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’71, un film de Yann Demange : Critique

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Cette semaine, entre Interstellar et le nouveau François Ozon, il y a ’71, un thriller britannique sur fond de guerre qui sort de manière discrète en salles et qui fait son bonhomme de chemin. Avec sa mise en scène radicale et brute, le film s’est attiré les louanges de l’exigeante critique hexagonale.

Synopsis: Belfast, 1971.Tandis que le conflit dégénère en guerre civile, Gary, jeune recrue anglaise, est envoyé sur le front. La ville est dans une situation confuse, divisée entre protestants et catholiques. Lors d’une patrouille dans un quartier en résistance, son unité est prise en embuscade. Gary se retrouve seul, pris au piège en territoire ennemi. Il va devoir se battre jusqu’au bout pour essayer de revenir sain et sauf à sa base.

Bloody Night

Premier long-métrage de Yann Demange, réalisateur régulier pour la télévision (Dead Set, Criminal Justice, etc.), ce jeune britannique franco-algérien démontre tout son savoir-faire avec ’71 et prouve à quel point il en a dans le ventre. Après avoir convaincu les producteurs de la télévision, des pontes de la production cinématographique lui proposent un premier projet de long-métrage. Ayant reçu des dizaines de scénarios à adapter, il ne trouvait pas le matériau adéquat qui pouvait le convaincre de se lancer dans l’aventure. Lorsqu’il lit le scénario de Grégory Burke, il estime avoir du mal à passer après la claque qu’était Hunger (Steve McQueen, 2008). Mais c’est un récit qui retient particulièrement son attention, car il le touche personnellement. Yann Demange dira sans hésitation qu’avec ce récit, au-delà du conflit irlandais, il a pensé à tous ces conflits qui jalonnent le monde et un en particulier qui l’a profondément touché, La Guerre d’Algérie. Il se lance alors dans cette entreprise qui se veut percutante et n’offre rien de moins qu’un film qui fait passer la perception du spectateur d’un naturalisme caméra à l’épaule au film d’angoisse intimiste. Avec cette belle ambition pour un premier film, le réalisateur s’incorpore avec brio dans cette longue liste de films qui traitent du conflit en Irlande du Nord.

Et le challenge était élevé pour ne pas tomber dans la ressasse de précédents films maîtrisés. On pense donc tout naturellement au récent Hunger, Au Nom du Père (Jim Sheridan, 1993), au Bloody Sunday de Paul Greengrass (2002) dont semble s’inspirer Yann Demange dans sa première partie. Si le film de Yann Demange s’avère plus minimaliste, moins percutant que ceux précédemment cités, il n’empêche qu’il se fond à travers eux et parvient à exister malgré tout. Et à cela, il faut bien évidemment rendre grâce à l’immersion qu’arrive à injecter le réalisateur dans son film. Après une intervention dans les rues irlandaises qui tourne mal, une jeune recrue se retrouve oubliée en territoire ennemi et se retrouve pris dans une chasse à l’homme par les membres de l’IRA. Privilégiant très justement la shaky-cam, la course-poursuite s’avère des plus déstabilisantes et éprouvantes tant le personnage principal est amené à se dépasser, à se surpasser physiquement pour éviter les tirs et réussir à s’enfuir. Et que dire de ce plan-séquence parfaitement maîtrisée de l’explosion dans le bar, une prouesse visuelle épatante, même si peu novatrice, elle mérite d’être saluée. Une fois achevée, cette dimension du film entre les chasseurs et la proie se mue en un thriller politique à rebondissements avec différentes organisations qui cherchent à tout prix à récupérer cette recrue qui pourrait créer quelques tensions supplémentaires au sein des diverses factions du film.

A la tête de ce ’71, il y a Jack O’Connell, cet acteur britannique qui s’impose comme un véritable atout pour le film et un acteur majeur en devenir. Il porte véritablement tout le poids du film sur ses épaules. En l’attendant dans le Invincible d’Angelina Jolie, Jack O’Connell a déjà été remarqué dans la série Skins, This is England, Eden Lake ou plus récemment Les Poings contre les Murs, film carcéral choc de David Mackenzie. Un acteur magistral, performant et juste, dont on espère qu’il évitera soigneusement les productions hollywoodiennes médiocres et continuera à construire une filmographie de qualité. A ses côtés, Sean Harris interprète un capitaine douteux, borné et impulsif qui servira la cause de plusieurs factions à la fois. Un acteur brillant, bien que replié sur des rôles quelques peu caricaturaux et que l’on a déjà vu dans Prometheus, la série Borgias et en l’attendant dans le Macbeth de Justin Kurzel. Une autre gueule britannique complète ce casting en la personne de Paul Anderson qui s’annonce déjà comme l’une des révélations de l’année. Dur et déterminé ici, Paul Anderson s’est révélé ces dernières années avec sa prestation actuelle dans la série Peaky Blinders, un rôle dans le Passion de De Palma ou sa prochaine interprétation dans le In the Heart of Sea de Ron Howard. Un casting donc des plus efficaces qui sert avec puissance tout le sujet du film.

La seconde partie du film est davantage concentré en un thriller nerveux et tendu, où les différentes factions se décarcassent pour retrouver la recrue, avec l’objectif de le garder ou non en vie. Yann Demange fait cependant la prouesse de ne jamais être manichéen et montre sans prise de position trop explicite, les intentions et convictions de chacun. Bien que comprenant quelques personnages adeptes de l’assassinat sans appel, chaque faction voit son image être renversée en fin de film. C’est la dure loi de ce conflit où chaque division a dû passer par des crimes horribles pour s’affirmer et tenter de reconstruire un certain équilibre en Irlande. On pourra néanmoins reprocher au film ces quelques retournements improbables en fin de parcours qui donne à ‘71 un cachet un peu grotesque de film à twists. En ce sens, la première partie, plus nerveuse, plus poisseuse, plus près des corps est efficace en tout point à la deuxième, même si l’immersion dans l’intimité des familles dans cette deuxième moitié de film contient quelques éléments intéressants.

Avec ’71, Yann Demange se crée une très bonne réputation grâce à une première impression parfaitement maîtrisée, séduisant la critique par sa mise en scène qui ne renouvelle pas le genre, mais qui s’avère suffisamment secouée pour sortir de la salle avec une impression nauséeuse. Si le film n’est pas une innovation dans le genre « guerre urbaine » en reprenant ce schéma d’un personnage en territoire ennemi, il faut reconnaître que le réalisateur a parfaitement su adapter l’image à son récit et offre un très bon rôle à Jack O’Connell, révélation britannique de l’année. Avec une salve de récompenses prestigieuses et -on l’espère- un succès en salles, Yann Demange est désormais dans les petits papiers des studios de productions. Il a déjà trouvé un producteur pour son premier projet français et les américains lui font déjà les yeux doux. A l’instar de Shadown Dancer de James Marsh l’an passé, ’71 n’atteint pas la puissance de ses aînés mais s’avère être un film parfaitement maîtrisé et des plus efficaces. Inutile de souligner que le prochain projet de Yann Demange est attendu de pied ferme.

‘71 : Bande-annonce

‘71 : Fiche Technique

Réalisation: Yann Demange
Scénario: Gregory Burke
Interprétation : Jack O’Connell (Gary Hook), Lewis Paul Anderson (Sergent Leslie), Richard Dormer (Eamon), Sean Harris (Capitaine Sandy Browning), Martin McCann (Paul Haggerty), Charlie Murphy (Brigid), Sam Reid (Lt. Arrmitage), David Wilmot (Boyle)
Image: Tad Radcliffe
Décor: Chris Oddy et Kate Guyan
Costume: Jane Petrie
Montage: Chris Wyatt
Son : David Holmes
Producteur: Angus Lamont, Robin Gutch, Robert How, Dan MacRae, Danny Perkins, Hugo Heppell, Mark Herbert, Lizzie Francke, Leslie Finlay
Production: Warp Films, Apple Films, Protagonist Pictures
Distributeur: Ad Vitam
Festival: Prix du Jury Festival du Film Policier de Beaune 2014, Sélection officielle Berlinale 2014, Golden Athena au Festival du Film International d’Athènes
Genre : Drame, Guerre, Thriller
Durée: 99min
Sorti le 05 novembre 2014

Royaume-Uni – 2014

 

Lolita, un film de Stanley Kubrick : Critique

Dans la filmographie de Kubrick, rares sont les films qui s’attachent à porter un regard sur la société, qui plus est contemporaine. Verbal, satirique, littéraire : le cinéaste s’essaie ici à une forme de classicisme avant de sauter définitivement le pas vers un cinéma qui lui soit entièrement propre.

Synopsis : Humbert Humbert, professeur de littérature française, cherche à louer une chambre pour l’été dans le New Hampshire. À cette occasion, il se présente chez Charlotte Haze, une veuve en mal d’amour qui, jouant les enjôleuses et les érudites, lui fait visiter sa maison et lui vante tous les avantages de la chambre à louer. C’est uniquement parce qu’il découvre l’existence de la jeune fille de Charlotte, Dolorès (surnommée « Lolita »), dont il tombe amoureux et pour rester auprès d’elle qu’Humbert louera la chambre puis épousera la mère. Lorsque Charlotte apprend la vérité, elle quitte précipitamment sa maison sous le coup de l’émotion et meurt accidentellement en se faisant écraser par une voiture. Humbert, « beau-père » de Lolita, est son tuteur légal. Leurs amours, d’abord platoniques, deviennent passionnées…

Dans ce stupre qui s’effondre

Lolita est un film composite, à la fois dépendant du carcan littéraire de l’illustre roman qu’il adapte, et de celui d’une censure qui va brider ses ambitions. La première image, fortement suggestive d’une main d’homme vernissant les orteils juvéniles, n’aura presque pas d’échos. Tout, pratiquement, passe par la suggestion et la parole : on dit à l’oreille les « jeux » auxquels on veut jouer, avant qu’un fondu au noir vienne clore l’échange.

Très long, (2h35), le film s’attache surtout à dresser le portait d’une société américaine (on pense aux Chaines Conjugales de Mankiewicz) oscillant entre puritanisme et libération sexuelle. La vie sociale est un grand bal où dansent indifféremment parents et enfants, et où les conversations au buffet dérivent souvent vers d’autres plaisirs que ceux de la bonne chère. La mère de Lolita, laxiste ou excessivement autoritaire avec sa fille, pratiquante fébrile et cougar pleine de ferveur est le symbole de cette schizophrénie morale. Dans ce monde où rien ne fonctionne comme il faut, le récit va s’attarder sur deux figures masculines, celle de Quilty et de Humbert, aussi différents que complémentaires. Le premier, incarné par Sellers semble préparer le film suivant, Dr Folamour, par son omniprésence et sa jubilation à interpréter plusieurs rôles. C’est la figure du jouisseur pervers, homme mondain, médiatique et artiste, qui obtient ce qu’il désire, mère et fille, et pousse le vice jusqu’à torturer l’amoureux criminel. Celui-ci, en la personne de Humbert, brille par sa passivité : face au système, face à sa passion, il tente de trouver un compromis entre ses déviances et le cadre dans lequel il pourrait ou non les assouvir.

Difficile de ne pas voir le cinéaste lui-même face à son sujet, brûlant et presque impossible à retranscrire sur la pellicule… Les scènes les plus fortes sont celles, nombreuses, où Humbert subit une conversation à laquelle il ne peut pas répondre, bouillonne intérieurement, déchiré, et ne sait comment donner le change à une discussion policée et mondaine.

Centre névralgique de cette nébuleuse passionnelle, Lolita. Etre de peu de mots, elle apparait telle une vénus botticellienne, mythe d’une jeunesse éternelle qui fait tourner les têtes. Elle se contente avec insolence de vivre, mange en permanence, et pose son regard sur ce qui lui plait, consciente que cet unique élan suffit pour l’obtenir.

D’une façon générale, l’alchimie fonctionne, et la folie d’une passion déraisonnable est retranscrite avec justesse. Surtout, la perversité et l’exacerbation de la paranoïa par le personnage de Quilty parviennent à aiguiser le récit au long cours. Le choix de Kubrick d’ouvrir le film sur une anticipation par le dialogue entre les deux hommes est habile, et instaure un cadre de délitement qui intrigue et fascine.

Long, ambitieux, formellement maitrisé, un peu trop muselé, le film est indéniablement de qualité, et servi par des comédiens qui parviennent à souligner sa dimension satirique. En ce qui concerne son véritable sujet, la passion pour une fille de douze ans, le film n’a pas pu se permettre de le traiter véritablement.

Bande-annonce Lolita (Stanley Kubrick, 1962)

Fiche Technique: Lolita

Film britannique de Stanley Kubrick
Scénario : Lolita [1962, coécrit avec Vladimir Nabokov, D’après Le Roman De Vladimir Nabokov]
Avec James Mason (Humbert Humbert), Sue Lyon (Lolita Haze), Shelley Winters (Charlotte Haze), Peter Sellers (Clare Quilty), Diana Decker (Jean Farlow), Jerry Stovin (John Farlow), Suzanne Gibbs (Mona Farlow), Gary Cockrell (Dick), Marianne Stone (Vivian).
Directeur de la photographie : Oswald Morris
Montage : Anthony Harvey
Musique : Nelson Riddle
Thème de lolita : Bob Harris
Directeur artistique : William Andrews
Son : H.L. Bird, Len Shilton
Compagnie de production : Seven Arts/Anya/Transworld
Producteur : James B. Harris
Distributeur : Metro-Goldwyn-Mayer
Durée : 115 mn
Genre : Drame

Auteur de la critique : Sergent Pepper

Web série Le Meufisme : Rencontre avec Sophie Garric

Entretien avec Sophie Garric

Sophie Garric est co-réalisatrice et co-créatrice de la web série humoristique Le Meufisme. Avec une première saison de six épisodes et une seconde prévue pour janvier prochain, les parisiennes Sophie Garric et Camille Ghanassia nous racontent avec humour la vie de JF, jeune trentenaire de la capitale.

Le Meufisme, c’est « un programme social fait par, pour et avec d’la meuf, pour qu’enfin la nana lambda fasse entendre sa voix ». Une formule qui marche, puisque la série a récemment remporté le prix du jury de la meilleure web série humoristique au Web Program Festival de la Rochelle. Des soirées cupcakes entre copines aux problèmes féminins du quotidien, Le Meufisme aborde les sujets propres aux femmes d’aujourd’hui, sans prétention et avec beaucoup de troisième degré. Sophie nous livre dans cet entretien son parcours, sa définition du Meufisme ainsi que des détails sur la prochaine saison, en préparation.

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Sophie Garric et Camille Ghanassia
  • Raconte moi ton parcours avant Le Meufisme

Je suis venue à Paris il y a un peu plus de dix ans pour faire des études de théâtre. Suite à mon diplôme du cours Florent, je me suis retrouvée dans la nature, c’était un peu compliqué de trouver comment passer des castings, ce genre de choses… Une directrice de casting m’avait repéré, et m’avait demandé une bande démo. Comme je n’en avais pas, j’ai fait un court-métrage ce qui m’avait donné goût à l’époque à la réalisation. Ensuite, comme j’en avais marre d’être serveuse je suis passée standardiste dans une boîte de production. J’ai réussi à devenir graphiste pour la boîte, ce qui m’a permis de gagner ma vie pendant sept ans. J’ai réalisé avec Camille Ghanassia, avec qui j’écris Le Meufisme, trois courts-métrages. On a fait en tout cinq films ensemble. J’ai décidé de quitter mon boulot à la télé il y a un an tout pile parce-que je voulais me consacrer entièrement à la fiction.

Pour se marrer, on a eu l’idée de faire une vidéo pour le web, mais ce n’était pas du tout prévu qu’on fasse une série ou quoi que ce soit. En fait, on s’est tellement marré à faire le premier épisode qu’on en a fait un deuxième, puis un troisième et six en tout pour la première saison. On a eu beaucoup de chance, on a été repéré tout de suite, on a eu un prix à La Rochelle tout de suite. 

  • La saison 2 est donc en cours de préparation. Où en êtes-vous exactement ?

Le tournage de la saison 2 commence aujourd’hui !. On vient de rejoindre la web factory des jeunes talents de Canal + (Canal Factory). Le Meufisme va continuer à être diffusé sur le web, ce sera tous les quinze jours à partir du 17 ou 18 janvier, sur la chaîne Canal +. Il y aura 12 épisodes. Ils sont tous déjà écrits, avec six qu’on tourne là maintenant et six autres qu’on tournera fin janvier. On va aussi beaucoup plus se lancer sur les réseaux sociaux, l’an dernier on s’est complètement laissé porter, et du coup cette année on va apprendre à beaucoup plus exister sur les réseaux sociaux. C’est hyper important.

  • Vous refusez l’étiquette féministe. Pourtant, le Meufisme traite clairement des problèmes propres aux femmes, notamment des situations d’inégalités hommes/femmes dans la vie quotidienne.

C’est très compliqué. Les épisodes sont clairement « pro meufs », c’est pour ça qu’on créé notre mouvement le Meufisme. Je pense qu’il y a beaucoup de nanas qui se reconnaissent dans ce programme. On est parti du constat qu’il y en avait marre d’être des meufs, on a toutes les deux été sujettes au sexisme comme toutes les meufs, sauf qu’on ne se reconnaissait pas dans une certaine vision du féminisme. Je ne lisais pas ce qui se faisait dans le féminisme avant, j’avais beaucoup de clichés en tête. J’ai envie d’avoir l’égalité avec les hommes, mais d’être fun et de rire de moi-même.

Avec le premier épisode, on s’est pris des grosses claques de la part de féministes (le FMI d’la Meuf). Elles nous disaient qu’on mettait en scène l’image d’une meuf superficielle qui ne pense qu’à son shopping. Déjà, c’était le but de l’épisode, de montrer ce que ça coûte que d’être une femme selon les codes de la société. Je me suis ensuite abonnée à plein de blogs, j’ai commencé à lire tous les sites féministes et à avoir des débats passionnants avec des féministes modérées. Après il y a eu les mecs de Jeuxvidéos.com qui m’ont pourri tout l’été (mails d’insulte) parce-que pour eux on est des féministes finies. Du coup on s’est demandé si on allait changer le pitch de notre série pour assumer pleinement le caractère féministe de notre série, mais c’est très réducteur. On ne veut pas politiser, on veut avant tout faire rire en parlant de nous, de la « meuf lambda ».

  • La série est majoritairement regardée par des femmes. Qu’en est-il du public masculin ?

On a un vrai public masculin, souvent amené à regarder par leur entourage féminin. On aimerait viser du 50/50 : si on arrive à tenir le pari d’être drôle je pense que ça peut plaire aux mecs comme aux filles, surtout qu’on est vraiment pas anti-mecs, on pointe juste des constats. Pour le dernier épisode, Meuf By Night, on a eu des réactions très positives comme très négatives. On ne dit pas que tous les hommes sont des salauds, mais c’est ce qui se passe réellement quand tu rentres seule le soir, t’as peur et t’as dix mecs qui vont t’aborder. Tout ce qui se passe dans cet épisode m’est vraiment arrivé.

  • La web série, un format qui permet d’être plus créatif  ?

Oui ! Ce qui est bien, c’est qu’il y a une certaine efficacité du web. Si tu postes un truc, ça passe ou ça casse. Les internautes n’y vont vraiment pas avec le dos de la cuillère. Tu sais à peu près si ce que tu fais est potable ou pas. Si tu as plus de retours positifs, ce qui a été notre cas, tu te sens porté par des gens curieux qui veulent que tu leur en donnes encore plus. Il y a beaucoup de scripts papiers qui auraient été refusés par un producteur lambda. On ne s’interdit rien pour l’instant. Pour la génération de nos petits frères et sœurs, la télé c’est un truc qu’ils ne regardent qu’en replay sur leur tablette, ils n’ont pas de rendez-vous TV, à part le sport peut-être. Le web va prendre de plus en plus de place dans nos vies, on va avoir de plus de plus de moyens. Notre ambition c’est d’être totalement interactives.

Sur internet, on va pouvoir aller dix fois plus loin dans la fiction et je suis sûre que dans dix ans, le terrain de jeu sera beaucoup plus grand qu’aujourd’hui. Internet permet une interaction directe avec les internautes, il y a une espèce d’immédiateté qui est géniale mais très chronophage.

  • D’autres web séries en tête ?

Je suis super fan des Suricate, de Raphaël Descrasques, ce mec est hyper doué. Les Visiteurs du Futur forcément. J’adore aussi  CamWeb et les Textapes d’Alices… Avec Camille, on aime aussi beaucoup Solange te parle, Marion Seclin de Madmoizelle et Natoo ainsi que ce que font Aude Gogny Goubert pour Golden Moustache ou Alisson Wheeler pour le Studio Bagel. Elles sont toutes supra douées et très inspirantes ! Ce sont eux qui ont ouvert la voie : Studio Bagel et Golden Moustache ont amené un souffle de liberté unique, et ont montré que la qualité pouvait aussi se trouver sur le web, ce qui a amené un vrai public blasé par la télévision.

Merci à Sophie pour cet entretien !

Le Meufisme compte actuellement 6 épisodes. 12 épisodes seront diffusés à partir de janvier 2015 sur la chaîne Canal Factory. La série a remporté le prix de la meilleure web série humoristique au Web Program Festival de La Rochelle, elle a également fait partie de la sélection officielle du Swiss Web Program en septembre dernier et vient récemment d’être sélectionnée pour le festival Paris Courts Devant.

EPISODE 3 – SUPER NENETTE – CA VA SAIGNEEEER

Ecrite par Sophie Garric, réalisée par Sophie Garric et Camille Ghanassia, Le Meufisme est produite par Rose Mécanique Productions. Acteurs : Sophie Garric, Thibault Gonzales, Juliette Blanche, Sandra Dorset, Marion Creusvaux, Christian Diaz, Julie Nicolet, Louise Duhamel, Sophie Muller, Virginie Bordes.

Page Facebook du Meufisme

Il Est Difficile d’Être Un Dieu, un film d’Alexï Guerman : Critique

Il Est Difficile d’Être Un Dieu est un film complètement fou, certainement le film le plus fou de ce début 2015, et probablement au-delà. Voilà un film, testament de son réalisateur mort quelques temps après le clap de fin, qui explose tous les codes cinématographiques en vigueur, pour livrer une partition artistique comme peu d’œuvres peuvent prétendre le faire.

Synopsis : Sur la planète Arkanar, la civilisation semble stagner à un stade qui ressemble à notre Moyen-âge, des scientifiques y sont alors envoyés pour tenter de faire progresser la population vers l’âge des Lumières.

Le Règne Du Chaos

Post-Mortem

Il Est Difficile d’Être Un Dieu inquiétera quelques-uns des cinéphiles parmi les plus frileux, inquiets à l’idée d’un film à ce point à la marge et poussant si loin l’idée de création artistique. S’il est vrai qu’aujourd’hui le cinéma est devenu un média de masse (certaines sorties ont un nombre de salles parfois indécent), il devrait rester plus que tout un art et pour qu’il y ait art, il doit y avoir création et pour qu’il y ait création, il doit y avoir de nouveaux codes.

Déconstruction

Un code qu’on déconstruit : la narration. Si un film doit aujourd’hui avoir une narration fluide, assortie d’une construction chronologique, avec une introduction, un développement et une conclusion (pas forcément dans cet ordre d’ailleurs), ce film balaie ce principe (cette contrainte ?) d’un revers de main dédaigneux, refusant de se laisser enfermer dans l’idée même d’histoire. Le scénario, s’il existe, tient donc sur un fil à couper le beurre. On y parle de scientifiques envoyés sur une planète, Arkanar, restée coincée au Moyen-âge, pour l’aider à évoluer, la voix off vient d’ailleurs très à propos nous expliquer de quoi il retourne. Seulement voilà, à part nous exposer effectivement un monde arriéré, il n’est jamais réellement question de ces scientifiques ou de leur action bienfaitrice, ou alors de manière très indirecte. On comprend que ce monde (comme l’a été le nôtre), possède une hiérarchie sociale et que cette hiérarchie rejette le progrès, que ceux qu’ils surnomment « les Gris », se promettent de leur apporter.

Humour Et Décadence

Là, tient sans doute le côté le plus repoussoir du film, cette absence d’histoire, et d’enjeux qui en découlent : l’attachement aux personnages, leurs rapports entre eux et surtout, l’envie de connaitre le dénouement bref, la peur au mieux de s’ennuyer, au pire de rejeter complètement l’œuvre d’Alexeï Guerman. Et puis non en fait, cette absence de narration, véritable volonté artistique (comme chacun sait, l’art fait peur) est assortie d’un joyeux bordel à l’écran, de scènes et de répliques parfois d’une drôle intelligence telle que : « Ce n’est pas parce-que nous parlons que nous avons une conversation ». S’il n‘y avait pas, à défaut d’un scénario, une thématique commune, on pourrait presque parler d’un film à sketchs, tant différentes saynètes se succèdent distinctement, mais avec toujours un fond de bouffonnerie. Certes, le film est long, mais l’idée que chaque séquence soit un paquet surprise qui réserve au choix : de l’humour, un peu d’action ou un peu de gore, aide à ne pas voir le temps passer.

Extinction

On peut parler de gore, tant le monde filmé par Guerman est peut-être la pire manière d’imaginer notre Moyen-âge. C’est un univers humide et pourrissant (accentué par un superbe noir & blanc), couvert de cette boue primitive qui vit naitre l’humanité, où les corps sont « chaire » avant d’être « esprit » que Guerman nous fait découvrir. Le résultat reflète le désespoir d’une société qui semble retourner à des temps primitifs, tant elle semble vouloir refuser le moindre progrès intellectuel. D’où la présence presque étouffante des corps, vivants ou morts, de l’exposition des fluides corporels sous toutes leurs formes, qu’il s’agisse du sang, de la morve, des selles ou de l’urine. Les sages, ces « gris » dont on ne parle qu’en mal sont très peu montrés, on préfère donner la parole à toute une galerie de personnages qui ressemblent à des psychopathes en puissances.

Asile d’Aliénés

Mention « excellent » avec les félicitations du jury, à tous ces figurants qui jouent à merveille cette population, sortie tout droit d’un asile de fous dangereux. Lorsqu’ils regardent la caméra (et donc vous regardent), le malaise est immense de se dire que cette crainte qu’ils inspirent serait juste le fruit de leur primitivité, alors que nous les jugeons fous. Se pose alors la question de savoir si la folie ne serait pas juste une régression vers nos instincts les plus primaires. Face à cette populace arriérée, un homme seul: aristocrate et imposant un charisme incroyable : Don Rumata. Il est tout à la fois le leader respecté, l’adversaire farouche des sages « gris », mais aussi celui qui sait profiter au mieux d’un statut que ces « gris » semblent vouloir lui ôter. Le rôle est tenu par un certain Leonid Yarmolnik, illustre inconnu d’un cinéma russe méconnu, mais absolument mémorable dans ce rôle sans doute le plus difficile, puisqu’il doit être l’acteur qui a eu le plus d’heures de tournage.

Dantesque

Car ce tournage a dû être un des plus épiques de l’histoire du cinéma, dans un vieux château, sous des trombes d’eau (ou même de neige) qui semblent ne jamais vouloir s’arrêter, les pieds dans une boue qui inspire plus la saleté que la vie apportée par cette Terre nourricière. Chaque plan de Guerman est un chaos sans fin mais étrangement, un chaos qu’on sent voulu, réfléchi et organisé. Chaque scène croule sous des détails confinant parfois au surréalisme, dont Guerman s’inspire sans aucune discrétion. La technique cinématographique, dans des conditions pareilles, tient du génie forcené d’un cinéaste, qu’on ne connaitra finalement que de manière posthume. La caméra se fait précise, presque chirurgicale lorsqu’elle s’attarde sur les visages et surtout, sur les boyaux que l’on voit déversés plus d’une fois, accompagnés de ce son caractéristique des entrailles qui se répandent.

Surréalisme

Il Est Difficile d’Être Un Dieu restera comme un objet captivant, la pépite d’un réalisateur qui trouva une fulgurance artistique juste avant de trépasser. Un film qui déconstruit un art pour mieux le reconstruire sur les cendres du surréalisme. Un film épique, sale et répugnant mais qui captive, par un foutoir récréatif et sans tabous pour ces corps, que l’on donne en pâture à un public coupable et voyeur. Les corps ne sont pas beaux, on expose des femmes obèses aux crânes rasés, qui exhibent seins et fesses flasques, qu’on imagine nauséabondes. Le public devra oublier ses réticences envers un cinéma qu’il imagine trop différent, car pour peu qu’on sache trouver la clé (très simple à trouver d’ailleurs) ce film, sans dire qu’il apportera du plaisir, peut absolument captiver. Il Est Difficile d’Être Un Dieu baigne dans la boue, la fange et la saleté des corps humains, mais derrière c’est une pépite qui sommeille en attendant que le cinéphile y pose un regard.

Il Est Difficile d’Être Un Dieu / Hard to Be God/ Teaser

Fiche Technique : Il Est Difficile d’Être Un Dieu

Titre Original : Trudno byt’ bogom

Réalisation : Alexeï Guerman
Scénario : Alexeï Guerman & Svetlena Karmalita d’après Arcadi & Boris Strou (auteurs de Stalker, adapté à l’écran par Andreï Tarkovsky)
Origine : Russie
Genre : Science-Fiction
Format : Noir et blanc – 35 mm – 1,85:1 – Dolby DigitalDurée : 170’
Casting : Leonid Yarmolnik, Dmitriy Vladimirov, Laura Lauri, Aleksandr Ilin, Yuriy Tsurilo, Evgeniy Gerchacov, Aleksandr Chutko, Oleg Botin
Sortie France: 11 février 2015

Auteur Freddy M.

Spartacus, un film de Stanley kubrick : Critique

Tout le monde le sait, l’incursion de Kubrick dans le monde très codé du péplum n’a rien d’un choix personnel : c’est un tremplin à sa carrière et un remplacement de dernière minute pour le projet de Douglas construisant un film à sa gloire.

L’éphèbe de la glèbe à la plèbe

On pourra néanmoins chercher dans ce film les germes de son esthétique ou les obsessions qui seront les siennes par la suite. La maitrise formelle est évidente, particulièrement dans les plans d’ensemble et la gestion des foules : une caméra qui passe à travers les corps en entrainement, qui survole la crête d’une mine de sel, ou un cadre qui donne à voir les légions romaines en formation avec une grande capacité de persuasion.

Sur la thématique propre au film, les indices d’un attachement à l’aliénation et à la mécanique du corps sont déjà bien présents : du formatage du gladiateur à son combat-spectacle, de la vente des corps à leur crucifixion, Kubrick exploite l’idéologie très prégnante de Trumbo dans l’image elle-même.

La naissance du héros est donc celle d’un homme qui commencera dénué de tout : de liberté, mais aussi de culture, de vie sexuelle et amoureuse ou d’amitié puisqu’il pourra avoir à tuer prochainement ses partenaires. Même s’il souffre des raccourcis et des excès propres à la machine hollywoodienne (une romance d’un lyrisme assez anachronique, et des capacités de stratège pour l’esclave affranchi à faire pâlir l’élite romaine), le parcours du protagoniste est celui de l’affirmation d’un individu par le prisme de la foule grandissante qui l’accompagne. On appelle cela un prophète. Toute l’articulation du scénario fleuve (3h20, et s’il faut admettre au film des longueurs, reconnaissons que la dynamique générale est plutôt cohérente) repose sur ces chevilles entre l’individuel et le collectif. D’un côté, la constitution d’une utopie où l’on s’attarde longuement sur la communauté des esclaves rebelles en pleine diaspora, insistant sur des visages et des scènes du quotidien laborieux, que ne renierait pas le Ford des Raisins de la Colère, dans un panorama exhaustif incluant femmes, enfants, vieillards (et même un nain). De l’autre, l’incidence de ce souffle nouveau sur la politique romaine, repère des coulisses corrompues, de l’avènement d’un ordre nouveau qui fera vaciller les fondements politiques. Les échanges entre les nombreux personnages romains fonctionnent et traduisent bien l’enlisement d’une civilisation dans les excès de sa propre puissance. Les acteurs, de ce point de vue, sont tous à la hauteur, de Laughton à Olivier, en passant par Curtis. Jean Simmons peut se contenter d’un regard pour signifier son amour ou son mépris.

Le péplum est donc avant tout une question d’équilibre : concilier tête à tête, romance, violence, destin d’un pays tout entier, épopée collective et destinée individuelle. Spartacus est dans ce registre une véritable réussite, à laquelle on peut joindre la capacité qu’il a à entrer en résonance avec les enjeux idéologiques d’une autre époque, où la lutte des classes et l’appel à la cohésion de la plèbe prend une autre dimension.

Fiche technique: Spartacus

Film Américain De Stanley Kubrick
Réalisateur 2ème Equipe : Irving Lerner
Année : 1960
Scénario : Dalton Trumbo d’aprèsle roman de Howard Fast
Avec Kirk Douglas (Spartacus), Laurence Olivier (Marcus Crassus), Jean Simmons (Varinia), Charles Laughton (Gracchus), Peter Ustinov (Batiatus), John Gavin (Julius Caesar), Tony Curtis (Antoninus), Nina Foch (Helena), John Ireland (Crixus), John Dall (Glabrus), Charles Mcgraw (Marcellus).
Durée : 184 Mn
Genre : Péplum
Directeur Artistique : Alexander Golitzen
Photographie : Russell Metty
Dcors : Eric Orbom
Costumes : Peruzzi, Valles, Bill Thomas
Montage : Robert Lawrence, Robert Schultz, Fred Chulak
Son : Walson O. Watson, Joe Lapis, Murray Spivack, Ronald Pierce
Musique : Alex North
Générique, Conception Visuelle : Saul Bass
Production : Edward Lewis, Kirk Douglas
Compagnie De Production : Bryna
Distributeur : Universal Pictures

Auteur de la critique : Sergent Pepper

stanley-kubrick-spartacus-tournageSynopsis et repères Filmographiques: 73 av. J.-C. Spartacus est un esclave thrace que l’on fait travailler dans les mines de Libye. Il est remarqué et acheté par Lentulus Batiatus, propriétaire d’une école de gladiateurs à Capoue, où il est pris en charge par l’entraîneur Marcellus qui l’initie au métier de gladiateur. Il fait connaissance avec les autres esclaves, dont Draba le Noir et Crixus. Il est aussi intéressé par Varinia, une des esclaves que Marcellus donne parfois en récompense pour une nuit aux gladiateurs qui l’ont mérité. Crassus arrive bientôt à l’école de gladiateurs, et demande à Batiatus de faire combattre deux paires de gladiateurs jusqu’à la mort. Spartacus est sélectionné pour se battre contre Draba dans l’arène. Il est vaincu mais Draba refuse de le tuer et lance son trident vers la loge des spectateurs. Il s’élance ensuite pour monter sur l’estrade mais Crassus le tue d’un coup de dague. Écœurés de la mort de Draba, les gladiateurs égorgent Marcellus et se révoltent. Voyant qu’il ne viendra pas à bout de la rébellion, Batiatus se sauve en emmenant Varinia avec lui. Au Sénat de Rome, le plébéien Sempronius Gracchus, adversaire déclaré de Crassus, fait voter une motion donnant à Marcus Glabrus, chef de la garnison de Rome et protégé de Crassus, le commandement d’une armée chargée de mater la révolte des esclaves qui se sont réfugiés sur les flancs du Vésuve. En attendant, César, allié de Gracchus, prend le commandement de la garnison de la ville. Au moment du départ de l’armée de Glabrus, Antoninus, un esclave poète de Crassus, s’évade et part rejoindre les révoltés. Ceux-ci taillent en pièces l’armée de Glabrus. Le but de Spartacus est de faire traverser l’Italie à ses hommes, jusqu’à la mer où il paiera les pirates ciliciens pour les faire embarquer sur leurs bateaux et les transporter le plus loin possible de Rome. Au début du voyage, il est rejoint par Varinia, qui a réussi sans trop de mal à se sortir des griffes de Batiatus. Ils deviennent amants et Varinia tombe bientôt enceinte de lui. Quand les esclaves arrivent à la côte, le chef cilicien leur apprend qu’il ne pourra pas les embarquer car Crassus a payé leur flotte pour qu’elle appareille. Il offre seulement d’embarquer Spartacus, Varinia et quelques autres de ses officiers sur son bateau personnel mais Spartacus refuse et le fait jeter dehors du camp. Il s’apprête alors à affronter les armées romaines. À Rome, Crassus a promis d’écraser la rébellion à condition qu’il soit nommé dictateur, et le Sénat a accepté malgré les protestations de Gracchus. Les esclaves voient bientôt la menace se préciser. L’armée de Crassus arrive de Rome et elle est épaulée par celle de Pompée, qui arrive de Calabre, et celle de Lucullus, qui vient d’accoster à Brundisium. L’armée esclave subit une défaite complète et Crixus est tué dans la bataille. Spartacus et Antoninus sont faits prisonniers. Sur le champ de bataille, Crassus trouve Varinia, qui vient d’accoucher, et la fait ramener à Rome. Il la convoitait depuis qu’il l’avait entrevue dans la maison de Batiatus à Capoue. Crassus promet aux captifs qu’ils ne seront pas punis s’ils leur livrent Spartacus. À sa grande surprise, tous déclarent : « Je suis Spartacus ! ». Le vainqueur les condamne à être crucifiés tout le long de la Voie Appienne jusqu’aux portes de Rome. Il ordonne qu’Antoninus et Spartacus, enchaînés l’un à l’autre, soient les derniers à être mis en croix. Batiatus, ruiné par la révolte de ses gladiateurs, veut prendre sa revanche sur Crassus, qu’il accuse d’être la cause de son malheur. Il retourne à Rome et s’allie à Gracchus, maintenant disgracié. Celui-ci lui donne de l’argent pour enlever Varinia et l’emmener en Gaule où elle trouvera la liberté. Après leur départ, Gracchus se suicide. Pendant ce temps, Crassus à qui s’est rallié César est aux portes de Rome et ordonne à Spartacus et à Antoninus de se battre en duel jusqu’à la mort. Le vainqueur sera ensuite mis en croix. Spartacus remporte le combat et c’est lui qui est crucifié à proximité des murs de Rome. Le lendemain matin, Batiatus et Varinia sortent de la ville en empruntant la voie Appienne et aperçoivent Spartacus, encore mourant sur sa croix. Varinia lui montre son fils avant de s’éloigner dans le chariot avec son ancien maître.

Paradise Lost, un film de Andrea Di Stefano : Critique

La petite histoire, au sein de la grande histoire. C’est ainsi que se définit cette tragédie, un mélange de réalité et de fiction. Pour sa première réalisation et scénario, Andrea Di Stefano s’attaque au personnage de Pablo Escobar. Un énorme challenge, sur lequel Oliver Stone et Joe Carnahan entre autres, se sont cassés les dents.

Synopsis : Nick pense avoir trouvé son paradis en rejoignant son frère en Colombie. Un lagon turquoise, une plage d’ivoire et des vagues parfaites ; un rêve pour ce jeune surfeur canadien. Il y rencontre Maria, une magnifique Colombienne. Ils tombent follement amoureux. Tout semble parfait… jusqu’à ce que Maria le présente à son oncle : un certain Pablo Escobar.

Une carte postale légèrement écornée

Mais au lieu de faire un biopic sur le tristement célèbre parrain de la drogue, il utilise des faits réels sur ce dernier, en y insérant une histoire d’amour, entre sa nièce et un canadien, venu rejoindre son frère en Colombie. Un choix discutable, tant la présence de Pablo Escobar, qui plus est, incarné par Benicio Del Toro, focalise l’attention et donne envie de le voir plus souvent, d’en savoir plus sur lui et donc de se retrouver devant un biopic, et non une romance tragique.

Le film Paradise Lost, se compose de deux parties : l’histoire d’amour qui naît entre Nick (Josh Hutcherson) et Maria (Claudia Traisac), avec en fond la découverte du personnage de Pablo Escobar et de son lien avec elle. Puis, la belle idylle vire au cauchemar, avec la descente aux enfers du parrain, qui emporte tout le monde avec lui dans sa chute.

L’histoire commence avec Nick dans une église, visiblement amoché et Maria apeurée, accourant à l’intérieur de celle-ci. On devine facilement, que la romance, va mal se finir. Andrea Di Stefano a choisi de passer par un flashback pour nous conter leur histoire.

La Colombie est belle, la mer tout autant, le soleil brille et Maria illumine l’écran avec son sourire. C’est beau, comme une carte postale, malgré des individus au faciès peu sympathique, qui menacent la tranquillité de Nick et son frère. Mais quand tu sors avec la nièce de Pablo Escobar, la vie devient plus facile, un peu comme le film, qui enchaîne les clichés et les répliques toutes faites, limite dégoulinantes entre Nick et Maria. Cela manque de profondeur, c’est plat et il n’y a pas d’autres personnages intéressants, le réalisateur préférant se concentrer surtout sur Nick, découvrant ce monde, auquel il n’adhère pas.

Maria va présenter Nick à Pablo Escobar, lors d’une fête organisée dans sa demeure pour son anniversaire. Lorsqu’il lui demande ce que fait son oncle dans la vie, elle lui répond le plus naturellement du monde : il exporte la drogue. Sa naïveté est touchante, elle vit dans une bulle, protégée des réalités du monde dans l’immense propriété familiale.

La découverte de la réalité, fait basculer le film dans un drame où la sympathie affichée par Pablo Escobar se fissure, laissant place à sa noirceur. Cette seconde partie est plus intéressante, on passe de la mièvrerie de la première, à un drame sombre où Nick se retrouve pris par la folie du parrain. Malgré tout, cela ne sauve pas l’ensemble; déjà peu enthousiasmante au début, elle tente de se donner un second souffle, sans y parvenir. Il faut dire que le manque de charisme de Josh Hutcherson n’aide pas vraiment, difficile de s’attacher à son couple, à leur histoire, surtout avec toujours cette envie irrépressible d’en savoir plus sur le personnage de Pablo Escobar.

Andrea Di Stefano ne réussit pas sa première réalisation et sans la présence de Benicio Del Toro, elle serait passée inaperçue. C’est étonnant de la part d’un acteur devenu réalisateur, de ne pas développer davantage ses personnages. Il se contente de raconter son histoire, n’enthousiasmant ni par sa réalisation, ni par son scénario. Le sourire de Claudia Traisac ne suffit pas à maintenir l’attention durant près de deux heures et pourtant, il est irrésistible et contraste avec le regard sombre de Benicio Del Toro, le seul intérêt de se rendre dans une salle de cinéma, pour s’infliger ce film.

Paradise Lost – Bande-annonce

Fiche technique: Paradise Lost

Escobar : Paradise Lost
2014 – France-Espagne-Belgique
Réalisation : Andrea Di Stefano
Scénario : Andrea Di Stefano
Distribution : Benicio Del Toro, Josh Hutcherson, Brady Corbet, Claudia Traisac, Carlos Bardem, Ana Girardot, Laura Londono et Aaron Zebede
Montage : Maryline Monthieux
Musique : Max Richter
Photographie : Luis David Sansans
Production : Dimitri Rassam
Sociétés de production : Alta Films, Chapter 2, Nexus Factor, Pathé et Roxbury Pictures
Société de distribution : Pathé
Durée : 120 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie française : 5 Novembre 2014

Auteur : Laurent Wu

Les sentiers de la gloire, un film de Sranley Kubrick : Critique

La force dénonciatrice des Sentiers de la gloire est telle qu’on pourrait être tenté d’oublier le cinéaste aux commandes. En effet, difficile de rester insensible face à cette charge contre le système militaire en temps de guerre, qui valut au film d’être privé de diffusion pendant 18 ans en France.

Synopsis : En 1916, durant la Première Guerre mondiale, le général français Broulard ordonne au général Mireau de lancer une offensive suicidaire contre une position allemande imprenable, surnommée « La fourmilière ». Au moment de l’attaque, les soldats tombent par dizaines et leurs compagnons, épuisés, refusent d’avancer…

Tranchée, ceci est ton sort.

Afin de démontrer l’écart entre les décisionnaires et la chair à canon qu’ils dirigent, Kubrick crée un réseau fortement contrasté, (voire trop souligné) : d’un côté, les salons et les dorures de la République. De l’autre, la boue des tranchées. Cette dichotomie n’est cependant pas aussi manichéenne qu’on puisse le croire : entre les hommes de terrain eux-mêmes, les manipulations et mensonges vont bon train, à l’image de la nuit de reconnaissance et des arrangements qu’elle engendre sur la couardise du supérieur. De la même manière, la complicité des hommes, voire leur caractère infantile dans la scène finale peut autant prêter à l’attendrissement que justifier le mépris de leurs supérieurs…

Les sentiers de la gloire n’est pas tant un film de guerre qu’un pamphlet sur le pouvoir. La guerre en tant que telle est ici un catalyseur : objet politique, outil de promotion sociale et d’ambition personnelle, elle a perdu toute réalité du point de vue de ceux qui la conduisent. Un général peut ordonner de tirer sur ses propres troupes, et l’on peut finir le travail de l’ennemi en fusillant ses hommes pour l’exemple, afin, pense-t-on, de motiver les prochains candidats à l’assaut des lignes adverses. Foncièrement pessimiste, le film prend toute sa force dans le procès qui le conclut : parodie de justice, elle voit les tentatives de Dax de décoller vers une véritable rhétorique échouer les unes après les autres. Et pour enfoncer le clou, le général à qui il dénonce les agissements d’un supérieur lui offre sa place, pensant qu’il agit pour son compte depuis le début.

Dans un monde où la guerre dévore les corps, les consciences sont elles aussi malades. Une guerre absurde et béante comme les cratères des obus qui tombent durant les discours censés galvaniser les troupes, et dont le non-sens se propage dans les arcanes du pouvoir, sans épargner la complicité de la religion en la personne du prêtre tentant de légitimer la mort imminente de condamnés.

Si la révolte par la raison ne fonctionne pas en la personne du colonel Dax, reste le cri de douleur des hommes, qui n’ont survécu à l’enfer des tranchées que pour être exécutés par la patrie qu’ils défendaient. Par un sens du pathos mesuré, Kubrick décline les différentes réactions face au peloton d’exécution, et laisse s’épancher toute la bêtise humaine par ces trois poteaux et la rigueur protocolaire d’une cérémonie destinée à honorer la France.

Enfin, le dernier instrument de la révolte sera la présence discrète du cinéaste, qui ici encore forge ses armes avant les grands coups d’éclats de sa future filmographie. On notera le sens de la composition aigue lors du procès, où les positions des accusés et de leurs supérieurs dessinent avec virtuosité la hiérarchie et les enjeux de l’échange. On assiste aussi à la naissance de ses fameux travellings arrière, dans un splendide plan-séquence sur le parcours de Dax dans la tranchée. A ce mouvement répondra celui du travelling avant vers les poteaux d’exécution, d’autant plus effrayant qu’il se fait dans le calme et la sérénité, sous le regard d’une armée complice et satisfaite.

Auteur de la critique : Sergent Pepper

Fiche Technique: Les sentiers de la gloire

Réalisateur: Stanley Kubrick (Paths of Glory, 1957, noir et blanc),
Scénario: Stanley Kubrick, Carter Willingham et Jim Thompson, d’après le roman de Humphrey Cobb.
Interprétation: Kirk Douglas (Colonel Dax), Ralph Meeker (Corporal Philippe Paris), Adolphe Menjou (General George Broulard), George Macready (General Paul Mireau), Wayne Morris (Lieutenant Roget), Richard Anderson (Major Saint-Auban), Timothy Carey (Private Maurice Ferol), Joseph Turkel (Private Pierre Arnaud), Christiane Kubrick (German Singer), Jerry Hausner (Café Proprietor), Peter Capell (Narrator/Court-Martial Official), Emile Meyer (Father Dupree), Bert Freed (Sergeant Boulanger), Kem Dibbs (Private Lejeune), Harold Benedict (Captain Nichols), John Stein (Captain Rousseau), Fred Bell (Shell Shock Victim)
Genre: Guerre, Drame
Durée: 1h26

A Girl at My Door, un film de July Jung : Critique

A Girl at My Door, un coup de poing pour le cinéma Coréen

Synopsis : Young-Nam, jeune commissaire de Séoul, est mutée d’office dans un village de Corée. Elle se retrouve confrontée au monde rural avec ses habitudes, ses préjugés et ses secrets. Elle croise une jeune fille, Do-hee dont le comportement singulier et solitaire l’intrigue. Une nuit, celle-ci se réfugie chez elle…  

Un drame coréen réalisé par la jeune réalisatrice, July Jung, abordant des thèmes comme l’alcoolisme et la maltraitance sur les enfants. A Girl at My Door, a été présenté au festival de Cannes dans la catégorie Un Certain Regard.

Le Cinéma Coréen n’en finira pas de nous surprendre. Fièrement, ce premier film de la jeune et talentueuse July Jung, parvient à s’introduire dans les salles sombres françaises. Une rareté scénaristique et de mise en scène pour un scénario simple. Avec la touche grinçante propre aux films coréens, A Girl at My Door s’attaque au rejet et la violence chez l’enfant différent, mais en filigrane, traite aussi de l’impossible acceptation de l’homosexualité dans cette société encore très traditionaliste représenté par ce village de pécheurs.

Des personnages féminins forts, en présence et en émotions

Do-hee, interprétée par Sae-ron Kim, est cette jeune fille, marginale et rejetée de son village. En plus d’être maltraitée par son père alcoolique (Yong-Ha) et sa grand-mère, elle est martyrisée par des jeunes de son collège. Muette et si chétive que sa silhouette spectrale fait penser au fantôme de films d’horreur tel que Sadako dans The Ring. Son seul refuge se situe dans l’art et l’imaginaire. L’image s’adoucit, et entre en accord avec sa danse aliénante et onirique au bord de l’eau.

Young-Nam (Doona Bae de Cloud Atlas et The Host), fraîchement arrivée, se retrouve nouvelle chef de la police du village et se prend de pitié pour elle et les difficulté qu’elle traverse. La prenant sous son aile, elle devient sa protectrice et une sorte de mère adoptive. Mais cette relation devient de plus en plus ambiguë, faisant référence à Mother et cette identification amoureuse dépassant la relation maternelle saine. Les limites et faiblesses de ces deux personnages deviennent de plus en plus visible, et leur vision ne devient plus aussi fiable pour le spectateur.

L’histoire se concentre sur Do-Hee, les difficultés de son quotidien et l’ambiguïté de son caractère si mystérieux. En tant que figure de femme forte et indépendante, Young-Nam est l’héroïne du film en tentant de protéger Do-Hee des griffes de son père. Mais elle souffre également d’une certaine fragilité et doit faire face à ses propres démons. Grace aux plans répétitifs de ces bouteilles transparentes, l’alcoolisme devient pourtant un mal visible. Difficile à liquider, il devient source de tous les problèmes relationnels pour les personnages alcooliques. Le problème d’alcoolisme chez Young-Nam rend notre héroïne à la fois humaine pour sa fragilité, mais autodestructrice. Elle s’enferme dans une addiction qu’elle alimente de sa propre volonté, tout comme elle cache son homosexualité par peur du jugement des autres.

Un huis clos perfide

La tension du film se resserre autour de la mort accidentelle de la grand-mère et ainsi l’enquête de Young-Nam fait ressurgir les secrets et démons de ce village aux apparences si tranquilles. En action, la policière revêtit son costume de justicière naïvement et aveuglement. Pourquoi aveuglement ? Car son personnage honorable ne voit pas au-delà des apparences. Les maux et secrets de ce village sont une abîme dans laquelle elle s’y plonge aussi profondément que dans son alcoolisme. Trompée et manipulée, elle finit par être elle-même la rejetée du village pour un crime dont elle est injustement puni. Les rôles s’inverses, se confondent : Young-Nam devient victime de Do-hee. Les deux héroïnes se reflètent et s’opposent, jusque dans une apparence similaire que les champs et contre champs amplifient.

Un vice caché par l’innocence enfantine

Le véritable mal du village se situe dans les recoins les plus cachés. Sous l’innocence apparente de Do-hee se cache un démon de violence et de perversité. Son arme devient son rôle de victime et son apparence angélique. Mais, sous ce masque, elle personnifie le mal refoulé. Décuplant tout ce qu’on lui a fait subir, son retour de force est surprenant. Le spectateur, tel que Young-Nam l’avait sous-estimé. Alors, chacun est perplexe entre accepter la morale tangente de ce film ou rejeter cet exemple cathartique.

Très naturellement, A Girl at My Door aborde frontalement les problèmes actuels de l’acceptation de la différence dans cette société occidentale qui rejette les vices et démons. Mais le cinéma coréen retransmet bien cette noirceur dans leurs anti-héros diaboliques qui fatalement font payer dix fois le prix de leur rejet. Si ce film n’est pas à proprement dit du genre « horrifique », il montre le monstre viscéral et caché sans artifice. Un démon refoulé qui sert ici de sauveur et justicier. Une fin intrigante mais qui laisse le spectateur avec une sorte de soulagement indéfinissable. Au final, des figures de femmes fortes et triomphantes face à une campagne troublante et oppressante.

Fiche Technique: A Girl at My Door (Dohee-ya) 

Corée du Sud – 2013
Réalisation: July Jung
Scénario: July Jung
Interprétation: Bae Doona (Young-nam), Kim Sae-ron (Dohee), Song Sae-byuk (Yong-ha), Jang Hee-jin (Eun-jung)
Genre: Drame
Date de sortie: 5 novembre 2014
Durée: 1h59
Image: Kim Hyun-seok
Son: Kim Hyun-sang
Montage: Lee Young-lim
Musique: Jang Young-gyu
Producteur: Lee Chang-dong, Lee Joon-dong
Distributeur: Epicentre Films

Interstellar : Musique de Hans Zimmer

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La musique d’Interstellar : De la poussière du Texas vers la poussière des étoiles

Interstellar, film le plus attendu de cette fin d’année, avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain et Michael Caine, est mis en musique par Hans Zimmer (Gladiator, Le Roi Lion, The Thin Red Line, Man of Steel…).

Christopher Nolan et Hans Zimmer n’en sont pas à leur première collaboration, après The Dark Knight Rises, Inception, The Dark Knight et Batman Begins, le compositeur peint en musique une aventure spatiale avant tout humaine. Hans Zimmer compose une musique occupant l’espace et le temps. Le trou de ver, la vague et le trou noir sont hantés par des mélodies envoûtantes, une véritable symphonie interstellaire, un ballet cosmique….

BO de Interstellar – Soundtrack Tracklisting


1. Dream Of The Crash (3:55)
2. Cornfield Chase (2:06)
3. Dust (5:41)
4. Day One (3:19)
5. Stay (6:52)
6. Message From Home (1:40)
7. The Wormwhole (1:30)
8. Mountains (3:39)
9. Afraid Of Time (2:32)
10. A Place Among The Stars (3:27)
11. Running Out (1:57)
12. I’m Going Home (5:48)
13. Coward (8:26)
14. Detach (6:42)
15. S.T.A.Y. (6:23)
16. Where We’re Going (7:41)
17. First Step (1:47)
18. Flying Drone (1:53)
19. Atmospheric Entry (1:40)
20. No Need To Come Back (4:32)
21. Imperfect Lock (4:32)
22. What Happens Now? (2:26)
23. Do Not Go Gentle Into That Good Night (1:39)

Soulignons que la musique du film Interstellar a été composée sans que Hans Zimmer ne lise le scénario. Autre point, c’est un film réalisé à l’ancienne. En effet Interstellar a été filmé en argentique, sur bobine, en 35 et 70mm. Un petit mot sur Hoyte van Hoytema (Her, Fighter), le directeur de la photographie: il confère à ce long-métrage un véritable esthétisme, les plans sont très beaux, la photo donne une impression visuelle de vertige en créant une véritable expérience cinématographique.

L’ultime razzia, un film de Stanley Kubrick : critique

Pour son troisième film, Kubrick creuse la veine du film noir. Nouvelle déclinaison sur les codes du genre, cet opus se concentre sur l’avant, le pendant et l’après braquage, orchestrant un collectif choral d’archétypes : le brutal, le fourbe, la femme fatale, le gentil altruiste, la jolie cruche…

Synopsis: Johnny Clay, récemment sorti de prison, organise un casse pour s’emparer de la caisse d’un champ de course un jour de grande affluence. Avec deux millions de dollars à la clé, les complices ne manquent pas et tous souhaitent la réussite de l’opération. L’opération est un succès, le timing est parfait ; mais c’est sans compter sur l’indiscrétion d’un des complices ainsi que la cupidité et la duplicité de sa femme. Le déclenchement du drame mettra à mal toute cette belle machination…

Engrenages, braquage, carnage

Mais sous le vernis du cahier des charges, Kubrick déploie une nouvelle fois sa maîtrise formelle. Le recours à la voix off d’un narrateur externe donne le ton d’un spectacle avec lequel on garde ses distances : le film sera une dissection, une étude clinique d’un puzzle, dont l’assemblage ne pourra s’achever. Kubrick évite ainsi le pathos un peu maladroit du Baiser du tueur et observe sa galerie d’impétrants à la richesse subite.

Pour peu qu’on accepte cette désincarnation volontaire et l’enfermement des personnages dans des types figés, on peut prendre la pleine mesure du projet. Kubrick travaille avant tout sur le montage et l’alternance, distribue à chacun un rôle spécifique dans une machine a priori parfaitement huilée. Film sur le collectif et le travail de groupe, il dissémine les indices comme il cache à certains le grand projet auquel ils contribuent, ne leur assignant que des tâches secondaires. C’est souvent le statut du spectateur qui ne comprend toute l’ampleur du casse qu’assez tardivement.

Cette construction s’accompagne d’une expérimentation sur le temps : en fonction des différents collaborateurs, la même séquence est montrée à plusieurs reprises et les retours dans le temps permettent de construire la dimension collective du braquage.

Attentif au timing, Kubrick ne l’est pas moins aux objets et aux éléments susceptibles de se transformer en grains de sable dans l’engrenage : le fusil, la valise, le caniche…

Convergeant vers le grand carnage, dans une tonalité des plus ironiques, L’Ultime razzia joue finalement cartes sur table : s’il on y traite de maîtrise et de succès, c’est bien de ceux du cinéaste, grand architecte d’une machine imparable.

Fiche Technique: L’ultime razzia

Titre originale: The Killing [1956, coécrit avec Jim Thompson, d’après le roman de Lionel White]

Réalisation: Stanley Kubrick
Scénario: Stanley Kubrick et J Thompson d’après le roman de: Lionel White
Interprète: Sterling Hayden (Johnny Clay), Coleen Gray (Fay),Vince Edwards (Val Cannon), Jay C Flippen (Marvin Unger), Marie Windsor(Sherry Peatty), Ted De Corsia (Randy Kennan), Elisha Cook Jr (George Peatty), Joe Sawyer (Mike O’Reilly), Timothy Carey (Nikki Arane), Jay Adler( Leo), Joseph Turkell(Tiny), James Edwards (Le gardien du parking)
Directeur de photographie: Lucien Ballard
Décors: Ruth Sobotka Kubrick
Montage: B. Steinberg
Musique: Gerald Fried
Production: James B. Harris

Auteur de la critique : Sergent Pepper

Interstellar, un film de Christopher Nolan : Critique

Interstellar, une épopée spatiale retorse perdant malheureusement en lisibilité

Synopsis: Dans un futur proche sur une Terre exsangue, un groupe d’explorateurs utilise un vaisseau interstellaire pour franchir un trou de ver, récemment découvert, pour parcourir des distances jusque-là infranchissables et trouver une nouvelle planète habitable à coloniser pour l’humanité.

Nous sommes au Gaumont Marignan, en plein cœur de Paris, sur les mythiques Champs-Élysées. En ce Jeudi 30 Octobre, la tension si ce n’est l’excitation monte d’heures en heures, alors que la ville retient son souffle en attendant la venue du metteur en scène de l’œuvre la plus attendue de l’année : Interstellar de Christopher Nolan.

Une tension qui finit par atteindre son paroxysme, lorsque l’intéressé, vêtu d’un simple costume, loin des excentricités vestimentaires d’un Quentin Tarantino ou du sourire jovial d’un Steven Spielberg fait son apparition. De sa démarche et son sérieux quasi de marbre, on ressent déjà que l’homme derrière la renaissance aussi bien critique que public du héros de comic Batman, est quelqu’un d’humble. Quelqu’un de réfléchi aussi. Le genre de metteur en scène avec la tête sur les épaules, les idées en place et surtout le plaisir de se mêler à ses fans, avec la même décontraction et le même sérieux qu’il a derrière une caméra IMAX.

Invité d’une master class aux airs de subterfuge pour désépaissir le mystère entourant son dernier long-métrage, Nolan, loin d’être dupe, entretient le mystère jusqu’au bout en répondant de manière subtile voire absconse, aux questions d’un Fabrice Leclerc, rédacteur en chef de Studio Ciné Live, à la fois décontenancé et émotif de se voir si proche d’un metteur en scène qu’il n’hésite pas à qualifier « comme l’un des plus doués de sa génération ».

Un metteur en scène, qu’il souhaite comprendre et percer à jour en posant d’emblée une question aussi épineuse que symbolique et empruntant autant à une délectation proche du voyeurisme qu’à un réel souci d’information :

« Qu’est-ce que le cinéma ? »

Voyeurisme ? Vraiment ? Sous cette question à première vue anodine, quasi sempiternelle quand on s’adresse à un grand ponte du 7ème art, subsiste en effet un relent de mystère et d’intimité ; en somme la question sensée révéler la madeleine de Proust du géniteur de Memento, celle sensée explorer l’enfance et l’inspiration de la personne qui a décidé de consacrer sa vie à un art, et qui au moment de la supposée consécration, se doit de donner une réponse personnelle, loin des clichés rabattus ou s’entrechoquent les défendeurs des Méliès, des Chaplin ou des Keaton, et les nostalgiques de l’image en mouvement.

L’intéressé, non sans une pointe de surprise et un petit sourire esquissé en coin répondra alors de manière concise et rapide : « Le cinéma est pour moi une expérience, un ressenti. C’est une expérience de l’écran, propre à l’écran et seulement à l’écran, et qu’aucune page, aucune partition, aucune photo ne serait à même de rendre».

Christopher Nolan : le nouveau Kubrick ?

Expérience et Ressenti.

2 mots à la fois anodins et espérés, symbolisant autant la quête ultime de tout réalisateur souhaitant voir leur film ébranler les sens de celui qui le regarde, que le cheminement tracé dans l’esprit du réalisateur d’Insomnia. Un cheminement, qui aux yeux des références l’ayant poussé à sauter dans le bain de la réalisation (de ses aveux, 2001 l’Odyssée de l’Espace et Star Wars), rend compte de sa volonté à transformer ses films en voyage, empruntant aussi bien à la contemplation qu’aux sens et voguant vers des destinations, extraordinaires et éclectiques, allant des méandres torturés de l’esprit d’un amnésique (Memento) à l’ego et les coups-bas des prestidigitateurs (Le Prestige).

Ainsi tout est dit. Nolan, loin de courir après la renommée ou le profit (en atteste son refus de la 3D pourtant manne financière non négligeable des films hollywoodiens), se veut comme le successeur des Lucas, Spielberg ou autre Kubrick, metteurs en scènes ayant su au travers de leurs œuvres respectives, toucher du doigt la définition même du cinéma, à savoir divertir mais aussi faire naître le mouvement, faire voyager.

Pour autant, la comparaison avec Kubrick est davantage perceptible. Partageant avec son illustre ainé, l’attachement à une technologie dualiste, faite d’utilisation de vieux composants, tels que le format pellicule et de nouveaux procédés comme le recours aux nouvelles technologie (les effets spéciaux pour le premier, les caméras IMAX pour le second), Nolan s’impose comme un candidat de poids dans l’héritage kubrickien, tant la froideur inhérente de ses longs-métrages trouve souvent concordance avec l’esthétisme et le maniérisme formel du réalisateur de Shining.

Une froideur et un sens de l’image ne constituant pas leurs seuls points communs. Tous deux partageants, en effet un gout prononcé pour les scénarios alambiqués et ouverts à de multiples interprétations. Il suffit de voir la fin de 2001 l’Odyssée de l’Espace, afin de se demander le sens et l’identité de ce fœtus volant en orbite autour de la terre, et l’incessante question trottant dans les esprits des personnes ayant vu Inception, se demandant si la toupie de Leonardo DiCaprio tombe ou ne tombe pas, pour oser la comparaison.

Une comparaison qui n’aura de cesse de croître à la vue des œuvres respectives des deux hommes, apparaissant au fil du temps comme emplis des mêmes objectifs : conjuguer expérimental et populaire, émotions et abstraction, douceur et puissance, vertige et irrationnel.

Et Interstellar, dernière réalisation en date du réalisateur britannique, n’est pas près de changer la donne. Fort d’images émanant un doux parfum d’inconnu, de grandeur et de cosmos, le film témoigne déjà du projet le plus personnel, le plus épique et le plus ambitieux qu’il ait été permis de voir de la part de son auteur. Un projet, qui dans sa construction et son ambition sonnent comme un décalque d’Inception. A tel point qu’une question récurrente revient sur les lèvres après le visionnage : Interstellar ne serait-il pas simplement Inception dans l’espace ?

Interstellar : Inception dans l’Espace ?

Constat réducteur me direz-vous. Comment rapprocher une œuvre cérébrale complexe, retorse et sinueuse, d’une épopée cosmique, aux airs de films catastrophes ? Comment rapprocher une œuvre fermée sur elle-même agissant telle un huis-clos d’une œuvre s’engouffrant dans l’infini de l’espace ?

Outre le peu de lettres qui séparent Interstellar d’Inception, le geste reste le même, à savoir ébranler tout un pan du genre cinématographique. Inception l’avait fait à sa manière, en mélangeant le film de casse, genre du passé avec les prémices d’un concept SF, genre du futur, tout en faisant intervertir dans une rythmique bien rodée, le temps, l’espace et même la gravité. On y voyait ainsi des faubourgs parisiens se retourner, des montres s’arrêter, des temporalités s’accélérer ou ralentir, attestant déjà de la maitrise formelle de son auteur sur son sujet.

Interstellar quant à lui ose proposer la même chose, alterner le genre du passé avec le genre du futur mais dans des proportions différentes, usant ainsi de pléthores de théories scientifiques dont l’espace renferme, à l’instar des trous noirs, des trous de ver, de la gravité pour appuyer son propos SF. Un propos auquel le réalisateur décide d’adjoindre un volet dramatique insoupçonné, quoique facilement décelable au vu des trailers, conjuguant ainsi les effusions doudou auteurisantes et mélodramatiques d’un Spielberg avec la froideur clinique d’un Kubrick, pour un résultat faisant presque penser à un film d’amour…

Le ciel comme exutoire

Interstellar s’ouvre sur un plan curieux, si ce n’est anecdotique. Un travelling lent, sur une bibliothèque empoussiérée, comptant sur ses étagères moult chef d’œuvres du 6ème art allant de Faulkner à Steinbeck, 2 auteurs ayant eu pour ambition de dépeindre à travers leurs lignes l’Amérique profonde, l’Amérique rurale, la vraie, loin de celle ou les banquiers et la technologie s’entassent dans une exiguïté urbaine délirante.

Pour l’homme ayant toujours de près ou de loin fait situer ses intrigues dans des décors urbains, où la géométrie ambiante définissait par extension l’aspect rigoureux et donc froid de l’ensemble, c’est curieux mais non dénué d’intérêt et de pertinence. Puisque encore une fois, à travers ce prisme d’un passé presque révolu, Nolan s’attaque au temps. Une variable qu’il n’a eu de cesse d’étirer, de condenser, de dérouler, pour servir les intrigues de ses films.

Or dans le cas d’Interstellar, ce dernier est compté. La Terre, ici représentée par une ville rurale du Midwest, est à l’agonie. Balayée par des vents de poussières ayant eu raison des cultures, elle guette sa fin avec appréhension et voit ses habitants organiser leur survie. Dans ce microcosme ressemblant à s’y méprendre aux prémices d’un film catastrophe, l’influence des médias en moins, on y retrouve Cooper (Matthew McConaughey) ancien pilote de la NASA reconverti en agriculteur, faute de mieux. Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, voilà la paradoxale condition dans laquelle il évolue, lui qui jadis tutoyait les cimes des nuages, et doit aujourd’hui regarder ses pieds dans la poussière non sans une grosse amertume.

Survivre au détriment de vivre. Telle est son mantra, sa profession de foi, l’idéal de vie qu’il s’est fixé alors qu’il voit les fondements de la société se désagréger sous le poids de cette fin du monde impossible à stopper. Pourtant, ce dernier est cultivé. Pessimiste mais cultivé. Une culture, qui aura raison de sa participation à la mission de la dernière chance, lorsqu’au hasard d’un fait qualifié plus tard de surnaturel, il découvre une base secrète de la NASA, abritant un vaisseau spatial en partance pour un trou de ver, phénomène astronomique rarissime, permettant de se téléporter dans le temps et l’espace et parcourir des distances jusque-là infranchissables de vie d’homme. L’occasion ainsi de concrétiser le rêve de cette humanité mourante, à savoir trouver une planète de substitution pour faire perdurer le genre humain.

Nolan l’amoureux

L’humain. Une notion, la plupart du temps absente des longs-métrages du metteur en scène. Non pas de manière physique, mais de manière émotionnelle. Ses films, plastiquement réussis, se cognait en effet à une froideur rare, directement tirée d’une ambiance voulue comme atone ou d’un concept ayant eu raison de l’humanité des protagonistes étant plongés dedans. A croire que l’hommage qu’il voue à Kubrick depuis sa plus tendre enfance, avait eu raison de son souhait d’expérimentateur. Pourtant, là où on peinait difficilement à cerner l’enjeu humain de ses précédentes réalisations, c’est presque avec une facilité déconcertante qu’on le décèle dans Interstellar. A croire que Nolan se serait assagi.

Délaissant le maniérisme cérébral de Memento, Nolan surprend. A l’instar d’un Spielberg, ses héros loin de la sophistication d’un Bruce Wayne ou d’un Dom Cobb, sont ordinaires. Une famille, comprenant des enfants en plein éveil, un père découragé et un grand-père presque alarmiste, placé devant un funeste destin. Une échappatoire aux airs de chevauchée fantastique, rendant ainsi l’humain la pièce maîtresse du film, qui pour une fois est poussé dans ses retranchements les plus intimes, comme lors d’un moment poignant ou Cooper comprend la notion de relativité, et l’impact qu’à cette notion sur le temps qui se déroule sur Terre.

Mais trop d’humain tue l’humain. A force de vouloir imprégner cette épopée cosmique d’un sentiment humain, terre à terre, quasi simpliste, tout en le confrontant à une vision trop complexe pour être appréhendée, Nolan en vient à perdre son spectateur, ce dernier tentant désespérément de comprendre le récit au gré de sentiments des personnages, qui s’ils sont cohérents, n’en demeurent pas moins indigents et larmoyants. Pire, il se joue de lui en lui ayant vendu un trip spatial dans la lignée d’un Gravity ou d’un 2001, alors que dans le même temps, celui-ci se sert de concepts SF ardus pour sacraliser l’amour, le seul sentiment d’après lui quantifiable, capable de se mouvoir à travers le temps et l’espace.

Ne reste alors que le sentiment de voyage accompli et le soin visuel apporté à l’ensemble pour pleinement apprécier cette épopée humaine incroyable oscillant entre space-opera, film catastrophe, physique quantique et drame familial. Images conférant dans une dernière partie retorse, le réel souhait de Nolan, à savoir faire un film dont le ressenti prime sur la compréhension, un peu comme un Kubrick dans ses années fastes.

C’est culotté et ambitieux, mais ça l’est sans doute un peu trop.

Bande-annonce: Interstellar

Fiche Technique: Interstellar

Date de sortie: 5 novembre 2014
États-Unis – 2014
Réalisation: Christopher Nolan
Scénario: Jonathan Nolan, Christopher Nolan
Interprétation: Matthew McConaughey (Cooper), Anne Hathaway (Dr Amelia Brand), Michael Caine (Pr Brand), John Lithgow (Donald), Jessica Chastain (Murphy Cooper adulte), Casey Affleck (Tom Cooper adulte), Mackenzie Foy (Murphy Cooper enfant), Wes Bentley (Doyle), David Gyasi (Romilly), Timothée Chalamet (Tom Cooper enfant), Topher Grace (le collègue de Murphy Cooper), David Oyelowo (le principal), Collette Wolfe (Mme Kelly), William Devane (Tom Cooper âgé), Ellen Burstyn (Murphy Cooper âgée), Matt Damon (Dr Mann)…
Durée: 2h50
Genre: Sy-fi
Image: Hoyte van Hoytema
Décor: Nathan Crowley
Costume: Mary Zophres
Montage: Lee Smith
Musique: Hans Zimmer
Producteur: Emma Thomas, Christopher Nolan, Lynda Obst
Distributeur: Warner Bros Pictures France

Le baiser du tueur de Stanley Kubrick – Critique du film

Le jeune Kubrick veut tout dire, veut tout faire (réalisateur, cameraman, monteur) et il a une heure pour le prouver. La trame sera celle d’un film noir, avec ses codes, (un jazz constant, des types un peu figés) auquel il ajoutera un dénouement plutôt guilleret. Convenu, sans grande ambition, le récit semble un prétexte sur lequel vont se greffer les obsessions visuelles de l’apprenti. Tout au plus pourra-t-on remarquer un recours séduisant à la voix off, qu’on retrouvera dans l’Ultime razzia, et un travail sur le récit emboité avec le récit de la jeune femme et sa propre voix pour le relater.

Synopsis : Davy Gordon, boxeur minable, se retrouve aux prises avec un ponte de la mafia pour lui arracher des griffes la femme qu’il aime…

Séminal

Dès le départ, l’intrigue se fonde sur le vis-à-vis, à l’honneur dans Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock (Rear Window), l’année précédente. Fenêtres et écrans se multiplient : en parallèle du dancing, le match de boxe crée un écho à deux chorégraphies qui vont converger, la première étape en étant la retransmission télévisuelle du match auquel assiste Gloria. Davey deviendra le voyeur de l’appartement de Gloria lorsqu’elle dort, puis du sien propre lorsque la police vient l’y chercher. Toutes les expériences visuelles se multiplient alors, avec plus ou moins de bonheur : vision à travers un aquarium, verre jeté sur la caméra qui se fend…

Mais c’est dans le rapport des protagonistes aux décors que Kubrick excelle. L’image récurrente des escaliers du dancing, point de fuite barré par l’écriteau « Watch your step » est en cela programmatique. La ville est une impasse, et chaque obstacle peut y faire chuter à tout moment celui qui l’arpente. La poursuite finale, avant le dénouement peu convaincant, alterne entre des extérieurs oppressants et barrés par l’orthonormé (fire escapes, buildings, impasses démesurées) et des intérieurs anxiogènes : entrepôts, ascenseurs, et bien entendu cette fameuse réserves de mannequins. Il est aisé de retrouver ici des ébauches de ce que seront les grands films à venir. Si la forme l’emporte sur le fond, la fascination est réelle et fortement prometteuse.

Fiche technique – Le Baiser du tueur

Titre original : Killer’s Kiss  [ co-écrit avec Howard Sackler]

Année : 1955
Pays : États-Unis
Genres : Crime, Drame,Film-Noir, Thriller
Réalisé par : Stanley Kubrick
Avec : Frank Silvera, Jamie Smith, Irene Kane, Jerry Jarrett, Mike Dana, Felice Orlandi, Shaun O’Brien,Barbara Brand, David Vaughan, Alec Rubin, Ralph Roberts, Phil Stevenson,Arthur Feldman, Bill Funaro, Skippy Adelman
Montage : Stanley Kubrick
Photographie : Stanley Kubrick
Scénario : Stanley Kubrick
Musique : Gerald Fried
Studios de production : Minotaur Productions

Auteur de la critique : Sergent Pepper