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Passeport pour Pimlico, un film de Henry Cornelius : Critique

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Les sorties du mercredi sont généralement synonymes des nouveautés cinéma. Pourtant, il arrive que certains distributeurs décident de ressortir certains titres anciens et d’en faire des reprises dans quelques salles françaises. C’est le cas de Passeport pour Pimlico à l’affiche cette semaine.

Issu du mythique studio Ealing, sa ressortie en salles est une volonté du français Tamasa Distribution qui a décidé de sortir en catimini quelques longs métrages issus de l’Age d’Or de la comédie britannique des années 1940 et 1950. Intitulée « My British Comédies – Alec Guinness & Friends », cette rétrospective met en avant des comédies légères mais cyniques qui dépeignent la société britannique et ses concitoyens dans une approche pleinement satirique. Présenté à Cannes en 1949, le film est une vraie réflexion sur l’identité nationale au sortir d’une guerre qui n’a fait qu’interroger les peuples sur leurs convictions politiques. Dans un Londres où la réglementation est devenue très stricte, et après quelques recherches archéologiques accidentelles, des habitants d’un quartier de Londres se rendent compte qu’ils sont en fait rattachés à une province française, la Bourgogne. Saisissant l’opportunité historique de se montrer indépendant, les habitants vont se rendre compte de la difficulté de se soulever contre l’Etat. Et c’est le point de départ d’un formidable et amusant brûlot politique.

Anarchy in the UK

A la tête de ce projet, on trouve un certain Henry Cornelius dans ce qui est son premier long-métrage. Né en Afrique du Sud mais également d’origine allemande, Cornelius trouva dans l’Allemagne de l’entre-deux guerre un formidable terrain d’expérience où il apprit l’art de la direction auprès de Max Reihnardt, un célèbre metteur en scène de théâtre autrichien. Cet apprentissage allemand lui aura permis de faire ses mains d’armes sur quelques pièces de théâtre mais il écourte son séjour pour s’exiler en France lorsqu’Hitler arrive au pouvoir. Il étudiera à la Sorbonne et aura même l’opportunité de travailler avec René Clair. Son arrivée à Londres à la fin de la guerre va l’amener à travailler sur du montage de longs-métrages, dont celui d’un réalisateur notable, Le lion a des ailes de Michael Powell. Il fût à l’origine de l’édition finale de cinq films et sera même producteur à trois reprises. Il s’engage dans un projet monté par les studios Ealing qui souhaite se diversifier après la célèbre anthologie horrifique Dead of Night ou de très nombreuses incursions dans le documentaire de guerre réaliste. Scénarisé par un ancien journaliste et auteur de nombreux romans, Thomas Ernest Bennett Clarke (T.E.B. Clarke) imagine Passeport pour Pimlico en se démarquant du tout-venant par un style qui croise un humour fin et un sens de l’observation rigoureux sur les classes populaires et les conséquences d’une guerre dont le traumatisme sera sans fin. C’est par hasard qu’après une discussion avec Henry Cornelius lui narrant un fait divers sur un homme condamné au nom d’une loi médiévale jamais abrogée que T.E.B. Clarke achève le scénario du film. Ce même hasard voudra que Henry Cornelius soit à la charge de la réalisation du projet. Comme si la légende s’était écrite d’elle-même.

Ce qu’il faut retenir de ce Passeport pour Pimlico et qui est la principale raison de sa reprise au cinéma par Tamasa Distribution, c’est que ce film est une comédie tout ce qu’il y a de plus sympathique et légère. Avec un vrai sens de la narration et des dialogues qui visent juste, Passeport pour Pimlico est une comédie satirique qui offre un regard sur l’absurdité politique qui peut régir même les démocraties les plus modernes. On ne rit pas à gorge déployée dans ce film mais on s’amuse de la situation dans laquelle s’embourbe ce petit quartier londonien, exaspéré des rationnements, du couvre-feu et d’interdiction en tout genre. C’est cette touche d’humour typique de la Grande Bretagne qui ajoute un charme indéniable à ce film que l’on regarde avec un sourire en coin et un œil malicieux. Il n’y a pas de recherche constante du gag, même si quelques figures de répétitions sont présentes, mais il règne comme une ambiance chaleureuse et conviviale dans ce petit quartier où tout le monde se connaît qui contrebalance avec un contexte social réaliste à la limite de l’oppression. Malgré les difficultés devant lesquels doivent faire face les habitants du quartier, il y a toujours cette bonne humeur insouciante qui peut tranquillement se dérouler jusqu’à la prévisible réconciliation nationale.

Pour autant, derrière ses allures de comédie absurde, Passeport pour Pimlico s’avère particulièrement dissipé et voir un tel film qui revendique avec autant de fierté cette prise de conscience cette volonté d’indépendance par le peuple au sein-même d’un pays royaliste mais démocratique, c’est plutôt osé. Il s’agira au final d’une caractéristique récurrente des comédies Ealing qui mettront en avant ces aspirations de l’air du temps et cette sensation d’affranchissement de la société. Pour ceux qui douteraient de la crédibilité d’une telle situation, il faut savoir que ce sont des faits réels de la seconde guerre mondiale qui ont également inspiré T.E.B. Clarke. En effet, la Hollande occupée par les nazis, la famille royale fut contrainte de s’exiler au Canada. La future Reine Juliette y donna naissance à la princesse Margriet, à la maternité de l’Hôpital Civique d’Ottawa. La localité fut donc déclarée extraterritoriale, afin que la jeune héritière ne perde pas son droit à trône. T.E.B. Clarke a simplement adapté ce récit incroyable dans une Angleterre qui aurait vu une parcelle de son territoire appartenir à la France. Dans ce sens, l’arrivée du québécois Paul Dupuis est assez savoureuse, représentant avec tout le charme et l’élégance l’image qu’à le Royaume Uni de la France.

Au-sein même de ce film, il faut reconnaître qu’hormis son scénario d’une certaine audace, Passeport pour Pimlico ne brille pas particulièrement pas l’audace de sa mise en scène. Classique jusqu’au-boutiste, l’image du film n’est pas l’élément primordial et c’est davantage le récit qui a finalement intéressé les gens, ce que les studios savaient très bien. Il se dit même que la mise en scène du film fût une opération très collective, chacun des membres de l’équipe technique contribuant avec plus ou moins de fermeté dans ce qui fût une véritable « affaire de famille ». Pour l’anecdote, Henry Cornelius quittera les studios Ealing en bons termes pour partir produire ses films de manière pleinement indépendante. D’une courte durée, Passeport pour Pimlico ne s’essouffle jamais vraiment grâce à l’enchaînement de petites scénettes des avantages et des inconvénients d’être une nouvelle nation tandis que tous les personnages avec leurs qualités et défauts personnels apportent une vraie chaleur humaine au film.

Très bonne initiative donc de Tamasa Distribution que de proposer cette rétrospective des comédies des Studio Ealing et particulièrement de ce Passeport pour Pimlico. Pas dénué de défaut, Henry Cornelius réalise un premier long métrage fort sympathique, plutôt inventive et délicieusement porté par une troupe de comédiens enjoués. Ajouté à cela une réflexion sur nos sociétés démocratiques d’après-guerre et vous obtenez ce récit audacieux qui aurait mérité un traitement plus approfondi mais qui se regarde assurément sans déplaisir. Il serait fort dommage de bouder ce plaisir « so british ».

Synopsis: A Pimlico, un quartier de Londres, l’explosion d’une bombe, dernier vestige de la guerre, met à jour un trésor du XVe siècle ainsi qu’un édit royal certifiant que Pimlico est la propriété des ducs de Bourgogne. Aucun décret n’ayant annulé depuis cet héritage, les habitants décident de proclamer leur indépendance à l’égard du Royaume-Uni.

Passeport pour Pimlico : extrait

Fiche Technique : Passeport pour Pimlico

Titre originale: Passport to Pimlico
Royaume-Uni
Réalisation: Henry Cornelius
Scénario: T.E.B. Clarke
Interprétation : Stanley Holloway (Arthur Pemberton), Betty Warren (Connie Pemberton), Barbara Murray (Shirley Pemberton), Paul Dupuis (Duke of Burgundy), John Slater (Frank Huggins), Jane Hylton (Molly)
Genre: Comédie
Durée: 94min
Image: Lionel Banes
Décor: Roy Oxley
Costume: Anthony Mendleson
Montage: Michael Truman
Son : Georges Auric
Producteur: Michael Balcon & E.V.H. Emmett
Production: Ealing Studios & J. Arthur Rank Films
Distributeur: Tamasa Distribution
Budget : /
Festival: Nominé à l’Oscar du Meilleur Scénario en 1950 et au BAFTA du Meilleur Film Britannique en 1950

Nightwing: The Series – Episode 1 [Deathstroke]

Découvrez la nouvelle Websérie épique – Nightwing: The Series

Créée par Ismahawk, la série suit l’histoire de l’ancien acolyte de Batman, Dick Grayson alias Robin. Dick quitte son mentor et Gotham pour aller vivre dans la ville de Bludhaven. Après une année, Dick adopte l’identité de Nightwing, là il affronte les criminels habituels. Mais bientôt il se rend compte qu’un assassin mystérieux et dangereux connu sous le nom Deathstroke, ce super-soldat a commencé à prendre pour cibles plusieurs citoyens. Un nouveau combat s’annonce pour celui qui a été l’ami de Batman, peut-il défendre son nouveau foyer et la vie de ses habitants du chaos ? Pourra t il contrer les attaques d’un guerrier de cette envergure, le plus dangereux des Supers Vilains jamais rencontrés ? Seul le temps le dira…

Le premier épisode intitulé Nightwing: The Series – Episode 1 [Deathstroke] dure moins de huit minutes et pour un produit Youtube, la qualité est là, l’affrontement entre Nightwing et le super méchant Deathstroke se déroule en 5 parties.

Vous pouvez vous abonner à leur page YouTube et voir de nouveaux épisodes, le prochain sera disponible à partir du 6 Octobre.

Get on Up, un film de Tate Taylor – Critique

Synopsis : Vous le connaissez sous de nombreux pseudonymes: «Monsieur dynamite», «Le parrain de la soul», «Le travailleur le plus acharné du show business». Préparez-vous à découvrir l’homme derrière la légende.

La puissance du funk

Après le succès rencontré avec La Couleur des Sentiments, son second long-métrage en tant que réalisateur, Tate Taylor s’attaque ici à un projet autrement plus délicat à mettre en place, un biopic sur l’un des plus grands artistes du vingtième siècle, le Parrain de la Soul, James Brown en personne. Quitte à parler d’un musicien, autant parler de celui qui deviendra l’une des plus grandes influences des artistes passés ou présents, de Michael Jackson à Eminem, par exemple. C’est d’ailleurs après avoir produit 8 Miles, autre film de genre centré sur ce dernier, que le producteur Brian Grazer eut l’idée de lancer le projet.

Un dieu parmi les hommes

Il faut dire que l’absence d’un film autour de la vie de James Brown est assez inexplicable, surtout quand on sait que des artistes comme Curtis « 50 Cent » Jackson y ont eu droit. L’oubli se devait d’être réparé, et il l’est avec la manière. On le sait, dans les biopics, tout se joue souvent sur l’acteur principal. Jamie Foxx peut en témoigner, lui qui avait gagné un oscar pour son interprétation d’une autre légende de la musique, Ray Charles. Et, avec Chadwick Boseman, Taylor a décroché le gros lot. Si on peut lui reprocher de cabotiner à tout va, cela colle tout de même parfaitement au personnage, à ses excès et à sa présence magnétique.

Le réalisateur ne s’y trompe pas, et met son comédien au centre de l’écran. Après tout, Get on Up est un film sur James Brown. Du coup, ce dernier se retrouve de tous les plans ou presque, la réalisation tournant autour de son personnage. La prestation de Boseman, qui se retrouve de toutes les scènes pendant près de deux heures, en est d’autant plus impressionnante. C’est d’ailleurs lors des scènes de concerts que son charisme et son jeu de scène sont le mieux mis en valeur. Impossible de ne pas se trémousser sur son siège face à l’énergie émanant de ces séquences.

Traverser l’Histoire à travers la musique

La volonté de Taylor, annoncée dans son titre Une Épopée Américaine, est de faire de Brown un témoin de son époque, lui qui a traversé sept décennies, depuis la ségrégation jusqu’au vingtième siècle en passant par les années 60, le Viet-Nâm et Martin Luther King. Malheureusement, cette idée reste seulement effleurée par moments, sans vraiment être développée. On se retrouve finalement avec un scénario classique, bâti autour de flashbacks et forwards mettant en scène les moments-clés de la vie de James Brown, de son enfance misérable en Géorgie jusqu’à son déclin et sa résurrection par la scène dans la fin des années 80. Ce qui suffit tout de même amplement à passionner le spectateur pendant ces deux heures vingt électriques.

On ne boudera d’ailleurs pas son plaisir tant le film parvient à montrer toute la force de James Brown, sans éluder les côtés moins reluisants de l’artiste comme sa mégalomanie grandissante et son ego démesuré. Il évite ainsi l’écueil de la complaisance dans lequel ont pu tomber d’autres biopics comme La Dame de Fer. Et la bande-son, bien entendu, se montre à la hauteur de son créateur. Un vrai bon film habité, qui enchantera les fans du Parrain de la soul comme les néophytes.

Fiche Technique Get on Up

USA-2014
Biopic, Musical, Drame
Réalisateur : Tate Taylor
Scénariste : Jez et John-Henry Butterworth
Distribution : Chadwick Boseman (James Brown), Nelsan Ellis (Bobby Bird), Dan Aykroyd (Ben Bart),Viola Davis (Susie Brown), Octavia Spencer (Tante Honey), Jill Scott (DeeDee Brown), Tika Sumpter (Yvonne Fair)
Producteurs : Erica Huggins, Victoria Pearman, Tate Taylor, Brian Grazer, Mick Jagger
Directeur de la photographie : Stephen Goldblatt
Monteur : Michael McCusker
Production : Wyolah Films, Jagged Films, Imagine Entertainment
Distributeur : Universal Pictures International France

Saint Laurent, un film de Bertrand Bonello : Critique

Synopsis : 1967 – 1976. La rencontre de l’un des plus grands couturiers de tous les temps, Yves Saint Laurent, avec une décennie libre. Aucun des deux n’en sortira intact. 

Les fulgurances de Bertrand

La fin d’un monde

Saint Laurent, est le nouveau film de Bertrand Bonello, le cinéaste des lieux clos, retirés du monde (L’Apollonide, souvenirs de la maison close, De la guerre), où l’homme est rompu au seul désir. Le réalisateur distille, depuis plusieurs films, cette impression de liberté que ressentent ses personnages alors qu’ils construisent, sans le savoir vraiment, les prisons dorées dans lesquelles ils vont bientôt étouffer. Le couturier participe à la fin d’un monde, celui de la haute couture comme art à part entière, avec l’introduction du prêt-à-porter dans la mode de luxe. Yves Saint Laurent (YSL), personne réelle, devient à ce titre un personnage Bonnelien, plein d’une pulsion destructrice. C’est ça la force principal de ce biopic anticlassique, avoir fait du Bonello avec un être et des faits réels.

Saint Laurent se démarque ainsi dès les premières minutes, parce qu’on ne voit pas Yves de suite, enfant puis grandissant, il est pris à rebours, le temps n’est jamais chronologique. Il est le premier à apparaître mais de biais, en s’enregistrant sous un faux nom et en parlant de dos, dans une sorte de clair-obscur. La voix, reconnaissable entre mille, se livre à nu, explique l’enfermement psychiatrique. D’autres images viennent ensuite se succéder, mais que l’on ne comprendra que plus tard.  Le film part donc de cet être réel pour devenir esthétique. C’est une œuvre d’art à part entière, que l’on découvre jusque dans l’écran qui se divise en plusieurs images, comme autant de points de vue, à la manière des robes inspirées de Mondrian que dessina Yves Saint Laurent. Pas de classicisme donc ici, mais une vision assez « noire » de Saint Laurent. Cette lecture s’inscrit dans le choix de la période contée ici de sa vie, entre 1967-1976. La décennie est libre, traversée par mai 68, dont Bonello livre sa vision par les archives. Mais cette décennie sera finalement une désillusion : révolution avortée, être déchiré, détruit par la drogue et sa propre mélancolie de lui-même. Le regard de Saint Laurent sur Saint Laurent est très parlant : « J’ai créé un monstre, je dois maintenant vivre avec ». De création, il est d’ailleurs rarement question dans ce film. On ne voit pas le créateur en action, en train d’avoir une idée. L’image est pourtant un des passages obligés du biopic, toujours un peu artificiel. On y échappe ici, car ce sont les paradis qui sont artificiels. Les moments d’extase d’Yves sont toujours suivis d’une catastrophe. D’où cette insistance de Bonello à casser son rythme, on passe de l’euphorie à la réflexion, du bordel au silence. Après une nuit de défonce intense, Yves retrouve Moujik mort au petit matin, sa dépression renaît à ce moment-là. C’est toujours la fin du monde qui guette les personnages, comme l’époque.

Pierre N. VS Gaspard / Pierre B. VS Bonello

Il y a deux bagarres, relatives, à l’origine de ce film. La première est une guerre de ressemblance. La grande question qui a fait couler beaucoup d’encre en début d’année étant : comment Gaspard Ulliel réussira-t-il à faire oublier l’interprétation de Pierre Niney (dans le Yves Saint Laurent, de Jalil Lespert) ? Si l’acteur a avoué que cet autre biopic lui a mis plus de pression pour interpréter Yves Saint Laurent, il était aussi prêt à le jouer (il devait le faire dans un projet avorté de Gus Van Sant). D’ailleurs, la ressemblance physique entre les deux, Yves et Gaspard, a souvent frappé, explique-t-il dans certaines interviews. Mais au-delà de la performance physique, perdre 12 kilos pour avoir son allure « svelte », Ulliel parvient à faire oublier qui il est, à se fondre dans un autre lui-même, tout en créant son Saint Laurent. C’est surement parce que chez Bonello, plus que chez Lespert, le corps est un outil indispensable, il se tord, se contorsionne et se dédouble. C’est alors que le film s’attache à faire durer des scènes de rencontre, comme le magnifique premier regard entre Betty et Yves et plus tard, entre le couturier et son amant Jacques De Bascher. La danse, la mise en scène de soi font partie de ces rencontres languissantes. La posture chez Bonello est une manière de dire l’homme comme la femme, d’en faire des silhouettes. Ainsi, nous ne regardons pas l’histoire d’un homme qui a existé mais Yves Saint Laurent éclaté dans des fulgurances. On peut alors le retrouver seul entouré de ses costumes dans une pièce rouge vive, lisant une lettre d’Andy Warhol. Bonello prend le temps de laisser Saint Laurent se faire écraser par le décor. Il ne le fait jamais vieillir par un stratagème. C’est un autre qui l’endosse alors, Helmut Berger, et on ne cesse, à cet instant, d’osciller, par échos, entre deux âges et deux acteurs.

L’autre combat est celui que Pierre Bergé a livré à Bonello. Il n’a jamais « approuvé » le film, il lui a mis des bâtons dans les roues. Résultat, la frustration de n’avoir pas eu accès aux « vrais lieux », ni aux véritables costumes de Saint Laurent, Bonello l’a tranformée en geste libre, beaucoup moins muséifié que celui de Lespert, très Bergé-centré. Nous avons donc comme deux Pierre Bergé. Ici, il est beaucoup moins question d’amour que dans le Lespert. A part une scène de tendresse, Bergé est plus montré comme un gestionnaire qui subit les colères, gère Saint Laurent, l’inadapté à la vie, et le rassure. D’où l’insistance de Bonello sur une scène de négociation avec traducteur sur le « nom » YSL, ou encore l’histoire chaotique entre Jacques De Bascher (Louis Garrel, convaincant) et Yves. L’amant est malsain, il entraîne Yves dans une forme de déchéance, le mène vers les ombres de l’amour à la sauvette alors que Bergé l’enferme, le ramène face à ce qu’il ait et hait : en voulant créer son propre nom, il s’est enfermé dans une création cyclique qui l’épuise et le détruit. Le geste est contraint par les saisons, les commandes. Pourtant, avec Bergé, Saint Laurent a sû renaître de ses cendres, même quand beaucoup voulaient déjà écrire sa nécrologie. A la fin du film de Bonello, on le quitte aussi mort que vivant. Tout va continuer même si l’on sait déjà ce qui l’attend au bout : la solitude. L’image est saisissante : Lespert croquait la fin de vie d’YSL auprès de Bergé, Bonello les rapproche au téléphone, laissant, une fois la conversation non physique terminée, Saint Laurent seul avec ses démons.

« Yves Saint Laurent, je devais l’aimer sans espoir », Bertrand Bonello

Rien ne commence vraiment mais tout se termine avec Bonello («Je suis tellement fatiguée, je pourrais dormir mille ans», disait Céline Sallette dans la toute première scène de l’Apollonide / « Vous être à Paris pour affaire ? – Non pour dormir », répond Gaspard Ulliel au tout début de Saint Laurent). Son regard sur les êtres est sans espoir, il en fait des œuvres d’art qui, à l’image des femmes que Saint Laurent habillait, peuvent se mouvoir librement dans des costumes amples, mais qui ne parviennent pourtant pas à atteindre la légèreté nécessaire. La femme libérée par le corps, n’en n’est pas moins une femme, et le créateur libéré par le défilé ovationné, n’en est pas moins un homme que seul le travail récompense tout en le vidant de ses forces. La vie paraît alors irréelle, tout n’est que fête, débauche la nuit et tristesse, mélancolie le jour. Pour ne pas apprendre à changer une ampoule, Saint Laurent est prêt à attendre dans le noir que Pierre revienne. Il a besoin d’obscurité pour réfléchir. Le noir, Bonello le décline, jusque dans sa mise en scène. Les couleurs sont éclatantes dans les décors (le rouge de l’appartement), ou lors des défilés (surtout celui d’inspiration orientale, de 1976) mais YSL est vêtu de noir. Le contraste est puissant. De ce noir, il faudra d’ailleurs trouver la tonalité parfaite, à la toute fin. Et finalement, comme au début, le titre apparaît sur un tissu parfait, profondément noir.

Bonello ne raconte pas la vie d’Yves Saint-Laurent, il le met en scène, par le corps, dans des espaces sans issue, où quelques rencontres, souvent tentaculaires, le font parfois renaître. Jamais il ne se promène librement dans la rue, en plein jour. Il reste, il demeure en deçà comme au-delà du monde, et se déconstruit. C’est un nerveux, de ces êtres qui subliment le monde tout en ne pouvant y vivre. Bonello et Saint Laurent se fondent alors comme dans une seule et même personne : des embaumeurs de réel qui connaissent la vie, les êtres et les aiment comme ils les détruisent, sans espoir.

Pour prolonger le plaisir : Bertrand Bonello, Résonances, au Centre Pompidou jusqu’au 26 octobre 2014

Fiche Technique : Saint Laurent 

France – 2014
Réalisation: Bertrand Bonello
Scénario: Thomas Bidegain, Bertrand Bonello
Interprétation: Gaspard Ulliel (Yves Saint Laurent), Jérémie Renier (Pierre Bergé), Léa Seydoux (Loulou de la Falaise), Louis Garrel (Jacques de Bascher), Amira Casar (Anne-Marie Munoz), Aymeline Valade (Betty Catroux), Helmut Berger (Yves Saint Laurent en 1989), Jasmine Trinca (Talitah Getty), Valeria Bruni Tedeschi (Mme Duzer), Valérie Donzelli (Renée).
Date de sortie: 24 septembre 2014
Durée: 2h30
Genre: Biopic
Image: Josée Deshaies
Costume: Karine Charpentier, Anaïs Romand
Montage: Fabrice Rouaud
Musique: Bertrand Bonello
Producteur: Eric Altmayer, Nicolas Altmayer
Distributeur: EuropaCorp Distribution

 

Puzzle, un film de Paul Haggis : Critique

Synposis: Trois histoires parallèles. Michael a quitté sa femme après la mort de leur fils et retrouve sa maitresse à Paris. Julia ne peut plus voir son fils depuis qu’on la soupçonne d’avoir voulu l’assassiner. Sean, en voyage en Italie, tombe amoureux d’une femme visiblement clandestine et va l’aider à récupérer sa fille auprès du passeur.

Petites Histoires Entre Amis

Naissance d’un style

C’est certain, on va reprocher à Paul Haggis d’avoir réalisé un film identique à Collision, qui lui avait rapporté l’Oscar du meilleur film en 2006. Il faut reconnaître que ce reproche est fondé, tant Puzzle (nominé au Festival International du Film de Toronto et au Festival du Film de Tribeca) reprend la même construction : un patchwork de petites histoires, de drames personnels, traités en parallèle et qui finissent par se percuter avec plus ou moins de force. Mais plus qu’un auto-plagiat, c’est peut-être son style (contestable ou non) que Paul Haggis vient de trouver, celui d’un artiste venu au cinéma par le métier de scénariste.

Haggis l’écrivain

Avant d’être metteur en scène, Paul Haggis est un écrivain talentueux. C’était flagrant avec Collision, c’est confirmé avec Puzzle. Son premier coup de maître reste l’écriture du scénario de Million Dollar Baby de Clint Eastwood. Avec Clint, il écrit ensuite les scénarios de : Mémoires De Nos Pères et Lettres d’Iwo Jima, pour enchaîner avec deux James Bond : Casino Royale et Quantum Of Solace. Paul Haggis est aujourd’hui une réfèrence, un poids lourd du système hollywoodien qui parvient à concilier (chose rare), succès publics et critiques.

Collision, mais pas que…

Sans en faire l’inventaire, une comparaison avec Collision est obligatoire. Si les deux films ont la même construction, là où Collision finissait par souder toutes ces histoires pour n’en faire qu’une, dramatique, Puzzle choisi de les faire se croiser sans réelle influence entre elles. Au pire, nos héros se contentent de se trouver au même endroit au même moment, sans jamais se connaître et, si les histoires s’influencent les unes les autres, c’est toujours à l’insu des protagonistes. Le choix fait par Paul Haggis a ce résultat : Collision accouchait d’une histoire unique et absolument dramatique, Puzzle ne sort pas des histoires (trois au total) personnelles de chacun (divorce, adultère, mort d’un enfant), privilégiant leur nombre sûr la force de chacune d’elles. Du coup, la narration est moins artificielle que celle de Collision, qui accumulait trop de coïncidences.

Haggis, héritier d’Eastwood

Paul Haggis est un élève de Clint Eastwood, comme un gène qu’ils auraient en commun, un talent pour l’écriture des portraits de gens normaux, confrontés à l’exceptionnel. Si Paul Haggis va un peu plus que son ainé vers le pathos, il  a une fulgurante capacité à transmettre ce qu’il y a de profondément humain dans les émotions. Nos peurs, nos colères et nos amours sont magnifiés par une pellicule au service de la caméra. Haggis, à mi-chemin entre impressionnisme et réalisme, raconte les fêlures de personnages en ruptures avec leur vie, des « héros » à la croisée des chemins face deux à un choix : survivre ou tomber, définitivement.

Monsieur le directeur

Paul Haggis est un élève de Clint Eastwood et comme le maitre, il est un formidable directeur d’acteurs. Comment ne pas se réjouir, de voir Liam Neeson abandonner ses films récents bien médiocres, pour se souvenir à quel point il a du talent ? Il est un des plus doués (et des moins reconnus) de sa génération et retrouve ici, ce qu’il est aux yeux de quelques-uns: un géant. Olivia Wilde (Time Out) par contre, si son jeu est correct, semble avoir été choisie pour cette « scène de nu » dans les couloir d’un hôtel. Rien de déplaisant, mais rien d’exceptionnel non plus. Par contre Mila Kunis (Black swan) explose enfin en mère, ravagée par un trouble mental et la séparation d’avec son fils, on cessera bientôt de la surnommer « Mila Cul-Nu » pour admettre qu’elle une actrice, une vrai. Pour finir, James Franco (La Planète Des Singes) hérite du rôle le moins évident, à la fois père protecteur et infâme salopard, il jongle entre les deux avec dextérité et promet, une nouvelle fois, le meilleur pour l’avenir. N’oublions pas non plus le toujours excellent Adrien Brody (King Kong), accompagné de l’atomique Moran Atias, qui fait fondre la pellicule de ses airs latins incendiaires et torrides.

L’humanité des émotions

Oubliez donc Collision pour profiter de Puzzle, un film mosaïque qui vous renverra à votre propre vie, à vos démons, à vos forces et vos faiblesses. Un film sensible et délicat, qui montre une nouvelle fois que Paul Haggis sait composer une partition cinématographique avec les mots du quotidien. On aime, on déteste, on pleure la mort, ou on se rebelle contre elle, on se résigne ou on se bat. Le mérite de Paul Haggis réside en ceci : chacun a en lui une vie hors norme, faite d’événements anodins que nos sentiments rendent exceptionnels et cet exceptionnel, il est important de s’y attacher.

Fiche Technique : Puzzle

Titre original : The Third Person – Third Person
Réalisateur & scénariste: Paul Haggis
Casting : Liam Neeson, Olivia Wilde, Mila Kunis, James Franco, Adrian Brody, Moran Atias…
Date de Sortie : 19 novembre 2014
Durée : 137 minutes
Genre : drame, romance
Décor : Luca Tranchino
Costumes : Sonoo Mishra
Musique : Dario Marianelli
Production : Paul Haggis, Paul Breuls & Michael Nozik
Sociétés de production : Corsan, Hwy61, Purple Papaya Films en association avec Lailaps Pictures et Volten
Société de distribution : Sony Pïctures Classics
Pays d’origine : U.S.A., Belgique

Auteur de l’article Freddy M.

Sin City : J’ai Tué pour Elle, un film de Frank Miller – Critique

Sin City : J’ai Tué pour Elle : Un exercice de style visuel bluffant assorti d’un scénario relativement bancal…

Sin City : J’ai Tué pour Elle, n’a jamais constitué qu’un hommage. L’hommage d’un homme de cinéma à une bande dessinée, toute droit sortie d’un auteur cynique, désabusé et esquissant dans ses traits de crayons l’inquiétude et la peur de ce monde nouveau, un monde dangereux, pressé, ayant perdu sa morale au détriment de pouvoir ou d’argent. Une BD ou comic constituant à elle seulE un hommage à tout un pan de la culture cinématographique US : le film noir. Un genre aujourd’hui défendu par Martin Scorsese, les frère Coen ou encore Brian de Palma, préférant tisser un tableau austère, lugubre, froid, suspicieux, plutôt qu’une myriade de personnages sans profondeurs et sans charismes.

Et dans ce sens, voir Robert Rodriguez à la barre de ce projet avait constitué dès le départ une surprise. Lui un énergumène dopé aux VHS et slashers des 70’s, bon qu’à filmer de minables séries B ou Z et à voguer dangereusement vers les cimes du moviemaking mercantiliste outrancier. Un choix improbable, voire voué à l’échec, mais qui se révèle après étude, parfaitement cohérent. Car cet énergumène, grand pote de Quentin Tarantino partage avec ce dernier, l’amour du cadre, préférant ainsi dépeindre d’abord l’univers dans lequel évolueront les personnages que les personnages eux-mêmes.

Une toile de fond, un univers capital que cette ville du péché. Cette Babylone d’où émane le vice, la violence et le stupre, est le lieu de pérégrinations de flics, qu’ils soient ripoux ou intègres, tueurs, hommes d’églises, sénateurs, strip-teaseuses et pédophiles. Une brochette de personnages tarés, évoluant dans une ville aux airs de prisons mentale et sociale, qui tel un aimant, attire tous les pourris.

Polar urbain stylisé et violent, Sin City avait ébranlé la planète ciné pour avoir été le premier film entièrement tourné sur fond vert et qui malgré un casting dithyrambique (Bruce Willis, Mickey Rourke, Rutger Hauer, Elijah Wood, Josh Hartnett, Clive Owen ou encore Benicio Del Toro) avait su capter l’attention par une de ses spécificités attirant bien malgré elle le regard : son ton monochrome.

Forme picturale reléguée à symboliser le virage entrepris par le cinéma lorsqu’il est passé à la couleur, le style monochrome utilisé ici, en plus d’épouser la prose des comics d’origine de Frank Miller, parvient tout simplement à conférer au film un parfum rétro-futuriste impressionnant, évoluant constamment dans un cadre contemporain ou se reflètent les maux du monde moderne entre violence urbaine, corruption endémique et mégapoles tentaculaires, tout en revendiquant une partie de son univers aux 50’s avec cigarette, alcool à outrance et ton très sombre.

Une réussite formelle indéniable toutefois entachée par des soucis de narrations récurrents, donnant au film un rythme clairement distordu, conséquence de la difficile transcription de la case de BD à la pellicule monochrome.

Fort d’un succès loin d’être immérité et une publicité cannoise inespérée (le film fut en effet au sein de la Compétition du Festival de Cannes 2005), Sin City avait généré bien malgré lui une horde de fans irréductibles, prêts à tout pour voir la suite des aventures de Marv, du sénateur Roarke ou de Dwight McCarthy.

A force de cris de désespoir d’une communauté de fans se sentant oubliés et ressemblant années après années à d’intenses sollicitudes véhémentes, Sin City J’ai Tué Pour Elle est finalement arrivé finalement sur la planète ciné et ce, quelques neuf ans après la sortie du premier. Neuf années d’attentes lancinantes, de doutes, de questionnements harassants et de frayeur, attestant du chemin de croix quasi matriciel auquel a dû se plier Robert Rodriguez pour sortir la suite tant attendue de son chef d’œuvre.

BACK IN BLACK

Après être retombé dans les travers de son cinéma popcorn ultra référencé, à la fois empli de niaiserie et de jouissance, fait d’invasion de zombies (Planète Terreur) et de survival dopé au tacos et aux tapins (Machete) tout en opérant une renaissance à la nouvelle mascotte Old El Paso, Robert Rodriguez accompagné de Danny Trejo a  finalement repris le chemin des studios pour s’attaquer à l’arlésienne de sa filmographie.

L’objectif officieux : combler les attentes des fans profondément étiolées face à l’émergence massive de productions 3D pétaradantes (Gravity, L’Odyssée de Pi, Avatar) tout en évitant l’erreur de parcours, représentée par le banal film de commande sensé rehausser le parcours de son auteur.

Four monumental aux States, avec seulement 6,5 millions de dollars récoltées pour son premier week-end d’exploitation (à titre d’exemple Les Gardiens de la Galaxie en ont fait 94), Sin City : J’ai Tué pour Elle arrive affublé d’un nombre conséquent de casseroles, si ce n’est d’exécutions critiques US en bonne et due forme, dont la quasi-unanimité ne pouvait qu’accroitre la curiosité apportée sur cette œuvre étrange.

Les fans auraient-ils trop attendus ? Signe avant-coureur de la piètre qualité du film ? Ou simplement banalisation de ce genre de produits hyper-stylisés dépeignant un univers magnifique pour cacher un scénario la plupart du temps assez pauvre ? Difficile à dire….

VOL AU DESSUS D’UN NID DE COUCOUS

Nous revoilà donc, à Sin City, John Hartigan s’est sacrifié pour protéger la seule femme n’ayant jamais compté dans sa vie, la strip-teaseuse Nancy Callahan. Dwight McCarthy, revient à Sin City récupérer son amour perdu, symbolisée par l’envoûtante et sensuelle Ava Lord, tandis que Johnny, fils illégitime du sénateur Roarke, arrive dans la ville du péché pour régler ses comptes avec son paternel.

En somme, une pluralité d’histoires empruntant autant au préquel qu’au séquel, et provoquant dans le cerveau de son spectateur une surprise assez forte, tant voir un tel contenu assimilable à un numéro de funambule sans filet de sécurité, ne mérite tout simplement pas neuf ans d’attente.

Car encore une fois, Rodriguez se joue de son spectateur en promettant monts et merveille, alors qu’à l’écran le résultat est pauvre. Ne pouvant plus compter sur l’effet de surprise généré par le teint monochrome du premier opus, ce deuxième film dévoile au grand jour tous les défauts du premier qui malheureusement étaient déjà conséquents : des histoires à la durée inversement proportionnelles à leur importance, une galerie de personnages la plupart du temps peu exploités, si ce n’est inutiles (pourquoi sortir Doc Brown de sa retraite ?), un rythme distordu voire long, une nouvelle fois un univers stylisé impressionnant.

Presque seul mérite du film, l’univers Noir et Blanc stylisé ne vaut que pour son ajout de la 3D qui confère à Sin City : j’ai tué pour elle, une profondeur permettant de rapprocher l’image à une case de BD telle qu’imaginée par Frank Miller. Couplé à un jeu d’acteur inégal (Eva Green en femme fatale dénudée est le seul personnage valant la peine) et des musiques omniprésentes quasi dérangeantes, ce Sin City charmera sans doute les spectateurs peu regardants mais ne satisfera pas la horde de fan de Miller qui se sentiront esseulés.

Synopsis: Marv se demande comment il a fait pour échouer au milieu d’un tas de cadavres. Johnny, jeune joueur sûr de lui, débarque à Sin City et ose affronter la plus redoutable crapule de la ville, le sénateur Roark. Dwight McCarthy vit son ultime face-à-face avec Ava Lord, la femme de ses rêves, mais aussi de ses cauchemars. De son côté, Nancy Callahan est dévastée par le suicide de John Hartigan qui, par son geste, a cherché à la protéger. Enragée et brisée par le chagrin, elle n’aspire plus qu’à assouvir sa soif de vengeance. Elle pourra compter sur Marv… Tous vont se retrouver à Sin City…

Fiche Technique: Sin City : J’ai Tué pour Elle (Sin City : A Dame to Kill for)

Américain – 2014
Réalisation: Robert Rodriguez, Frank Miller
Scénario: Frank Miller d’après: la série de bandes dessinées Sin City de: Frank Miller
Image: Robert Rodriguez
Interprétation: Eva Green (Ava Lord), Josh Brolin (Dwight McCarthy), Jessica Alba (Nancy Callahan), Bruce Willis (John Hartigan), Mickey Rourke (Marv), Joseph Gordon-Levitt (Johnny), Rosario Dawson (Gail)…
Genre: Action, Thriller, Drame
Son: Angelo Palazzo, Clark Crawford, Tim Rakoczy
Montage: Robert Rodriguez
Musique: Robert Rodriguez, Carl Thiel
Producteur: Robert Rodriguez, Aaron Kaufman, Stephen L’Heureux, Sergei Bespalov, Alexander Rodnyansky, Mark Manuel
Production: Troublemaker Studios, Miramax Films, Aldamisa Entertainment
Distributeur: Metropolitan FilmExport
Date de sortie: 17 septembre 2014
Durée: 1h42

Ill Manors, un film de Ben Drew : Critique

Synopsis: Dans une banlieue de Londres en 2012, le quotidien d’une faune de voyous, dealers, proxénètes, prostituées et marginaux, dont les destins vont se croiser, à l’approche des jeux olympiques d’été.

La rue et ses vices

Aaron (Riz Ahmed) et Ed (Ed Skrein) ont grandi ensemble dans un orphelinat. Le premier est un poids plume avec une sensibilité qui détonne dans cet univers machiste et violent. le second représente bien ce monde, il n’a aucune empathie et abuse de son physique de boxeur. Ils vivent de la drogue et d’arnaques. Kirby (Keef Coggins) est un ex-dealer sortant de prison. Il tente de reprendre le contrôle de la rue, mais se retrouve sous le joug de son beau-fils Chris (Lee Allen), qui n’a pas oublié les sévices physiques infligés par celui-ci. Michelle (Anouska Mond) est une prostituée, tentant de survivre, tout en aidant Katya (Natalie Press), une sans-papiers qui a abandonné son bébé et qui fuit ses proxénètes. Jack (Ryan De La Cruz) est un adolescent intégrant un gang violent dirigé par Marcel (Nick Sagar). Tout ses personnages vont se croiser et influencer le destin de chacun, pour le pire et un peu le meilleur.

Ill Manors est le premier film de Ben Drew, un jeune réalisateur de 29 ans. Mais il a déjà une riche carrière en tant que rappeur au sein de son groupe, Plan B. Son film est une sorte de long clip, ou il aborde les thèmes qu’il connait bien : la rue, la violence, la prostitution et tout les drames qui s’y jouent quotidiennement. Il illustre certains moments de l’histoire par ses morceaux, dont il signe la BO. C’est un drame musical, sombre et froid.

Le procédé est plaisant, mais un peu déstabilisant, cassant un peu le rythme du film, mais la force des paroles, accentue la noirceur du récit. Si la forme est originale, le fond l’est beaucoup moins. Un énième film sur la banlieue et ses travers. Le genre a ses codes et il est difficile de les contourner. Souvent, ce sont les personnages qui font la différence. Mais ils manquent de psychologie et parfois de charisme.

Le côté choral du film, Ill Manors est intéressant, le récit est fluide. Ben Drew fait preuve de maîtrise, il sait ou il va et ne nous perd pas en route. Cela rend encore plus dommage, l’absence de profondeur.

Le « héros » Riz Ahmed est le reflet de cette absence. Il est transparent et sans sa casquette qui le caractérise, il passerait inaperçu. Ed Skrein est impressionnant de par son physique et la violence qui s’échappe de chacun de ses mots et gestes. Les extrêmes s’attirent et se complètent. C’est le cas avec ces deux-là, le cerveau associé aux muscles. Ils sont le fil rouge de l’histoire. Ils ne sont ni bons, ni mauvais. Ils s’adaptent à la rue, selon leurs degrés de sensibilité et agissent en conséquence. Agir ou subir, il n’y a pas d’autres échappatoires. Sauf par la drogue, Anouska Mond va prendre ce chemin. Un moyen d’échapper à sa condition de femme prostituée et sans domicile fixe.

A travers ses portraits et ses destins, Ben Drew dresse un constat effrayant de la jeunesse anglaise, des rapports hommes/femmes et de la société en générale, régit par l’argent et la violence, ou l’être humain est considéré comme une marchandise. Le constat est pessimiste, l’amitié n’existe pas et les rêves se transforment vite en cauchemars. C’est un film sans concessions, qui aurait mérité un scénario plus développé pour emporter l’adhésion. Un long clip, sans les effets faciles mais avec l’absence de puissance dramatique, malgré la violence des vies qui y sont dépeintes.
Un premier film qui annonce des œuvres plus abouties, Ben Drew est un cinéaste en devenir. Il s’épanouit dans tout les genres, un artiste à suivre.

Ill Manors – Bande Annonce

Fiche technique : Ill Manors

Royaume-Uni – 2012
Réalisation : Ben Drew
Scénario : Ben Drew
Distribution : Riz Ahmed, Ed Skrein, Nathalie Press, Anouska Mond, Mem Ferda, Lee Allen, Dannielle Brent, Martin Serene, Jo Hartley, Éloïse Smyth et Nick Sagar
Photographie : Gary Shaw
Montage : Farrah Drabu, David Freeman, Sotira Kyriacou et Hugh Williams
Musique : Ben Drew et Al Shux
Production : Atif Ghani
Sociétés de production : Aimimage Productions, BBC Films, Film London, Gunslinger, Ill Manors et Microwave
Société de distribution : Revolver Entertainment
Genre : drame
Durée : 102 minutes

Auteur : Laurent Wu

 

 

 

Si je reste, un film de RJ Cutler – Critique

Synopsis: En un seul moment, tout peut changer. Mia, 17 ans, n’a aucun souvenir de l’accident : elle arrive uniquement à se rappeler avoir roulé le long de la route enneigée de l’Oregon avec sa famille. Puis, en un clin d’oeil, elle se retrouve observant son propre corps dévasté … L’adolescente sera tiraillée entre l’envie de rejoindre ses parents dans l’au-delà et celle de se réveiller et de retrouver son petit ami et ses proches…

Chloé Moretz prisonnière des limbes

Qui a dit que la littérature YA, ou Young Adult, se limitait aux dystopies façon Hunger Games ou aux bluettes fantastiques du niveau de Twilight ? Avec Si je reste, le romancier Gayle Forman propose des thèmes plus sombres et plus matures que ce qui est d’habitude proposé aux adolescents. Son adaptation se situe dans la même veine. Un temps proposé à Catherine Hardwicke, qui avait mis en scène le premier volet de la saga vampirique, elle a finalement échue à RJ Cutler, dont c’est le premier long-métrage.

Onirique et poétique

Cutler réussit plutôt bien ses premiers pas, en proposant un film à l’esthétique douce, mis en valeur par une photographie lumineuse et éthérée. On a un peu l’impression de se trouver pris au milieu d’un rêve ce qui, finalement, reflète parfaitement la situation de sa jeune héroïne, coincée entre la vie et la mort en attendant de prendre une décision : doit-elle rester et faire face aux douleurs de son quotidien, ou se laisser sombrer et rejoindre ainsi sa famille ? Le choix est sien, et c’est autour de ce dilemme que s’articule le film. Le scénario se construit autour de la trame principale, qui est celle de l’accident et de l’hospitalisation, et les mois précédents qui apparaissent sous forme de flashbacks.

Une construction classique mais un peu bancale puisque, au risque de spoiler un peu, la décision finale de la jeune fille ne fait guère de doutes. Voir ainsi se succéder les catastrophes autour d’elle semble donc inutilement cruel, chaque nouvelle étant censée peser dans une balance que l’on sait déjà arrêtée. L’histoire de Mia, elle, ressemble un peu au rêve de toute jeune fille en fleur. Héroïne un peu à la marge mais pas trop, dotée d’une famille cool dans laquelle elle se sent un peu à l’écart (mais pas trop non plus), elle se fait repérer par le beau gosse populaire du lycée, futur rock star, qui lui voue au premier coup d’œil un amour inconditionnel. Cliché ? Un peu trop, diront certains.

Chloé Moretz au top

Pourtant, le récit fonctionne, notamment grâce à la prestation de Chloé Moretz, qui imprime une personnalité au personnage et parvient à le rendre sympathique. La jeune fille a fait du chemin depuis 500 Jours ensemble, et commence doucement à s’imposer comme une valeur sûre au sein de sa génération. L’ensemble du casting est à l’avenant, et on se surprend à vibrer pour sa famille au cœur de rockers, et pour son Jules, le bel Adam et son look de brun ténébreux comme il faut. La bande-son est l’autre réussite de Si je reste, rythmant le film entre rock’n roll à l’ancienne et musique classique. Mêler Iggy Pop et Beethoven, il fallait oser, mais ça marche plutôt bien.

Cette jolie romance s’adresse en priorité à un public adolescent et féminin, mais saura charmer un public plus large grâce à des personnages sympathiques et une ambiance lumineuse et douce. Si quelques longueurs apparaissent parfois dans le scénario, on est loin des torrents de guimauve habituellement associés au genre. Une jolie surprise qui redonne le sourire et le cœur léger, à apprécier comme un chocolat bien chaud, calé sous la couette ou devant la cheminée. Il est presque dommage que le film sorte en septembre et pas en hiver, d’ailleurs.

SI JE RESTE – IF I STAY : Bande Annonce VOST

Fiche technique – Si je reste

USA-Drame, romance
2014
Réalisateur : RJ Cutler
Scénario : Shauna Cross – D’après l’œuvre de : Gayle Forman
Casting : Chloë Grace Moretz (Mia Hall), Jamie Blackley (Adam), Joshua Leonard (Denny Hall), Mireille Enos (Kat Hall), Liana Liberato (Kim)
Productrice : Alison Greenspan
Directeur de la photographie : John De Borman
Compositeur : Heitor Pereira
Monteur : Keith Henderson
Production : DiNovi Pictures, New Line Cinéma, MGM
Distributeur : Warner Bros France

Auteur de l’article Mikael Yunk

Gotham Saison 1, épisode 1 : Critique

Gotham, saison 1, épisode 1

Synopsis: Tout le monde connaît le Commissaire Gordon, valeureux adversaire des plus dangereux criminels, un homme dont la réputation rime avec « loi » et « ordre ». Mais que sait-on de son histoire ? De son ascension  dans une  institution corrompue, qui gangrène une ville comme Gotham, terrain fertile des méchants les plus emblématiques ? Comment sont nées ces figures du crime, ces personnages hors du commun que sont Catwoman, le Pingouin, l’Homme-mystère, Double-Face et le Joker ?

Casting quatre étoiles pour le pilote

Attendue comme le messie par une poignée de fans de l’univers de Batman, Gotham se situe dans la ville du même nom, à une époque où le chevalier noir n’est encore qu’un jeune orphelin éploré, déchiré par le meurtre de ses parents. C’est d’ailleurs par cet événement dramatique que débute le premier épisode de la série, qui prend comme personnage principal un jeune détective tout juste arrivé au Gotham City Police Department, un certain James Gordon…

Gotham, ville d’ombre

Le policier aura fort à faire pour résoudre cette première enquête, qui ne s’annonce pas de tout repos. D’autant qu’il devra en même temps lutter contre la corruption qui gangrène le commissariat, à commencer par son collègue Harvey Bullock, mais aussi contre toute une armée de criminels bien connus des fans du comic book. Tout ce beau monde se dispute avec un seul et même objectif : être le maître de Gotham. La ville est d’ailleurs un peu le personnage principal de la série. Et, côté visuel, c’est une vraie réussite. On retrouve l’architecture si particulière de New-York dont s’inspira Bob Kane, le créateur de Batman, mais avec une esthétique gothique et sombre du plus bel effet. On est un peu à mi-chemin entre la version Burton et celle de Nolan.

Un effort particulier a d’ailleurs été mis dans la mise en scène. Si l’on est loin des meilleures réussites du genre comme Fargo ou True Detective, la réalisation est d’excellente facture, avec quelques belles idées dans certaines scènes. La photographie est tout simplement superbe, faisant la part belle au côté sombre de Gotham. Et les scènes intermédiaires permettent de découvrir un peu plus la ville à travers des effets spéciaux léchés. Ce Gotham-là a belle allure.

Ça se bouscule au portillon

Le casting est également à la hauteur de l’événement. Constitué en majorité d’inconnus, à l’exception de Jada Pinkett Smith, il se montre convaincant dans des rôles pourtant déjà mis en valeur par le passé. Mention spéciale à Ben McKenzie, qui porte la série sur ses épaules et se montre le digne descendant de Gary Oldman. Et le pauvre Gordon est bien entouré. Que ce soit Selyna Kyle, Oswald Cobblepot, Edward Nygma ou Ivy Pepper (future Poison Ivy), chaque personnage offre une prestation différente de ce que l’on avait pu voir jusque là dans les films ou séries télé dédiées à Batman et son univers. C’est d’ailleurs dans cette abondance de rôles que se trouve le principal reproche que l’on peut adresser à ce pilote. Le fan service est assuré, certes, mais on se demande un peu ce que les scénaristes ont pu garder sous le coude pour la suite.

Car, si le scénario de base offre de belles promesses, il faudra également les tenir par la suite. L’enquête autour de la mort du couple Wayne servira de fil rouge à cette première saison (au moins), reste maintenant à offrir aux fans quelques histoires qui enrichissent la mythologie du chevalier noir, tout en imprimant à la série sa propre identité. Une belle surprise, donc, mais qui demande confirmation.

Fiche technique : Gotham

USA-Drame, policier
Première saison : 2014
Créateur : Bruno Heller
Casting : Ben McKenzie (James Gordon), Donal Logue (Harvey Bullock), Jada Pinkett Smith (Fish Mooney), Robin Lord Taylor (Oswald Cobblepot), Sean Pertwee (Alfred Pennyworth), David Mazouz (Bruce Wayne), Erin Richard (Barbara Kean)
Réalisateur : Danny Cannon (épisode 1)
Scénariste : Bruno Heller
Production : Fox Broadcasting, DC Comics, Warner Bros Télévision, Primrose Hill Productions

Auteur de l’article Mikael Yung

Extant : Saison 1 – Critique Série

Ce n’est pas parce-qu’on s’appelle Steven Spielberg et qu’on est l’inventeur du cinéma d’entertainment, qu’on a le droit de fusiller à ce point une des séries les plus prometteuses de l’été 2014. Après avoir signé le beau succès de Band Of Brothers, Steven Spielberg vient copieusement se crasher avec Extant.

Synopsis : De retour d’un séjour de treize mois seule dans l’espace, Molly Woods découvre qu’elle est inexplicablement enceinte et qu’on lui cache la raison de cette grossesse. Le fil des événements va lui faire comprendre que derrière cette grossesse, se cache un énorme complot qui met en jeu l’avenir de l’humanité.

Une série « pour dormir »

Treize épisodes d’un ennui absolu, maintenus à peine en éveil par quelques rebondissements parfois prometteurs, souvent pathétiques et toujours répétitifs. Bref, l’intrigue n’avance pas, les épisodes sont bavards comme du Tarantino et font osciller entre agacement et frustration de ne pas en savoir plus, sans jamais en savoir plus. Produire treize épisodes pour ne démarrer réellement qu’au douzième, la faute à un scénario finalement assez mince et étiré à son maximum pour faire ni plus ni moins que du remplissage.

Un scénario « sur timbre-poste »

Extant, puisqu’il faut en parler, raconte le retour sur terre d’une spationaute après un séjour de plusieurs mois seule dans l’espace. À son retour, elle se découvre enceinte alors qu’elle était seule dans sa station spatiale et retrouve son fils « humanoïde » plus vrai que nature, créé par son scientifique de mari. C’est à peu près tout, Spielberg brode autour de ce minuscule scénario une machination dont il ne donne jamais les clés, des intrigues secondaires sans intérêt et artificielles. Reste un petit côté écolo, puisque ce cher Steven passe son temps à s’auto-recycler : ses films d’extra-terrestres, mais surtout A.I., tout y passe. On a d’ailleurs du mal à croire qu’il ose nous refaire le coup de l’enfant artificiel, qui tente de trouver sa place dans l’humanité et un sens à son « existence ». On est navré pour lui d’un copier-coller presque pathétique.

Une esthétique « repoussante »

Extant est aussi laid qu’il est mal écrit, les scènes spatiales lorgnent ouvertement vers 2001, l’Odysée De l’Espace, sans en atteindre l’esthétique. Pourtant, les effets spéciaux ont depuis fait des progrès considérables et Spielberg en est un spécialiste reconnu, mais ses choix graphiques et esthétiques posent problème. L’univers d’Extant, froid et distant, ne fait rien ressentir à un téléspectateur, soit indifférent, soit mal à l’aise. Le sommet du mauvais goût, pourtant anodin, est atteint avec le casque spatial d’Hale Berry dans le dernier épisode, sorte de cône sans forme hilarant et qui pourrait bien devenir culte.

Des acteurs qui s’ennuient

Même les acteurs semblent s’ennuyer, jouant façon « service minimum » et ne trouvant d’inspiration ni dans l’histoire, ni dans leur personnage. Halle Berry, embauchée pour jouer les têtes d’affiche, est plus proche de son Grazie Award reçu pour Catwoman, que des autres prix reçus en tant que meilleure actrice. Qu’on se le dise, elle n’est pas jeter avec l’eau du bain dans cette série, elle est juste à oublier. Il n’y a guère que ceux qui sauront apprécier le plastique parfaite d’une cinquantenaire rugissante qui retiendront quelque chose. D’où la présence de Goran Višnjić à ses côtés, pour ce côté beau gosse romantique, sinon quoi d’autre.

Une série, un échec

Avec tout ça aucune saison 2 n’est prévue à ce jour, rien de frustrant même si on ne connaitra jamais le dénouement. Cette série sans intérêt a d’ailleurs vu son nombre de téléspectateurs presque divisé par deux entre le premier et le onzième épisode sur CBS, autant dire que plus personne (Spielberg compris) n’alignera le moindre dollar pour le voir partir en fumée. Certains ont écrit sur cette série qu’elle faisait « du sur place intensif » qui gâchait son potentiel. C’est vrai que le problème de rythme est juste énorme et fait disparaitre toutes les autres qualités, mais tout ça pourrait finalement n’avoir qu’une même cause : le talent de Spielberg aurait disparu avec les années. Dans l’hexagone, M6 diffusera la série dès le 29 septembre 2014 et seul le premier épisode le sera en prime time, calcul judicieux…

Fiche Technique – Extant 

Première diffusion USA : 09 juillet 2014, CBS
Première diffusion France : 29 septembre 2014, M6
Création : Mickey Fisher
Production : Steven Spielberg, Greg Walker
Scénario: Mickey Fisher, Leslie Bohem, Eliza Clark, Peter Ocko, Gavin Johannsen, Vanessa Reisen et Greg Walker
Musique: Marcelo Zarvos
Sociétés de production: Amblin Entertainment, CBS Television Studios
Distribution : CBS Television Studios
Origine : USA
Format : 42’
Statut : en cours
Casting : Halle Berry, Goran Višnjić, Pierce Gagnon, Kiroyuki Sanada

Auteur : Freddy M.

 

Critique : Near Death Experience, un film de Benoît Delépine & Gustave Kervern

Michel Houellebecq, hasard ou non du calendrier, est presque simultanément à l’affiche de deux films centrés sur lui : le film de Guillaume Nicloux non encore sorti en salle, mais diffusé sur Arte fin Août, L’enlèvement de Michel Houellebecq, et maintenant ce Near Death Experience, qui comme son nom l’indique, est un film quasi-expérimental du duo Delépine/Kervern.

Synopsis: Paul, un employé sur une plateforme téléphonique, est en plein burn-out. Un vendredi 13, la chronique du journal télévisé sur ce jour particulier lui apparaît comme un signal pour passer à l’acte.Décidé à concrétiser son geste, Il s’enfuit dans la montagne où il va vivre une expérience unique….

Pour le succulent Enlèvement de Michel Houellebecq, et suite à des rumeurs d’enlèvement dans la vie réelle, Nicloux a écrit un scénario qui met en scène cet épisode, l’enlèvement mystérieux de Michel Houellebecq joué par lui-même. Le réalisateur a laissé une part belle à l’improvisation dans les dialogues, notamment en ce qui concerne son personnage principal. De fait, Houellebecq décale complètement  le film, en apportant son phrasé si particulier, et ses aphorismes très pince-sans-rire (sur Le Corbusier, sur les meubles scandinaves, etc.) dans un film qui prend du coup toutes les tonalités d’une belle comédie très réussie. A la fin du film, on lui  offre  une magnifique Bentley en « compensation » du mystérieux enlèvement, au bord de laquelle il s’empresse de rouler à 300 Km/h sur l’autoroute – il a semé la terreur auprès du cadreur, ayant souhaité rédiger son testament avant de prendre le volant ! -. « Je crois plus trop à la vie » dit-il en guise de conclusion.

« Je crois plus trop à la vie ». Tel pourrait être le départ de Near Death Experience. Cette fois-ci, Michel Houellebecq est Paul, le chef d’une famille anonyme (on la voit très peu et très partiellement dans le film), un employé d’une Plateforme ( !!) téléphonique de France Telecom Assistance, lui qui a besoin d’être assisté,  mal dans sa peau, mal dans sa vie, et qui un Vendredi, un Vendredi 13 comme le souligne un Pernaut futile et fidèle à lui-même sur son écran de télévision,  décrète que trop c’est trop, et part avec son vélo et son maillot Bic rouge vif avec l’intention ferme de se suicider dans la montagne. Comme Paul « parle trop et ne se suicide pas assez », le film raconte ses « aventures » dans la montagne.

Il semblerait que le projet du duo Delépine/Kervern arrive à son cœur, à son noyau. Car si on regarde les trois derniers films Mammouth/Le grand soir / Near Death Experience, le dépouillement est de plus en plus important tant dans le forme que sur le fond. Dans Mammouth, il y a de la tendresse encore, de l’espoir encore ; dans Le grand soir, ils franchissent une étape vers le No future, et dans ce nouveau film, la révolte n’est même plus là, le suicide est l’ultime solution.

Etant seul la majeure partie du film, au milieu d’une nature qu’il découvre finalement peu amène (« Les pierres d’ici sont dures » dit-il), Michel Houellebecq soliloque forcément, dans sa tête ou en dehors de sa tête quand il harangue  sa famille délaissée au village, mise en scène sous la forme de totems en cailloux, des totems au cœur de pierre (« je suis comme un pigeon voyageur qui porte un message que personne n’a réussi à déchiffrer », dit-il encore).

Il est à la fois stupéfiant et compréhensible que ces soliloques ne soient pas de Houellebecq lui-même, mais écrits par les réalisateurs. Stupéfiant, car ça sonne comme du Houellebecq, et avec sa voix fluette plaquée dessus, l’illusion est encore plus grande. Compréhensible, car son univers est si particulier, si cohérent, qu’il est finalement assez facile d’imiter son style  et de faire passer Paul pour Michel. In fine, le fond du discours reste bien celui de Delépine/ Kervern, un discours qui fustige encore et toujours la société moderne laissant peu de places aux individus, et surtout aux individus les plus faibles. A 56 ans, Paul/ Michel est un homme lessivé qui en paraît 20 de plus, et comme il dit, il est « obsolète ». Un discours qui souligne l’écart grandissant entre les exigences de plus en plus fortes de la société envers l’individu, et a contrario une existence de plus en plus éreintante ne permettant pas de rester au sommet, grand écart que certains comme Paul n’arrivent pas à faire.

Le film peut dérouter dans sa forme très indigente. Un flou quasi permanent sur cet homme, si ce n’est sur sa tête édentée, vieille, marquée. Une lumière sans nuance qui écrase les beaux paysages. Des cadrages aléatoires, en somme une non-esthétique qui veut peut-être coller au nihilisme du propos. On notera cependant un magnifique jeu d’ombres sur cet oiseau décharné qu’est devenu Michel Houellebecq.

Near Death Experience est un film émouvant, et désespérément drôle qui révèle un acteur fabuleux dans la personne de Michel Houellebecq, un acteur porté par un don de soi dans un jeu pourtant minimaliste. Le trouble est augmenté par le fait qu’on n’arrive pas à distinguer ce qui est de la part de Paul et de Michel dans cette souffrance, cette défaite face à la vie. Un film qui mérite plus qu’un détour…

Fiche Technique: Near Death Experience

Titre original : –
Réalisateurs : Benoît Delépine & Gustave Kervern
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 10 Septembre 2014
Durée : 87 min.
Casting : Michel Houllebecq (Paul), Marius Bertram (Le vagabond), Manon Chancé (l’automobiliste)
Musique : Guillaume Le Bras
Scénario : Benoît Delépine, Gustave Kervern
Chef Op : Hugues Poulain
Nationalité : France
Producteur : Benoît Delépine, Gustave Kervern
Maisons de production : No Money Productions, Canal+, Ciné+, CNC
Distribution (France) : Ad Vitam Distribution

 

Once Upon A Time : Saison 1-3 – Critique de la Série

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La première lecture du pitch de « Once Upon A Time » (et ce n’est pas la voie off française qui va arranger ça) risque de ne pas susciter beaucoup enthousiasme. La tentation est présente de passer son chemin à la vue de cette histoire pour enfant, mais ce serait passé à côté d’une histoire bien structurée contenant de bonnes idées.

Une relecture audacieuse des contes de fée 

En effet chaque épisode en dévoile d’avantage sur l’histoire de chaque personnage, leur passé dans le monde magique, en parallèle avec leur situation actuelle. Comment la belle-mère est devenue une sorcière maléfique, comment elle en est venue à haïr Blanche, l’origine de la malédiction, avec des flash-back sans ordre chronologique mais qui en s’assemblant finissent par compléter le puzzle. On peut saluer là la maîtrise des scénaristes.

Se croisent donc à Storybrook des personnages que les auteurs prennent du réservoir conséquent des contes de fées mais aussi d’autres inspirations (Frankenstein, le monde d’Oz) : Cendrillon, le chapelier fou (Alice au pays des merveilles), Pinocchio et Geppetto, Jiminy cricket, la fée bleu, le chaperon rouge, Mulan, la petite sirène, Peter Pan et le capitaine crochet, le géant au haricot magique, la belle au bois dormant, robin des bois… Auquel s’ajoute le sorcier Rumplestiskin (Tricassin), admirable Robert Carlyle qui joue de nouveau un rôle ambigu. Habile manipulateur, machiavélique et puissant, il ne cesse de passer des pactes avec les gens désespérés qui servent toujours ses intérêts obscurs, et jamais sans une contrepartie difficile à satisfaire, quand elle n’est pas cachée.

Les contes ne sont pas racontés de manière traditionnelle et chaque histoire est liée aux autres, comme si les récits qui ont bercé notre enfance n’étaient qu’une déformation simplifiée et erronée de la réalité : il y avait au départ huit nains, Grincheux avait un nom différent, le génie de la lampe magique devint prisonnier du miroir de la belle-mère, Charmant n’est pas le véritable prince, le méchant loup n’est pas ce que l’on croit, Peter Pan n’a rien d’innocent et plus encore.

Un pays de conte de fées qui n’a pourtant rien de féérique. Guerres, roi tyran, monstres féroces, sorciers dangereux, malédictions sont monnaies courantes.

Une histoire cohérente…

A son arrivée à Storybrook, Emma se heurte ainsi à la mère adoptive d’Henry, mais doit aussi compter avec Rumplestiskin, alias le riche propriétaire de la ville Mr Gold, qui lui apporte une aide contre le maire, mais sans être un allié de confiance pour autant. Dans son combat, Emma se surprend aussi à développer des attaches, envers son fils, mais aussi la ville et ses habitants.

A partir de la saison 2, une fois la malédiction levée, la série prend un nouveau départ, et tous les personnages sont réinventés. La série ne reste ainsi pas bloquée sur son intrigue de départ.

De nouveaux personnages viennent enrichir une galerie déjà fournie, avec là encore des modifications qui peuvent être étonnantes, les scénaristes n’hésitant pas à inverser les rôles des gentils et des méchants. Si Régina et Rumplestiskin marchent sur la voie de la rédemption, de nouveaux dangers apparaissent : la mère de Régina encore plus malfaisante qu’elle, et Crochet le pirate ambigu bien décidé à assouvir une vengeance légitime. Viendra ensuite Peter Pan en ombre maléfique. Fallait oser !

La magie s’incruste bien à l’écran grâce à des effets spéciaux bien conçus. Les allées et retour entre les mondes sont plus fréquents : haricot magique, bateau ensorcelé, sirène, chapeau magique, les moyens ne manquent pas.

Malgré une mythologie qui ne cesse de s’étoffer, avec tous les personnages et leurs histoires, les scénaristes parviennent à ne pas s’emmêler les pinceaux et à rester cohérent, du moins au début. Ainsi, même si des personnages n’apparaissent que quelques épisodes, ils ne sont pas oubliés pour autant et ont leur importance. Enfin la plupart car avec la multiplication des personnages certains ont tendance à disparaître inexplicablement…

Enfin la saison 2 de la série Once Upon A Time, finit de révéler toute l’histoire de la malédiction, comment et pourquoi elle a été lancée, en revenant sur tous les personnages impliqués, comme l’adoption de Henry par Régina. Cette saison est certainement la meilleure.

Quelques défauts toutefois. On peut regretter que le conte de Blanche-Neige prenne autant d’importance par rapport aux autres. On retrouve ainsi presque à chaque fois Blanche, la belle-mère ou Rumplestiskin dans les autres récits. La persistance d’Emma à nier la réalité et son face à face avec l’impassible maire peuvent paraître longs au début.

Enfin, les passages du côté obscur de la belle-mère et de Rumplestiskin sont un peu convenus. Leur rédemption à compté de la saison 2 serait plus facile s’ils n’étaient déjà coupables de plusieurs meurtres difficilement pardonnables… De plus ils changent d’orientation à plusieurs reprises : ils essayent de devenir bon, redeviennent mauvais parce que c’est trop difficile, avant de réaliser que finalement ils ont bien un bon côté en eux.  Les scénaristes ont visiblement eu un peu de mal à les conserver dans l’intrigue tout en leur fournissant une évolution cohérente. Malgré leurs crimes, on est attaché quand même, car grâce aux flashbacks on sait comment ils en sont arrivés là : corrompue par une mère tyrannique et désespérant d’être aimée, ou hanté par la lâcheté de son père et sa propre couardise.  Dommage seulement qu’ils font un peu la girouette…

…mais qui commence à s’essouffler

La saison 3 de Once Upon A Time est divisée en deux parties distinctes, la première avec comme méchant Peter pan, et la deuxième la Méchante Sorcière d’Oz. Si la série continue sur sa lancée, il n’y a plus autant de surprise qu’avant, toutes les révélations ayant déjà été données. La série a du mal à trouver de nouvelles histoires à raconter sur le passé des personnages, et un trop grand nombre commence à être mis de côté. Les ennemis sont très puissants, parlent pour manipuler chaque personnage, gentils comme ancien méchants, durant plusieurs épisodes avant être finalement défaits. Le pire étant la Méchante Sorcière, d’une force magique bien supérieure elle conduit tout le monde à une impuissance frustrante, et le personnage est trop lisse pour s’avérer intéressant. Le rythme s’en ressent et l’ennui se fait un peu sentir.

En milieu de saison la série connait un nouveau bouleversement majeur, mais le retour à une situation quasiment similaire à celle d’avant atténue un peu ce nouveau souffle.

La série a certes du potentiel, mais je ne pense pas qu’elle puisse continuer encore longtemps, les signes d’un essoufflement étant déjà visibles. Si le double épisode final relève l’intérêt grâce à une bonne histoire, des appréhensions sont de mises pour la prochaine saison. Peut-être auraient-ils du s’arrêter là…

L’arrivée de Marianne à Storybrooke semble remettre en question l’idylle entre Regina celle qu’on surnomme (la Méchante Reine) et Robin Hood, le prince des voleurs…

Fiche technique: Once Upon a Time

Titre original et français : Once Upon a Time
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Genre : série fantastique, dramatique
Casting : Jennifer Morrison (Emma Swan) ; Ginnifer Goodwin ( Mary Margaret Blanchard / Blanche) ; Lana Parrilla (Regina Mills / Méchante Reine) ; Josh Dallas (David/ Charmant) ; Jared S. Gilmore (Henry Mills) ; Robert Carlyle (Gold/Rumpelstiltskin) ; Emilie de Ravin (Belle) ; Colin O’Donoghue (Crochet) ; Michael Raymond-James : Neal/Baelfire
Création : Edward Kitsis et Adam Horowitz
Réalisation : Dean White
Scénario : Geofrey Hildrew
Production : Samantha Thomas et Kathy Gilroy ; Edward Kitsis, Adam Horowitz et Steve Pearlman (exécutifs)
Société(s) de production : ABC Studios

Synopsis : Emma est une chasseuse de prime sans attaches qui vit sans histoires, jusqu’à ce qu’un enfant se présente à elle, Henry, prétendant être le fils qu’elle avait abandonnée des années plus tôt. Mais ce n’est pas la seule révélation qui va bouleverser son existence : il prétend en effet qu’il existe un monde ou les personnages de contes de fées existent, et qu’elle serait la fille de Blanche-Neige et du Prince Charmant ! Abandonnée par ses parents pour fuir malédiction qui a envoyée tous les personnages dans notre monde, dans un petit village dissimulé du nom de Storybrook, elle serait la seule à pouvoir la lever. N’en croyant évidemment pas un mot, elle ramène Henry chez sa mère adoptive, Régina, le maire de Storybrook, froide et autoritaire. Désapprouvant son attitude à l’égard de son fils, elle reste dans un premier temps pour s’assurer de son bien-être, sans se douter de l’ampleur de la mission qui l’attend, ni de l’étendue du monde magique qu’elle vient de pénétrer. Un monde rempli de merveilles étonnantes mais aussi de dangers redoutables.