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Barry Lyndon, un film de Stanley Kubrick : Critique

L’émotion esthétique, générée par la beauté des images et la perfection de la composition, est un sentiment rare qui n’advient que rarement. Beaucoup de films y tendent, un grand nombre fascine. Rares sont ceux qui y parviennent pleinement. Kubrick a l’immense mérite d’en compter plusieurs dans sa filmographie : 2001, Shining pour certaines séquences, et bien évidemment Barry Lyndon.

Synopsis : au XVIIIe siècle en Irlande, à la mort de son père, le jeune Redmond Barry ambitionne de monter dans l’échelle sociale. Il élimine en duel son rival, un officier britannique amoureux de sa cousine mais est ensuite contraint à l’exil. Il s’engage dans l’armée britannique et part combattre sur le continent européen. Il déserte bientôt et rejoint l’armée prussienne des soldats de Frederic II afin d’échapper à la peine de mort. Envoyé en mission, il doit espionner un noble joueur, mène un double-jeu et se retrouve sous la protection de ce dernier. Introduit dans la haute société européenne, il parvient à devenir l’amant d’une riche et magnifique jeune femme, Lady Lyndon. Prenant connaissance de l’adultère, son vieil époux sombre dans la dépression et meurt de dépit. Redmond Barry épouse Lady Lyndon et devient Barry Lyndon…

Le médisant parvenu

Évoquer la picturalité du film est aussi original, que de parler de montage chez Eisenstein ou de plan séquence chez Tarkovski. De façon quasi systématique, Kubrick dévoile sa composition progressivement, par l’entremise du zoom arrière. Ménageant ses effets, il inscrit dans le temps la fixité d’un tableau final qu’on aura découvert selon le parcours qu’il aura dessiné.

barry-lyndon-coiffures-costumes-Ryan-O-Neal-Marisa-BerensonL’éclairage naturel, l’une des grandes anecdotes de l’histoire du cinéma, le jeu des couleurs, les portraits blafards d’un XVIIIe libertin et aristocratique sur le déclin, suffiraient à faire de Barry Lyndon un chef d’œuvre.

Cherchons à savoir en quoi nous pouvons excéder la virtuosité photographique du film pour en déterminer la puissance. Barry Lyndon n’emprunte pas seulement à la peinture : il va puiser dans deux autres ancêtres majeurs du cinéma : la littérature et la musique.

Puissamment romanesque, le récit est celui d’un chemin sur lequel les rencontres se succèdent. La chance sourit, l’ascension sociale se consolide, fondée sur un double motif, celui de la violence et de la supercherie.

Les duels structurent toute la progression. Celui du père ouvre le film, marquant l’échec à venir d’un fils qui en usera à ses dépens. Mais avant qu’il le perde, le duel sera la voie d’accès au succès : au pistolet, aux poings ou à l’épée, pour soi ou pour recouvrer les dettes à son maître, Barry s’insère par la force. Cette violence épisodique ne quittera jamais le récit, pourtant contemplatif, figé et mélancolique. Des champs de bataille aux jardins minéraux du château, de la verdoyante nature aux dîners orangés aux chandelles, la brutalité contamine toute la quête, latente. Le moment qui perdra Barry en est la plus grande vérité : lorsqu’il frappe son beau-fils lors du concert, la violence primale longtemps réprimée éclate au grand jour, et en public, provoquant sa chute.

Cette vérité cachée sur les origines rustres de Barry constitue le deuxième thème majeur : celui du mensonge et de l’escroquerie. Si l’on se réfère à l’acte de bravoure originel du protagoniste, le duel initial en porte déjà la marque. Faussé, mis en scène pour le faire fuir, et qui plus est pour l’honneur d’une femme à la moralité amoureuse plus que douteuse. Toute la suite fonctionnera sur ce clivage : déserteur, enrôlé de force, faux émissaire, espion forcé devenu agent double, c’est par l’identité des autres que Barry forge celle qu’il veut atteindre. Le mensonge ne conduit pas seulement le spectateur à prendre ses distances avec ce héros à la morale douteuse : il colore toute sa quête, qui ne sera jamais satisfaite, et au sommet de laquelle Barry n’aura jamais rien qui lui appartienne véritablement. Son seul véritable amour, celui pour son fils, ne sera pas exempté du mensonge : pour lui, il réécrit l’histoire de ses hauts faits militaires, et c’est la promesse non tenue du fils quant au cheval qui lui sera fatale.

barry-lyndon-guerreBarry Lyndon est donc par bien des aspects un récit moral et tragique. La présence de la voix off, patine ultra littéraire par la précision « so british » de sa diction, accroît le tragique par les anticipations fréquentes qu’elle propose sur la destinée funeste du protagoniste. Mais elle contribue simultanément à une autre tonalité, celle de l’ironie. Sarcastique, tout en conservant son flegme, elle donne le ton d’un récit qui s’en trouve finalement saturé. Savamment disséminé, le grotesque ne cesse de venir dynamiter la grandeur : c’est le stupre sous l’amour, les jeux d’argent truqués ou la tension d’un duel accidenté par des coups qui partent tout seul, ou finissent dans la jambe.

La fresque historique sera donc représentée par un homme qui aura tout eu, mais n’aura jamais rien été, sinon un nom griffonné sur un billet de rente, papier comptable dans l’océan de ceux que Lady Lyndon signe quotidiennement.

barry-lyndon-musique

Sur cette inertie pessimiste, cette distance fondamentale qui compose le matériau littéraire, Kubrick ajoute les magnificences picturales et l’hypnose obsessionnelle de la musique. Limitée à trois ou quatre morceaux répétés et étirés sur trois heures de film, déclinés par infimes variations, la musique suggère autant la répétition d’un récit dans l’impasse que l’ennui existentiel de ceux qui le vivent. En adéquation totale avec la construction des tableaux, elle achève de figer un monde nanti et mortifère.

Car la véritable puissance du film résulte bien de cette alchimie complexe entre ses enjeux narratifs et son esthétique imparable : de la dilatation temporelle, musicale et iconique sourd une mélancolie monumentale. Lady Lyndon, spectre blafard qui ne peut compenser son manque de chair, aussi extravagante sa coiffure soit-elle, en est l’image. Une scène, parmi tant d’autres, la représente particulièrement : lorsque Lord Bullington vient provoquer Barry en duel, il pénètre dans une demeure où les joueurs de cartes entourent un père oubliant dans l’alcool le deuil de son fils. Rien ne cille, et le clair-obscur caravagesque ne se contente pas d’éblouir le spectateur : il montre des personnages qui sont déjà des statues de leur vivant.

Musée historique, galerie qui hantera à jamais l’imaginaire du spectateur, Barry Lyndon tient les promesses d’une expression qu’on croyait hypertrophiée : beau à pleurer.

Barry Lyndon – Bande annonce

Fiche Technique: Barry Lyndon

Réalisateur : Stanley Kubrick
Sortie en décembre 1975
Scénario : Stanley Kubrick d’après “Les mémoires de Barry Lyndon” de William Makepeace Thackeray
Interprètes : Ryan O’Neal(Barry Lyndon), Marisa Berenson(Lady Lyndon); Patrick Magee(le chevalier de Balibari), Hardy Krüger(le capit. Potzdorf), Steven Berkoff (Lord Ludd), Lisa Gay Hamilton (Nora Brady),Marie Kean (Belle), Diana Körner (Lischen), Murray Melvin (le rév. Samuel Runt), Frank Middlemass (Sir Charles Reginald Lyndon), André Morell (Lord Gustavos Adolphus Wendover), Arthur O’Sullivan (le capit. Feeny)
Durée : 185 minutes.
Sortie en décembre 1975.
Compositeur : Leonard Rosenman, d’après des oeuvres de Johann Sebastian Bach, Frederic le Grand, Georg Friedrish Handel, Wolfgang Amadeus Mozart, Giovanni Paisiello, Franz Schubert, Antonio Vivaldi. Musique traditionnelle irlandaise : The chieftaines. Trio pour piano en mi bémol Op. 100 de Schubert interprété par Ralph Holmes – violon, Morey Welsh – violoncelle, Anthony Goldstone – piano. Concerto pour violoncelle en mi bémol de Vivaldi, pierre Fournier – violoncelle.
Directeur de la photographie : John Alcott
Montage : Tony Lawson
Costumes et décors : Ken Adam; Costumes conçus par Ulla-Britt Soderlund et Milena Canonero. Coiffures et perruques, Leonard.

Auteur : Sergent Pepper

Love is Strange, un film de Ira Sachs : Critique

Le réalisateur et scénariste Ira Sachs, nous invite à suivre le couple George (Alfred Molina) et Ben (John Lightow), ensemble depuis 39 ans et pris en exemple par leurs amis et famille. Deux hommes cultivés, amoureux de leur ville, New-York, décident de se marier. Un événement heureux, qui va malheureusement avoir une conséquence désastreuse sur leurs vies.

Synopsis : Après 39 ans de vie commune, George et Ben décident de se marier. Mais, au retour de leur voyage de noces, George se fait subitement licencier. Du jour au lendemain, le couple n’est plus en mesure de rembourser le prêt de son appartement new yorkais. Contraints de vendre et déménager, ils vont devoir compter sur l’aide de leur famille et de leurs amis. Une nouvelle vie les éloignant l’un de l’autre, s’impose alors dans leur quotidien. 

Un couple élégant et émouvant

Ira Sachs ne signe pas un film militant, il raconte une tranche de vie d’un couple d’hommes âgés, affrontant une situation inconfortable pour eux, mais aussi pour leurs proches, qui doivent les héberger, mais séparément, et des conséquences entre eux. On ne peut faire abstraction du fait, que ce soit un couple gay. Du moins, c’est surtout l’église, qui ne peut fermer les yeux, par manque de tolérance, en renvoyant George, à la suite de leur mariage. Une réaction hypocrite, leur situation étant connue, mais l’officialisation de leur union, les met en opposition avec les croyances de cette institution archaïque.

Le film, Love is Strange aborde avec délicatesse, la place des personnes âgées dans la société. George se retrouvant à vivre dans l’appartement de leurs jeunes voisins gay, qui organise tout les soirs des fêtes, jeux de rôles ou marathon de séries, ce qui est bien loin des occupations de celui-ci. Il doit s’en accommoder, tout comme Ben se retrouvant dans la famille de son neveu Elliot (Darren E. Burrows), sa femme Kate (Marisa Tomei) et leur fils Joey (Charlie Tahan). Sa présence perturbe l’intimité de Joey avec lequel, il partage la chambre. Ce jeune homme asocial, en recherche de son identité, a noué une amitié ambiguë avec Vlad (Eric Tabach), un peu plus âgé que lui. Il vit mal cette incursion dans son monde. Il en est de même pour sa mère, ne trouvant plus sa place dans sa propre maison, considérant Ben, comme un intrus.

Malgré un film qui prend son temps, il devient de plus en plus agréable au fil des minutes. La situation du début étant l’élément le plus important de l’histoire, qui évite de multiplier les rebondissements ou facilités scénaristiques, pour maintenir l’attention. Il suit le couple dans leurs démarches pour se sortir de là, en nous faisant ressentir leurs difficultés, avec finesse et humour. Il ne se focalise pas uniquement sur eux, c’est aussi un film générationnel. George et Ben sont des seniors, ils ont réussis leurs vies et leur couple, mais Elliot est au début de celle-ci, alors que ses parents, sont en plein milieu. Si le dialogue est souvent difficile entre eux, on sent aussi l’affection naissante entre certains des protagonistes, même s’il se fait sur le tard et au mauvais moment. Le plan final de cette rue new-yorkaise inondée par le soleil, est synonyme d’un avenir qui s’ouvre pour ce jeune homme, la vie étant source de lumière.

C’est une belle histoire émouvante, servi par un duo Alfred Molina et John Lightow, impeccables. Ira Sachs filme leur histoire avec élégance, à l’image de ses acteurs, tout comme la beauté des plans de New-York. Même s’ils sont un peu clichés, on peut passer outre, tant la tendresse qui émane d’eux et de leur amour, rend le film tendre et humain.

Fiche technique : Love is Strange

USA/France – 2014
Réalisation : Ira Sachs
Scénario : Ira Sachs et Mauricio Zacharias
Distribution : John Lightow, Alfred Molina, Marisa Tomei, Charlie Tahan, Cheyenne Jackson, Harriet Sansom Harris, Darren Burrows, Christian Coulson, John Cullum, Adriane Lenox, Manny Perez et Christina Kirk
Photographie : Christos Voudouris
Musique : Susan Jacobs
Producteurs : Ira Sachs, Lars Knudsen, Jay Van Hoy, Lucas Joaquin et Jayne Baron Sherman
Sociétés de production : Parts and Labor, Mm…Buttered Panini Productions et Charlie Guidance
Distribution : Pretty Pictures
Genre : Drame
Durée : 1h38
Date de sortie française : 12 Novembre 2014

Auteur : Laurent Wu

 

Favelas, un film de Stephen Daldry – Critique

Favelas, une histoire d’amitié touchante dans une réalité difficile

Synopsis : Rafael et Gardo sont deux jeunes garçons des bidonvilles de Rio. Alors qu’ils travaillent comme tous les jours à la décharge, ils trouvent par hasard un portefeuille appartenant à un certain José Angelo, bras droit d’un député influent. Bientôt, la police arrive sur les lieux à la recherche de l’objet. Les deux compères réalisent rapidement qu’ils doivent à tous prix garder le secret de leur découverte. Accompagnés de leur ami Rato, ils décident de mener leur propre enquête, et ce malgré les risques encourus.

Favelas, c’est d’abord la mise en scène d’une relation d’amitié quasi-fusionnelle entre Rafael (Rickson Tevez) et Gardo (Eduardo Luis), compagnons de galères et fortes têtes du haut de leurs quatorze ans. Malgré la misère qui les entoure, la saleté, les abris de tôles et les rats, ces deux gamins appréhendent leur univers comme un vaste terrain de jeu, de baignades et d’acrobaties en tous genres. Sur fond de rap brésilien, le début de Favelas se concentre en effet sur la vie de la favela elle-même, montrée comme un véritable organisme en perpétuel mouvement. Stephen Daldry (Billy Elliot, The Reader, The Hours) force un peu dans sa représentation d’une favela « joyeuse », ou la pauvreté n’empêche pas – et au contraire tend à amplifier – le simple bonheur de vivre.

Les enfants sont donc les principaux acteurs de ce thriller pour ados, les adultes n’occupant qu’une place secondaire (on se demande même l’intérêt d’avoir mis Martin Sheen et Rooney Mara au casting, si ce n’est pour rendre l’affiche plus alléchante). L’énergie redoublée de ces gamins de misère, leur agilité dans cette jungle urbaine est très bien rendue par des scènes de course-poursuite haletantes dans les dédales de Rio. Rafael, Gardo et Rato (Gabriel Weinstein) courent, grimpent, sautent avec agilité et grâce, si bien que certaines scènes peuvent parfois faire penser aux envols nocturnes des héros de Tigre et Dragon. Daldry introduit ainsi une dimension poétique qui vient embellir un paysage urbain décousu, transformant une architecture alambiquée en jeu de piste géant.

Rafael et Gardo, malgré leur maturité précoce, conservent cette innocence enfantine qui font d’eux des personnages profondément humains, altruistes, courageux et donc forcément attachants. Mais la sauce ne prend pas : des enfants des bidonvilles qui parviennent à exposer des politiques corrompus, il faut l’avouer, c’est un peu tiré par les cheveux.

Un manichéisme trop marqué

Le titre de la version originale, c’est Trash, autrement dit « déchet(s) ». Un terme polysémique donc, puisque s’il semble désigner littéralement l’immense décharge fouillée quotidiennement par les jeunes des favelas, il vise en réalité les véritables « déchets » que sont ces politiciens véreux et immoraux qui profitent du système politico-économique brésilien.

Du coup, la critique est trop transparente, manquant par la même de subtilité et de nuance : symptomatique de ce travers récurrent, une des séquences met en scène la torture du jeune Rafael, qui refuse malgré tout d’avouer qu’il est en possession du portefeuille de José Angelo (Wagner Moura), ancien bras droit du député corrompu Santos. Pour le punir, l’inspecteur Frederico (Selton Mello) l’enferme à l’arrière d’une voiture de police tandis que le conducteur s’amuse à faire de brusques dérapages pour que la tête du jeune garçon heurte violemment les vitres barbelées. Le spectateur assiste à cette scène inhumaine à travers les yeux de Frederico qui, installé à son volant, écoute tranquillement un morceau de musique classique. Il s’agit donc d’une dichotomie entre ce qui se voit et ce qui s’entend, ce qui se passe et ce qui est ressenti, qui montre un peu trop clairement que culture ne signifie pas nécessairement civilisation.

Slumdog Millionaire au Brésil

Libération a vu juste : « Favelas est un thriller politique pour préados, avec de longues courses-poursuites et de souriants moments d’amitié partagée ». Un thriller politique gentillet donc, où l’on est soit méchant, soit gentil. Santos, le député ambitieux, corrompu jusqu’aux bouts des ongles, devient la figure emblématique du capitaliste exploiteur, qui dans un système gangréné par l’injustice sociale fait fortune.

La fin du film fait directement écho aux manifestations qui ont secoué Rio l’année dernière, alors que les fonds publics étaient investis dans la Coupe du Monde et non pas dans l’aide aux populations pauvres de la région. Cependant, l’aspect polémique de Favelas ne fait pas long feu : une morale finale pleine de bons sentiments et un happy end à l’américaine font définitivement du film une réplique un peu fade de Slumdog Millionaire, alors qu’on aurait pu attendre du réalisateur de Billy Elliot et de The Reader une œuvre plus subversive.

Bande-annonce – Favelas

Favelas: Fiche technique

Réalisation : Stephen Daldry
Scénario : Felipe Brag, Richard Curtis, d’après le roman d’Andy Mulligan
Distribution : Martin Sheen, Rooney Mara, Wagner Moura, Selton Mello, Rickson Tevez, Gabriel Weinstein, Eduardo Luis
Montage : Elliot Graham
Musique : Antonio Goldman
Photographie : Adriano Goldman
Sociétés de production : 02 Filmes, PeaPie Films, Working Title Films
Durée : 115 min
Genre : Action
Date de sortie française : 12 novembre 2014

4ème Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF)

Toujours friand de sensations fortes, vivez de l’intérieur la 4ème édition du Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF), qui se déroulera du 18 au 23 novembre 2014.

Vaste programme que celui de l’organisation du festival! Du sang, des créatures, de la science-fiction et du fantastique… C’est parti pour une programmation pour le moins alléchante…

« Êtes-vous prêts vous aussi à « ouvrir grand (…) les portes de la « perception fantastique  ? »

COMPÉTITION OFFICIELLE : PIFFF 2014

– Tout d’abord, un sérieux candidat : Alleluia du réalisateur belge Fabrice du Welz, adaptation sur l’histoire des Tueurs de la lune de miel, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs (Cannes 2014), à nouveau en compétition, après avoir été auréolé de la Mention Spéciale du Jury au FEFFS 2014 (présidé par Tobe Hooper), et du Méliès d’Or 2014 durant l’ouverture du 47ème International du Film Fantastique de Catalogne à Sitges en Espagne..

Bad Boy Lover Boy d’Andres Torres, une réflexion absolument terrifiante sur la perversion narcissique.
Synopsis : un jeune vendeur de hot-dogs, au physique atypique, est démarché par un photographe de charme pour une séance qui va virer à l’initiation traumatique.

– A surveiller aussi, Housebound, un film néo-zélandais de Gerard Johnstone, entre horreur gothique et thriller comique, Prix du Public au FEFFS 2014.
Synopsis : une cambrioleuse à la petite semaine est assignée au domicile parental pour purger sa peine. Mais cette demeure en apparence tranquille se révèle habitée par un (des ?) curieux invité(s)…

Shrew’s Nest, des réalisateurs Juanfer Andrés et Esteban Roel, une hystérie homicide espagnole, parrainée discrètement par Álex de la Iglesia, aux accents polanskiens.
Synopsis : deux sœurs, dans l’Espagne d’après-guerre, recueillent un homme blessé dans leur appartement. Mais la plus âgée, agoraphobe, va bientôt révéler un comportement autrement plus agressif.

– Spring, une romance fantastique criblée de visions sexuelles, monstrueuses et poétiques des réalisateurs américains Justin Benson et Aaron Moorhead, déjà remarqués en 2012 pour Resolution.
Synopsis : une jeune tête brûlée quitte les États‐Unis et part s’installer en Italie où il y fait la rencontre d’une « créature » de rêve…

Starry Eyes : un film américain effrayant de Kevin Kolsch et Dennis Widmyer, un regard subtil et désabusé sur l’indifférence et la cruauté d’Hollywood envers les acteurs.
Synopsis : Sarah Walker a un petit boulot sans avenir sous le joug d’un patron qui la prend de haut, elle subit des amitiés superficielles avec des acteurs concurrents et participe à des castings qui n’aboutissent à rien. Après plusieurs auditions humiliantes face à un duo pour le moins bizarre, elle décroche le rôle principal dans leur nouveau film. Malgré le fait qu’ils lui demandent de faire des choses de plus en plus étranges, elle sera prête à tout pour réussir, aveuglée par son fantasme de célébrité.

The Duke of Burgundy de l’indomptable réalisateur britannique Peter Strickland, qui filme la danse perverse et l’extase des sens de deux femmes dévorées et dévorantes…
Synopsis : une lépidoptériste (spécialiste des papillons) austère entretient une relation sadomasochiste avec sa femme de ménage, jeune et soumise à tous ses désirs.

– Enfin, Time Lapse, un thriller science-fictionnel américain à tendance hitchcockienne de Bradley King, évoquant La Quatrième Dimension.
Synopsis : trois amis découvrent une machine photographique spectaculaire capable de prendre des clichés du lendemain.

Le PIFFF 2014, c’est aussi :

Hors compétition : le très agressif Night Call, Predestination, un jeu de piste science-fictionnel particulièrement tordu, The Mole Song: Undercover Agent Reiji, un gigantesque jeu de massacre à l’outrance jubilatoire, Tusk, un thriller psychologique à l’écriture pop, et Why Horror?, un documentaire sur les origines multiples de la passion pour le cinéma horrifico-fantastique.

La séance culte : Avalon, L’Homme qui voulait savoir, Les Griffes de la Nuit de Wes Craven, et Wake in Fright : Réveil dans la Terreur de Ted Kotcheff

La séance interdite avec R100 de Hitoshi Matsumoto

La nuit du PIFFF : Invasion Los Angeles du grand John Carpenter, Killer Klowns From Outer Space de Stephen Chiodo, L’Invasion des Profanateurs de Philip Kaufman, et Le Blob de Chuck Russell

Un festival de courts-métrages : compétition française, internationale et hors compétition…

Et pleins, pleins d’autres surprises! …

Orange mécanique, un film de Stanley Kubrick : Critique

2001 s’ouvrait sur un écran noir : c’est pour le rouge qu’opte Orange mécanique. Dans la filmographie si hétérogène de Kubrick, Orange mécanique n’est pas un film aimable. Son ton, son propos et son esthétique, son ancrage temporel aussi, font de lui un objet singulier qui, loin des splendeurs visuelles des autres chefs-d’œuvre, cherche à provoquer davantage qu’à séduire.

Synopsis : au XXIème siècle, où règnent la violence et le sexe, Alex, jeune chef de bande, exerce avec sadisme une terreur aveugle. Après son emprisonnement, des psychanalystes l’emploient comme cobaye dans des expériences destinées à juguler la criminalité… Interdit au moins de 16 ans

Glandeurs et décadence

Dans un swinging London dystopique, bigarré et coloré, la première partie s’organise en tous points comme un clip qui aurait mal tourné : chorégraphiées, synchronisées à la perfection sur une musique omniprésente, les scènes d’ultra violence s’enchaînent à un rythme frénétique. Le langage est fleuri, la jubilation constante : grotesque, shakespearien, fascinant dans son imagerie (comme cette fantastique ouverture en travelling arrière dans le Milkbar), l’ambivalence se pose d’emblée quant au regard à poser sur cet univers.

Grand adepte de la distance contemplative (dans 2001, Barry Lyndon et dans une certaine mesure, par la largeur des plans dans Shining), Kubrick opte ici pour une esthétique immersive : au plus près des victimes, accompagnant la violence des coups, usant de plongées et contre plongées, le point de vue est interne. Complice, victime, le spectateur est forcé, comme le sera Alex plus tard, à regarder, et presque participer aux ébats. Caméra à l’épaule, intégrant la chorégraphie du mal, le cinéaste cherche clairement à provoquer un vertige et une nausée.

Le monde dépeint par Orange mécanique a de toute façon tout perdu. Il ne suffit pas d’attribuer les déviances à l’âge de déraison d’Alex et ses droogs. A l’image de la fresque pseudo antique à laquelle on ajoute des pénis en graffitis, tout est relu, redigéré par une civilisation en plein déclin : la musique electroclassique, l’art porno-design… les adultes sont encore plus grotesques, parents dépassés et agents de probation pervers, et la Bible elle-même devient un vivier à fantasmes déviants.

Dans cette frénésie, aucune place n’est accordée à l’émotion. Pour Alex, il s’agit d’augmenter la dose de la violence pour maintenir une vibration, elle-même indexée sur la mainmise qu’il a sur ses comparses. La scène de triolisme est en cela révélatrice : en vitesse rapide, machinale, elle combine le libertaire et le désincarné.

L’arrestation d’Alex va produire un brutal changement de rythme : à l’énergie nihiliste succède une nouvelle forme de violence, raffinée et systémique. Lentes et méthodiques, les scènes insistent sur le protocole, l’entrée en prison, les signatures administratives. Electron libre, Alex est désormais un sujet d’expérience, qu’on exhibe dans une foire politique et fasciste qui se résume à une devise : « the point is that it works ».

Certes, nous sommes face à une fable et la grosseur des ficelles est sans nul doute volontaire. Il n’en demeure pas moins que l’effet de miroir systématique lors de la sortie de prison se révèle assez lourd. Les victimes deviennent les bourreaux, chacune à son tour, et la démonstration d’un déplacement de la violence est aussi lente que surlignée.

Maîtrisé, jubilatoire, satirique, Orange mécanique est un film utile, qui peine un peu plus que les autres à s’extraire de sa période de production, marqué par une esthétique et des thèmes sur lesquels on a beaucoup œuvré depuis.

Criard, outré, grotesque, cynique : ce n’est pas un film aimable, et à dessein, qui colore la filmographie du maître d’un éclat acide et fascinant.

Orange Mécanique – Bande Annonce

Fiche Technique: Orange mécanique

Titre original : A Clockwork Orange
Réalisation : Stanley Kubrick
Scénario : Stanley Kubrick d’après le roman d’Anthony Burgess l’Orange mécanique
Interpètes : Malcolm McDowell ; Patrick Magee ; Michael Bates ; Warren Clarke ; John Clive ; Adrienne Corri ; Carl Duering ; Paul Farrell ; Clive Francis ; Michael Gover ; Miriam Karlin ; James Marcus ; Aubrey Morris ; Godfrey Quigley ; Sheila Raynor ; Madge Ryan ; John Savident ; Anthony Sharp ; Philip Stone ; Pauline Taylor ; Margaret Tyzack ; Steven Berkoff ; Tom Lindsay Campbell ; Michael Tarn ; David Prowse…
Musique : Wendy Carlos, Walter Carlos ; Rachel Elkind ; Ludwig Van Beethoven…
Photographie : John Alcott
Montage : Bill Butler
Décors : John Barry
Date de sortie : 15 mai 1972
Film britannique
Format : 35 mm, 1.66:1 (couleurs, son monophonique)
Genre cinématographique : science-fiction, drame
Durée : 136 minutes
Interdit en France aux moins de 16 ans en salle
Production : Warner Bros. (États-Unis), Polaris Productions et Hawk Films (Grande-Bretagne)
Producteur : Stanley Kubrick
Producteur exécutif : Si Litvinoff et Max L. Raab
Producteur associé : Bernard Williams

Auteur de la critique : Sergent Pepper

 

2001: L’odyssée de l’espace, un film de Stanley Kubrick : Critique

Signe d’une ambition démesurée qu’on avait déjà vue dans l’ouverture de Lawrence d’Arabie, 2001: L’odyssée de l’espace commence sur un écran noir durant 2’55. De la même manière qu’on doit accoutumer ses yeux à l’obscurité, le cinéaste nous prépare ici à l’indicible à venir, d’images qui vont révolutionner l’histoire du 7è art.

Synopsis : A l’aube de l’Humanité, dans le désert africain, une tribu de primates subit les assauts répétés d’une bande rivale, qui lui dispute un point d’eau. La découverte d’un monolithe noir inspire au chef des singes assiégés un geste inédit et décisif. Brandissant un os, il passe à l’attaque et massacre ses adversaires. Le premier instrument est né.
En 2001, quatre millions d’années plus tard, un vaisseau spatial évolue en orbite lunaire au rythme langoureux du « Beau Danube Bleu ». A son bord, le Dr. Heywood Floyd enquête secrètement sur la découverte d’un monolithe noir qui émet d’étranges signaux vers Jupiter.
Dix-huit mois plus tard, les astronautes David Bowman et Frank Poole font route vers Jupiter à bord du Discovery. Les deux hommes vaquent sereinement à leurs tâches quotidiennes sous le contrôle de HAL 9000, un ordinateur exceptionnel doué d’intelligence et de parole. Cependant, HAL, sans doute plus humain que ses maîtres, commence à donner des signes d’inquiétude : à quoi rime cette mission et que risque-t-on de découvrir sur Jupiter ?

Le cosmos est un temple où de vibrants paliers laissent parfois surgir d’obscures paraboles…

Le voyage dans l’histoire de l’humanité proposé par Kubrick va prendre un parti d’une audace folle : s’affranchir du verbe. (1) L’évocation des singes est ainsi révélatrice : leur seule défense, à l’origine, est le cri instinctif. Leur évolution sera le recours à l’outil, qui, notons-le, trouve deux fonctions, celles de fracasser un crâne de squelette, puis de terrasser un animal vivant. Fondée sur une violence inhérente à la survie, l’humanité est d’emblée considérée comme créative dans l’annihilation.

La célèbre ellipse par l’entremise de l’os devenu vaisseau spatial accroît ce parti pris esthétique et philosophique : d’un bout à l’autre de l’Histoire, le grand absent est notre présent, civilisation fondée sur un langage, aussi profus qu’impuissant à révéler les grands mystères de notre destinée.

Au cri animal succède le langage de la machine, pragmatique, dénué d’implicite et fondé sur l’efficacité. La machine est le personnage principal, contenant des occupants (les sarcophages), contenu de l’âme même du vaisseau par l’intelligence artificielle HAL. Non seulement la famille n’existe que par l’entremise des téléviseurs, mais les spationautes eux-mêmes ont accès à leur propre histoire via un écran : c’est la très belle idée de l’exposition de leur mission, dont ils regardent en mangeant la retransmission télévisée, insolite miroir anticipant leur dissolution dans la machine autonome. HAL, symbole d’une évolution arrivée à son terme, parce que mortifère par excès d’efficacité. Le langage, ici binaire, est effrayant de pertinence : si HAL émet un doute, c’est en vue du rapport psychologique de son interlocuteur. Et s’il tue tout le monde, c’est, à l’image du joueur d’échecs de Zweig, parce qu’il a trop de coups d’avance et ne peut plus s’embarrasser du facteur humain pour mener à bien la mission qu’on lui a confiée.

L’homme dépassé par sa propre création, et la fin de l’histoire. Un monolithe splendide d’opacité, langage dépourvu de mots, mais signifiant suprême : sa forme, son caractère ouvragé, sa verticalité sont les signes de l’artificiel, et partant, d’une intention délibérée. Et, en écho aux cris de l’aube de l’Histoire, un signal strident qui viendra révolutionner la destinée humaine.

Le film de Kubrick, ambitieux dans sa tentative d’expliquer l’évolution et l’intervention d’une intention supérieure au secours de l’homme a certes de l’intérêt. Si l’image du fœtus astral semble être le microgramme de trop dans la perfection continue de ce chef-d’œuvre, il n’en atténue pas la grandeur.

On le dira souvent à propos de Kubrick, principalement pour Barry Lyndon et Shining : la beauté de son cinéma est sans commune mesure. Nous pourrions disserter des heures durant devant le nombre incalculable de plans, nous arrêtant sur chacun d’eux comme dans la galerie d’un Louvre du XXIè siècle imaginée au siècle précédent.

Kubrick crée un nouvel ordre, celui de la beauté de l’inerte : combinant avec un sens visuel époustouflant la circularité, l’apesanteur et la ligne droite, il orchestre un ballet stupéfiant, véritable matrice du cinéma d’anticipation à venir. Il offre au spectateur l’esthétisme à l’état pur, détachée des contingences du langage et du propos. Là où la machine fascinait dans Folamour par sa complexité et sa capacité de destruction (et sa dimension froidement sexuelle, dès le générique), elle acquiert ici une présence fascinante, celle du voyant rouge, ou une blancheur désincarnée, une pâleur aseptisée vectrice d’une beauté hors temps qu’on pourrait paradoxalement associer à celle des Vénus botticelliennes.

Dans cet univers sans plafond ni sol, l’homme se meut d’une nouvelle façon : tourne comme une souris dans sa roue, flotte et se laisse aller dans une atmosphère amniotique préparant en douceur sa renaissance.

Seule en mesure d’accompagner cette danse des temps nouveaux, la musique, employée à la perfection, élève le ballet à des proportions cosmiques. Strauss et Ligeti, aussi éloignés que complémentaires, exaltants qu’anxiogènes, font frémir en nous cette conviction d’assister aux moments décisifs de notre histoire, à la vibration essentielle de notre destinée.

Et lorsqu’il optera pour le silence, c’est la respiration du personnage qui deviendra la nôtre, dans des séquences hallucinantes de tension et de dilatation temporelle, immersion spatiale jamais égalée depuis.

Les amarres étant lâchées, le film peut devenir ce qu’il a toujours cherché à être : une expérience. Le trip au sein de la « stargate » aurait si facilement pu mal vieillir ; s’il fonctionne, c’est que nous sommes nous-même en apesanteur, et prêts au voyage.

Le discours métaphysique importe finalement moins que l’émotion viscérale qu’aura générée le film. 2001 ne semble pas être une proposition eschatologique, et la collaboration du non-dit kubrickien à la science fiction de Clarke est finalement le point d’équilibre idéal : il nous transporte vers l’émotion des choses premières, nous décroche un temps du sol pour contempler depuis l’espace notre solitude, et nous inviter à un voyage dont nos rétines dilatées ne reviendront jamais totalement.

2001: L’Odyssée de L’Espace – Bande Annonce 

Fiche Technique – 2001: L’odyssée de l’espace

Titre original : 2001: A Space Odyssey
Réalisation : Stanley Kubrick
Scénario : Stanley Kubrick, Arthur C. Clarke d’après sa nouvelle The Sentinel
Interpretes : Keir Dullea : Dave Bowman, Gary Lockwood : docteur Frank Poole, William Sylvester : docteur Heywood R. Floyd, Daniel Richter : Moonwatcher, Leonard Rossiter : Dr Andrei Smyslov, Margaret Tyzack : Elena
Robert Beatty : docteur Halvorsen, Sean Sullivan : docteur Michaels, Douglas Rain : la voix de Hal 9000 (François Chaumette dans la version française)
Photographie : Geoffrey Unsworth
Décor : Tony Masters, Harry Lange, Ernie Archer
Production : MGM, Film britanno-américain
Date de sortie : 27 septembre 1968 (France)
Genre : science-fiction
Durée : 156 minutes (version longue), 139 minutes (version normale)
Musiques: Richard Strauss : ouverture d’Ainsi parlait Zarathoustra
Johann Strauss fils : Le Beau Danube bleu
György Ligeti : extraits de Requiem, Lux Aeterna et Atmosphères
Aram Khatchaturian : extrait de la suite de ballet Gayane

Auteur de la critique : Sergent Pepper

(1) « 2001 est fondamentalement une expérience visuelle, non verbale. Le film évite la formulation verbale en termes conceptuels, et atteint le subconscient du spectateur de manière poétique et philosophique. Il devient ainsi une expérience subjective qui touche le spectateur sur un mode de conscience interne, comme la musique ou la peinture. »
avec Joseph Gelmis, in The Film Director as Superstar, 1970, transcrit dans Positif, n° 464, octobre 1999, p. 14.

[REC] 4, un film de Jaume Balaguero – Critique

Sorti en 2007, [REC] premier du nom avait été une bonne surprise pour les amateurs d’horreur. S’il n’était pas exempt de tous défauts, il proposait une ambiance étouffante à souhait, quelques belles montées d’adrénaline, le tout dans un huis-clos plutôt efficace.

Synopsis : Quelques heures après les terribles événements qui ont ravagé le vieil immeuble de Barcelone. Passé le chaos initial, l’armée décide d’intervenir et envoie un groupe d’élite dans l’immeuble pour poser des détonateurs et mettre un terme à ce cauchemar. Mais quelques instants avant l’explosion, les soldats découvrent une ultime survivante : Angela Vidal… Elle est amenée dans un quartier de haute-sécurité pour être mise en quarantaine et isolée du monde afin de subir une batterie de tests médicaux. 

Le Ver est dans le fruit

Surtout, il prouvait que, bien exploité, le concept de found footage pouvait s’appliquer au genre. Malheureusement, le sort de ce sympathique film venu de l’autre côté des Pyrénées avait été celui de bien d’autres avant lui : un remake pour les Américains, qui n’aiment pas lire les sous-titres, une suite pour bien tirer un maximum de bénéfices tant que le fer était encore chaud, puis une seconde qui changeait un peu les règles, et maintenant…ça.

Comme d’habitude

À force, on va presque finir par se lasser de dire toujours les mêmes choses. Mais, puisque les producteurs ne se lassent pas de faire des films de la même façon, forcément, les arguments contre finissent par se ressembler. Allons-y donc pour la sempiternelle rengaine : [REC] 4 constitue un condensé de tout ce qui se fait de plus mauvais dans l’horreur. Personnages stéréotypés, situations vues et revues, jump-scares ratés et souvent gratuits. Une bonne idée peut suffire à faire un bon film. Mais pas quatre. Et, tout comme Annabelle avant lui, le film prend ses spectateurs pour des tirelires, sans jamais chercher à lui donner ce qu’ils sont venus chercher.

Exit le concept found footage qui faisait la réussite du premier volet, place à une mise en scène plus classique, mais dans le mauvais sens du terme. Tout est plat, sans imagination, sans vraie recherche esthétique. Les scènes d’action sont des exemples de ratage complets. À force de multiplier les angles improbables dans un montage sur-découpé, certaines d’entre elles sont même carrément illisibles et incompréhensibles. Certes, le fait de se trouver dans un bateau ne facilite pas la tâche, réduisant les possibilités. Mais [REC] premier du nom parvenait à garder une cohérence dans des couloirs d’immeuble autrement moins bien agencés.

 Zombies et gentils sont dans un bateau

On ne s’attardera pas non plus sur le scénario, joli festival d’incohérences, qui multiplie tellement les clins d’oeil aux trois premiers volets qu’il en sombre dans la caricature. Le film met un temps fou à démarrer, avant de se résoudre à un Deus Ex Machina énorme pour enfin démarrer un semblant d’action. S’ensuit alors une succession de scènes alternant action mal ficelée et explications vaguement incohérentes. À aucun moment on ne ressent la moindre tension, tant les situations sont prévisibles. Et on ne parlera même pas des personnages, qui sont plus des caricatures ambulantes, sans aucune personnalité, que de vrais personnages. On ne sait même pas trop qui est supposé être le centre de l’intérêt, résultat impossible de trembler pour l’un ou pour l’autre. D’autant que le jeu des acteurs est loin d’être à la hauteur, l’un d’entre eux conservant la même expression pendant les quatre-vingt dix minutes.

C’était couru d’avance, ce [REC] 4 n’est rien d’autre qu’une excuse pour tenter d’engranger de l’argent en se basant sur la popularité de ses prédécesseurs. Aucune recherche n’est faite pour réinventer la saga, on a l’impression que le scénariste a écrit le script un soir de cuite sur un coin de nappe, et le réalisateur semble avoir filmé le tout dans un état comateux. Et le pire dans tout cela, c’est qu’un [REC] 5 pourrait bien voir le jour. Histoire de voir jusqu’où les producteurs peuvent aller en creusant leur propre tombe.

REC 4 – Fiche Technique

Espagne – 2014
Épouvante – Horreur
Réalisateur : Jaume Balaguero
Scénariste : Jaume Balaguero, Manu Diez
Distribution : Manuela Velasco (Angela Vidal), Paco Manzanedo (Guzman), Crispulo Cabezas (Lucas), Hector Colome (Dr Ricarte), Ismael Fritschi (Nic)
Producteur : Julio Fernandez
Directeur de la photographie : Pablo Rosso
Compositeur : Arnau Batalier
Monteur : David Gallart
Production ; Filmax
Distributeur : The Jokers, Le Pacte

Auteur : Mikael Yung

Une nouvelle amie, un film de François Ozon : Critique

Il est remarquable de constater à quel point François Ozon arrive encore à ne pas épuiser son sujet, depuis le temps qu’il gravite autour. Tant de films à son actif et pourtant à l’arrivée il nous livre à chaque fois un film entièrement nouveau, à tout le moins renouvelé. Ses variations autour du thème de l’identité sexuelle, du trouble sexuel ou tout simplement de la féminité sont marginales, mais François Ozon réussit encore et toujours à en faire un miel différent.

Synopsis : À la suite du décès de sa meilleure amie, Claire fait une profonde dépression, mais une découverte surprenante au sujet du mari de son amie va lui redonner goût à la vie.

Le troisième sexe 

Après avoir baguenaudé du côté de la prostitution avec Jeune et Jolie, un film exempt de toute volonté moralisatrice,  et de celui du voyeurisme avec Dans la maison, le voici qui traite à nouveau d’un sujet  proche et dans l’air du temps. On ne lèsera personne en dévoilant ici la « surprise » et la « découverte » vendues dans la promotion, tant les outils utilisés (l’affiche et la bande-annonce) parlent d’eux-mêmes d’une manière tout à fait explicite. Il s’agit donc cette fois-ci d’un film qui raconte David (Romain Duris), un jeune veuf qui développe une envie de se travestir en femme à la mort de la sienne.

Les premières images montrent une main plutôt carrée, plutôt masculine qui s’affaire autour d’un visage, un tube de rouge qui maquille des lèvres, un pinceau qui maquille des yeux. Quand la caméra s’éloigne lentement de ce visage, on découvre qu’il s’agit de celui d’une morte allongée dans son cercueil, pleurée à ses obsèques. La morte, c’est Laura (Isild le Besco, tout à fait dans le rôle avec des apparitions presque fantomatiques), et l’oraison funèbre de sa meilleure amie Claire (Anaïs Demoustier), visiblement dévastée par cette perte, est l’occasion de flash-backs courts et secs qui mettent en exergue le lien fort qu’il y avait de tous temps entre les deux jeunes femmes. A défaut d’être révolutionnaire, la manière d’Ozon est efficace et sobre, et on comprend bien vite que Claire a perdu une grosse part d’elle-même en perdant son amie Laura.

Ce prologue passé, le récit peut enfin se focaliser sur David, le veuf qui se retrouve avec un quasi-nourrisson sur les bras. Quelques temps après la mort de Laura, Claire  surprend David en train de donner le biberon au bébé et habillé en femme. Il prend prétexte de sa petite Lucie pour se « déguiser » en femme, dans les vêtements mêmes de Laura, mais visiblement, son plaisir à être en femme dépasse le seul stade du leurre agité sous le nez du bébé. Passée l’onde de choc, commence entre eux une relation remplie de toutes les ambiguïtés qu’une telle situation qu’ils ont gardée secrète peut engendrer.

L’emphase mise sur la mort de Laura et le chagrin de Claire se délitent bien vite. Bien que le temps du deuil soit représenté à l’écran par une Anaïs Demoustier toute en mélancolie, en tristesse, semblant ne pas savoir que faire d’elle-même, on s’étonne de la vitesse à laquelle Claire et « sa nouvelle amie » Virginia (le nom de code donné à la version féminine de David) sont passées à autre chose, donnant la désagréable impression que la mort de Laura est une sorte de libération. Puis quand on se réfère au titre anglais du film, le même que celui du livre de Ruth Rendell qui a inspiré le scénario, « The new Girlfriend », on comprend qu’au contraire ce n’est pas une libération, mais peut-être la continuation de ce qui a toujours été, aussi bien du point de vue de David que de celui de Claire.

David se travestit en femme tout en aimant les femmes. On ne sait pas s’il s’agit de fétichisme, de travestisme, ou de « transsexualisme-in-progress ». Ozon ne nous dit rien. Il est impossible de savoir à la satisfaction de quels besoins correspond le sourire presque béat de David quand il est dans son trip. Est-ce de la tiédeur qui empêche Ozon d’appeler un chat un chat ou est-ce un mystère qui est entretenu délibérément, y compris peut-être dans le livre de Ruth Rendell, peu importe, c’est ainsi qu’« il» plaît à Claire. Au passage, on peut regretter la manière exaltée avec laquelle Romain Duris investit le personnage ; il semble trop obnubilé par la recherche de la performance, ce qui ne lui permet pas d’en exprimer toute la complexité. Mettons qu’un traitement comme celui de Jared Leto dans Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée ou de Melvil Poupaud dans Laurence Anyways de Xavier Dolan, pour ne citer que des exemples récents, efface la performance pour ne laisser affleurer que l’émotion.

Finalement, la part la plus intéressante, la plus subtile revient à Claire. Ce que « Virginia » représente pour elle est plus que trouble : David, Laura, voire elle-même, et pour quel attendu, ça reste non dit, et c’est ce qui fait à la fois la force et la faiblesse du film de François Ozon. Le vaste champ des possibles peut être le résultat d’une indécision de la part du réalisateur… Anaïs Demoustier apporte au personnage sa fragile silhouette et tout un jeu d’expressions qui passe de la plus grande tristesse à la joie la plus enfantine, quand le destin lui apporte Virginia.

Une nouvelle amie est un film déroutant jusque dans sa forme. Tous les extérieurs ont été tournés au Canada, et la transposition du récit dans cette banlieue upper middle-class américaine profite de la beauté automnale du coin, donne une saveur d’inconnu et de mystère au film, et semble être une mise à distance par rapport aux tumultes hexagonaux des manifestations pour tous…

Une nouvelle amie : Bande-annonce 

Fiche Technique: Une nouvelle amie

Titre original : –
Réalisateur : François Ozon
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 05 Novembre 2014
Durée : 105 min.
Casting : Romain Duris (David / Virginia), Anaïs Demoustier (Claire), Raphaël Personnaz (Gilles), Isild Le Besco (Laura), Aurore Clément (Liz, la mère de Laura)
Scénario : François Ozon, inspiré du roman de Ruth Rendell « A new girlfriend »
Musique : Philippe Rombi
Chef Op : Pascal Marti
Nationalité : France
Producteur : Eric Altmayer, Nicolas Altmayer
Maisons de production : Mandarin cinéma, Mars films, France 2 cinéma
Distribution (France) : Mars distribution

Festival Augenblick : Rétrospective Werner Herzog

La Rétrospective Werner Herzog, L’Intégrale prévoit la venue du réalisateur le 14 et 15 novembre 2014 à Strasbourg.

Cet événement débute avec AUGENBLICK – 10ème Festival du cinéma en langue allemande en Alsace.

Vive l’entente franco-allemande et le cinéma qui dépasse les frontières et fait rencontrer les peuples!

À l’occasion des 10 ans du festival Augenblick, le cinéaste Werner Herzog, sera présent le temps d’un week-end, les vendredi 14 et samedi 15 novembre pour rencontrer le public, d’abord à l’Université de Strasbourg, puis au cinéma Star Saint-Exupéry, pour présenter deux épisodes de sa série On Death Row. La rétrospective complète de l’œuvre du cinéaste sera proposée au public du jeudi 6 novembre 2014 au mardi 13 janvier 2015 aux cinémas Star et Star Saint-Exupéry, à l’Université de Strasbourg, à la Maison de l’image et dans les cinémas indépendants d’Alsace.

werner-herzog-cineaste-festival-augenblickWerner Herzog, réalisateur allemand vivant depuis plusieurs années aux États-Unis, est aujourd’hui l’un des cinéastes les plus renommés au monde. Il débute sa longue carrière en 1962. Son premier long métrage, SIGNES DE VIE (1968), est diffusé en France en 1969. Mais c’est en 1975 qu’on le découvre véritablement avec la sortie tardive d’AGUIRRE, LA COLERE DE DIEU (1972). D’abord accueilli avec enthousiasme – Herzog est qualifié de « génie du cinéma allemand » par la critique – puis quasi absent des écrans français à partir des années quatre-vingt, il renoue avec le succès en France lors de la sortie de GRIZZLY MAN en 2005. De Werner Herzog, on retient avant tout le couple mythique qu’il forma avec l’acteur Klaus Kinski qu’il a dirigé dans cinq longs métrages. Mais son œuvre, riche de quelques 60 films, explore bien d’autres contrées. Un regard rétrospectif sur l’ensemble permet de dégager de remarquables constantes dans des réalisations qui, au premier abord, peuvent paraître très éclectiques. De film en film, inlassablement, Herzog expose les êtres humains dans des situations extrêmes derrière lesquelles ils se cachent. Et le talent particulier de Herzog est de savoir, en toutes circonstances, trouver les images appropriées aux histoires qu’il raconte. C’est ce qui fait de lui un cinéaste exceptionnel.

Le vendredi 14 et samedi 15 novembre, Werner Herzog présentera à son public deux épisodes de sa série inédite en France, ON DEATH ROW, aboutissement d’un travail documentaire sur la peine de mort aux Etats-Unis. Parallèlement, la série fait apparaître en filigrane un portrait de la société américaine aujourd’hui ainsi qu’une réflexion sur le droit et la justice. Cette occasion unique en France de voir l’œuvre de Werner Herzog dans son intégralité, est accompagnée de nombreux temps forts :

– jeudi 6 novembre à 20h // Ouverture à l’Université de Strasbourg, Patio, Amphi Cavaillès

– du mercredi 12 novembre 2014 au mardi 13 janvier 2015 // Rétrospective intégrale aux cinémas Star et Star Saint-Exupéry, à l’Université de Strasbourg et dans les cinémas indépendants d’Alsace.

– samedi 8 et dimanche 9 novembre // Séminaire « Lecture d’une œuvre » par Valérie Carré, Maître de conférences et spécialiste du cinéma allemand contemporain, à la Maison de l’Image à Strasbourg.

– vendredi 14 novembre à 18h // Rencontre publique avec Werner Herzog à l’Université de Strasbourg, dans les locaux du PEGE.

– samedi 15 novembre à 20h // Projection inédite de deux films de la série ON DEATH ROW et rencontre avec Werner Herzog au cinéma Star Saint-Exupéry de Strasbourg.

– lundi 8 décembre à 19h // Lecture publique du texte de Werner Herzog, REDE ÜBER DAS EIGENE LAND, à l’Université de Strasbourg, Nouveau Patio, salle des Thèses.

Dans le cadre d’AUGENBLICK, festival de cinéma germanophone, une sélection des œuvres de Werner Herzog produites en RFA, seront programmées du mercredi 12 au vendredi 29 novembre dans les cinémas indépendants en Alsace.

La valorisation des œuvres de Werner Herzog se poursuivra cette fin d’année et en 2015. Le 3 décembre Potemkine Films sortira au cinéma LES ASCENSIONS DE WERNER HERZOG, un programme de deux documentaires inédits en France composé de LA SOUFRIERE et GASHERBRUM. A cette occasion Potemkine éditera également le premier d’une série de quatre coffrets DVD réunissant 27 films du réalisateur.

Le projet WERNER HERZOG, L’INTEGRALE est soutenu par l’Université de Strasbourg dans le cadre des Investissements d’Avenir, les cinémas Star, Alsace Cinémas, Vidéo Les Beaux Jours, la Ville de Strasbourg, le Consulat d’Allemagne de Strasbourg, le Goethe Institut de Strasbourg.

LA COMPÉTITION : 6 FILMS tous les films sont diffusés en version originale sous-titrée français

AMOUR FOU – Drame De Jessica Hausner, avec Christian Friedel, Birte Schnöink et Stefan Grossmann

Berlin, à l’époque romantique. Le jeune poète Heinrich veut sublimer sa mort grâce à l’amour. Il tente de convaincre sa cousine Marie de contrer le destin en déterminant ensemble leur suicide, mais Marie refuse. Déprimé par le manque de sensibilité de sa cousine, il approche une jeune épouse, atteinte d’une maladie incurable, qui semble tentée par sa proposition.

LE BARRAGE – (Staudamm) Drame De Thomas Sieben, avec Friedrich Mücke, Liv Lisa Fries, Dominic Raacke

Roman, jeune adulte asocial, subsiste en travaillant pour un procureur qui le charge d’enregistrer des documents judiciaires. Des pièces manquent à un dossier, celui d’une tuerie dans une école de province, Roman est dépêché sur place. Il y rencontre Laura, une lycéenne qui a survécu au drame…

Venue de Thomas Sieben

Le samedi 22 novembre à 20h, cinéma Le Rohan de Mutzig

Le dimanche 23 novembre à 17h, cinéma Bel-air de Mulhouse

Le lundi 24 novembre à 20h, cinéma St-Exupéry de Strasbourg

LOVELY LOUISE – Comédie De Bettina Oberli, avec Stefan Kurt, Annemarie Düringer, Stanley Townsend, Nina Proll

A 55 ans, André habite toujours chez sa mère Louise, actrice de théâtre et ex-starlette ayant tenté sa chance à Hollywood dans les années 30. Leur quotidien est perturbé lorsque débarque tout droit des Etats- Unis Bill, un commercial charismatique, qui prétend être le fils de Louise. Celle-ci va devoir faire appel à sa mémoire pour répondre aux questions d’André et retrouver le nom de leur père…

LOVE STEAKS – Comédie De Jakob Lass. avec Lana Cooper et Franz Rogowski.

Dans un hôtel de luxe de la côte baltique, Clemens, fraîchement employé comme masseur, rencontre Lara, commise de cuisine. L’un est timide, calme, souvent gêné ; l’autre nerveuse, provocante, presque sauvage. Les opposés s’attirent, ils s’essaient à l’amour et chacun tente de chasser les démons de l’autre.

NEULAND – Documentaire D’Anna Thommen

Ehsanullah, Afghan, a fui son pays en guerre et gagné l’Europe sur un bateau gonflable ; Nazljie et Ismail, Albanais, ont été recueillis par leur oncle après la mort de leurs parents. Avec d’autres arrivants des quatre coins du monde, ils intègrent une classe destinée aux jeunes immigrés ayant dépassé l’âge de l’école obligatoire. Sous la tutelle de M. Zingg, ils ont deux ans pour apprendre les langues et culture de leur pays d’accueil, espérant s’y construire un avenir.

Venue d’Anna Thommen

Le jeudi 20 novembre à 20h, cinéma Star St-Exupéry de Strasbourg

Le vendredi 21 novembre à 20h, cinéma Bel-Air de Mulhouse

PARTOUT AILLEURS (Anderswo) – Comédie D’Ester Amrami, avec Neta Riskin, Golo Euler et David Sachez Calvo

Nora, israélienne, étudie à Berlin. Lorsque son projet de thèse est refusé, elle se sent incomprise et désorientée et décide de retourner en Israël pour faire le point. Bientôt Jörg, son compagnon allemand, la rejoint. Deux mondes, soigneusement tenus à l’écart par la jeune fille, entrent alors en collision. A elle de choisir celui dans lequel elle veut construire son avenir.

Venue d’Ester Amrami

Le lundi 17 novembre à 20h30, cinéma Florival de Guebwiller

Le mardi 18 novembre à 19h30, cinéma Palace de Mulhouse

Le mercredi 19 novembre à 20h, cinéma St-Exupéry de Strasbourg

 Le Festival Augenblick 2014, c’est aussi :

– une SOIRÉE ARTE est organisée le Jeudi 27 novembre 2014 à 20h15 au cinéma Vox de Strasbourg, en présence du réalisateur Robert Thalheim.

–  un ciné-concert, un blind-test spécial cinéma germanophone, un hommage au Western-Choucroute, des films inédits, des rencontres avec les réalisateurs…

– un concours de critique cinéma en partenariat avec la Fondation de l’Entente Franco-Allemande (âge 15-20 ans, jusqu’au 15 décembre). Accès au formulaire sur  la page ‘Concours’ du site festival-augenblick.fr

– une soirée courts métrages, des avant-premières, une section jeunesse, et bien d’autres, bien d’autres surprises!

Docteur Folamour, un film de Stanley Kubrick : Critique

Le cinéma comme reflet des angoisses de l’actualité trouve, en ce qui concerne la guerre froide, deux références sorties à quelques mois d’intervalle : Fail Safe et Dr Strangelove. Quand le premier restitue avec brio la terreur d’une apocalypse nucléaire, le second en dénonce l’absurdité par la satire mais avec une portée tout aussi ravageuse.

Synopsis : Le général Jack Ripper, convaincu que les Russes ont décidé d’empoisonner l’eau potable des États-Unis, lance sur l’URSS une offensive de bombardiers B-52 en ayant pris soin d’isoler la base aérienne de Burpelson du reste du monde. Pendant ce temps, Muffley, le Président des Etats-Unis, convoque l’état-major militaire dans la salle d’opérations du Pentagone et tente de rétablir la situation.

Welcome to the doomsday machine

Il est saisissant de constater à quel point les intrigues se fondent sur le même principe : un bombardement se profile à l’insu des deux partis qui tentent vainement de composer avec lui et se retrouvent piégés par leur propre arsenal technologique.

L’intelligence de la tension générale du film de Kubrick est de procéder par gradation. Le film commence avec une portée véritablement documentaire, insistant sur les protocoles, les tableaux de commandes et confère au récit une crédibilité inquiétante. Avant d’emballer la machine, le scénario prend soin de l’installer solidement au sein d’un système rigide et à l’inertie blindée, à l’image de cette sublime war room, à la gigantesque table sphérique.

L’intrusion du comique se fait par les portraits de plus en plus précis des personnages, eux même plus dingues les uns à la suite des autres. Sellers joue parfaitement de cette escalade de la démence à travers ses trois personnages, gravissant la hiérarchie vers un final absolument jubilatoire dans son numéro du nazi rattrapé par ses premières amours.

Alors que la première partie se fonde surtout sur des dialogues étonnamment calmes au vu de la gravité de la situation, mesure que la tension due à l’avancée du B52 s’accroit, les masques tombent et les répliques fusent : tout le monde en prend pour son grade, et la paranoïa sur le péril rouge est ici un chef d’œuvre de bêtise. Le comique se décline alors sous toutes ses facettes : du pur gag (les pièces nécessaires pour téléphoner au président) à la parodie de diplomatie (quel président est le plus désolé de cette situation ?), en passant par le non-sens (les « natural fluids ») et l’humour noir.

Rions donc en attendant la fin du monde : les dirigeants de la planète ont tout prévu, au point de confier aux ordinateurs le soin de nous détruire, ultime force de dissuasion qu’on avait simplement omis de communiquer à l’ennemi. Cette splendide rhétorique par l’absurde génère un ballet grotesque, brillamment interprété, férocement drôle, politesse du désespoir elle seule capable de rivaliser avec la destruction massive.

Fiche Technique:  Docteur Folamour

Titre original : « Doctor Strangelove, or How I learned to stop worrying and love the bomb » en Fr. (Docteur Folamour, ou Comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe)
Film britannique de Stanley Kubrick
Année : 1964
Scénario : Stanley kubrick, Terry Southern et Peter George d’après le roman de Peter George : « Red Alert  »
Peters Sellers (le capitaine Lionel Mandrake/le président Muffley/Docteur Folamour), George C. Scott (le général Turgidson), Sterling Hayden (le général Jack D. Ripper), Keenan Wynn (le colonel Bat Guano)
Images : Gilbert Taylor
Musique : Laurie Johnson
Durée : 95 mn

Auteur de la critique : Sergent Pepper

Rencontre : Mélanie Laurent pour Respire

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Rencontre avec Mélanie Laurent, réalisatrice de Respire (en salles le 12 novembre)

Lundi 10 novembre, après la séance, Mélanie Laurent, 31 ans, est venue présenter son deuxième film en tant que réalisatrice, Respire. Il s’agit d’une adaptation libre du livre* du même titre, paru en 2002. Le film raconte l’amitié destructrice entre Sarah (Lou de Laâge), la manipulatrice, et Charlie (Joséphine Japy), la frêle et douce manipulée. Au cœur du film, un enjeu : se recentrer sur soi, mieux se connaître, retrouver un souffle, une pulsion de vie. Si le film est sage, les émotions sont fortes. Et c’est surtout de celles-là que les spectateurs, restés pour débattre avec Mélanie Laurent, Lou de Laâge et Joséphine Japy, ont souhaité parler. Au Pathé Beaugrenelle, les spectateurs de deux salles ouvertes spécialement pour l’avant-première se sont réunis en une pour entendre Mélanie Laurent parler de liberté, de son, d’amitié, d’amour et … de destruction. Mais au fait, le cinéma peut-il guérir ? La réponse avec Mélanie Laurent.

Quelle a été l’ambiance de tournage ? **

« On a vraiment eu pour ce tournage une énergie de petit film fait en 6 semaines, avec une ambiance électrique et beaucoup de liberté. J’ai vraiment fait ce que j’ai voulu, je ne me suis pas trop posé de questions sur « est-ce que je peux le faire ou non ? ».

En même temps, j’ai eu les financements de Gaumont. Ils m’ont suivi pendant tout le film, du début à la fin, ce qui m’a permis d’aller jusqu’au bout sans trop de contraintes. » ***

Comment avez-vous choisi vos actrices ?

« Je les ai d’abord aimées sur photos et j’ai écrit avec des photos d’elles posées sur mon bureau. J’ai écrit les rôles pour elles, je les ai rencontrées ensuite et elles ont acceptés exactement les rôles que j’avais écrit pour elles. Lou de Laâge m’a dit « j’espère que je fais Sarah ». D’ailleurs, j’ai eu du mal à trouver une photo méchante de Lou, il a fallu que je cherche longtemps. Je lui ai offert un rôle de composition, à contre-emploi de ce qu’elle a l’habitude de jouer. Je voulais la voir sur ce terrain-là, jouer ça. »

Comment vous êtes-vous préparées à tourner un tel film avec des sentiments aussi extrêmes ?

« Notre première phase de travail a été de partir trois jours à la campagne ensemble. L’objectif était que les deux actrices apprennent à s’aimer. Nous avons envisagé ce film comme un jeu pour que la relation d’amour existe vraiment, sincèrement et qu’au moment de la destruction, elles parviennent à jouer la détestation, il fallait qu’elles s’aiment aussi. Pour le film, il fallait aussi que j’apprenne à aimer Sarah/Lou parce que je ne pouvais pas me permettre d’être juge. Il fallait trouver la juste distance à adopter. »

Quelle a été la part d’improvisation sur le tournage ? Comment dirigez-vous vos actrices ?

Joséphine Japy : « Il y a une vraie direction d’acteur sur le film, qui vient du fait que Mélanie est elle-même actrice. On comprend ce qu’elle dit, c’est clair. En même temps, il y a une vraie bienveillance, elle ne nous impose jamais de nous mettre à jouer. Mélanie ne disait jamais « action » sur le tournage.  Chaque scène avait sa part d’improvisation avec un rééquilibrage du scénario à chaque fois pour qu’on comprenne bien comment on en était arrivé là dans le film. »

Mélanie Laurent : « Nous avons vraiment pris l’expression « jouer la comédie » au pied de la lettre car c’était très fort à jouer cette détestation. D’une scène à l’autre, les filles devaient passer de phases d’amitié profonde, à la destruction. Mais je laisse une grande liberté à mes actrices, qui peuvent modifier le scénario. Par exemple Isabelle Carré (qui joue la maman de Charlie) m’a bluffé, j’étais verte de ne pas y avoir pensé à l’écriture, par la composition de son personnage. Au départ, la mère devait être à côté de la plaque mais elle en a fait un personnage toxique, non pas violent ou méchant, mais qui ramène tout à elle, à son bonheur à elle. Par exemple quand sa fille s’est presque suicidée (dans le film), elle en a fait une scène où elle lui dit « ne me refais plus jamais ça ».

L’idée dans l’improvisation, c’est de faire un film ensemble, de partager. On dit « un film de Mélanie Laurent », mais on devrait écrire un film de puis faire défiler tout le générique car chacun a apporté quelque chose sur ce film. C’est un collectif. »

Quelles ont été vos influences artistiques et cinématographiques pour tourner et monter le film ?

« C’est une adaptation d’un roman* que j’ai lu à 17 ans et qui m’avait profondément bouleversée, choquée. Au moment de faire mon deuxième film, il s’est imposé comme une évidence. J’ai modifié la trame, ce n’est plus une fille et un garçon mais deux filles et la fin …

Côté film, c’est plutôt Martha Marcy May Marlene (un film de Sean Durkinqui) qui est un petit film indépendant américain, qui m’a beaucoup inspiré notamment pour l’émotion et la lumière. Mais aussi Bully de Larry Clark qui raconte une histoire similaire. Et pour la relation entre les deux filles Ginger et Rosa (de Sally Potter) »

Pouvez-vous nous parler plus précisément de votre travail sur le son et la musique ?

« L’idée était d’entrer de plus en plus dans la tête de Charlie. Il y a eu un vrai travail sur le son notamment au montage avec le mixeur son qui travaille entre autre avec Jacques Audiard (Cyril Holtz), qu’il faut réserver des années à l’avance. Il a accepté de travailler sur ce film car, quand il a lu le scénario, il a déclaré « ça, ce sera un film de son ». J’ai également beaucoup travaillé la musique avec un musicien (Marc Chouarain) qui se sert d’instruments un peu étranges (on en voit un dans le film). C’était des séances un peu mystiques où il débarquait chez moi avec ses bizarreries. Il avait les images et je lui parlais pendant qu’il jouait, je lui disais ce que ressentait les personnages. »

Et l’image ?

« La mise en scène devait traduire la diminution de l’être. On démarre donc sur des plans larges qui se resserrent de plus en plus. Il ne fallait pas aller trop dans l’intime au début. C’est un film plein de promesses qui se détruisent peu à peu. Le film devient plus étouffant. Nous avons aussi travaillé sur les décors et les contrastes comme on le voit sur l’affiche. Ici, c’est une scène qui n’est dans le film mais qui montre très bien ce contraste : le ciel est un peu sombre, gris. Sarah est au-dessus libre dans une robe courte, elle semble dire « je domine, je suis au-dessus, je bouffe la vie », et Charlie la regarde, fascinée, elle sait qu’elle va être détruite mais elle l’aime … »

Quel changement émotionnel y’a-t-il eu pour vous  après ce tournage ?

Joséphine Japy : « C’était comme un marathon ce tournage avec toute une palette d’émotions. Il y avait tout à jouer »

Lou de Laâge « C’est un immense cadeau pour une actrice quand une réalisatrice que vous rencontrez dans un bar vous dit « j’ai écrit le rôle pour toi » … Première réaction : t’es sûre ? »

Mélanie Laurent : « J’ai croisé trop de Sarah dans ma vie et  j’ai ressenti quelque chose de très violent pour le dernier plan du film . Ça a changé ma vie après ce plan. J’ai eu l’impression de mettre un point dans ma vie sur certaines souffrances ».

La question de CineseriesMag à Mélanie Laurent :

Pensez-vous qu’un film peut guérir ?

« L’art en général peut faire réfléchir. Mais je crois qu’en voyant des films, des situations qui nous révoltent ou nous dégoûtent, on peut avoir comme une « impulsion de vie », se dire « je ne veux pas finir comme lui/comme elle ». Je ne sais pas si les films peuvent guérir mais ils permettent de prendre du recul sur les rapports humains.

Quand j’ai fait la tournée pour Je vais bien ne t’en fais pas, plein de jeunes filles anorexiques sont venues me voir pour me dire que c’était la première fois qu’elles se voyaient à l’écran, dans leur situation à l’hôpital. Et pour Respire, une jeune fille m’a écrit  récemment « Je suis Sarah », c’est très courageux de le reconnaître et rare. Je ne sais pas si ça va beaucoup changer sa vie mais elle a au moins pris conscience de quelque chose. Et Mélanie Laurent ne se démonte pas et nous renvoit notre question : et vous vous pensez qu’un film peut guérir ? »

Et la suite ?

Mélanie Laurent porte en ce moment même documentaire ambitieux : Demain, qui est en plein montage et qu’elle a tourné avec Cyril Dion. Un vaste projet qui se propose de présenter  « ce qui se fait de mieux » (comme le dit Mélanie elle-même) côté écologie et économie. Le film a été financé en grande partie via la plateforme « Kiss kiss Bank Bank » (en savoir plus ici ). Mélanie a émis un souhait, face à certains spectateurs qui étaient présents et avaient financé le projet : présenter, peut-être, le film lors du Sommet sur le climat en 2015.

*toutes les questions sont issues du débat avec les spectateurs

** Les réponses des actrices et de Mélanie Laurent ont été réduites à l’essentiel

*** Respire est un livre d’Anne-Sophie Brasme

Respire à Cannes

S’il existe un vrai « Mélanie Laurent bashing » depuis son premier film (ou depuis toujours ???), Respire, présenté en Séance spéciale, a plutôt été bien reçu à Cannes, où il a même concouru pour la Queer Palm. Or, pour les actrices comme pour la réalisatrice, il ne s’agit absolument pas de sexualité, mais avant tout d’une amitié passionnelle et destructrice. Les comédiennes l’ont encore répété hier lors de la rencontre après une question de spectateur.

Mélanie Laurent, celle qu’on adore détester, en quelques dates clefs. A savoir qu’avant d’être réalisatrice cette fille-là est surtout actrice et … chanteuse aussi !

1983 : Naissance

1999 : son premier film en tant qu’actrice  Un pont ente deux rives de Frédéric Auburtin

2005 : elle fait une courte apparition dans le film De battre mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard

2006 : Je vais bien, ne t’en fais pas de Philippe Lioret

2006 : Prix Romy-Schneider

2006 : Bayard d’or de la meilleure comédienne au Festival international du film francophone de Namur pour Je vais bien, ne t’en fais pas

2007 : Étoile d’or de la révélation féminine, pour son interprétation dans les films Je vais bien, ne t’en fais pas, de Philippe Lioret, et Dikkenek, de Olivier Van Hoofstadt

2007 : César du meilleur espoir féminin pour son rôle dans le film de Philippe Lioret, Je vais bien, ne t’en fais pas.

2009 : Inglourious Basterds de Quentin Tarantino

2010 : La Rafle de Roselyne Bosch

2011 : son premier film en tant que réalisatrice Les Adoptés

2011 : son premier album « En t’attendant »

2014 : son 2e film en tant que réalisatrice Respire et Demain, documentaire qu’elle doit présenter en 2015.

 

Respire, un film de Mélanie Laurent : critique

Pour son deuxième film, Mélanie Laurent nous conte une histoire qu’elle dit personnelle, adaptée d’un roman qu’elle a lu à 17 ans. Cette histoire, c’est celle de l’emprise d’une perverse narcissique sur une toute jeune lycéenne. Si le film Respire est fort en émotions, il se présente plus comme l’analyse d’un phénomène que comme une vraie oeuvre cinématographique audacieuse. Une chose est sûre, la réalisation sied à Mélanie Laurent qui souligne ses intentions dans chaque plan, de la musique aux mouvements de caméra en passant par la mise en scène.

Synopsis : Charlie, une jeune fille de 17 ans. L’âge des potes, des émois, des convictions, des passions. Sarah, c’est la nouvelle. Belle, culottée, un parcours, un tempérament. La star immédiate, en somme. Sarah choisit Charlie.

Le monde de Charlie

Pour débuter ce film qu’elle voudrait sulfureux, vénéneux tout autant que réparateur, Mélanie Laurent se sert de plans très larges qui filment une ville banale d’un coin de France. En quelques plans, la réalisatrice croque un quotidien morne où la jeunesse s’écrit doucement. Toujours en plan large , elle entre dans une chambre mais pas dans l’intimité. Son plan s’arrête un instant sur des converses posées au pied d’un lit, en fond sonore, deux sons, celui d’un portable qui vibre et d’un couple qui se dispute. Le lit s’éveille, deux pieds apparaissent. Ces pieds, que la caméra suit, descendent à présent le long d’un escalier, on entend de plus en plus proche l’écho de la dispute. Quand la paire de pieds entre dans la cuisine, un homme – probablement un père – lui tend un bol de l’ait, s’affère pour lui faire plaisir. Une femme – probablement la mère – reste dos à la fenêtre reniflante, on n’entend qu’elle. Voilà que la caméra s’envole vers un visage caché par un grand bol de lait. Pendant que ce corps qu’on devine féminin, boit, la caméra lui tourne autour. Enfin, on aperçoit son visage doux et sévère à la fois. Mélanie Laurent vient de nous présenter Charlie, sa vie, sa famille, sa triste mélancolie, son ennui. Cette succession de petits clichés (tout autant photographiques qu’attendus) nous présentent donc le personnage principal de cette histoire d’ado. Bientôt, la jeune fille se rend à l’école, où un cours de philo lui parle de passion, celle qui se loge dans le ventre comme le dit Platon. Dès lors, voilà que Mélanie Laurent, telle un Kechiche parlant de La vie de Marianne, nous donne le programme de son film: la passion qui détruit, qu’on ne contrôle pas. Bref, l’inverse de la raison quoi ! Pendant un cours de math où le rigolo de la classe amuse la galerie, la porte s’ouvre, tout le monde se lève. Elle entre. Cette fois, son visage, sa voix, son corps, tout est immédiatement identifiable. Sarah débarque, elle fait rire tout le monde. Et, comme le synopsis l’avait si bien prédit : elle choisit Charlie. Enfin, c’est plutôt  la prof de math qui décide qu’elle s’assiéra à côté de Charlie, identifiée comme bonne élève, laissant de côté pour un moment Victoire, la (meilleure) amie, jusqu’ici, de Charlie. Sa présentation à elle (Victoire) va vite : elle n’est pas super jolie mais passe-partout, elle a des difficultés avec les garçons, et puis elle est pas trop futée et surtout pas assez forte pour aider Charlie ensuite. Cette impression de déjà-vu ne quittera pas le film. Ni sur la jeunesse, ni sur le cinéma, Mélanie Laurent ne nous propose de vraie révolution.

Narcisse

Sarah est un personnage vénéneux, elle est présentée comme celle qui bouffe la vie, avec un passé extraordinaire. Elle se présente pas moins que comme la fille d’une responsable d’ONG qui a voyagé un peu partout dans le monde. Son passé est grandiloquent, elle est libre. Tout semble aussi vrai que faux dans ce qu’elle raconte, mais elle est si électrique que chacun l’écoute. Quant elle entre, on ne regarde qu’elle. Même quand elle dévoile les autres comme des mythomanes, on ne se doute pas un seul instant qu’elle peut en raconter des bobards ou du moins les personnages. Parce que nous, spectateurs, on a bien senti le coup venir… Sarah, qui dit vivre avec sa tante, ne propose jamais qu’on vienne chez elle, s’emmêle dans les dates et raconte des histoires trop belles. Voilà, on se doute que derrière tout ça quelque chose se trame. Mais pour le moment, elle est dans sa première phase : la séduction. Charlie ne voit qu’elle, pense par elle, se redessine à l’image de Sarah. Mélanie Laurent les filme en classe, en groupe, en soirée, toujours ensemble. Puis elle offre une échappée à ses deux héroïnes, des vacances de la Toussaint à la campagne où le rose de l’amitié commence à se changer en venin. C’est que le comportement de Sarah déraille quelquefois, surtout quand elle n’est pas le centre du monde, soit quand Charlie la présente comme « sa copine de classe » ou encore quand la mère de Charlie lui pique sa proie – un bel espagnol qu’elle voudrait mettre dans son lit. Elle est cruelle puis douce, puis cruelle. Et bien sûr, elle reproche à Charlie de lui faire la tête. Voilà, qu’elle a isolé Charlie, deuxième phase. Elle a embaumé tout son monde. De retour en classe, les crasses s’accumulent, toujours entre vraie violence et esthétisation. Les plans se resserrent sur Charlie de plus en plus écrasée et Sarah de plus en plus belle.

Parce que c’était elle, parce que c’était moi

L’erreur de Mélanie Laurent ne réside pas dans ses plans, où la lumière est très belle mais dans leur appartenance à une norme. Ce film est lisse, bien lisse. Même quand il attaque la troisième phase, celle de la destruction : messages sur les murs du lycée, vacheries, appels incessants, moqueries en public… rien des petites attaques du quotidien n’est épargné à Charlie. Celle-ci reste presque de marbre, elle ne réagit pas, ne se plaint pas, accepte même le retour de Charlie comme sa mère celui de son père. La terreur s’intensifie quand Charlie découvre qui est vraiment Sarah. Là, elle lui cherche des excuses, la pardonne un peu. En guise de réponse, Sarah lui promet la mort. Le film est scolaire, on sent à tout moment – de la musique aux plans – que la réalisatrice est là, que le moindre mouvement de caméra, la moindre musique dépend de sa volonté. Mélanie Laurent ne joue pas, mais elle est toute entière présente, là, derrière sa caméra. Son film est une dissection, un simple constat, en belles images, de ce qu’est un pervers narcissique. Voilà comment ça se passe, semble-t-elle nous dire. L’ambivalence de chacune, la respiration haletante de Charlie, son incapacité à se faire comprendre chez elle tout autant que le quotidien tout gris de Sarah sont des prétextes pour en faire des faire-valoir psychologiques. Parce que c’était elle, parce que c’était moi. Sarah sait très bien pourquoi il faut s’attaquer à Charlie, et Charlie sait très bien ce qui est fascinant chez Sarah.

Un souffle sans audace

Peu à peu, le film justifie son titre et s’engouffre dans un manque de souffle, on voit Charlie manquer d’air, ne respirer que celui que Sarah veut bien lui offrir. Elle devient un être isolé, comme dans la scène où elle s’assoit dans les escaliers, la respiration haletante et où personne ne lui vient en aide. On la voit s’enfermer dans sa douleur, dans son mutisme aussi, dans sa volonté de ne rien dire et continuer de croire en l’amitié de Sarah. Mais celle-ci, si elle a attiré par les mensonges, le corps, détruit par les mots, transforme à nouveau la réalité, la retourne contre celle dont elle devient l’ennemie. La respiration de Sarah devient nocive pour Charlie, c’est ce que veut démontrer Mélanie Laurent à travers sa mise en scène, qui, tout aussi scolairement que le reste, se resserre à mesure que l’emprise de Sarah se fait plus tenace. Plus question de voyage, d’océan ou de rire mais de l’espace de la chambre,  l’intimité s’ouvre de plus en plus à nous. Et Charlie ne peut plus rien contrôler, elle échappe à son destin. Elle n’est plus qu’un jouet sans souffle qui devient même violent, émotionnellement contrainte aux agissements de Sarah. Le constat dressé par Mélanie Laurent, son analyse ne sont pas faux, elle raisonne bien, elle filme bien, ses actrices sont mêmes plutôt douées mais si la fin nous glace, rien ne nous surprend. On connait ces histoires de domination, ces terribles personnages qui fascinent le cinéma. Mélanie Laurent veut guérir, se guérir mais manque d’audace pour vraiment faire de son sujet fort un vrai moment de cinéma – avec des enjeux de réalisation plus envoûtants. L’objectif de la réalisatrice est de revenir à un plan large, de libérer Charlie, et le spectateur par la même occasion. Charlie doit alors retrouver son souffle, on entre de plus en plus dans sa tête, on n’entend plus qu’elle, sa rage, son cri… sa respiration.

Respire – Bande Annonce

Fiche technique: Respire

Réalisation : Mélaie Laurent
Scénario : Mélanie Laurent et  Julien Lambroschini
Distribution : Joséphine Japy (Charlie), Lou de Laâge (Sarah), Isabelle Carré (Vanessa), Roxane Duran (Victoire)
Montage :  Guerric Catala
Musique : Marc Chouarain
Photographie : Arnaud Potier
Production :  Bruno Levy
Sociétés de production : Move Movie, Gaumont, Mely Production
Durée : 90 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 12 Novembre 2014