendre, gêner même parfois, d’autant que la mise en scène manque parfois cruellement de punch. Reprendre le principe du film tourné à l’époque, pourquoi pas. Dans les costumes, dans les coupes de cheveux d’un autre âge, tout déborde de nostalgie. Mais encore aurait-il fallu adapter ces codes, les mettre à jour, en tirer la substantifique moelle, pour reprendre l’expression consacrée. Ici, on se retrouve face à un produit un peu bancal, tiré en arrière par cette caméra qu’on croirait prisonnière d’un autre âge.

La vie, la vraie, sauce 80

C’est un peu le point noir du film, ce qui est d’autant plus dommage que le reste est plutôt réussi. Au delà de cette esthétique complètement loufoque, le scénario et le casting sont une réussite totale. On est dans le classique pur, presque caricatural, et dans le cliché assumé. Entre le gentil héros, son nouveau meilleur pote, son amour d’été et son grand rival, toute la troupe est réunie pour revivre une aventure comme on n’en vit plus depuis… 1989 en fait. Parmi les personnages adultes, mention spéciale à l’excellente Léa Thompson, revenue de Retour vers le futur avec (pour le coup) trente ans de plus, et Susan Sarandon, en guest star hilarante. À ce titre, petit bémol envers l’affiche française du film : cette dernière, bien que jouant un rôle important, n’est absolument pas au centre du film.

Malgré une réalisation un peu molle, Ping Pong Summer est le parfait film estival, empreint de nostalgie du passé et bel hommage rendu à la culture de l’époque. Loufoque, drôle et tendre à la fois, le film de Michael Tully se déguste comme un sorbet bien frais.

Fiche technique – Ping Pong Summer

Américain – 2014
Genre : Comédie
Réalisation : Michael Tully
Scénario : Michael Tully
Distribution : Marcello Conte (Rad Miracle), Léa Thompson (Mme Miracle), John Hannah (Mr Miracle), Helena Seabrook (Michelle Miracle), Susan Sarandon (Randi Jammer), Emmi Shockley (Stacey Summers), Myles Massey (Teddy Fryy), Joseph McCaughty (Lyle Ace)
Directeur de la photo : Wyatt Garfield
Compositeur : Michael Montes
Monteur : Marc Vives
Producteur : Brooke Bernard, Ryan Zacarias, Jeffrey Allard, Michael Gottwald, Lori Krein, Billy Peterson, George Rush
Production : Normadic Independence Pictures, Compass Entertainment, Epic Match Media,, Indie Entertainment, Pin Pong Summer LLC
Distributeur : Potemkine Films

Auteur de la critique : Mikaël Yung

Power : Saison 1- Critique de la série

Power, une série sexe, drogue et péripatéticiennes

Synopsis : Propriétaire d’un night-club new-yorkais très populaire, James « Ghost » St. Patrick entend développer son empire. Seulement sa double-vie à la tête d’un des réseaux de drogue les plus importants de la ville pourrait devenir un handicap. Vouloir mettre un terme à sa carrière de criminel risque de mettre en danger son mariage, sa famille et ses affaires. 

James St. Patrick dit « Ghost » (Omari Hardwick) est à la tête d’un réseau de drogue avec son complice de toujours, Tommy Egan (Joseph Sikora). Mais le temps est venu de quitter la rue, en ouvrant un night-club, qui lui servira à blanchir son argent et devenir un honnête citoyen, riche et puissant. Mais on ne quitte pas la rue si facilement, ni on enterre son passé sous les liasses de billets verts qui s’entassent dans son coffre. Encore plus, quand l’amour de son enfance, Angela Valdes (Lela Loren) refait surface dans sa vie, mettant son mariage avec Tasha St. Patrick (Naturi Naughton) en péril. Tout comme une mystérieuse tueuse, qui se met à éliminer les membres de son réseau. Son empire vacille, son cœur aussi. Il va devoir faire face à ses ennemis, tout en gérant son night-club.

La chaîne Starz est capable du pire : Spartacus & Black Sails, comme du meilleur : Boss & Party Down. Power se situe plutôt du mauvais côté, tout en essayant de pencher du bon côté. Une série pleine de paradoxes, mais qui peut se résumer facilement, en un long clip hip-hop, qui ravira les amateurs de bling-bling.

Curtis Jackson dit « 50 cent », produit cette série, qui est à l’image de son rap et de ses clips, de la forme, sans fond. Pourtant, il s’est associé avec Courtney Kemp Agboh, qui est aussi le showrunner. On lui doit : The Bernie Mac Show & The Good Wife, mais aussi : The Beauty and The Beast & Hawaï 5-0. Comme la chaîne Starz, elle est capable du pire, comme du meilleur. L’association de la chaîne et de ces deux producteurs, sonnent comme une évidence. Ils ne pouvaient que se retrouver, tant leurs univers sont proches.

Après la diffusion du pilote, les médias US ont comparé la série aux Sopranos, c’est très exagéré. Omari Hardwick a beau être sympathique, mais il n’a ni la carrure, ni le charisme de James Gandolfini. Tout comme l’écriture et le casting, est très loin de l’exigence de ce classique de HBO.

Mais le personnage de James St. Patrick, fait penser à Stringer Bell. Bien sur, on est aussi très loin du talentueux Idris Elba et de l’excellence de The Wire. C’est dans le parcours de celui-ci, que les deux personnages se rejoignent. James St. Patrick réussissant, ce que Stringer Bell voulait faire. Quitter la rue et son rôle de caïd, pour celui de riche propriétaire, se mêlant aux puissants politiciens et magnats de sa ville. On peut considérer James St. Patrick, comme le fils de Stringer Bell, celui qui a su réussir, là ou son père a échoué.

Sauf que la série n’a pas l’exigence de son aînée. Les différents personnages, comme les trames sont très simples. On est pas là pour réfléchir, mais pour admirer les courbes somptueuses de Naturi Naughton, Lela Loren et Lucy Walters, qui se dénudent à chaque épisode et pas qu’une fois. On pourra d’ailleurs noter, qu’elles sont exhibitionnistes, tout comme leurs partenaires Omari Hardwick et Joseph Sikora, puisqu’ils passent leurs temps à s’envoyer en l’air, en plein jour, avec les volets et rideaux ouverts. Les voyeurs des bâtiments alentours, ont du se régaler. C’est peut-être un détail, mais cela arrive si souvent, que cela en devient agaçant. Certes, cela ravit l’œil, mais cela n’apporte rien aux intrigues, cela confirme la superficialité de l’ensemble, encore plus dans cet univers fait de luxure, de drogues et de péripatéticiennes.

En dehors de la prestation correcte d’Omari Hardwick, le reste du casting n’est pas très enthousiasmant. Joseph Sikora est une sorte d’Eminem croisé avec Macklemore, ce qui lui vaudra une vanne durant un épisode, sûrement le seul moment drôle de la série. Mais en dehors de cela, il est assez fade, bien loin de ses prestations dans Banshee et True Detective. Le manque de profondeur psychologique et la simplicité des dialogues, n’aident pas vraiment à rendre les personnages attachants.

Naturi Naughton ne vaut que pour sa plastique, qu’elle montrait déjà en long et en large dans le biopic sur Notorious Big. Elle est totalement improbable en mère de famille, plus convaincante en allumeuse vénale. Lela Loren, est un peu plus intéressante. Certes, elle use aussi de sa plastique, mais offre un peu plus d’émotions que sa rivale. Après, ce n’était pas trop difficile, vu que la première ne montre rien (sauf ses courbes, je le rappelle). Lucy Walters est au niveau de Naturi Naughton, pas besoin d’en dire plus. Un trio sexy mais qui tourne à vide. Curtis Jackson ne sait pas oublier. Il a un petit rôle, mais qui a son importance. Le générique en noir et blanc, mélange luxe et violence, sur un de ses sons.

Au final, Power a le mérite de ne pas se prendre pour ce qu’il n’est pas, et d’être une simple série divertissante. La réalisation est impeccable et le final, même s’il a ses défauts, donne envie de voir la seconde saison. En cette période estivale bien calme, elle se démarque. Pas pour ses qualités, mais pour sa simplicité, aussi rafraîchissante, qu’un pepsi frais sous un parasol, sur la plage, les doigts de pied en éventail et l’esprit vide.

Fiche technique : Power

USA – 2014
Showrunner et créatrice : Courtney Kemp Agboh
Réalisateurs : Anthony M. Hemingway, George Tillman Jr, John David Coles et Kari Skogland
Scénaristes : Courtney Kemp Agboh, Lauren Schmidt, Randy Huggins, Raphael Jackson Jr et Damione Macedon
Distribution : Omari Hardwick, Lela Loren, Naturi Naughton, Joseph Sikora, Curtis Jackson, Lucy Walters, Adam Huss, Andy Bean, Luis Antonio Ramos, Sinqua Walls, Vinicus Machado, Leslie Lopez, Greg Serano
Producteurs : Curtis Jackson, Courtney Kemp Agboh, Dadid Knoller, Mark Canton et Randall Emmett
Production : CBS Television
Chaîne de diffusion : Starz
Saison 1 – 8 épisodes de 58 minutes

Auteur : Laurent Wu

Hasta Mañana : Critique du film

Critique Hasta Mañana

Synopsis : Orphelin depuis son jeune âge, Léo grandit au foyer des Cigales. Fragile, il s’est réfugié dans l’écriture et rêve d’être lu par son idole de toujours, le réalisateur Claude Lelouch. Il passe ses journées avec Nino, jeune adolescent de 12 ans qui réside lui aussi au foyer. Ils sont inséparables, comme deux frères. Mais un jour Nino disparaît avec la nouvelle que Léo vient de terminer. Il n’a laissé qu’un mot expliquant les raisons de sa fugue : trouver Claude Lelouch et lui apporter l’histoire… Au fil de son périple, Nino envoie des lettres à Léo, lui contant l’évolution de son aventure. Mais Léo commence à se douter que les raisons de la fugue de son ami, sont d’une autre nature…

Le cinéma n’est pas une question d’argent

Olivier Vidal et Sebastien Maggiani sont deux réalisateurs résidant à Montpellier, le dernier venant tout juste d’obtenir son bac. Cependant, il débute le cinéma à 13 ans pour son premier court métrage sur la maladie de Cutis laxa, une maladie de vieillissement de la peau précoce. Faisant déjà preuve d’une maturité incroyable, il continue sur sa lancée et commence à coréaliser des films avec Olivier Vidal, un réalisateur tout aussi talentueux qui a commencé en 2002 avec Au loin…l’horizon, avec le regretté Mouss Diouf. En 2012, commence le projet Hasta Manana, produit par SoFilms Indépendants, en partie sous forme de kickstarting (financement libre), et s’offrant de surprenants guests.

Dans ce premier long métrage, les réalisateurs nous proposent une histoire dans un foyer pour enfants. L’un d’entre eux Léo, un véritable cinéphile, écrit chaque jour une nouvelle. Il possède notamment des posters de nombreux films de Claude Lelouch, son idole, comme Les uns et les autres et Le voyou mais aussi des posters de 2001 de Kubrick, Léon de Besson ou encore Pierrot le fou de Jean-Luc Godard. Son ami, Nino, avec lequel il est inséparable, s’éprend de liberté et décide d’apporter sa nouvelle à Claude Lelouch.

Ce premier film agit comme une véritable révélation, que ce soit pour les auteurs comme pour les acteurs. La mise en scène est d’une grande maturité et permet une immersion totale dans ce groupe d’adolescents aussi fragiles que courageux. Même si cette réalisation souffre de certains aspects répétitifs avec un style caméra à l’épaule mal exploité, on ne boudera pas notre plaisir. Ainsi, nous ne pouvons que féliciter ces jeunes réalisateurs talentueux, qui vont évidemment émerger et à qui nous souhaitons le meilleur.

La distribution est d’ailleurs très prometteuse pour les jeunes adolescents, surtout les matures et professionnels Amir Ben Abdelmoumen et Antoine Gautron, jouant respectivement Nino et Léo, les deux amis inséparables. Nous avons aussi des révélations, comme Delphine Depardieu (la nièce de Gérard) et Alysson Paradis, la sœur de Vanessa Paradis, ainsi que des guests apparaissant lors de caméos bien conçus, tels que Jean Pierre Castaldi en aveugle (très drôle), et Claude Lelouch.

Nous avons également ici un scénario très émouvant où nous nous identifions de manière immédiate. L’histoire des personnages est sincère et touchante, tout autant que le film en général. L’émotion se construit de manière très fluide, dans un récit bien construit. Nous pouvons enfin croire à nouveau au cinéma français, car ce film apporte la fraîcheur dont nous avons tous besoin. Cet aspect à la fois primeur et candide apporte la justesse qu’il faut quand cela semble nécessaire. Grâce à cela, le film touche énormément.

J’ai eu la chance de pouvoir connaître les deux réalisateurs, d’espérer prochainement m’inscrire à la SoFilms Team et de voir le film à leur côté. Ces derniers m’ont raconté les secrets du tournage, la formation du budget et la genèse du projet. De plus, nous avons réussi à convaincre certains passants d’aller voir le film et cela à payer. Les réalisateurs étaient très heureux et moi de même ! Une des mes meilleures expériences cinéma…

Les deux réalisateurs ont réussi à superbement retranscrire des thèmes poussés et travaillés. Nous pouvons reconnaître ainsi le thème de l’amitié, cher aux réalisateurs, l’amitié qui fait grandir, (nous le voyons de belles manière grâce à l’inséparabilité des deux amis quasi fraternels et interdépendants) mais aussi la liberté, d’expression, de mouvement, appréhendées comme essentiel. Et bien évidemment, nous avons l’enfance, surtout l’enfance difficile. Sublimés par l’interprétation des acteurs, cette expérience cinématographique est forte. Le spectateur a droit à une très belle réflexion sur l’enfance, qui peut être la sienne ; nous devons être libres et forts. De ce message parfaitement retranscrit à l’écran, découle toute la beauté du film.

Au final, Hasta Mañana révèle la toute nouvelle fraîcheur du cinéma français avec des acteurs talentueux, en devenir, et des réalisateurs tout aussi talentueux et émergents. Tout ce talent est mis à disposition pour un film sincère et touchant, au thème intelligent et à la réalisation certes parfois bancale, mais largement perfectible. Donc bravo à ce beau travail pour leur tout premier film, que nous vous recommandons vivement.

Fiche technique – Hasta Mañana :

France – 2013
Réalisation: Olivier Vidal, Sébastien Maggiani
Scénario: Olivier Vidal, Sébastien Maggiani
Interprétation: Amir Ben Abdelmoumen (Nino), Antoine Gautron (Léo), Samuel Bousbib (Rodolphe), Mehdi Nebbou (David), Delphine Depardieu (la psychologue), Jean-Christophe Bouvet (le directeur), Xavier Inbona (Tom), Hassane Gassama (Mehdi), Juliette Battancourt (Laura), Grégoire Duez (Quentin)…
Date de sortie: 30 juillet 2014
Durée: 1h22
Genre: Comédie dramatique
Image: Fabrice Richard
Décor: Sébastien Inizan
Costume: Janie Loriault
Son: Stéphane Gessat
Montage: Dominique Petrot
Musique: Sébastien Cortella, Benjamin Raffaelli
Producteur: Alain Depardieu
Production: Adhésive Production
Distributeur: Zelig Films Distribution
Auteur de la critique : Louis Verdoux

Vikings : Saisons 1-2 – Critique Série

Vikings : une série âpre, violente, spectaculaire et purement jouissive

Synopsis: Scandinavie, fin du 8ème siècle. Ragnar Lothbrock, un guerrier viking, est avide de nouvelles conquêtes. Il se met en tête d’explorer l’Ouest par la mer et devient l’instigateur des premiers raids vikings sur les royaumes chrétiens, changeant le destin des deux peuples à jamais. Entre les conflits internes et les conquêtes, Ragnar triomphe de ses ennemis et gagne en notoriété. 

Voyage en terres du nord

Ragnar Lothbrock est un chef de clan. Contre l’avis de celui à qui il doit allégeance, il décide de piller les terres mythiques de l’ouest, à l’existence incertaine, où il y aurait dit-on plein de trésors, sauf que personne n’a encore pu y aller. A l’origine de cette folle ambition, une méthode de navigation révolutionnaire. Avec le soutien de son frère Rollo, il parvient à rallier suffisamment de monde pour mettre les voiles, et sa mission s’avère un succès. Ils reviennent avec de nombreuses richesses, la promesse de vastes terres peu défendues, et des esclaves capturés chez des moines. Parmi eux, Athelstan, que Ragnar choisit comme esclave pour sa demeure. Athelstan découvre avec un mélange d’admiration et d’effroi cet autre monde. Il faut dire qu’entre le moine chrétien et les vikings, c’est un vrai choc des cultures. Le moine doute de sa foi mais sans totalement adhérer à celle des hommes du nord, tandis que Ragnar se montre intéressé par la sienne. Le personnage ouvre ainsi une réflexion sur la religion, de l’intérêt de dépasser les limites de ses propres croyances pour s’ouvrir à d’autres horizons.

Mais la soudaine popularité de Ragnar et ses agissements lui attirent la jalousie et l’inquiétude des hommes plus puissants. Une jalousie qui se retrouve même parmi les siens, comme Rollo qui supporte mal de voir son jeune frère lui voler la gloire. Et tandis que Ragnar doit gérer des conflits internes, les rois d’Angleterre commencent à organiser la défense contre ces barbares païens.

Valhalla Knights

Précisons que réaliser un film ou une série sur les vikings est une tâche rendue difficile par le peu d’informations disponibles sur ce peuple qui pourtant fascine. Ces informations proviennent majoritairement des chrétiens qui en ont répandu une image de barbares sanguinaires ne craignant pas la peur, déferlant sur leurs côtes pour tout ravager. On découvre dans la série l’organisation de ce peuple, les jugements publics, les affaires de meurtres, les règles du pouvoir. Et pour ceux que ça rebute, point de débauche de sexe ou de violence ici comme la plupart des séries historiques, qui ont parfois tendance à en abuser un peu.

Oui les vikings ont des mœurs qui peuvent choquer, mais il faut prendre en compte qu’il s’agit d’une autre culture, et que cela n’en fait pas des monstres pour autant comme on peut le découvrir. Sans avoir les mœurs débridés des romains, les vikings forment des couples solides mais peuvent à l’occasion admettre d’autres partenaires. Ragnar est un bon père de famille, et il peut compter sur l’amitié d’autres personnes. Pourtant, comme ses frères d’arme, il tue sans pitié les habitants des terres qu’il pille, y compris des hommes ou des femmes sans défense, et peut se montrer à l’occasion d’une effroyable cruauté. Une ambiguïté qui concourt à rendre le personnage très charismatique. Mais il n’est pas le seul. Floki, l’adorateur des dieux, guerrier et charpentier à la fois, et à la folie délicieusement attachante. Et surtout Lagherta, femme guerrière diablement classe et sexy, qui séduira plus d’un mâle.

Vikings est une série qui donne une furieuse envie de voyager vers les contrées nordiques, ces falaises et ces eaux entourées de brume. L’image est soignée, et n’hésite pas à ajouter une légère touche de fantastique lors de l’évocation des mythes vikings, les morts qui sont appelés en direction du Valhala ou encore les monstres qui se réveillent lors du Ragnarok. Les cérémonies rituelles sont empreintes d’un fort mysticisme, à l’image des sacrifices, animaux mais aussi humain. Rites que l’on regarde, comme Athelstan, à la fois choqué et captivé. « Vikings » ce sont aussi les fameux drakkars qui fusent vers les terres avant de redresser leurs rames. Ce sont aussi des affrontements, plus stratégiques qu’on ne pourrait le penser, où les guerriers se retranchent derrière leurs boucliers face aux haches ennemies avant de profiter d’une ouverture et de laisser la place à toute leur fureur.

La saison 2 s’avère nettement de meilleure qualité que la première, qui si elle posait les bases, souffrait de quelques imperfections : une intrigue parfois décousue, des dénouements qui se font attendre, un traitement parfois trop soft et une culture qui, malgré les efforts mis en œuvre, peinait à vraiment fasciner, surtout en comparaison de Rome, la série référence, qui offrait d’avantage de détails. Dans la seconde saison donc, c’est comme si les créateurs avaient décidé de gommer tous les défauts et d’amplifier les points forts, offrant un spectacle épique et grandiose. Les combats ont gagné en intensité, la barbarie fusant de chaque camp, mais sans verser dans la boucherie gratuite. Les rites vikings apparaissent encore d’avantage empreints de mysticisme, accompagnée par des chants celtiques. Les paysages sont encore plus magnifiques, champs enveloppés de brumes ou fjords silencieux. Les personnages ont également gagné en intérêt : Rollo offre un nouveau visage, Athelstan est de plus en plus divisé, et le nouveau roi d’Angleterre qui affronte les vikings est bien plus captivant que le précédent. Cultivé et intelligent, il ouvre le dialogue avec Ragnar. Une alliance a pu se former, pour quel avenir ?

« Vikings » est devenue une série incontournable, et si la qualité se maintient, mais il n’y a pas de raisons que cela se passe autrement, la série sera promise à un beau succès. Et nul doute qu’elle a d’ores et déjà gagné sa place au Valhalla.

Fiche Technique – Vikings

Production: Pays d’origine : Canada, Irlande
Langue originale : anglais
Création : Michael Hirst
Réalisation : Ciaran Donnelly, Ken Girotti et Johan Renck
Scénario : Michael Hirst
Casting : Travis Fimmel : Ragnar Lothbrok, Clive Standen : Rollo Lothbrok, le frère de Ragnar,
Katheryn Winnick: Lagertha Lothbrok, la femme de Ragnar,
Jessalyn Gilsig : Siggy Haraldson, l’épouse du comte Haraldson
Gustaf Skarsgård : Floki, le constructeur de drakkar et ami de Ragnar
George Blagden : Athelstan, moine anglo-saxon capturé par Ragnar lors de son premier raid en Angleterre, Donal Logue : le roi Horik, Alexander Ludwig : Bjorn, le fils de Ragnar,
Alyssa Sutherland : la princesse Aslaug, Linus Roache : le roi Ecbert, Maude Hirst : Helga, l’épouse de Floki, Thorbjørn Harr : le jarl Borg, John Kavanagh : le voyant, Jefferson Hall : Torstein
Genre : Drame historique, action
Durée : 42 minutes
Production: Keith Thompson, Steve Wakefield; Bill Goddard (coproduction) ; Justin Pollard (associé)
Sociétés de production: Irish Film Board, Take 5 Productions et World 2000 Entertainment
Sociétés de distribution: Shaw Media (Canada), History (États-Unis), World 2000 Entertainment (Irlande)

•••Bonus: Voici un extrait de la Saison 3, le Viking Ragnar (Travis Fimmel que l’on retrouvera bientôt dans le film Warcraft) est de retour pour un 3eme acte en 2015 sur la chaîne américaine History…

Encore plus sombre, encore plus sanglant, découvrez le premier trailer, dévoilé lors du dernier Comic Con.

Ecoutez la B.O envoûtante…If I Had a Heart : générique d’ouverture de la série TV 2013 …

Auteur de la critique: William

 

Divergente – Critique du film

Critique de Divergente de Neil Burger

Synopsis : Béatrice est une jeune fille de 16 ans. Dans un Chicagopost-apocalyptique où la société est divisée en cinq factions, celle-ci doit choisir son camp entre les Sincères (les honnêtes), les Érudits (les intelligents), les Fraternels (les pacifistes), les Audacieux (les courageux) et les Altruistes (les désintéressés). Après avoir passé le test, il s’avère que, cas rarissime, celui-ci n’est pas concluant car elle présente des aptitudes envers trois des cinq factions (Érudits, Audacieux et Altruistes). Elle est Divergente et doit à tout prix le cacher. Native des Altruistes, elle choisit pourtant de rejoindre les Audacieux, une faction qui pourrait être dangereuse pour elle… 

 Le Gattaca du pauvre 

L’art de piller un héritage 

Divergente rime avec indigente, tant cette histoire d’anticipation qui mange sans vergogne à tous les râteliers du genre, semble avoir été calibrée pour permettre à des adolescents de jouer aux philosophes à peu de frais. Prenez une ville (américaine forcément…), installez-là dans un futur post-apocalyptique et reproduisez-y jusqu’à l’écœurement tous ce que vous avez vu ou entendu sur le sujet résultat : Divergente manque d’inspiration et accouche d’un amas indigeste de références qui ne respectent même pas les œuvres qu’il pille.

Bienvenue À Chicago 

Nous sommes donc à Chicago, dans un futur plus ou moins lointain, la ville est encerclée de murs de protection car au-delà, il y a des méchants. On ne saura jamais ce qu’ils sont, juste qu’ils sont méchants. En ville, la société est divisée en cinq castes basées sur des traits de caractères et sensées apporter un équilibre pacifique à la population. Chaque jeune arrive donc un jour à devoir choisir, lors d’une grande cérémonie, la caste dans laquelle il souhaite vivre, sans retour en arrière possible. Parmi eux il y a Béatrice, qui ne sait pas quel choix faire, car elle est divergente et possède donc un « don » pour plusieurs castes. Sauf que les divergents font peur à la caste des « intellos » qui y voient une menace à leur future prise de pouvoir.

Vamos a la plagiat ! 

Dans ce simple synopsis, on constate que ce film plagie déjà lâchement l’héritage d’illustres prédécesseurs. Passons très vite sur la cérémonie du choix, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la formation des quatre maisons dans Harry Potter, c’en est désolant. On se demande si le système des castes indiennes n’y a pas aussi mis son grain de sel, avec l’interdiction de s’aborder entre castes et l’impossibilité d’en changer. On y retrouve aussi Le Village de M. Night Shyamalan, avec cet extérieur à la ville qui se veut menaçant sans qu’on sache vraiment pourquoi, Shyamalan qui n’avait lui-même rien inventé. Mais finalement, c’est bien envers les plus illustres films du genre que Divergente est le moins respectueux, par son absence de profondeur, de réflexion sur l’avenir et par des facilités de narration qui parviennent même à faire sourire. On pense à Bienvenue À Gattaca, qui déjà traitait du déterminisme social, fondé sur des traits de caractères innés, dans une société dictatoriale.

Une histoire de grosses…ficelles 

C’est maladroit la plupart du temps, de cette maladresse adolescente qui serait presque amusante si elle n’était pas si souvent insultante. Ici, elle prend l’apparence de la caste des « audacieux », sensés être la police de la ville, mais qui sont en fait une bande de jeunes abrutis yamakazis, qui courent sans cesse en riant comme des imbéciles heureux et grimpent sur tout mobilier urbain qui se présente à eux. L’histoire d’amour est, elle, amenée à coups de pelle genre : Tris grimpe à une échelle, un barreau casse et son futur chéri n’a que le réflexe de lui mettre les mains aux fesses pour l’empêcher de tomber, c’est plein de finesse et de bon goût. Neil Burger enfile pendant 139 minutes des perles et des ficelles si grosses qu’elles auraient suffit à empêcher le Costa Concordia de sombrer.

Casting d’ados, par des ados, pour des ados 

Le casting est peut-être un peu moins mauvais, peut-être… Shailene Woodley est jolie comme un cœur mais, après un film comme The Spectacular Now, on espérait mieux de sa part et surtout de ne pas se laisser enfermer dans les films pour ados. Du casting de ce précédent film, on retrouve aussi Miles Teller, pas mal du tout en petit con de service, ce garçon se prépare une belle carrière s’il fait de meilleurs choix. Theo James est là pour jouer les beaux gosses et il faut admettre qu’il le fait bien. Mais par contre, Kate Winslet, qu’est-ce qu’elle fait là ?! Si elle est là d’ailleurs, tant elle semble ne rien avoir à faire de son rôle; qu’une actrice de cet acabit puisse cachetonner à ce point dépasse l’entendement, ou alors on lui aura fait croire que Sophia Coppola était à la réalisation ! Ajoutez une bande qui n’a d’originale que le nom, bourrée de morceaux pop d’ascenseur pour adolescents aux goûts musicaux dignes des toilettes de l’A7, un jour de départ en vacances et vous aurez le film de l’année à avoir le mieux ignoré son potentiel, comme Roxanne le fit avec Cyrano.

Les jeunes n’aiment rien en Burger ! 

Bref, ce film ne peut s’apprécier qu’en ayant jamais vu Dark City, Bienvenue À Gattaca, Zardoz ou encore Soleil Vert, films qui proposaient de profondes réflexions sur la dictature mondiale qui serait en marche, sur ceux qui seront nos nouveaux dieux et sur les déviances qui sont les nôtres aujourd’hui. Au lieu de ça, Neil Burger prend les jeunes d’aujourd’hui pour d’incultes imbéciles, qui ne pourraient apprécier un film sans une potentielle scène de sexe. Neil Burger se plante et démontre qu’il est probablement lui-même cet inculte à qui il pense s’adresser, puisque son seul Dieu est ce dollar qu’il espérait se mettre en poche avec les entrées en salle de son film.

Divergente – Fiche Technique

U.S.A. – 2014
Réalisation : Neil Burger
Scénario : Evan Daugherty et Vanessa Taylor
Casting : Shailene Woodley (Beatrice Prior/Tris), Theo James (Tobias Eaton/Quatre), Kate Winslet (Jeanine Matthews), Ashley Judd (Natalie Prior), Miles Teller (Peter), Jai Courtney (Eric)
Distributeur : Summit Entertainment
Date de sortie : 9 avril 2014
Durée : 2h19
Genre : Science-fiction
Décors : Patrick M. Sullivan Jr.
Costumes : Carlo Poggioli
Montage : Richard Francis-Bruce et Nancy Richardson
Musique : Junkie XL
Production : Lucy Fisher et Douglas Wick
Société de production : Red Wagon Entertainment

Auteur de la critique: Freddy M.